DANS LA CUISINE et la BIBLIOTHEQUE de Mylène

Posté par francesca7 le 23 juillet 2015

 

Dans la cheminée qui trône dans la cuisine, pas l’ombre d’une ambiguïté : des bûches sont alignées. Elles s’embrasent soudainement au contact des enfants, libérant une chaleur, un parfum DÉGOÛTANT. (Là c’est pour la rime, c’était bien trop tentant…) Mais l’auteur s’égare, il reprend donc… « libérant une chaleur, un parfum ENIVRANT. » « C’est incroyable ! Et c’est comme dans les contes ! » s’étonne Lisa… « Il doit у avoir un truc ! Un truc pas catholique… » s’amuse-t-elle en se remémorant GrandMere qui marmonnait tout le temps. « Bon… Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » interroget-elle, « C’est le matin et moi j’ai faim ! Voyons si dans le frigidaire il у a à manger… MAIS PAS DES VERS DE TERRE ! » dit-elle autoritaire, tirant Loup par la main.

« Quel souci ! » soupire-t-elle (imitant le faux agacement de l’adulte). « Quel souci ! Regarde là devant toi, il y a du chocolat : chaud, c’est bon dans le lait, le pain rond est tout frais et le beurre mou comme Loup… » s’anime Lisa. « Je ne suis pas mou du tout ! » pense Loup. « Il faut se ressaisir maintenant, comprendre pourquoi l’homme est parti. C’est moi qui me guimauve ! Je suis mou comme… comme la sauge », dit-elle en pointant la plante qui se morfond sur le comptoir… Et de plier genoux… Aussitôt dit, jambes à son cou !

Lisa3

DANS LA BIBLIOTHÈQUE Lisa se dirige alors aussi sec, vers la bibliothèque. Elle croit entendre des bruits étranges qui ressemblent à des râles de mourants. Comment une « si petite fille » pouvaitelle identifier ce son si particulier ? Peu de gens reconnaissent la mort ni même ne l’ont croisée ! Pourtant Lisa en était sûre :

ELLE SAIT LES YEUX QUI DORMENT ET QUI S’OUVRENT AUSSITÔT, MAIS ELLE SAIT AUSSI LES SOUPIRS QUI FINISSENT AU CAVEAU.

La bibliothèque est emprisonnée par une immense porte qui ne la laisse respirer. Lisa tente de l’ouvrir, mais une formidable résistance s’oppose à elle, et pire ! Lisa pousse à nouveau… manquant de s’étaler, quand enfin, dans un ultime râle, elle finit par céder, offrant au plus sceptique un tableau des plus beaux :

UN CIMETIÈRE DE LIVRES, UN MONUMENT DE MOTS.

À présent plus aucun bruit ne point son nez, que le tic-tac autiste d’une horloge éventrée. Mais Lisa n’a pas peur, elle n’entend pas son cœur… Elle court à perdre haleine retrouver Loup là-bas, juste à temps, pour le sortir de là ! (Il est juste un peu coincé entre : riz, chocolat, boîtes de purée et de maïzena. Tout a dégringolé du placard et l’écrase !) Heureusement, Loup est plat, ça va ! Il vient tout droit, l’on sait, d’un matelas épais… Quelques instants après, Loup et Lisa retournent dans ce lieu mystérieux sur la pointe des pieds, craignant d’importuner le SILENCE, leur aîné. Ils observent déjà un changement probant : une sensation d’humidité dans la pièce s’offrait la place d’une précédente sécheresse. (Un peu comme si la bête avait eu la bouche sèche.) « La pièce étouffait ! » s’écrie Lisa. « C’était comme moi, quand Grand-Mère demandait de suspendre mon souffle pour entendre les mouches… (ou peut-être était-ce les Anges ?) En tout cas sans mélange, il était question d’ailes ! Et moi, je suffoquais tant », reprend-elle, « que ma tête se vidait, tous mes membres engourdis et mon sang de la braise… »

Mais Lisa n’était plus, d’évidence, à son aise… LA LENTE AGONIE DE CETTE PIÈCE CONDAMNÉE, LA TRISTESSE DE L’HOMME Y SERAIT-ELLE ASSOCIÉE ?

Puisqu’elle contient des vies par milliers dans ses livres, puisqu’elle est remplie des rires, des coulées de pensées, pourquoi s’est-elle éteinte, elle qui était si vive ? Partout des centaines de toiles d’araignées faisaient des frises au plafond, mais plus de locataires, juste un air débonnaire… Pourtant quelles toiles de maître ! « Il faut être fou pour les abandonner ! Elle est, c’est indéniable, une véritable  » Artiste  » l’araignée qui les tisse… Et ça n’a pas de prix ! Loup, tu vois, j’en suis certaine ! » lui confie Lisa, « il y a là-dedans un secret bien caché… J’ai le sentiment que des vivants, des voyelles et des ciels sont à l’intérieur des livres mais qu’ils ont peur d’y vivre. » Au moment même où Lisa prononçait ces mots, un ouvrage aux CENT VINGT MILLE PAGES se dégageait sans ambages de l’emprise de ses frères jumeaux… manquant de peu d’aplatir un peu plus… notre petit ami ; QUEL SOUCI !

« La couverture est ce qu’il y a de plus coûteux ! » se met soudainement à penser Lisa, qui se demande, elle-même, pourquoi elle pense à ça. (Sans doute parce que sa mamie lui donnait tous les prix : des voyages… des gâteaux… même des coups… dans le dos !) « Un jour tu verras cela te servira », répétait-elle à l’enfant qui bien sûr n’écoutait pas. « Je préfère tes histoires qui me font veiller tard », ironisait-elle…

 

extrait de Lisa-Loup et le Conteur aux Éditions Anne Carriére

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