Heureux qui comme Mylène a fait un long voyage

Posté par francesca7 le 2 mai 2015

 

 

35401 … Confes­sions de Mylène.

Gala: Vous venez d’ache­ver votre tour­née Time­less 2013. Reve­nir à la vie normale se révèle-t-il plus verti­gi­neux que de se lancer dans une pareille aven­ture?

Mylène Farmer:La fin d’une tour­née est toujours un moment extrê­me­ment brutal. C’est un peu comme la fin d’un voyage astral, il faut réin­té­grer son corps. Le choc est à la mesure des émotions parta­gées avec le public… Mais aussi avec les musi­ciens, les danseurs, les équipes, les proches… Il faut du temps pour reprendre le rythme du quoti­dien. Pour autant, je suis consciente de ne pas vivre une vie tout à fait «normale». Le mot qui me vient à l’es­prit, c’est «réap­pri­voi­ser» le temps, juste­ment. On ne s’ha­bi­tue jamais à une telle charge d’émo­tion. Pendant une tour­née, le corps et l’es­prit déploient des trésors d’in­gé­nio­sité pour trou­ver la force. A présent, le moment est venu pour moi de lâcher prise… Et ce n’est pas simple…  

Gala: Le senti­ment de soli­tude, à la fin d’une tour­née, est donc plus une peine qu’un besoin?

Mylène Farmer: Ce n’est ni une peine, ni un besoin, mais une réalité. Après le dernier spec­tacle, il faut accep­ter de ne plus avoir rendez-vous avec des milliers de personnes. C’est ainsi. Mais l’éphé­mère rend aussi la scène magique et les échanges avec le public excep­tion­nels. Le senti­ment de soli­tude qui s’en suit est le prix à payer.  

Gala: Vous avez pris les routes de France, de Belgique, de Suisse et même de Russie. Le dépay­se­ment, la remise en ques­tion de vos habi­tudes pari­siennes: cela vous demande-t-il un effort ou est-ce une attente?

M.F.: J’aime l’idée de rendez-vous. Aller au devant des autres avec sincé­rité et être reçue de cette façon si extra­or­di­nai­re… C’est un bonheur et une chance. Je suppose que, comme tout le monde, j’ai des habi­tudes, mais ce n’est vrai­ment pas ma spécia­lité. Je m’ennuie vite. La norma­lité me fait peur.  

Gala: Vous n’êtes pas de ces artistes qui se créent des rituels en tour­née?

M.F.: Je vais vous déce­voir! Il n’y a ni rituels mystiques, ni incan­ta­tions vaudous! (Rires) Mais pour être tout à fait honnê­te… Je me surprends à tout ranger, tout remettre droit dans ma loge, avant de la quit­ter. Pour le reste, il est ques­tion de concen­tra­tion, de travail, de répé­ti­tions, de sport, de repos et, plus fonda­men­tal encore, de m’en­tou­rer d’esprits bien­veillants qui essaient de me soute­nir comme si j’al­lais courir un mara­thon.  

Gala: Sur scène, vous étiez entou­rée de six musi­ciens, deux choristes et six danseurs. Avez-vous l’im­pres­sion de recréer une famille à chaque tour­née?

M.F.: Une famille recom­po­sée, en quelque sorte. C’est l’occa­sion de retrou­ver les siens et de décou­vrir les nouveaux venus. Le lien entre tous ces talents est clé.L’esprit d’équipe m’aide beau­coup. Comme dans toute famille, on se redé­couvre aussi avec le temps. C’est une source d’inspi­ra­tion. Une tour­née est une cara­vane qui vit à huis clos des moments intenses. On se sépare à la fin du voyage avec la promesse de se revoir…  

Gala: Quels étaient les défis de ce sixième spec­tacle?

M.F.:J’ai une pensée toute parti­cu­lière pour Mark Fisher qui a imaginé le décor. Il nous a malheu­reu­se­ment quit­tés avant de voir le spec­tacle. C’était un homme discret, créa­tif et élégant. Je l’ai remer­cié chaque soir… Le prin­ci­pal défi artis­tique était de créer de l’inti­mité dans la déme­sure. Huma­ni­ser la tech­no­lo­gie. Faire danser des robots sur une musique de Schu­bert… Les inté­grer dans le spec­tacle non comme des « machines excep­tion­nelles », mais comme des parte­naires de jeux… Philippe Stege­mann, leur créa­teur, a aussi réussi cet exploit… Je ne remer­cie­rai jamais assez Jean-Paul Gaul­tier pour sa géné­ro­sité, sa folie, son humi­lité. Ainsi que toutes les équipes pour leurs talents. Quant à l’ef­fort physique, je remer­cie mes muscles d’avoir encaissé toutes ces cour­ba­tures!  

Gala: On a pu remarquer que vous mettiez désor­mais en avant votre voix.

FanFrancoise3M.F.: C’est un long travail sur soi. La voix est un révé­la­teur de l’âme. Brel confes­sait que pour lui, chan­ter devant un public est anor­mal. Terri­ble­ment impu­dique. J’ai toujours partagé ce senti­ment… Et pour­tant… Cela passe par l’accep­ta­tion de soi et il faut au moins une vie pour s’accep­ter, ne serait-ce qu’un peu. Je ne suis pas encore tota­le­ment en paix avec cela, mais les pour­par­lers ont bien avan­cé…   

Gala: L’amour, comme une irré­pres­sible «force qui va» selon la formule hugo­lienne, impré­gnait très clai­re­ment la tour­née. C’était un parti pris?

M.F.: Pour Victor Hugo, l’amour est une descente abys­sale qui se termine dans le sang. L’homme amou­reux qui détruit tout sur son chemin est mû par une force surna­tu­relle. Cela ne laisse pas beau­coup d’espoir. J’aime à penser que ce grand monsieur a aussi écrit Stella (poème sur la renais­sance du monde, après sa destruc­tion, ndlr). Une lueur peut-être? Reste à savoir si l’amour est de nature à détruire systé­ma­tique­ment. Je commence à comprendre pourquoi je préfé­rais dispa­raître à la fin du spec­tacle dans un nuage de fumée! (Rires) 

Gala: En amour, le plus brûlant, pour vous, c’est: l’es­pé­rer, le vivre ou le pleu­rer?

M.F.: Le faire! Quand l’amour se conjugue au présent, les sens prennent le pouvoir. Au passé ou au futur, il laisse place à la raison et à son cortège de doutes qui exercent leur dicta­ture impi­toyable. 

Gala: Sur cette tour­née, on vous a décou­verte souriante, non dénuée d’hu­mour, voir même presque volu­bi­le…

M.F.: Les clowns tristes ne sont un mystère pour personne. Mais appa­rem­ment, les téné­breux drôles restent une énigme! L’humour est une anti­dote précieuse. Je n’ai jamais cessé de me le rappe­ler, même dans les moments les plus sombres. Un instinct de survie, je suppo­se…  

Gala: Le plai­sir pour vous, aujourd’­hui, c’est…

M.F.: Etre libre de parta­ger les émotions simples du quoti­dien avec ceux que j’aime ou dans ma soli­tude appri­voi­sée … C’est dans cette liberté-là que je recon­nais le plai­sir. Entre l’ombre et la lumière, j’ai choisi la lumière. J’ai choisi une vie de liberté. Avant que l’ombre, je sais, ne s’abatte à mes pieds… 

Gala: La formule Time­less n’était pas sans évoquer l’idée d’im­mor­ta­lité. Est-ce pour vous: une ambi­tion? Un espoir?

M.F.: L’im­mor­ta­lité?  Très peu pour moi. Time­less évoque plutôt l’in­tem­po­ra­lité. S’ex­traire du sablier permet d’en­vi­sa­ger la vie avec plus de séré­nité, de recul. Dans un monde qui accé­lère, c’est un luxe aussi.L’immor­ta­lité est la promesse d’un ennui éter­nel, non? Je laisse cela aux dieux ou aux fous… Pour ma part, je vis chaque instant comme il vient. 

Gala: Le show inspi­rait un voyage dans le temps. Si vous le pouviez, revien­driez-vous dans le passé ou vous projet­te­riez-vous dans le futur?

M.F.: Le temps est une obses­sion humaine. Proba­ble­ment le plus grand péché d’orgueil de l’homme. La vie d’un être est une paren­thèse enchan­tée, avec de longues périodes de désen­chan­te­ments. Le temps est un repère qui permet d’accu­mu­ler des souve­nirs et donne une impres­sion de cohé­rence à ce que l’on vit. Si les amné­siques dérangent, ils n’en sont pas moins vivants. Le bonheur se cache proba­ble­ment dans le droit à l’oubli. 

Gala: Sont-ce vos souve­nirs ou vos rêves à réali­ser qui vous tour­mentent le plus?

M.F.:Nous n’avons aucun pouvoir sur les rêves, même éveillés, ils sont intru­sifs… Ils ne faci­litent pas le bonheur… Mes souve­nirs me laissent en paix, puisque pour la plupart, je les ai oubliés… Enfouis… Égarés. 

1fGala: Etes-vous capable d’in­dul­gence et de pardon pour les proches qui vous auraient déçus?

M.F.: D’in­dul­gence, je ne crois pas… Pour moi, il s’agit d’une posture, d’un renon­ce­ment à son instinct. J’ai le senti­ment qu’a­vec l’in­dul­gence, l’autre n’existe pas…  Le pardon, lui, me semble une néces­sité.Pardon­ner, c’est prendre le chemin de la remise en ques­tion de l’autre et de soi. Chemin certes plus long, mais indis­pen­sable au bonheur. Pour les  boud­dhistes, le pardon permet de savoir que rien ne sera plus jamais comme avant, unique condi­tion pour progres­ser. 

Gala: A plusieurs reprises, durant la tour­née, vous avez fait monter de jeunes enfants sur scène. Vous semblez extrê­me­ment à l’aise avec eux. 

M.F.: Quand je croise leurs regards, ils me boule­ver­sent… Une petite fille, dans mes bras au milieu de cette scène immense, émue aux larmes, est un moment fragile et fort.  

Gala: Vous avez fréquenté le Cours Florent. Si vous aviez le choix: à quel acteur donne­riez-vous la réplique, devant la caméra de quel réali­sa­teur?

M.F.: Si j’avais le choix? Steve McQueen dans un film de David Lean… Ou… Idris Elba dans un film de Jane Campion

Gala: Votre vie a déjà fait l’objet de biogra­phies plutôt «roma­nesques». Etes-vous flat­tée, amusée ou irri­tée d’être «l’hé­roïne» de certains écrits?

M.F.:Je ne lis aucune biogra­phie me concer­nant, mais je suis plutôt amusée par les extra­va­gances qui circulent. Certains ont horreur du vide, alors ils donnent libre cours à leur imagi­na­tion. C’est du fantasme, pas de l’infor­ma­tion. Un signe de notre temps.

 Gala: Un singe capuçin, prénom­mée E.T., a partagé votre quoti­dien pendant près de trente ans. Depuis plus d’un an, c’est au tour d’un berger suisse blanc, Liloup, aux allures de louve. Qu’est-ce que ces deux compa­gnons révèlent de vous? 

M.F.: Je les consi­dère comme des intimes. Ce sont des êtres sensibles pour qui seul le regard suffit. Ils sont la preuve que l’on peut aimer au-delà des mots. 

Gala: A la fin de chacun de vos concerts, vous avez disparu dans un nuage de fumée. Vous quit­te­rez le métier avec autant de douceur?

M.F.: « S’il te plaît prends ma main, ne te fais plus attendre, il est temps de s’étreindre, il est temps de s’éteindre, une dernière ciga­rette ». Comme le chante si bien Saez… Je ne sais que vous répondre puisque… Je n’ai moi-même la réponse. Partir en fumée… De toutes façons… C’est inéluc­table.  

Gala: Mylène Farmer est-elle une insa­tiable?

M.F.:« Souviens-toi que le Temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup! C’est la loi. » (elle cite le poème L’Hor­loge, de Baude­laire, ndlr) Jouons encore un peu... En atten­dant la fin de la partie.

source : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars

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