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Mylène Farmer métamorphosée

Posté par francesca7 le 17 janvier 2015

 

LE PARISIEN du 31 MAI 1996Entretien avec Alain MOREL

1996-09-bPubliée à l’occasion de la première représentation à Bercy du Tour 96, cette interview sera republiée, couplée à une nouvelle rencontre avec le même journaliste, cinq mois plus tard dans Ciné Télé Revue avec de nombreux passages coupés lors de la première publication. En février 1997, on trouvera également quelques passages retranscrits dans Salut, signés par un anonyme Kevin.

Voici la reconstitution de l’entretien intégral.

Vous avez entamé ce ‘Tour 96’ à Toulon, là où certains refusent de chanter, là où d’autres viennent pour s’exprimer. Etait­ce un choix délibéré ?

­ Non, si ce n’est celui d’une des plus belles salles de France. Sur scène, mon seul message c’est mon spectacle. Si je devais discourir, je le ferais ailleurs. Je sortirais des lieux communs détestables ! J’ai par ailleurs gagné un procès contre Jean­Marie Le Pen, qui utilisait un sosie de moi pour sa propagande. Je ne prétends pas non plus qu’un chanteur ne doive pas militer : je ne le fais pas et cela n’engage que moi.

Votre nouveau show est très spectaculaire. Est­ce pour vous protéger de l’intimité qu’impose un récital ?

­ L’analyse psychologique, il est trop tôt pour la faire ! (sourire) Je crois que je n’éprouverais pas de réel plaisir à être seulement derrière un micro. Mes envies de scène passent par ce goût du show à l’américaine, de ‘performances’, de polyvalence.

Une performance qui requiert une sacrée condition physique ! Vous la cultivez ?

­ J’ai fait appel à un préparateur physique, Hervé Lewis, qui m’a surtout entraînée à l’endurance : un peu de course à pied, de musculation, des massages et un régime alimentaire à base de sucres lents et sans Coca !

On vous dit végétarienne…

­ Je ne mange pas de viande, mais plus par goût que par convictions diététiques ou morales !

Qu’est­ce qui vous a décidé à revenir sur scène ?

­ Mon nouveau disque, le sentiment d’avoir fait le plein de sang neuf et la longueur de ces années sans le public.

Votre prestation semble plus généreuse, chaleureuse et optimiste, sensuelle aussi, qu’avant…

­ J’ai un peu changé de peau, je vous l’accorde volontiers !

A quoi dont­on cette évolution ?

­ Je me méfie du mot évolution, je lui préfère épanouissement. Depuis quatre ans, j’ai passé quatre ans à réfléchir, à me détacher de certaines choses, à ne m’attacher qu’au moment présent, à m’oublier au profit de l’autre, des autres. Après l’échec de « Giorgino », tout s’est encore accéléré : j’ai découvert le voyage et, ailleurs, le sentiment de vivre enfin en liberté, une sorte d’apprentissage de la vie qui vous fait vous sentir plus légère. Et puis, j’ai tiré grand profit d’une lecture bouleversante, un ouvrage de Sogyal Rinpoché, « Le livre tibétain de la vie et de la mort ». J’y ai appris quelques mots­clés, comme ‘impermanence’, l’idée que pour apprivoiser la vie il faut d’abord accepter la mort, celle aussi qu’il y a une vie après la mort. Si on les reçoit plein pot, ces idées­là font office de détonateur et lorsqu’on les digère, on sent en soi une énergie nouvelle.

Voilà enfin cette sérénité qui jadis n’était pas votre fort…

­ La sérénité, je ne l’ai pas atteinte. Il se trouve encore trop de chaînons manquants et je crains que le doute soit mon éternel compagnon de route, mais aujourd’hui ­ même si je ne renie pas Cioran ­ je remplacerais bien le cynisme par l’humour. Le nihilisme, c’est évidemment tentant face aux agressions de l’époque, mais son enivrement rend stérile. Une chanson comme « Plus Grandir », je ne pourrais plus la chanter. J’ai acquis des certitudes, comme celle du partage et je suis heureuse de terminer mon spectacle par un morceau d’espoir, de même que le colorer de blanc m’a inspirée, parce que c’est une couleur qui vous porte le haut.

Là, on flirte avec la religion, non ?

­ Le danger de la religion, c’est l’endoctrinement. Je considère le bouddhisme, avec sa légèreté et sa générosité, plus comme une philosophie.

Il vous a fallu beaucoup de philosophie pour oublier « Giorgino » ?

­ L’échec fait partie de ma pensée, il n’a donc pas provoqué de rupture. Je crois même qu’il a été un bienfait car il m’a obligée à fuir l’apitoiement sur moi­même et à boucler un cycle.

D’où votre affection pour cette phrase de Nietzsche : ‘Ce qui ne me tue pas me rend fort’ ?

­ Oui. Les difficultés de la vie, et principalement les déchirements entre les êtres, amènent à puiser en soi des forces insoupçonnées.

1996-09-dA dissiper les peurs, aussi ?

­ Non, mais les peurs c’est utile : elles vous dynamitent.

Vous voulez dire ‘dynamisent’ ?!

­ Oh, ça veut dire la même chose ! C’est un lapsus heureux ! (rires)

Et les excès, vous les revendiquez toujours ?

­ J’en aime certains comme j’aime la démesure. Je me méfie de la destruction et de l’irrespect de soi, mais je revendique le droit à la frénésie.

Aujourd’hui, de quelle culture vous nourrissez­vous ?

­ Je lis beaucoup, et pas toujours Sade ! (rires) J’écoute Bob Marley, Courtney Love et d’autres. Je regarde Planète et j’adore la peinture, Ernst ou Jérôme Bosch par exemple –mais je ne vous dirai pas si j’en achète !

Il paraît que vos voyages vous ont conduite à Bali…

­ Je n’y ai passé qu’un mois. Je me suis surtout partagée entre New York et Los Angeles.

Le soleil et les plages, c’est devenu votre truc ?

­ Les plages, non ; le soleil, oui ! Bien sûr, je ne pourrais pas vivre en Californie éternellement, mais de temps en temps l’espace, la surdimension, la qualité de vie quotidienne et même la perte d’identité, cela fait du bien. Et puis, à Los Angeles, j’ai aussi travaillé : enregistrer là­bas m’a galvanisée. Non pas que les musiciens y soient forcément meilleurs qu’ici, mais rencontrer d’autres gens, cela donne du punch à ce que l’on crée.

Qu’avez­vous pensé des gens du métier qui vous disaient finie ?

­ Les gens du métier, je ne les vois pas. Mon disque marche très bien : tant mieux.

Pensez­vous que l’image qu’on a de vous est juste ?

­ Il y a fatalement des erreurs, ne serait­ce que parce que le succès vous fige dans l’instant et parce que toute vision partielle est frustrante. Mais il ne faut pas trop s’attarder sur soi. Je communique avec les gens, je les ressens et je crois qu’au sortir de scène, je suis heureuse.

Sexy, vous l’êtes de plus en plus. Vous avez dit un jour que troubler était un jeu qui permettait de se détester un peu moins. A voir ce nouveau spectacle, vous devez commencer à vous aimer…

­ (sourire) Dire que je m’aime serait aller un peu vite en besogne, mais c’est vrai que j’accepte mieux mon enveloppe : je l’ai un peu rencontrée et je me sens plus prête à la partager. J’éprouve d’ailleurs une certaine fierté à porter de nombreuses tenues en scène et un réel plaisir à m’offrir.

Sur scène, vous mettez à un moment des hommes dans des bulles transparentes. Un de vos fantasmes ?

­ Qui sait ?! (rires) J’ai surtout voulu évoquer la matière plastique et les préservatifs. J’aime cette idée de bulle, de sécurité et de transparence. Mais le rêve, c’est quand même que l’on puisse très vite s’en passer !

Une autre chanson met en scène des drag­queens. On sait que la communauté gay vous apprécie beaucoup et on vous entend chanter dans « Pédale Douce ». Fascination ou militantisme ?

­ Je sais que je suis portée par la communauté gay mais il n’y a pas de philosophie là­dedans. La catégoriser, c’est déjà la différencier et je ne le fais pas. L’androgynie, plus on en parle et mieux c’est ! (sourire)

Qu’est­ce qu’on ne sait pas de vous ?

­ Que je ne sais pas du tout cuisiner ! (rires)

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Les orients d’une perle d’extrême Occident / Mylène F.

Posté par francesca7 le 17 janvier 2015

 

ANGELINE’S – NOVEMBRE 1996 : Entretien avec Mohand MESTIRI

1996-13-aA propos de sa chute de scène à Lyon quelques mois plus tôt :

­ Je me demande si ce n’était pas une bénédiction. Non, je voulais dire le contraire ! Une malédiction !

A propos du fait que son silence laisse le champ libre à toutes les interprétations :

­ Je préfère être un morceau de savon humide qu’on a du mal à saisir.

A propos d’un rêve :

­ Un rêve est ma seule mémoire d’enfance : un lit immense, des draps blancs. J’y suis blottie en position de fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, vraiment énorme. Il m’incombe de le couper, mais comment ?

Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant…

J’avais de vous une image d’espièglerie intelligente, saine et décapante. Sous la plume de mes confrères, il est question de morbidité, de voluptés décadentes…

­ Morbidité, mordre à la vie, le goût du néant répond à un goût d’absolu : un dessin animé comme « Bambi » est coloré de morbidité. C’est vrai que j’ai voulu évoquer le trouble, la confusion des sentiments. Je ne me justifie pas. Je ne me résume pas à des chansons, mais à travers elles ­ « Libertine », « Désenchantée, « XXL », « Sans Contrefaçon » ou « Sans Logique » ­ j’ai exprimé ce que j’ai réellement ressenti : oui, je me suis promenée un mouchoir dans le creux de mon pantalon ; oui, qu’on soit des filles de cocktails, des filles rares ou des fleurs de trottoir, qu’on fasse la une des magazines, toutes les filles ont besoin d’amour, d’un amour extra­extra­large ! Naguère, j’ai hanté les cimetières. Il y a toujours quelque chose de fascinant dans le spectacle de la fin, mais le mystère c’est que la vie ne connaît pas de point final. la fin marque l’aurore d’un monde nouveau à venir.

Maintenant, je me sens moins oppressée par la mort : d’une, je suis apaisée à l’idée qu’il y ait une vie après, deuxièmement la notion du non­attachement et de l’impermanence m’intéresse. Saisir l’instant, accepter les métamorphoses, l’éphémère, le mouvement… On a besoin d’amour, mais j’aime les dialogues silencieux, ceux que l’on entretient avec les livres, avec la poésie. Une présence humaine à ses côtés, c’est bien mais pas suffisant. Après le désenchantement, l’anamorphose : je suis en pleine renaissance !

‘Anamorphose’ ? Le Petit Robert ­ qui n’est pas infaillible ­ dit : ‘image déformée et grotesque donnée par un miroir courbe’…

­ C’est un grand angle. Pour moi, ce mot signifie à la fois une perception plus large du monde et un moyen de rassembler toutes ses impressions, toutes ses sensations en une seule image.

Dans vos chansons et vos clips, la violence est surtout dans la musique et l’image…

­ Quand la frustration est trop forte, je ne dirais pas ‘violence’, mais ‘énergie’.

Vous n’avez pas de souvenirs d’enfance, mais avez­vous envisagé d’être mère ?

­ L’idée de l’adoption me plaît. J’ai toujours été perturbée par la prolongation de soi, mais maintenant je peux y penser.

 

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