L’HOMME ÉТАIT PARTI SANS MÊME DIRE UN MOT

Posté par francesca7 le 21 juillet 2015

… Extrait de Lisa-loup de Mylène

lisa0C’est au petit matin qu’elle s’en est rendu compte. Elle s’est levée très tôt pour lui serrer la main, mais la chambre était vide et le lit sans ses rides ! Et pas la moindre trace de sa nuit sur l’oreiller. Lisa est si déçue… Et quelle déconvenue ! Elle avait tant, tant espéré rencontrer l’inconnu. Il lui semblait bien avoir entendu une porte qui claquait… Mais elle rêvait du vent qui mâchait du chiendent ! « Il ne faut pas mâcher la bouche pleine ! » lui criait-elle dans son sommeil, « tu fais bien trop de bruit, je n’entends plus la pluie ! » Mais celui-ci, pour seule réponse, et pour l’effrayer un brin, lui montrait sans ménagement aucun des dents très acérées, comme les dents du requin ! Et pour tout couronner, ils les faisaient claquer entre elles… Bruit de dents, bruit de porte, tout ça s’est mélangé dans son sommeil !

« C’EST DONC COMME CA LA VIE ? ELLE VOUS DONNE UN SURSIS PUIS REPREND SANS RÉPIT ? » souffre Lisa. Elle voudrait bien comprendre pourquoi l’homme ne lui a pas laissé du temps pour qu’elle lui raconte qu’elle venait tout juste de quitter Grand-Mère qui est au cimetière, qu’elle était enfin prête puisque Loup était la, pour la grande aventure, pour des pluies de lecture. Ce ne sera pas cette fois, ses nuits auront encore le goût des « pourquoi ça-pourquoi moi ? »

DANS LA MAISON

Découvrir un lieu que l’on ne connaît pas, dont on ignore tout, jusqu’à son « POURQUOI LÀ ? » a quelque chose de rude parfois, ou de grisant ma foi, voire même de bouleversant je crois. Malgré sa déception Lisa décide de rebondir. Il n’y a plus de place pour les soupirs ! « Ne pas s’apitoyer sur soi ! » lui enseignait Grand-Mère qui était fière. (Elle n’était pas corse pourtant ?…) Mais quel tempérament ! Dur dehors, doux dedans ! « Un peu comme un cercueil ! » se remémore Lisa qui n’en a vu qu’un seul et pour la première fois : celui de sa mamie était rempli de mie ! « Pour les Anges la-haut, pour les petits oiseaux, ou qui sait… Peut-être les corbeaux ? » se justifiait-elle…

(Parce qu’elle n’était pas tout a fait sûre de sa destination future quand elle disait ces mots.) « Moi je serai athée ! » lui répondait Lisa qui n’aimait ni L’IDEE DU HAUT NI MÊМE L’IDEE DU BAS. C’est d’ailleurs surtout l’idée du bas qui la chiffonnait. Pourquoi aller brûler en enfer si on a déjà eu si chaud sur notre terre ? Et chaud, elle a eu ! Elle a perdu la vie au moins trois fois déjà : Ablation des deux amygdales… Le cadre qui a chuté dans la chambre d’hôpital (manquant de peu de lui scier l’artère fémorale !) Une partie de cache-cache qui a failli terminer mal : le sac plastique était bien trop serré et l’empêchait de se cacher ! Et en plus elle étouffait dedans… et en plus il était transparent, donc découverte sur-le-champ ! (Elle aurait pu, ici, mourir de honte, c’était très, très embarrassant !)

Mais revenons a ta maison… Lisa décide donc de se familiariser avec ce monde nouveau. Elle a tous ses sens en émoi : deux yeux comme des p’tits pois tant leurs pupilles sont devenues petites de trop scruter l’endroit. Elle voudrait tout savoir, tout connaître de l’inconnu qui l’habite. Elle sent bien que l’homme avait du chagrin. Mais pourquoi a-t-il coupé les radiateurs géants ? Ce n’est pourtant pas le printemps ! Quel drôle d’élan…

 

extrait de Lisa-Loup et le Conteur aux Éditions Anne Carriére

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