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PARIS MATCH Mylène Farmer : attention, fragile

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

 

Vous remontez sur scène pour la première fois depuis sept ans.

Pourquoi une si longue absence ? ­1996-08-c

 

Je suis toujours très longue à me décider ! D’abord, il y a eu « Giorgino » : entre l’écriture, le tournage, le montage… Et le naufrage… ­ …il s’est passé beaucoup de temps. Je suis allée me ‘ressourcer’ en Amérique. A Paris, je tournais en rond. A force de vivre dans l’éternel même cercle, on ne voit plus que son nombril. Disons que j’avais besoin de m’oublier ­ ça prend du temps ! Le ciel plombé, tous les jours, au sens propre comme au figuré, à la longue ça joue sur le moral. J’ai toujours en moi l’idée du voyage, de nouvelles rencontres. Je ne peux trouver mon inspiration que dans l’idée de liberté. Vous passez votre vie à essayer de vous cacher, à fuir.

Comment peut-­on à la fois rechercher l’ombre et aimer les projecteurs ? ­

J’ai viscéralement besoin de cette lumière, mais est-­ce que je ne vis que pour ça ? Je ne sais pas. Sur scène, je ne connais pas que des moments d’extase, pourtant c’est magique. La scène est un vertige qui vous porte vers le haut. J’aime son côté sensuel, foudroyant. C’est comme un orgasme !

Quel regard vous portez­-vous ? ­

Avec le temps, un regard plus tolérant mais pas amical. J’ai toujours été mon pire ennemi.

Vous arrive­-t-­il de douter de votre talent ? ­

Bien sûr. J’ai toujours été rongée par le doute et par mes névroses. Longtemps, ça m’a empêchée d’affronter la vie. Le doute est toujours là, mais depuis que j’ai appris à admettre mes défauts, ils ne m’empêchent plus de créer. J’accepte enfin l’idée du temps qu’on ne peut pas retenir. On nous a élevés en nous disant que notre passé fait partie de nous, qu’il fallait vivre avec. On nous plante des fourchettes dans le dos en nous disant ‘Attention à votre futur’.

Que faire ?

J’ai toujours l’impression d’être sur le fil du rasoir…

Vous cultivez avec délice l’ambiguïté : toujours moitié victime, moitié bourreau… ­ Pourquoi me faire sans arrêt des procès d’intention ?

Si je ne veux pas donner la clé des choses, c’est mon choix. Je préfère me montrer insensible qu’‘abîmée’. Je n’ai pas à me justifier, ou alors c’est moi qui le décide. Je me laisse porter. Vous entretenez un côté Garbo. On a parfois l’expression que vous exploitez votre mal de vivre à des fins commerciales… ­Par nature, j’aime la discrétion. Si je donne peu d’interviews, ce n’est pas par calcul mais simplement parce que je ne sais pas bien parler de moi. Quand on fait ce métier, il faut savoir donner au public, ce qui ne veut pas dire se jeter en pâture. Je me fiche du qu’en ­dira-­t-­on, pourtant j’ai tendance à vouloir tout contrôler. J’accepte cette contradiction. S’il y a un procès à faire, je préfère le faire à mon encontre que de me dire après ‘Si j’avais su…’.

Dans votre dernier clip, mis en scène par Abel Ferrara, vous jouez une prostituée. Le sexe, la violence, tout ça sur fond d’Amérique : c’est quand même très racoleur… ­

1996-08-aC’est mon idée. Elle me trottait dans la tête depuis longtemps. La liberté, pour moi, ça peut être une pute qui fait le trottoir sur Hollywood Boulevard. Je voulais en savoir plus avant de tourner, je les ai rencontrées : certaines m’ont dit qu’elles prenaient un vrai plaisir à faire ce métier.

Vous aimez cette indécence ? ­

Oui. J’avoue moi aussi que j’y ai pris du plaisir. On a tous en nous un côté vulgaire qu’on refoule. Le sexe fait partie intégrante de notre vie, moi j’accepte sa violence. « Histoire de l’œil » de Georges Bataille est un de mes livres préférés, mais ça ne veut rien dire. J’adore aussi lire Sade, pourtant je hais la torture. Simplement, je refuse de me censurer.

Ce thème de la prostitution, c’est un peu une métaphore de votre carrière : vous vous exposez, vous vous vendez mais au fond, vous ne révélez rien de vous… ­

Quand j’écris mes textes, je livre beaucoup plus de moi que vous ne le croyez. Il suffit de savoir écouter… La chanson française pas plus que le cinéma français ne s’exportent aux Etats­-Unis.

Pourquoi ? ­

D’entrée, on vous dit que c’est mission impossible. Personnellement, je n’ai pas à me plaindre. On m’a proposé de faire un album en anglais, j’ai refusé. Ce n’est pas l’envie qui me manquait, mais je ne peux pas écrire en anglais comme en français. Je n’arrive pas à jouer avec les mots, à aller au­-delà d’eux. Je dirais que la chanson française manque d’énergie. Les américains ont une capacité de travail hors du commun : on leur apprend dès l’enfance qu’il faut être numéro un, qu’il faut sortir de la masse.

Nous, on nous enseigne exactement le contraire. Comment lutter ?! C’est pour ça que vous allez chercher tous vos danseurs en Amérique ? ­

Mon spectacle est dans la tradition américaine. J’avais besoin de leur stature, de leur métissage, mais c’est tout car ce que les américains gagnent en professionnalisme, ils le perdent en émotion. On ne peut pas tout avoir !

On parle souvent plus de vos clips que de vos chansons. Auriez-­vous été Mylène Farmer sans la vidéo ? ­

C’est un concept génial. J’ai la chance d’être née avec. Pour moi, l’œil est aussi important que l’oreille.

Comment dissocier l’un de l’autre ?!

Gainsbourg disait que la chanson est un art mineur.

Ne trouvez­-vous pas que chanter est un métier superficiel ? ­

Je ne peux répondre que pour moi : je ne me prends pas au sérieux, mais je mets beaucoup de sérieux dans ce que je fais. Je regrette qu’aujourd’hui il y ait un aspect mouchoir jetable dans ce métier. La quantité prime sur la qualité. Au nom de la rentabilité, on est en train de tuer la création.

 Pourriez­-vous vous passer des applaudissements ? ­

 Il ne faut pas être hypocrite : si on fait ce métier, c’est pour être aimé. Non, je ne pourrais pas m’en passer, mais il y a mille formes d’applaudissement. Dans la Bible, il y a un passage : ‘Dieu vomit les tièdes’. J’ai passé ma vie à rechercher l’extra­ordinaire, je n’ai pas l’intention de m’arrêter. La tiédeur me tue.

NB : cette interview a été réalisée à Los Angeles pendant les premières répétitions du Tour 96

source : Entretien avec Dany JUCAUD du  30 MAI 1996

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène Autrement | Pas de Commentaire »

7 EXTRA avec Mylène Farmer (Belgique)

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

 

1995-03-bVous voilà de retour après une absence prolongée. Vous n’avez pas trouvé le temps un peu long ? ­

Non. J’en avais besoin pour voyager, redécouvrir certaines choses. Après le film (« Giorgino » sorti un an plus tôt, nda), j’avais envie de faire une rupture, de me régénérer et de me ressourcer.

D’où cet exil momentané à Los Angeles. Les Etats-­Unis, nouvelle terre d’accueil ? ­

J’ai passé neuf mois à Los Angeles : avant, pendant et après l’album. C’est une ville dans laquelle je me sentais bien. J’avais besoin de cette idée d’espace, de perte d’identité pour pouvoir me retrouver. Vivre comme tout le monde, ‘normalement’, c’est important : j’ai pu me promener, faire les gestes de tous les jours sans que l’on m’observe. J’ai le sentiment que les californiens ne jugent pas l’autre. Ils n’ont pas ce jugement si facile que l’on a chez nous, ces regards qui vous dérangent parce qu’ils vous examinent de trop près ou vous considèrent comme anormal. Comme la plupart des personnages publics, vous avez fait les frais de ces commentaires parfois trop hâtifs, on vous a souvent qualifiée de provocante.

Vous n’avez jamais eu envie de remettre les pendules à l’heure ? ­

L’idée de provocation fait partie intégrante de ma vie, sans qu’il y ait derrière cela la moindre revendication. C’est important de provoquer, du moins de susciter une réaction, une réflexion ou une révolte. Mais de là à se focaliser sur un et un seul aspect de la personnalité de quelqu’un, il y a une marge. La notion d’étiquette est parfaitement intégrée dans notre société. Dès l’instant où j’ai accepté de chanter « Libertine » ou « Sans Contrefaçon », je savais que je devais m’attendre à certaines réflexions, mais on ne peut pas faire le procès des choses un peu caricaturales ou réductrices. Dire que je ne suis pas atteinte par ces critiques serait faux, mais je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Si les autres ont envie de découvrir d’autres choses en moi plutôt que de bâtir des jugements expéditifs, tant mieux. Sinon, tant pis, ce n’est pas grave. Je vis très bien avec ce que j’ai exprimé. Le premier simple, « XXL », annonce la couleur de l’album : on y retrouve une Mylène Farmer en quête d’amour maximal… ­ Si je devais résumer mes pensées actuelles, c’est vrai qu’elles se dirigent vers ce à quoi nous aspirons tous, je crois, à savoir un peu plus de sécurité et surtout un peu plus d’amour…

Même s’il s’agit d’amours malheureuses, de ruptures ? ­

Je ne sais pas si c’est vraiment ce que j’ai voulu exprimer, mais c’est peut-­être ce que j’ai écrit. Les chansons, une fois qu’on les a composées et interprétées, on s’en dépossède complètement et il est donc intéressant, et même surprenant, de voir les lectures que vous en faites. En ce qui concerne la notion de rupture, je parlerais plutôt d’une élévation : s’élever tout en gardant les pieds sur terre et en essayant de comprendre l’autre en n’oubliant pas que la mort n’est pas une fin en soi. Donc, si rupture il y a, c’est une rupture de l’esprit terrestre avec cette envie d’envisager d’autres choses. Finalement, j’ai peut-­être tout simplement exprimé mon envie de spiritualité.

Vous avez besoin de cette spiritualité ? ­

Oui, fondamentalement. Mais je crois que tous, nous avons besoin de notre dose de spiritualité. On vit dans un monde qui est de plus en plus désespérant et totalement bouché. Pour justifier son existence ici et pour pouvoir l’apprécier, on a envie d’imaginer que la vie ne s’arrête pas une fois que la mort apparaît. Avant, cette notion faisait partie de moi. Aujourd’hui, je n’en veux plus, je ne l’accepte plus. Je suis arrivée à cet état d’esprit grâce à certaines lectures et méditations. J’ai beaucoup appris en lisant « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». Il traite de l’importance de donner une qualité à sa vie pour pouvoir envisager sa mort avec une certaine sérénité. Toutes ces notions sont très belles et elles sont porteuses d’espoir. 1995-03-aDans la même lignée, un des morceaux de l’album est basé sur le proverbe chinois (japonais, nda) ‘Tomber sept fois, se relever huit’.

C’est votre devise ? ­

 Je ne me donne pas le droit de tomber, en tout cas pas plus bas que terre. De plus, j’ai toujours cette volonté de relever la tête. ‘Tomber sept fois, se relever huit’, c’est une belle image. Cette notion de résurrection, cette envie de repartir.

Pour en revenir à des choses plus terre à terre, pourquoi cette fuite des médias ?

On ne vous voit que très rarement en promo… ­ D’une part, c’est un exercice difficile pour moi, et d’autre part, je trouve que la justification d’un travail n’est pas indispensable en soi, si ce n’est qu’il faut aussi donner. De même que l’on me donne, je me dois de donner à mon tour. Aujourd’hui, j’ai accepté un petit peu plus l’idée du dialogue, mais je sais que ces moments de promotion resteront rares.

source : Mylène Farmer sans contrefaçon – Entretien avec Cathy TROGRANCIC – 31 OCTOBRE 1995

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène dans la PRESSE | Pas de Commentaire »

CONFESSION D’UNE STAR BLESSEE dans VSD

Posté par francesca7 le 27 mars 2015

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À propos de l’aura de mystère qu’on lui prête volontiers :
-Ce mystère, c’est ma nature profonde. C’est la raison pour laquelle je raréfie volontairement mes apparitions publiques. 

À propos de son ouverture au monde :
-J’ai le sentiment de m’être plus ouverte au monde sur le dernier album, mais il est vrai que je ne suis capable que d’envisager mes propres sentiments. L’ennui est un compagnon de longue date, l’activité n’est pas forcément mon mode de guérison : je peux rester prostrée chez moi, ou bien si l’envie m’en prend lire, ou dessiner, ou encore voyager. 

À propos de son séjour aux Etats-Unis :
-Mis à part l’exotisme et l’anonymat, vivre à Los Angeles ne solutionne rien. Paris est aujourd’hui une ville dépressive, plombée par une dépression ambiante. Elle dégage des vibrations qui ne m’aident pas. 

Au journaliste qui évoque la possibilité de se mettre au vert :
-J’ai du mal à envisager une vie à la campagne !

À propos du bouddhisme :
-Il s’agit plus d’une philosophie de la vie, celle qui vous enseigne qu’il ne faut pas s’attacher de façon négative aux gens ou aux choses. Le bouddhisme est un pansement pour l’âme.

À propos de son mal-être :
-Je n’aime pas mon physique, mes doutes. L’amour des autres ne change rien au problème : quand vous exprimez un mal-être, les personnes qui vous aiment finissent par vous conforter dans ce mal-être. 

À propos de sa perception de la scène :
-Un concert est un moment choisi, unique, un moment d’inconscience qui n’appartient à personne d’autre. Bien sûr, une foule anonyme peut être oppressante car ses réactions sont incompréhensibles, mais sur scène je la désire.

À propos du fait qu’elle fonde en larmes parfois sur scène :
-Cela m’arrive quand un thème me touche particulièrement. J’ai remarqué que l’émotion me submerge plus spécialement sur les morceaux lents. 

À propos du trac avant de monter sur scène :
-Chez moi, cela ressemble à des angoisses, à des nœuds. Quand ils sont trop serrés, j’ai envie de tout arrêter !

À propos de ‘ceux de ses fans qui la considèrent comme une déesse vivante’ :
-J’espère qu’ils ont autre chose dans la vie que leur passion pour moi. Pour cette raison, j’ai toujours refusé l’idée d’un fan-club. Je ne réponds pas au courrier, en ce sens que je n’entretiens pas de correspondance, mais je renvoie une dédicace à ceux qui me le demandent. 

À propos de sa famille et de son enfance :
-Je refuse de parler de ma relation avec mes parents pour les protéger et me protéger. J’ai effacé mes souvenirs parce que ça ne m’intéresse pas. Je préfère aujourd’hui à hier et je refuse de penser au futur. Je me voyais plutôt actrice que chanteuse. Je n’admirais personne. Parfois, quand je sortais du cinéma, je rêvais d’être à la place d’une actrice. 

À propos de l’échec de « Giorgino » :
-Quand je fais quelque chose, j’envisage toujours la possibilité d’un échec. Même si celui-là fut violent, je n’en souffre plus. Je ne comprends pas les raisons de mon échec. Depuis, je me pose une question : est-ce que les gens ont envie de voir autre chose de moi que ce qu’ils connaissent déjà ?

À propos de ses envies de maternité :
-Cette envie d’avoir un enfant est assez récente. Il me semble que cela est presque indispensable pour une femme ! Bien sûr, avoir un enfant nécessite d’avoir une vie plus ‘programmée’, mais je crois que la chose essentielle, c’est d’abord l’acceptation de soi. 

À propos de s’imaginer dans le futur :
-Le vieillissement des cellules me terrifie. S’il s’agit de voyager dans le temps, c’est plutôt une chose bénéfique !

À propos de la possibilité de casser son personnage public :
-Oui, c’est une idée qui me traverse l’esprit. J’y pense régulièrement. Je sais que j’arrêterai beaucoup plus tôt que d’autres. J’espère avoir cette honnêteté de mettre un terme à ma carrière lorsque la lassitude deviendra trop importante, ou lorsque je m’essoufflerai. 

source : 5 DÉCEMBRE 1996 – Journaliste : Olivier Wicker

 

Publié dans Mylène 1995 - 1996, Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

 

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