Sexy coma, univers de Mylène

Posté par francesca7 le 13 mai 2015

La tentation du néant, du vide, de la mort… Voilà qui n’a a priori rien de nouveau dans l’univers de Mylène Farmer… Au fil des albums et depuis Au bout de la nuit, on ne compte plus les volonté de «s’endormir loin [des] chimères» ; de «s’éloigner de tout», de se «dissoudre dans l’éternité»… Je vous épargne la liste intégrale pour citer Mylène elle-même, lors d’une interview sur Nostalgie pour l’album Anamorphosée : «parfois on a envie de se confondre avec le vide, avec le rien». Chanson d’ouverture de Point de Suture, Dégénération fait irrémédiablement penser à California. Les deux chansons traitent en effet rigoureusement du même thème, mais sous deux angles différents…

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Dans California, ce qui est sexy, c’est «le ciel de Californie», c’est-à-dire le voyage, le dépaysement. C’est parce que la vie parisienne est devenue apathie, coma mortifère, que le lointain se pare des couleurs séduisantes d’un fix… Dans Dégénération au contraire, ce qui est sexy, c’est le coma. On est donc dans une véritable dynamique de renversement par rapport à Anamorphosée. Aux portes de Point de suture, l’apathie et la pesanteur combattue dans Anamorphosée deviennent des sources de tentation à la séduction inquiétante…

Volonté de s’arrêter dans ce sexy coma qui cependant est aussi une blessure, une source de mort : un trauma… Jamais autant que dans cet album la volonté de l’arrêt n’aura été si clairement mise en avant, sans doute parce que ces sensations diffuses et paradoxales ont pris corps dans la réflexion sur l’ennui qui semble avoir occupé Mylène ces dernières années…

On pense bien sûr à Paradis inanimé, où Mylène nous offre cette étonnante, et macabre sculpture de son propre gisant… Il s’agit donc de s’arrêter, de tenter de ne plus bouger du tout. Cet attrait de l’arrêt est comparé à l’éros, mais aussi au Styx, fleuve des enfers aux eaux létales. S’adressant directement au coma, qui devient une sorte de force vive, Mylène constate sa dimension séduisante, attirante… Le coma est sexe : force érotique, il est désir… Mais tout comme il était trauma, il est aussi Styx, enfer, force négative et anesthésiante. Les dieux grecs, lorsqu’ils devaient jurer, prononçaient en effet leur serment sur le Styx. C’était, pour un Dieu, le plus sacré des serments, inviolable même pour Zeus… A la divinité qui rompait un serment sur le Styx, le châtiment immédiat : un coma de mort, justement, dans lequel il était privé de tous ses pouvoirs… Ces deux faces du coma, l’une sombre et dangereuse, l’autre plus lumineuse sont cependant toutes deux vécues sur le mode de l’attraction. L’inlassable répétition du «j’aime l’ombre et la lumière» trouve à nouveau ici une illustration : sexy le coma, comme le trauma… Sexe, Styx : même combat… Et mêmes sonorités !

On en arrive donc à cette surprenante volonté, ou plutôt tentative, d’arrêt… Face à l’attraction du vide et de l’apathie : un «test statique». Mais le choix du terme «test» traduit bien cette ambivalence du coma… L’arrêt total, le «paradis inanimé» (un coma transfiguré en expérience mystique) n’est pour l’instant qu’un simple test… A voir donc si l’expérience sera reconduite, ou si le test s’avèrera non concluant…

 

MysterFrizz du site http://www.innamoramento.net/

 

 

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