Mylène Farmer sur PULSE (Russie)

Posté par francesca7 le 17 décembre 2014

 

MARS 2000

1999-01-eEntretien avec Konstantin SOLOVUKH et Nadezhda KOZHEVNIKOVA

Pulse est un mensuel russe qui présente la particularité d’être publié en deux éditions : l’une russophone et l’autre anglophone. La traduction qui suit a été réalisée à partir de la version en  anglais. A la lecture de l’entretien, il paraît évident que celui­ci a été largement réécrit et que de nombreux éléments descriptifs et d’explication ont été ajoutés ici et là et attribués à la chanteuse. Néanmoins, la traduction est fidèle à la publication. L’article qui accompagne l’interview nous apprend que celle­ci a été réalisée à Paris le 21 février 2000.

Pourquoi votre Mylenium Tour est­il un événement du nouveau millénaire ? En quoi est­il différent de vos tournées précédentes ?

­ Je suis désormais plus tournée vers la poésie. Ce spectacle est plus romantique et lyrique et j’y chante plus de chansons lentes que d’habitude. D’un autre côté, il ne présente pas qu’un concept unique et cohérent : il met en scène deux héroïnes, moi­même et cette déesse qui me protège. Le célèbre artiste suisse Giger m’a offert cette gigantesque statue qui se trouve sur la scène et dont la tête et le bras sont articulés. A ce propos, si vous aimez le cinéma, vous associerez probablement Giger à des films fantastiques tels que « Stranger », « Dune », « Poltergeist 2 » et « Batman Forever ». Sa création rappelle la déesse égyptienne Isis qui représente la féminité et la fertilité. Elle est bien plus qu’un accessoire gadget, un décor impressionnant. C’est une actrice cruciale de mon barnum, cette messe païenne qui prend la forme d’un concert typique de ce qui se fait dans le show­business : la scène est recouverte de glace (sic !), des lumières multicolores clignotent et des confettis argentés tombent sur le public. Des effets de lumières artistiques et mystiques, crées par cinq tonnes d’équipement luminaire, insufflent la vie à la statue.

Apparemment, les critiques vous ont reproché votre goût pour le gigantisme. Vous amenez avec vous dix tonnes d’installation sonore et au total seize semi­remorques remplis d’équipements divers.

Est­ce ce qu’il vous faut pour être à la hauteur ?

­ C’est mon choix, mais gardez bien à l’esprit que la valeur humaine d’un spectacle n’a rien à voir avec le nombre de musiciens, de techniciens ou avec une montagne d’équipement. C’est l’artiste qui fait tout. Si l’artiste n’a rien à dire au public et manque de charisme, une accumulation d’effets sonores ou d’astuces diverses ne sauvera pas la mise. Vous n’êtes pas d’accord ?

Avez­vous des choses nouvelles à dire à travers ce spectacle ?

­ Je pense, oui. Il n’y a pas que ma coiffure ou mes costumes de scène qui ont changé ! J’ai vraiment changé, dernièrement. Je dois entrer dans une nouvelle phase de ma vie. Je ne peux pas vous confier plus de détails : j’ai pour principe de garder ma vie privée à l’écart de la scène. Tout le monde passe par diverses phases dans sa vie, vous savez. J’ai eu une période où j’étais très peu sûre de moi­même, mais maintenant je suis une personne différente : je garde plus la tête froide et je suis plus équilibrée.

Comment expliquez­vous cette transformation ?

­ Je ne sais vraiment pas. Plutôt que de tenter d’apprivoiser mon passé –j’ai eu une enfance relativement solitaire­ j’ai appris à ne garder que les souvenirs agréables, porteurs d’énergie. Une fois, en cours de catéchisme à l’école primaire, on nous a emmenés dans un hôpital pour enfants handicapés. Ce que j’y ai vu m’a marquée à vie. Je suis incapable de faire du mal à un être vivant, pas même à un insecte. Je ne mange pas de viande. Je ne me vante pas : chacun a ses forces et ses faiblesses et j’ai les miennes moi aussi.

Y a­t­il quelque chose que vous n’aimez pas particulièrement dans le show­business ?

­ Je déteste par­dessus tous les stéréotypes, je veux dire cette façon qu’on a de créer des stars formatées à la chaîne. La presse est à blâmer, également. Les paparazzis ne prennent jamais le temps de se renseigner sur ce qu’il y a autour d’un artiste, ils ne s’intéressent qu’aux plus bas détails : qui sort avec qui, combien d’argent gagnent les gens etc. C’est humiliant. Il y a une vie entière d’émotion derrière chacune de mes chansons. Ca me rend furieuse quand on titre ‘Mylène Farmer : les plus belles jambes de la chanson française’ !

Que pensez­vous de la scène rock et de la variété française ? Pensez­vous qu’elle est à la hauteur ?

Tient­elle la comparaison avec, disons, la scène américaine ?

­ Il faut que je vous dise que je me tiens peu au courant de ce que font mes confrères. Je suis d’un naturel plutôt conservateur. Je préfère la chanson française traditionnelle, comme Serge Gainsbourg ou Barbara.

J’aime écouter Jacques Dutronc et Serge Reggiani. Contrairement à la pop française, peu, sinon aucune, chanson américaine n’a de paroles inspirées ni dérangeantes. J’ai deux passeports, l’un français et l’autre canadien, et je me sens parfaitement bien des deux côtés de l’Atlantique. Je connais aussi bien le rock européen que le rock américain et je peux vous dire qu’il n’y a pratiquement pas de différences entre les deux : il y a des bons artistes et des mauvais artistes, c’est tout. Quant à être à la hauteur, si jamais cette notion peut s’appliquer à la musique, ça dépend énormément des circonstances. Il y a des artistes de langue française qui ont du succès aux Etats­Unis, comme Charles Aznavour, Céline Dion ou Lara Fabian là où de grandes icônes américaines ont totalement échoué en Europe. Si l’on se fie aux critiques, le grand temps fort musical de l’année dernière en France et au Canada a été « Notre­Dame de Paris », une comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, mais je ne l’ai pas encore vue. La chanson québécoise repose à la fois sur son héritage musical et sur une créativité apparemment sans limites : il suffit de nommer des canadiens –mes compatriotes­ aussi célèbres tels que Robert Charlebois, Daniel Lavoie, Diane Dufresne, Fabienne Thibault, Bruno Pelletier ou Garou. Je mets à part Félix Leclerc, que je place sur un pied d’égalité avec Georges Brassens et Jacques Brel. La variété française est internationale, aussi bien que la variété anglo­saxonne.

1999-01-aDans l’une de vos interviews, vous avez déclaré que ‘les hasards de la vie sont primordiaux : quand tout est dit et fait, c’est le hasard qui forge la vie’. Quels sont les hasards qui ont eu une incidence sur la vôtre ?

­ En vérité, je ne me souviens absolument pas d’avoir dit quelque chose de la sorte, mais bon… Le hasard principal dans ma vie a été la rencontre avec le compositeur et réalisateur Laurent Boutonnat. Vous savez, j’ai une formation d’actrice, j’ai fait une école de théâtre et si on m’avait dit que je ferai une carrière professionnelle dans la chanson avant que je ne le rencontre, jamais je ne l’aurais cru ! Laurent a vu en moi des talents cachés et à partir de ce moment, ma vie a pris un tournant radical. Il a également réalisé mes premiers clips, de vrais courts­métrages, en réalité. J’ai ensuite tenu l’affiche dans son long­métrage, mais malheureusement ça n’a pas été un grand succès public.

Autre chose en référence à une de vos déclarations passées : pensez­vous toujours que les animaux sont ‘plus humains que les humains’ ?

­ Cela dépend à la fois des animaux et des humains. Je suis introvertie, solitaire de nature, je sors rarement de chez moi. A la différence de beaucoup de gens, je n’ai pas besoin de beaucoup de rapports sociaux. Je ne regarde pas énormément la télévision, je lis beaucoup de livres en revanche.

Vous citez souvent Montaigne, Edgar Allan Poe et Baudelaire parmi vos auteurs préférés. Avez­vous lu des auteurs plus modernes ?

­ Vous savez, je ne suis pas focalisée sur un auteur ou un genre bien précis. Je suis une lectrice  omnivore, avec une nette préférence pour la poésie et les romans français.

Quel est votre avis sur la culture punk ?

­ Cela a été un moyen de bousculer les conventions. J’ai moi­même vécu d’une certaine façon comme ces punks, je ressemblais à un garçon jusqu’à mes quatorze ans : j’étais grande, très maigre et je ne portais que des pantalons. Plus tard, lorsque la nature a repris ses droits, je suis devenue plus en harmonie avec moi-même, même si parfois j’ai encore du mal à assimiler le fait que je suis une femme ! Mais si vous faites référence aux punks en rapport avec mes cheveux roux, ils sont naturels, ils ne sont pas teints. (sic !) Il en va de même pour mes tenues de scène : je fais la distinction entre ce que je porte sur scène et ce que je mets pour une réception ou pour aller au restaurant. La scène est un fossé insurmontable entre l’artiste et le public.

Je ne sais pas être provocante, je suis quelqu’un de très timide.

Vous aimez l’humour noir ?

­ L’humour noir est synonyme d’humour britannique pour moi. Cela m’évoque Winston Churchill. Il aimait le whisky et une fois, lors d’une réception officielle, il était plutôt éméché. Une femme de la haute société aux charmes douteux l’aborda alors et lui dit du haut de sa vertu ‘Mais comment osez­vous vous présenter dans cet état ?’, ce à quoi il répondit ‘Demain matin, j’aurai désaoûlé alors  que vous, vous serez toujours laide !’.

C’est la première fois que vous faites une tournée en Russie. Quel est votre rapport à notre pays, son histoire et sa culture ?

­ Si on regarde une carte, la Russie et le Canada ont manifestement beaucoup en commun. Vos hivers sont rudes et enneigés, comme le sont les hivers à Montréal, au Canada. J’ai toujours voulu en savoir plus sur votre pays. J’ai même appris le russe pendant trois ans au collège. Je me suis rendue en Russie une fois en tant que touriste : je suis allée à Moscou et à Saint­Pétersbourg, et c’est cette dernière ville que j’ai préféré. J’ai très hâte de m’y rendre à nouveau. Je suis toujours très impatiente avec mes concerts. J’espère que ma bonne étoile ne va pas m’abandonner !

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