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ROCK NEWS reçoit Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

AINSI SOIT ELLE ; AVRIL 1988 Interview  : Hervé Naguet

 

Cet entretien est d’abord paru dans « Rock News » puis le mois suivant dans « Pulsions », agrémenté de quelques questions supplémentaires et amputé d’autres. C’est la retranscription intégrale reconstituée qui est proposée ici.

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Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais revenir sur « Sans Contrefaçon » et te demander si, à choisir, tu aurais préféré être un garçon…
-La seule chose que je puisse dire, c’est que toute une période de mon enfance fut un ‘purgatoire’, c’est-à-dire que, dans mon comportement, je ne figurais ni comme jeune fille ni comme jeune garçon. Une chanson, c’est plus un plaisir et un amusement. Même si aborder ce sujet n’est pas un hasard, ce qu’il faut mettre en avant, c’est une chanson.

Combien de temps as-tu travaillé avec Laurent pour arriver à sortir « Ainsi Soit Je… »?
-Quatre mois de studio et, avec l’écriture des textes, l’écoute des musiques de Laurent, etc. on peut estimer cela globalement à cinq, six mois de travail.

« Ainsi Soit Je… »<:i>, ce n’est pas un peu mégalo comme titre ?! 
-C’est vrai que de dire et d’affirmer
 ‘ainsi soit je’ est une forme de mégalomanie mais, dans mon esprit, je ne l’ai pas formulé dans cette intention. Maintenant, chacun va interpréter comme il le sent. « Ainsi Soit Je… », c’est la présentation d’une jeune fille avec tous ses paradoxes et ses ambiguïtés. « Ainsi Soit Je… », c’est aussi l’univers d’Edgar Poe et, indirectement, celui de Baudelaire. C’est la présentation d’une personne et de sa personnalité.

Y a-t-il un fil conducteur dans « Ainsi Soit Je… » ?
-On me parle d’album concept, je comprends ce que ça veut dire sans trop le comprendre. Je peux en parler différemment, car j’ai écrit tous les textes et j’ai abordé des auteurs, des personnages et des thèmes qui sortent de moi. Quand je parle d’Edgar Poe, c’est parce qu’il est quelqu’un qui a vraiment fait partie de ma vie. Baudelaire, c’est encore autre chose.
 « Sans Logique », c’est le paradoxe satanique et angélique. Ma personnalité et ma dualité, c’est réellement ça. Je peux basculer très facilement d’un extrême à l’autre.

Quel est ton signe astrologique ?
-Je ne suis pas très portée sur l’astrologie, mais cette dualité intense s’explique peut-être par le fait que je sois Vierge ascendant Vierge, et qu’il y a une bataille permanente entre les deux.

Tu définissais « Cendres de Lune », ton précédent album, comme un disque d’ambiance plutôt que de promotion. Comment définirais-tu « Ainsi Soit Je… » ?
-Je n’aime pas définir quelque chose. Quand on répond à des interviews, on est un peu obligé de réduire les choses. Si je vous dis que le premier album était intuitif et que le second est beaucoup plus profond, c’est caricatural, mais c’est un peu vrai. Quand on fait une première œuvre, disque, livre, on veux parler de tellement de choses que c’est parfois un peu confus. Avec, un second album, on maîtrise mieux son œuvre.

images (13)Tu me parles d’Edgar Poe et de Baudelaire, ce sont deux auteurs étranges aux univers bizarres. Ce qui est frappant quant on parle de toi avec d’autres artistes, c’est qu’ils adorent ce que tu fais mais tu les inquiètes par ton côté un peu morbide…
-C’est vrai que la mort, la mère, l’infanticide, tous les thèmes tabous n’ont pas été tellement abordés et, quand on en parle, on dérange et on inquiète. Ce sont des sujets qui me passionnent et qui me tourmentent comme Edgar Poe, qui faisait ressentir à travers ses écrits toutes ses angoisses sur la mort et la peur du néant. Aborder ces thèmes dans une chanson peut déranger, voire choquer. Tout cela est dur à expliquer. Les gens ont l’air d’apprécier ce côté ambigu de ma personnalité.

C’est vrai aussi que ta promotion a l’air d’être extrêmement calculée…
-Oui, et c’est peut-être frustrant pour le public mais ça l’est aussi pour moi. Il est dur d’arriver à imposer sa personnalité et c’est facile de la détruire. Le jour où je déciderai de faire de la scène, de donner rendez-vous aux gens qui m’aiment, il se passera forcement quelque chose d’important pour le public et pour moi.

Qu’est-ce qui a changé en toi depuis un an ?
-Il y a une chose très importante, c’est le courrier. Je ne parle pas des demandes d’autographes mais des lettres qui font deux ou trois pages et qui vous disent des choses sur vous, sur la manière dont les gens vous perçoivent. Plus ça va, plus ce courrier contient des choses importantes qui me touchent réellement par rapport à ce que moi je propose. D’autre part, le succès change forcément les choses, plus par rapport à l’esprit qu’à la vie courante. Je crois que c’est un mélange d’angoisse et de plaisir qui sont décuplés, mais l’un ne va pas sans l’autre. C’est une jouissance qui vous meurtrit.

Pourquoi le choix de ne pas faire de galas ?
-Déjà, je n’aime pas les boîtes de nuit, lieu où se déroulent la plupart des galas. Je n’aime pas être au milieu du monde. Il faut être lucide : si les artistes font des galas, c’est avant tout pour l’argent et, bien sûr, je peux comme tout le monde en avoir besoin. Mais je ne ferais pas de galas pour cela car, pour moi, un gala c’est l’anti plaisir par excellence. Mon vrai plaisir, ce sera de faire de la scène.

Tu n’as pas l’impression de frustrer ton public ?
-Je ne crois pas, car il verrait une représentation qui ne serait pas mienne, que je n’aurais pas préparée.

Et ce rendez-vous ‘d’amour’, c’est prévu pour quand ?
-Un an, deux ans… En tout cas, pas au-delà de deux ans.

Le clip de « Sans Contrefaçon » a donné lieu à une rencontre surprenante, celle de Zouc et de Mylène Farmer. Comment cela s’est-il passé ?
-Je ne connaissais pas Zouc personnellement, mais j’apprécie énormément son personnage et ses spectacles. Elle a effectivement des points communs avec moi parce qu’elle a abordé, entre autres, le domaine de l’enfance et de ses problèmes, de la mort, de la naissance. C’est une femme impalpable, une artiste. C’est un personnage étonnant, dérangeant. La rencontre s’est déroulée au cours de l’émission
 « Mon Zénith à Moi » (diffusée le 10 Octobre 1987 sur Canal Plus, cf. cette référence, nda), et quand, avec Laurent, nous avons commencé à écrire le clip, le personnage de Zouc s’est imposé. Elle représente une sorcière, mais la sorcière dans son côté ambigu : on ne sait pas si c’est une fée ou une sorcière.

Ce clip marquait un changement dans le fond…
-Il y a eu trilogie avec « Plus Grandir », « Libertine » et « Tristana ». Ensuite, il était nécessaire de changer et cela s’est fait naturellement. Le clip de « Sans Contrefaçon »inspire plus de réflexion que les autres, qui étaient plus de très belles images et des scènes intenses qu’une histoire réelle sur un thème précis. Pour « Ainsi Soit Je… », la seule chose que je puisse dire, c’est que ça va être sobre, avec tout ce que ça comporte de difficultés.

Le clip, surtout tel que vous le concevez Laurent et toi, peut pousser au cinéma. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?
-J’espère vraiment que nous pourrons tourner un film ensemble, ce serait un beau cadeau. Maintenant, il n’y a rien de précis. Laurent a un projet qui va sûrement se concrétiser. Quant à moi, j’ai reçu des propositions mais rien de bien excitant. J’attends vraiment quelque chose qui me motive entièrement car j’ai vraiment la patience d’attendre. On fait des erreurs quand on n’a pas la force de patienter.

J’aimerais qu’on connaisse un peu mieux le côté personnel de Mylène Farmer, qu’on arrête de parler de la chanteuse pour parler de ses goûts et de ses aspirations. Pour toi, le look, la mode, c’est important ?
-Le mot ‘look’ me fait frémir, j’ai horreur de cette appellation. Quant à l’habit, c’est quelque chose que j’adore. Ma mère n’y est pas étrangère, elle adorait s’habiller et obligatoirement cela m’a marquée. Maintenant, l’aspect physique n’est pas toujours le reflet de l’aspect mental mais les chaussures sont très importantes et peuvent laisser transparaître une personnalité. 

Et la politique, tu réagis à ce qui se passe actuellement ? (lorsque paraît cet entretien, nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle qui vit François Mitterrand réélu, nda)
-Je peux avoir des opinions politiques mais je ne me prononcerai jamais, à part sur des choses très, très importantes où je pourrais profiter de mon personnage public pour faire avancer des choses, voire influencer des gens.

Justement, utiliserais-tu le fait d’être un personnage public pour soutenir une cause si on te le demandait ?
-Non. Il y a une chose que je trouve dommage, c’est qu’à l’heure actuelle de nombreuses émissions télévisées demandent des dons pour telle ou telle cause. C’est formidable, mais il arrive un moment où c’est trop, les gens ont des limites. On m’a souvent demandé de participer à des galas pour ‘X’ ou ‘Y’ : je dis non. Le jour où j’aurai envie de faire quelque chose, je le ferai directement sans que tout le monde le sache que j’ai fait un chèque de tant de francs. J’ai besoin de me respecter, et je ne pourrais pas faire autrement.

Comment définis-tu l’amour et comment le vis-tu ?
-Qui est capable de le définir ? C’est la chose la plus inabordable qui existe, c’est un mélange d’euphorie et d’horreur. Une fois de plus, je pense à Edgar Poe qui a écrit une nouvelle sur une femme qui est sans doute la femme idéale. Tous les superlatifs pour la décrire sont destructeurs et impalpables.

images (14)Arrives-tu à bien le vivre ?
-Ni bien, ni mal. Je le vis avec ce que je viens de dire, des moments d’euphorie et des moments terribles. Mais la vie, c’est ça pour tout le monde, artiste ou pas. On peut vendre des millions de disques comme être ouvrier et se lever le matin avec l’envie de te suicider. Le quotidien est la chose la plus difficile à vivre.

Quel est le mot qui te fait horreur ?
-La chose qui me tourmente le plus et qui me fait le plus mal, c’est la désillusion perpétuelle. C’est de vivre avec cette notion du dérisoire. Ca, c’est très dur à vivre.

Et le temps ?
-Il m’obsède. C’est un peu pour ça, le choix de « L’Horloge » de Baudelaire dans l’album. La fuite du temps, c’est horrible. 

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Mylène Farmer écoute la Musique

Posté par francesca7 le 16 novembre 2014

 

JUILLET 1988

images (10)Journaliste(s) : Françoise Cousteau

 

La journaliste Françoise Cousteau, qui signe cet article de ses seules initiales, réutilise ici l’entretien qu’elle a eu avec Mylène et qui était déjà paru partiellement dans Ici Paris le 13 avril 1988. Néanmoins, cette nouvelle parution propose une retranscription plus complète et légèrement différente de cette interview.
Nous faisons donc le choix de présenter de façon distincte ces deux références.

À propos de son enfance, puis de sa vie avant la chanson :
-Je garde de cette époque de vagues souvenirs enneigés…Il y a toujours eu une tendance artistique dans la famille. Mon grand-père était sculpteur et ma grand-mère se passionnait pour le théâtre et la peinture. Moi, quand j’étais petite, j’avais -et j’ai toujours- un grand amour pour les chevaux. À douze ans, j’avais décidé d’en faire mon métier. J’ai passé plusieurs concours, jusqu’au moment où j’ai compris que la pratique seule ne suffisait pas. Il y avait aussi le côté pédagogique… Et, malheureusement, ça ne correspondait pas à ma nature. Alors, j’ai bifurqué, abandonnant la direction chevaline.

Et comment es-tu passée de l’équitation à la chanson ?
-J’ai commencé par exercer plusieurs petits jobs qui me permettaient de suivre des cours de théâtre. Cela m’a été extrêmement bénéfique, car c’est en travaillant des auteurs tel Strindberg que m’est venu le goût de la lecture : ce fut une révélation. Adolescente, je lisais peu. Aujourd’hui, je lis de plus en plus. C’est de là également que m’est venu l’amour des mots. J’ai écrit toutes les chansons, ou presque, d’ « Ainsi Soit Je… », l’album qui vient de paraître.

Tes clips, « Libertine » et « Tristana » pour ne citer qu’eux, sont à chaque fois un éblouissement. Que représentent-ils pour toi ?
-Mes clips sont pour moi un véritable enchantement, une espèce de miroir. La vie de tous les jours m’ennuie, me fait même un peu peur. L’imaginaire est essentiel pour sortir de cette morosité, et c’est là que les vidéos jouent un rôle important.

Tu viens de dire que la vie de tous les jours t’effraie. Comment vis-tu ?
-Chez moi. Dans une prison dorée… J’ai de plus en plus de difficultés à me promener dans la rue. Je déteste aller au restaurant, sortir le soir, mais en même temps je ne pourrais pas un seul instant envisager d’aller vivre à la campagne. J’ai besoin d’être au centre de tout ce qui se passe. Au même titre, je n’aime pas les vacances. J’ai toujours peur de rater quelque chose quand je pars. Mais il ne fait pas pour autant en déduire que je suis la fée du foyer ! Je ne sais pas faire la cuisine, par exemple ! Si j’aime tant ma maison, c’est peut-être parce que j’y habite avec mes deux amours…

Deux amours ? Raconte !
-Non, non, je n’ai pas d’enfants cachés, ni de maris secrets ! J’ai deux singes, des sapajous capucins ! La mère s’appelle E.T. et le bébé, qui n’a que cinq mois, s’appelle Léon. Ils vivent dans une grande cage et le soir, avant de me coucher, je les installe dans un couffin. C’est probablement à cause d’eux que je n’aime pas trop m’absenter de chez moi, ça me culpabilise de les laisser seuls ! À part mes singes, j’aime les fringues. J’adore marier les couleurs. Je ne fais pourtant aucune folie par rapport à l’argent, sans doute à cause de l’éducation que j’ai reçue. Acheter une paire de chaussures reste encore pour moi un instant magique. Je déteste le gaspillage, et puis surtout j’ai peur d’être blasée par le fric !

Au début de notre conversation, tu disais qu’après avoir pris la décision de changer de carrière, en abandonnant ton envie de consacrer ta vie à l’équitation, tu avais suivi des cours d’art dramatique. En regardant tes clips, on s’aperçoit tout de suite que tu es parfaitement à l’aise devant les caméras. Tu n’es pas tentée par le cinéma ?
-Ce n’est pas que je sois pas tentée par le cinéma, mais en fait, il y a un seul film que j’aurais aimé tourner, c’est « La Fille de Ryan », le seul et unique rôle dont j’aurais rêvé. C’était, je trouve, le film le plus extraordinaire qui soit. Malheureusement, il est déjà fait… De toute façon, on verra bien ce que l’avenir me réserve.
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Quels sont les défauts et les qualités que tu apprécies le plus chez quelqu’un ?
-(Mylène réfléchit longuement avant de se confier) En ce qui concerne les qualités, ça me semble évident : droiture et intégrité. Mais revanche pour les défauts, c’est un peu plus complexe. Bien entendu le mensonge et la malhonnêteté me font horreur. Mais je crois quand même que ce qui me gène le plus, c’est de me trouver devant quelqu’un dont j’ai l’impression qu’il n’a pas d’âme, si vous voyez ce que je veux dire. Le creux, l’inconsistance.

Revenons-en un peu à la musique. Dis-nous Mylène ce que tu aimes écouter quand tu es tranquillement chez toi -dans ta prison dorée, si tu préfères !
-J’écoute beaucoup de musique classique, et j’adore les bandes originales des musiques de films. On en revient une fois de plus, je crois, à l’imaginaire. Mais il y a également des chanteurs que j’apprécie beaucoup et dont je ne me lasse pas. Renaud, Kate Bush, Serge Gainsbourg par exemple, ou encore Jacques Dutronc. En ce qui le concerne, j’avoue avoir une petite préférence pour le Dutronc d’hier, par rapport au Dutronc d’aujourd’hui…

Peut-on savoir quels sont tes projets pour les mois qui suivent ?
-Pour l’instant, je suis en pleine promotion et cela m’occupe à temps plein. D’autant plus que l’album « Ainsi Soit Je… » a reçu un accueil formidable, ce qui me fait un énorme plaisir. Donc pas de vacances ! Mais cela ne me prive guère, comme je vous l’ai déjà dit. Pourtant, j’aimerais quand même voyager pour découvrir certains pays. L’Inde par exemple, particulièrement, j’adorerais y aller un jour. On verra plus tard ! Aujourd’hui, tout va bien comme ça. Je suis ainsi faite que je préfère travailler plutôt que me reposer, alors je suis comblée. Je suis d’un naturel optimiste, j’ai confiance.

 

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