La jeune fille et la mort : Mylène en parle

Posté par francesca7 le 28 février 2015

 

LE PROGRÈS – 4 OCTOBRE 1994

Entretien avec David TRAN

giorgi-07A propos de sa conception de l’existence :

­ Si je vous dis de but en blanc que notre vie est limitée et que chaque naissance n’existe que par rapport à la mort qui l’attend au bout, vous me trouverez sans doute étrange. Mais c’est vraiment ce qui m’angoisse ! Plus ça va, et plus ça m’obsède : plus j’essaie de trouver un sens à la vie, moins je le trouve. Ponctuellement, je crois posséder un espoir, mais je retombe aussitôt dans l’anéantissement. C’est pour cela que je crois sincèrement que la folie est un soulagement, parce qu’elle aveugle notre appréhension de la mort, même si elle n’est ni tranquille, ni anesthésiante.

A propos de son approche du métier de comédienne :

­ C’est important pour une actrice de puiser dans ses propres douleurs. J’ai sans cesse besoin de passer la frontière de la normalité. En même temps, c’est traumatisant car je dois faire face à un paradoxe qui est en moi : l’envie de me cacher et la volonté d’être sous les projecteurs. C’est un choix ambigu qui viole ma pudeur.

Je préfère les situations à hauts risques aux choses tièdes. La tiédeur tue l’art et me tuera si elle réussit à s’immiscer dans ma vie, c’est pourquoi je préfère les images violentes, conflictuelles, volcaniques.

A propos de Cioran, qu’elle admire :

­ Personne mieux que Cioran n’a su décrire l’inconvénient d’être et l’anéantissement de l’être. L’absolue violence de son langage est tellement au­delà du désespoir qu’il parvient à me faire rire.

A propos de la façon dont elle envisage la fin de sa carrière :

­ J’espère que j’aurai l’humilité et la clairvoyance de me retirer avant de m’effondrer. Jamais je ne me donnerai en pâture. Si je devais sombrer, je me cacherais. En aucun cas, je ne mourrai sous le regard des autres.

 

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