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Mylène Farmer et Laurent Boutonnat parlent du clip Plus Grandir

Posté par francesca7 le 8 mars 2015

 

STARFIX – AVRIL 1986 – Entretien avec Christophe LEMAIRE

1986-01-bMylène Farmer : J’ai rencontré Laurent au temps où il était associé avec un autre producteur. Ils ont écrit ensemble « Maman à tort ». Ils ont procédé à un casting et j’ai été choisie. Jusque ­là j’avais suivi des cours de théâtre et j’avais été mannequin.

A propos du clip « Plus Grandir » :

J’ai fait le story­board et ai confectionné la poupée que l’on voit dans le clip et surtout je me suis intéressée de A à Z à l’histoire.

Laurent Boutonnat : Pour moi le clip est un moyen pour raconter une histoire.

A propos de « La Ballade de la Féconductrice » :

­ Il est passé trois fois à la commission de contrôle, ce qui n’arrive jamais. La première fois, ils voulaient l’interdire complètement, puis il est passé en commission plénière où on a voulu le X­er. Finalement, sa sortie a été restreinte à une salle avec une interdiction aux moins de 18ans. J’en avais 17.

A propos de la genèse du clip « Plus Grandir » :

­ Je n’aime pas les story­boards, je préfère le découpage technique. Celui­ci m’a servi à décrocher les capitaux chez Polygram / Polydor. J’avais des facilités à négocier car j’étais le producteur de Mylène et que l’on venait de signer chez Polygram pour trois albums. C’est une sorte de co­production, il y a une partie qu’on me donne et une autre qu’on m’enlève de mes royalties. Finalement, j’ai fait le clip pour 330 000 francs, ce qui est un petit budget.

A propos des fantasmes mis en scène dans le clip :

­ Fantasmes principalement religieux ­j’ai été longuement en pension chez les jésuites­ et liés surtout au monde de l’enfance. Tu sais, toutes ces petites choses qui, petit, te font peur. J’ai tenté de les retranscrire dans mon clip comme cette statuette phosphorescente de vierge qui s’anime ou les apparitions des naines. En écoutant bien on s’aperçoit que le texte parle de la mort, de l’enfance et de la perte de la virginité. En même temps, on peut bien extrapoler et en parler en termes différents.

A propos de l’accueil frileux de certains médias :

­ « Bonsoir les clips » n’en a pas voulu parce qu’il le trouvait trop morbide, ce qui est un comble vu son créneau horaire. Refusé dans les juke­boxes à clips. Une compagnie américaine, qui est en train de monter un long métrage avec une sélection des meilleurs clips de tous les pays, m’ont renvoyé la cassette en disant qu’ils l’adoraient mais qu’il ne fallait pas toucher à la religion.

A propos des cinq jours de tournage :

­ On a dû tourner en studio car j’ai utilisé le scope et qu’il faut énormément de recul, le double par rapport au format normal. Les studios Sets, où nous avons filmé, sont principalement réservés à la pub. Ils nous ont permis d’utiliser leur matériel de déco : panneaux, cartons, etc. … Pour faire le plan de la poupée dans l’eau, on s’est fait prêter une énorme bassine de 500kg avec un gros hublot qui s’est mise à fuir pendant le tournage.

Tout ça pour trois secondes de projection !

A propos de son directeur photo, Jean­Pierre Sauvaire :

­ 1986-01-aC’est un type très doué. Comme il vient de la pub, il est habitué à tout faire (noir et blanc, couleurs, effets spéciaux, scope). Pour moi il est encore plus pro qu’un chef­op de cinéma. Le résultat était tellement parfait qu’il n’a presque pas fallu d’étalonnage.

A propos de son projet de long­métrage :

­ Au départ, j’étais avec un producteur qui travaillait beaucoup avec Parafrance. Il m’avait proposer de monter un film de terreur ‘à la Corman’ pour un budget de 150 briques, tourné en deux semaines. Une série z pour le circuit Parafrance qui à l’époque sortait une floppée de films de ce style dans tous les genres. Ca ne s’est pas fait. J’ai alors écrit un script en quinze jours, un conte pour grandes personnes que je suis en train de remanier.

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène 1985 - 1986, Mylène en INTERVIEW, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

DOSSIER DE PRESSE GIORGINO

Posté par francesca7 le 8 mars 2015

 

Entretien réalisé par Gaillac­Morgue

giorgi-01-bVoilà un désir enfin réalisé : le cinéma, vous y pensiez bien avant la chanson…

­ Notre rencontre avec Laurent est née d’un même désir : faire du cinéma. Pourtant, nous avons existé tous les deux grâce à la chanson, un cadeau que la vie m’a fait même si cela n’a pas toujours été facile. Cette envie de faire du cinéma, cette envie de faire ce film a mûri pendant près de dix ans. C’est long, dix ans…

Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?

­ Le sujet de « Giorgino » m’a attirée par son étrangeté, son originalité. Pour parler plus précisément du personnage de Catherine, j’ai senti que je pouvais y mettre beaucoup d’émotions. Je crois que Laurent a puisé certaines choses de ma personnalité pour l’écriture du personnage de Catherine. Nous n’en avons jamais parlé. Je n’ai pas réellement connu la magie de la découverte du scénario parce que j’ai suivi pratiquement 24h/24 l’élaboration de ce projet : j’ai aussi vécu les difficultés d’écriture qu’ont rencontré Laurent Boutonnat et Gilles Laurent, le co­scénariste, ainsi que tous les problèmes inhérents au montage d’un tel projet. C’était malgré tout passionnant d’apprendre tous les à­côté d’un film. « Giorgino » a été un accouchement dans la douleur, mais nous vivons, Laurent et moi­même, dans ce climat depuis que l’on travaille ensemble. Rien ne se fait dans la facilité. Peut­être ressentirons­nous un peu de bonheur, ou plutôt de soulagement, quand nous nous déposséderons totalement du film, c’est­à­dire le jour de sa sortie sur les écrans.

Qui est Catherine, cette femme­enfant mystérieuse que les gens disent folle ?

­ Catherine est différente des autres et elle paiera cette différence. C’est avant tout sa fragilité qui m’a émue, j’aime son innocence et sa violence intérieure. Les enfants ont ça en eux : naïveté, pureté et colère. J’aime son incapacité à être dans le monde des adultes.

Quelles sont, selon vous, les blessures profondes de Catherine ? Qu’est­ce qui a provoqué cette fragilité ?

­ Catherine n’est pas intellectuellement de son âge. Ce n’est pas une jeune fille ‘retardée’, mais simplement comme le dit le prêtre, « elle a l’esprit d’une enfant ». Elle est restée isolée du monde extérieur, probablement protégée par ses parents, s’occupant elle­même d’enfants retardés. Pour Catherine, le petit noyau de sa famille pourrait représenter la beauté, et le reste du monde, la laideur. Catherine n’est pas armée pour le monde extérieur et sa violence. La disparition des enfants, de sa mère puis de son père sont autant de traumatismes, de blessures irréversibles. Et puis, une très jeune personne capable de dire « Et si c’était la douleur qui faisait chanter les oiseaux ? », n’est­ce pas suffisamment éloquent ?

On a l’impression que vous êtes complètement pénétrée par cette jeune fille. Comment s’est faite l’approche de ce personnage étrange ?

­ J’ai une très grande liberté par rapport à Catherine. C’est étrange, mais il n’y a pas eu de grande difficulté quant à savoir comment aborder le rôle. Pour l’approche du personnage, j’ai simplement eu envie de m’informer un peu sur l’univers psychiatrique : j’ai pu assister à quelques entretiens entre ce qu’on appelle des ‘malades’ et leurs docteurs. Sachant que Catherine basculait dans une dite folie, en tout cas dans un retrait d’avec une dite réalité, j’ai écouté puis j’ai regardé la gestuelle particulière de ces personnes très habitées, angoissées et sous médicaments pour la plupart. Vous dire que je m’en suis servie pour Catherine, je ne sais pas vraiment. J’ai abordé sa personnalité à la lecture du scénario et je savais ce que je pouvais donner au personnage. D’autre part, un costume, un décor et une envie d’incarner quelqu’un d’autre que soi sont autant de facteurs importants pour l’approche d’un rôle comme celui­ci.

Vous vous étiez auparavant intéressée aux enfants autistes. Cette observation vous a­t­elle aidée pour le rôle de Catherine ?

­ Aidée, je ne sais pas, mais avoir envie de comprendre, de percer les mystères de ce silence, de ce repliement sur soi. Catherine a un trouble profondément enfoui en elle. Le comportement des enfants autistes est tellement intrigant, leur retrait du monde est inexplicable, on ne sait pas. Oui, j’ai peut­être la sensation d’être proche d’eux. Une communion dans le silence avec ces personnes­là me paraît plus enrichissante parfois qu’une conversation…

Dans votre interprétation, vous faites passer la ‘folie’ de Catherine de façon très subtile, les gestes, les regards sont à peine esquissés, intenses mais sans excès, sans débordement. Le trouble est plus fort encore…

­ Je préfère les paroles murmurées aux mots criés. En fait, je n’aime pas imposer, je préfère proposer. Cela tient d’une pudeur et d’une timidité qui font partie de moi. C’est ma personnalité, et mon jeu s’en ressent certainement. D’autre part, Catherine me semblait plus proche de l’introvertie que de son contraire. Je n’avais donc pas envie, quand Catherine bascule irrémédiablement, de passer soudainement à un état épileptique et voyant. Dans cet univers de conte où l’on bascule constamment entre le vrai et le faux, le réel et l’irréel, la lecture ne doit pas être trop évidente. La présence des loups, les comportements ambigus des personnages…pendant toute l’histoire, on ne sait pas et c’est pour moi toute la magie de ce film.

Ce doit être troublant pour une comédienne d’approcher la folie…

­ En effet : troublant, attirant… Catherine semble tellement apaisée, presque sereine, dès l’instant où le monde environnant n’a plus d’empreinte sur elle. J’ai parfois le sentiment, dans des moments d’anéantissement, de frôler cette frontière normalité/folie, mais ceci est tellement intime. Peut­on parler de traumatisme ? Tout dépend de ce que l’on donne de soi dans une scène. Pour arriver à exprimer ses sentiments extrêmes, il faut puiser dans ses propres névroses, faire ressurgir ses plus grandes craintes, douleurs. Puis on décide que le personnage que l’on interprète n’est pas exactement comme soi : c’est à ce moment­là que le métier d’acteur devient passionnant. Ce serait un peu comme façonner une sculpture : il y a la matière brute ­ qui est soi-même, avec son univers personnel ­ et il y a le personnage, la création, l’imagination, enlever un peu de terre ici, en rajouter là…

Quelles ont été pour vous les scènes les plus délicates à tourner ?

­ Il est toujours délicat de dévoiler des émotions devant plus de cinquante personnes qui sont en fait cinquante étrangers. C’est d’une impudeur totale, et l’on se déteste pour ça, mais on est engagé pour le faire et le besoin de tourner, jouer, l’emporte sur le reste.

Vous éprouvez pourtant du plaisir quand vous montez sur scène, exposée à des milliers de regards…

­ C’est un plaisir suicidaire, me concernant. Pourtant, cela me manque terriblement, la scène, l’autre… Ce paradoxe de l’artiste est très réel : avoir un désir névrotique de lumière et cette envie de se cacher. Je bascule constamment entre ce désir et ce refus. L’un ne peut pas exister sans l’autre, l’un nourrit l’autre. La notion de plaisir semble totalement abstraite pour moi. J’ai besoin du regard de l’autre, besoin de ces deux métiers pour vivre. C’est ma vie. Je refuse la tricherie. Le jour où j’aurai la sensation de ne plus ressentir, de ne plus être capable de donner, je m’effacerai.

On retrouve dans « Giorgino » un univers qui est, semble­t­il, très cher à Laurent Boutonnat et à vous­même. Comment décririez­vous cet imaginaire ?

­ C’est un monde troublé et troublant, et j’espère plein de poésie. Avec Laurent, nous aimons les paysages enneigés ­ je suis née au Canada. Je suis attirée par les relations, les sentiments difficiles. Tous les deux, nous sommes instinctivement attirés par les contes cruels, par l’irrationnel. Tous deux, nous refusons dans le fond le monde des adultes. J’aime les animaux, j’aime la folie, par exemple celle des paysages fracassés où le regard ne peut pas se promener calmement. J’aime aussi la mouvance permanente, l’énergie sans repos possible. J’aime tout ce qui porte au rêve.

Quels sont les cinéastes qui ont marqué votre imagination ?

­ giorgi-01-aDavid Lean reste mon préféré, ou un de mes préférés. Le personnage de Catherine me fait parfois penser à celui de « La fille de Ryan ». Jane Campion a fait un chef­d’œuvre, « La leçon de piano », ses premiers films sont magnifiques aussi. David Lynch, « Witness » de Peter Weir, un film parfait, le sujet, sa façon de filmer, son choix des acteurs, tout…J’adore le cinéma de Bergman, j’adore Oliver Stone. Dans un tout autre genre, « Batman II ». Steven Spielberg, bien sûr, et tant d’autres… J’aime les projets ambitieux, les metteurs en scène qui ont une démesure, une folie, comme Kubrick. J’aime les fous…

En littérature, vous appréciez Cioran…

­ C’est un homme qui parle si bien de ‘l’inconvénient d’être’, et qui par son cynisme arrive à nous faire rire.

J’aime son autodérision : tout ce qu’il exprime est bien au­delà du désespoir. C’est si justement formulé, cruellement drôle, si bien écrit. Il a enlevé toute poésie, tout romantisme à la ‘dépression’, à ‘l’anéantissement de l’être’, ce qui rend tout plus violent encore. C’est aussi un homme très séduisant !

Comment Laurent Boutonnat vous a­t­il dirigée ?

­ Sur le plateau, il donne des précisions techniques. En ce qui concerne le jeu, il m’a laissé une grande liberté, il m’a donné des indications ponctuelles. Laurent sait installer un certain climat utile pour les scènes à jouer. Il n’y a pas eu réellement de discussion sur le personnage : j’ai lu le scénario et je pense qu’il savait que je savais ce qu’il voulait pour Catherine. Sur le tournage, c’était « Moteur, action ! » et on partait. Après la prise, il donnait son jugement : « Ca va » ou « Ca n’est pas tout à fait ça, on la refait ». Cela tient au fait que nous nous connaissons parfaitement. Avec les autres acteurs, Laurent était plus volubile, je crois.

A vos yeux, quelles sont les principales qualités de Laurent Boutonnat ?

­ Sa démesure, sa perception du sentiment en général. Avec sa caméra et ses mots, il arrive à exprimer les troubles que l’on a en soi. Il est poétique. Pour moi qui ai suivi cet accouchement, je peux dire que Laurent va au bout, vraiment au bout des choses. Il travaille comme un acharné. Bien sûr, c’est pour lui qu’il le fait, mais il refuse de baisser les bras quitte à en payer le prix. J’aime ça. Et puis, cette manière de filmer, il y en a si peu qui ont ce vrai talent, cette maîtrise. Laurent fera partie, je crois, de ces quelques metteurs en scène qui ne laisseront jamais indifférent.

Que pensez­vous de Jeff Dahlgren ? Quels ont été vos rapports sur le tournage ?

­ Magnifiques. Le choix qu’a fait Laurent me paraît tellement juste : c’était lui et personne d’autre. J’aime sa façon de jouer, très économe. Il me faisait parfois penser à James Dean. Et puis, il est devenu mon meilleur ami…

Après « Giorgino », quel sera votre prochain rendez­vous avec le public ?

­ Probablement un album, ou peut­être un autre film. J’attends que le réalisateur veuille bien délaisser ses caméras pour reprendre son piano.

Publié dans Mylène dans la PRESSE, Mylène et GIORGINO | Pas de Commentaire »

 

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