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LISA-LOUP CHERCHE UN GRAND FRERE

Posté par francesca7 le 30 juillet 2015

 

« BONJOUR, DIT LISA, JE CHERCHE QUELQU’UN DE  » RARE  » ! »

« Tu l’as devant toi », dit l’homme. « Elle s’appelle Kolia. Elle a grandi ici et finira sa vie… » « Mais je sais ! C’est une souris », dit la petite fille. « Et elle vivra longtemps, c’est très intelligent ! » « Sans doute… » répondit l’homme attendri. « Tu cherches donc quelqu’un qui parle tout le temps ? » « Il ne parle plus depuis qu’il fait chaud, il est parti de sa maison sans même dire un mot », répond Lisa. « Loup et moi, on dormait comme des marmottes, tu comprends, il faisait froid grelotte, bien sûr il aurait pu attendre mais il ne savait pas qu’on allait le surprendre… Vous savez, il écrit. Il devait me raconter des histoires et même tard ! Moi, j’ai des insomnies la nuit… » (Mais Lisa manqua de s’étouffer.) « Doucement !… » interrompit l’homme, « doucement ! Tu peux prendre ton temps ! » (Mais il ignorait que Lisa le cherchait déjà depuis si longtemps !)

L’homme lui raconte qu’il est bouddhiste, qu’il vit l’instant présent et qu’il est « sage » aussi ! s’étonne Lisa. Elle lui demande si c’est bien la même chose que « bouder ? » … « Tu sais… rester dans ton coin, quoi ! Un bouddhiste c’est le spécialiste du  » bouder  » comme le fumiste, un spécialiste du  » fumer  » !!! Mais mamie dit que c’est moche de se mettre du goudron dans le chaudron… » « Que c’est drôle », dit l’homme en s’esclaffant. « Non Lisa, c’est un peu différent ! » « Ah bon, ce n’est pas ça !?! Alors tant pis », dit Lisa, qui rougit. Même si cela nous semble bien étrange, l’homme ne sortira jamais de prison, parce qu’il est bien là et se sent libre où qu’il soit ! C’est comme ça. « Et puis il y a sa souris Kolia », pense Lisa, « elle a toute sa famille qui a trouvé refuge auprès de cet homme tout doux, le dehors, elle s’en fout ! » Il lui parle aussi brièvement de l’homo-vociférant. (Ils ont encore le temps !) Le Sage explique à Lisa, dans une langue simple (pas une langue de bois), son propre enfermement (comme il dit.) « Il avait l’occasion de s’évader avec toi, Lisa, mais en refusant de te parler, ne s’occupant que de ses pieds, il t’a dit son enfermement…

Pas besoin de barreaux, de cachot ni de clés, il faut parfois s’asseoir et y voir bien plus loin que le bout de son nez, il faut croire… » « Moi j’ai le nez qui me gratte… » s’enthousiasme Lisa sans se rendre compte qu’elle venait de la lui couper, « quand je sens quelque chose qui me dit : je connais !!!… » « Lisa », reprend l’homme qui jamais ne se fâche, « Lisa, il faut apprendre à écouter sans relâche. » « Je sais », dit Lisa, toute penaude. « Mais, c’est comme Loup qui est moi, et puis moi qui suis Loup, qui parfois n’entend pas ! Est-ce que vous savez raconter des histoires ? » demande-t-elle d’une petite voix. «…» « Il ne devrait plus être loin celui que tu cherches en vain. Tu dois continuer tes recherches », dit l’homme dans un souffle. « Lisa, écoute-moi bien. Va là où ton cœur te mène, c’est toujours le meilleur des chemins. Maintenant, cours et ne te retourne pas ! Regarde loin devant toi, garde les yeux grands ouverts… ET SACHE QUE L’EAU DU FLEUVE A TOUJOURS UN GRAND FRÈRE. »

frère

L’homme a fermé les yeux et, plus vite que l’éclair,en un tour de passe-passe, a décollé de terre. Lisa prit peur devant ce tour magique ! ! ! Mais devant tel spectacle, plus beau qu’un arc-en-ciel, plus fou que les popcorn qui pleuvent quand ils sont soûls, elle s’en alla à petits pas et jura de dire à Loup ce qu’elle a vu là-bas ! Mais voilà ! Loup n’y est pas ! Ni tous ses compagnons, qui ont tous disparu quand police fut venue… Et pas de rendez-vous non plus ! Puisqu’ils se sont tous enfuis, sans même dire sorry ! Lisa n’avait aucune idée de l’endroit où ils pouvaient bien se cacher ! La maison de l’homme qui parle longtemps était à présent très, très loin de la prison, qui elle-même était très, très loin de la maison…

Elle se mit donc à avancer dans une direction bien précise, comme invitée par un vent qui la poussait mollement, sans autre intention que l’aider à trotter dans une direction qui n’a même pas de nom… Lisa ne savait pas encore que tout naturellement son intuition la tirait par le col de son pull, comme des milliers de ballons qui conduisent les paroles de JÉSULLE. (Ou quelque chose comme ça ?) JÉSULLE-JESTICULE… étaient deux mots que Lisa avaient associés de fait. Elle avait entendu, un soir de Noël, alors qu’elle se promenait avec sa mamie, un « PRÊCHEUR » qui faisait un peu peur ! Mais cet homme d’Église, qui sentait la réglisse, n’était pas suffisamment inquiétant, puisqu’il aimait le zan ! C’est en tout cas ce qu’en conclut Lisa.

En revanche, il était quelque peu « Illuminé », voire très, très, très agité ! « Cet homme-là, tu vois… sème la  » BONNE PAROLE  » », lui enseignait Grand-Mère qui n’aimait guère les prières… trop hystériques. « Il sème la bonne parole comme on sème les pots d’colle ? » lui demandait Lisa, qui trouvait ça comique. (Sa Grand-Mère, d’évidence, n’affectionnait pas particulièrement cet enseignement, qu’elle jugeait un peu trop « voyant ». Un brin trop militant !) « Tu vois, Lisa, il faut du temps pour que chacun se fasse à l’idée de mourir. Et si c’est source de chagrin ? Il faut se prendre par la main, accompagner l’autre du mieux que l’on peut, sans avoir pour autant recours aux discours. » Elle prenait alors un temps pour rassembler ses dents… (Grand-Mère avait un dentier pas toujours bien collé !) « Le  » BON  » », reprend-elle, « est en chacun de nous… À nous de guetter, de le semer et de le cultiver. » (C’était très doux comme pensée.) Et Grand-Mère avait raison… Lisa le pressentait puisque son nez la grattait !

extrait de Lisa-Loup et le Conteur aux Éditions Anne Carriére

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LA PRISON par Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 30 juillet 2015

 

 (Devant la cellule) « Bonjour, je suis Lisa et je cherche l’homme qui parle… » « Mais on parle tous ici ! » répond l’homme, « c’est d’ailleurs la seule chose qu’on nous autorise à faire. Croix de bois, croix de fer ! Écoute-les tous… ils parlent au vide, ils parlent aux chaises, s’adressent aux murs et même aux confitures. » « Moi aussi je parle aux cailloux, mais il y a toujours quelqu’un dessous ! D’ailleurs Grand-Mère, qui est sous terre… » « Écoute… » s’agace-t-il, « j’peux pas là, j’ai trois ans à tirer et j’dois bouger mes pieds. Ton type, il parle t’as dit, c’est ça ? Eh bien moi, j’dois piétiner. » Lisa semble perdue dans ses pensées mais l’homme de la couper sans ménagement, reprend :

prison 2

« Écoute, va donc voir la cellule 102… Le type qui est dedans est aussi maboul que toi, l’Enfant ! Ça fait dix ans qu’il devrait être dehors, le mort ! Mais il veut pas bouger !!! Et même pas des barreaux pour l’en empêcher. Lui, il a tout son temps pour t’écouter chercher. Maintenant, file ! » Lisa se détourne de l’homme quand elle se ravise et vise : « A force de piétiner tu vas t’user les pieds et on n’va pas très loin comme ça, tu sais !!! C’est Grand-Mère qui le disait… » Avant que l’homme, en colère devant tant d’insolence, n’attrape le bras de Lisa, celle-ci (non sans quelque émoi) se sauva. « C’est ça, prends tes jambes à ton cou ! Avant que je ne le torde », hurla le malfrat, oubliant un instant les barreaux du cachot. SON COURROUX LUI FAISAIT DES GROS YEUX DE L’ORBITE ET LA TÊTE D’UN KAKOU, D’UN TRÈS MÉCHANT MÉROU ! Lisa, toute retournée, pensait : « À quoi bon être dehors si c’est pour blesser les gens ? De trois ans, tu pourrais bien passer à 100 » marmonna-t-elle. Elle lui aurait volontiers passé plus tôt ses souliers, mais plus maintenant ! Il est trop arrogant et les pieds en dedans ! Un monde un peu brutal s’organisait au même instant : des bruits de casseroles, des gamelles en bémols des gardiens tourbillons, et tous â l’unisson réclamaient leur ration.

prison

Lisa aussi a faim, mais elle doit se rendre à l’évidence… Pas d’argent, pas de pain ! Pas de pain, pas de chance ! Elle se rappelle une phrase que lui répétait Grand-Mère en dodelinant de la tête : « C’est tout ou rien. Et le contraire de tout… c’est rien ! » Les couloirs de la prison sont longs, un peu nauséabonds aussi, note Lisa. Elle préfère ne pas trop y penser… Elle mettrait volontiers les dix doigts dans son nez… Mais ce n’est pas des manières ? Des kilomètres de fer brut s’offrent à l’inconnue. Seule la rouille semble vouloir en excuser la nudité. Qui oserait espérer un peu de chaleur en ce lieu qui n’a ni intimité, ni même sentiment de paix ? Et ces kyrielles de tatouages qui se mélangent à la sueur de leurs porteurs. Lisa marche bien des heures… Mais ce n’est pas en vain ! puisqu’elle rencontre enfin le petit homme rond au 102. Il lui dira peut-être des choses importantes ? Elle est toutefois surprise… Pas de barreaux apparents ni de verrou méchant qui viennent l’embêter, juste un petit tapis très carré sur lequel il est posé (dans une drôle de position, il faut dire), un peu comme un melon qui ferait le fakir. Il semble auréolé de bonté. L’homme est aussi silencieux que l’autre vomissait quand il parlait. Pas celui du cimetière, bien sûr, lui il était parfait ! L’autre… Le bossu, le détenu bourru.

extrait de Lisa-Loup et le Conteur aux Éditions Anne Carriére

 

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