Mylène par Mylène PERFECT

Posté par francesca7 le 11 novembre 2014

 

 

Comme l’indique le titre de ce long article, Mylène parle d’elle-même, comme si elle dressait son propre portrait. Et ceci sans l’intervention du journaliste qui a ainsi rédigé son entretien comme un long monologue, retranscrit ici tel quel.

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images (11)-J’ai toujours adoré les déguisements, d’ailleurs qui ne les aime pas ? Enfants, nous passons notre temps à nous déguiser, à jouer des personnages : les belles princesses, les princes charmants, tous liés à l’innocence de notre jeunesse. 

On s’imagine l’amour, et on en devine que les contours. Certains jours, on s’aperçoit que nos princes charmants ne sont que des princes navrants, des Arlequin de love story. La vérité est en fait que le costume est un plaisir intense qui me pousse à me propulser dans des histoires antérieures, mêlées de mélancolie et de provocation. Où l’amour et la haine se déchirent en un combat meurtrier…

De ce fait, « Ainsi Soit Je… » s’est imposé comme la suite logique de « Cendres de Lune ». C’est à la fois un univers plus intérieur où la jeunesse, le temps et la mort se combattent. Baudelaire et Edgar Poe en sont les témoins intemporels, tout en étant très liés à mon propre univers. Ils ont dans leur œuvre une richesse inépuisable. C’est parfois morbide, mais j’aime aussi approcher la mort. 

Prenez « L’Horloge » de Baudelaire, c’est aussi en soi une projection de la mort. Imaginez ce balancier dans son mouvement incisif qui fouette l’espace et marque l’érosion du temps, la perte de la jeunesse, le flétrissement de la peau…Même si l’on vous dit qu’une ride dans un sourire est en fait une expression, inexorablement, ce mouvement balancier vous emporte vers le souffle suprême qui s’appelle…la mort. 

La mort, je la vois apparaître comme quelque chose d’angoissant. Une étape inconnue. Mais une inconnue que j’imagine magnifiée et magique, qui toujours nous renvoie vers ces liens existentiels que sont le bien et le mal. 

-Quand j’étais enfant, j’avais beaucoup de mal à imposer mon visage de jeune fille, je tenais le rôle du garçon. L’histoire du mouchoir roulé en boule est une histoire vraie, que j’ai transposée en chevalier d’Eon dans une époque qui m’est chère. En fait, j’avais beaucoup de mal à exister en tant que femme. Je n’aime pas expliquer ‘je suis comme ci ou comme ça’. On me voit en perverse romantique, en libertine ou en princesse tristesse… L’idéal serait d’écrire et de chanter ce qui nous est propre et de ne jamais en briser l’image par nos apparitions. Il est dommage d’expliquer les pourquoi et les comment…
Enfant, quand on est propulsé dans le cosmos, on a très peur de la vie. Je pense notamment à cette scène de Schlöndorff, dans son film « Le Tambour » : le refus de naître, la peur de l’inconnu extérieur. C’est un peu la projection de la chanson « Plus Grandir »

À l’inverse, quand on vieillit, on a très peur de la mort. Pour moi, la notion du temps, c’est la notion de peur. Baudelaire était un visionnaire quand il écrivit : ‘Souviens-toi que le temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi’. C’est plutôt quelque chose d’optimiste par rapport à ce poème. En réalité, j’ai à la fois peur de la vie, mais je crois qu’il y a une justice divine liée à des perceptions très profondes. 

-On me parle souvent de mon côté exhibition et provocation, de la projection de mon corps mis à nu. En fait, j’ai l’impression que je ne m’en rends pas compte. Si je le fais ainsi, c’est que je sais qu’il n’y aura jamais de trahison quant à la façon de me filmer ou de me percevoir de la part de Laurent Boutonnat. Je pense que l’on a évité toute vulgarité, tout voyeurisme gratuit, spécialement dans « Pourvu qu’elles soient Douces ». On a atteint une espèce de vraie sensualité, totalement différente de celle de « Libertine », qui elle était beaucoup plus violente. 

C’est vrai que la nudité est quelque chose de difficile en soi, mais c’est aussi ce paradoxe qui existe en moi : c’est savoir que je peux être complètement introvertie et que peut-être pour moi…enfin, je ne sais pas…mais présenter un corps de cette façon-là n’est réellement pas un problème, car il a une utilité par rapport à une histoire, et ça aurait été ridicule de ne pas s’y essayer. 

images (13)-Avec le recul, depuis quatre ans, et avec le succès, j’ai tendance à me méfier de tout le monde. Mais vous savez, avant, je me méfiais surtout de moi. Je me faisais très peur. J’ai des relations souvent difficiles, parfois même une incommunicabilité avec les hommes. Je suis sûre que c’est lié à mon enfance, au manque d’autorité masculine à l’époque, d’où, aujourd’hui, la perte d’une certaine confiance dans les rapports et un énorme doute de soi que je ne veux surtout pas analyser. Je suis quelqu’un qui a une âme peuplée d’appréhensions qui ne sont pas calculées. Si l’on pouvait calculer ses doutes, ce serait merveilleux. C’est vrai que l’on peut douter tout en étant conscient du potentiel que l’on a à l’intérieur de soi, j’en suis aujourd’hui convaincue. On peut avoir cette volonté de faire ce que j’ai fait depuis quatre ans. Là, je vous parle essentiellement de moi, et non pas de ce que l’on peut percevoir. C’est-à-dire ne faire aucune concession, mais être toujours habitée par ces mêmes doutes mais surtout, et avant tout, d’une énorme volonté. 

Prenez l’amour. L’amour et la volonté de vivre l’amour. Je pense que l’amour est la façon la plus douloureuse de vivre sa vie. Je ne me rappelle plus qui disait L’amour est un grand bonheur inutile’… Pourquoi inutile, je ne le sais pas, mais c’est à la fois un moment d’extase et de grande désillusion. L’amour est pour moi la recherche d’une sérénité intérieure. Malheureusement, je ne suis pas très optimiste, bien que l’on puisse aussi se voiler la face. L’amour est douleur et beauté mélangées, le moteur essentiel pour vivre, exister et créer. 

C’est aussi lié aux belles choses, sans être matérialiste. Avoir la passion du beau, par exemple : pour les voitures, spécialement les voitures anciennes. L’odeur du cuir, leur linge, tout ce qui est agréable à l’œil et le plaisir de caresser la carrosserie d’une Bentley ou d’une Jaguar. C’est une sensation forte où la notion de vitesse est exclue, c’est essentiellement porté sur l’esthétisme. 

Comme les sculptures de Rodin, l’enchevêtrement des corps, les formes rondes, le poli de la matière et l’âme qui s’en dégage…

Giacometti est pour moi l’expression de la mort en permanence. Je ne sais pas si c’est qu’il a voulu dégager, mais c’est ce que j’ai ressenti très fort en moi. 

Turner, pour la peinture et les couleurs. Les couleurs vous envoient au cœur des sentiments, un énorme rapport avec les sensations de la vie. 

J’aime le sang, le rouge sang. Autour de moi, il y a toujours beaucoup de sang. Le sang est symbole. Un bain de sang ou un bain de boue, ça peut être une sensation merveilleuse d’évoluer dedans. Je sais, c’est choquant. C’est aussi très attirant. C’est une très belle matière et une belle couleur, comme le pourpre et le noir. 

-Je crois qu’il est bon de casser les tabous. Beaucoup de personnes l’ont fait dans la littérature. Il est vrai que dans la chanson, c’est plus difficile, mais on s’aperçoit que le public est prêt à l’accepter, quitte à en être choqué. Mais il est évident qu’il y a aussi une demande de la part du public, ou sinon comment expliquer le succès ? Quand le public m’écrit, il me parait évident que tous ces tabous prennent une vraie valeur thérapeutique. 

Je ne pense pas que le fait d’exhiber son corps suscite instantanément le désir auprès des hommes. Quand je me regarde, j’ai plutôt tendance à me faire peur. Peut-être que si j’étais un homme, j’aurais une attirance, mais je ne sais pas… Je n’ai pas l’impression d’être un objet du désir, ou alors je dois me voiler la face inconsciemment, je refuse peut-être cette image. Je n’ai pas la notion de vérité ou du savoir par rapport à la réalité d’un regard masculin. 

L’homme a besoin de la femme pour exister et créer. Je ne suis pas sûre du contraire. Avec Laurent, par exemple, je pense que je lui apporte beaucoup, sinon avec le temps, cela s’essoufflerait. Je crois être honnête et lucide par rapport à moi-même, et que le jour où ça n’existera plus, il faudra que je passe à autre chose. 

-En tant que femme, l’amour reste pour moi la quête d’un idéal et d’une certaine autorité de force et de protection. Une dualité avec soumission et parfois une envie de faire mal, de couper la tête ou autre chose, de céder et de ne pas céder. 
Les rapports se font dans la douleur. C’est parfois très dur, mais c’est aussi un grand bonheur de parler de ses meurtrissures. 
Les hommes qui me séduisent le plus sont les hommes de tête et d’un certain âge : l’homme de 35, 40 ans est pour moi l’homme idéal. C’est sûrement mon complexe œdipien qui ressort. Aujourd’hui, mes critères de beauté changent de plus en plus. Auprès des homosexuels, j’ai beaucoup d’affinités. Peut-être est-ce à cause de ma timidité…

Je ne pense rien de l’homme-mannequin. Ce n’est pour moi qu’un plaisir visuel sur papier glacé. Mais je crois que ces hommes en souffrent, car toute leur vie est régie par un seul critère : leur physique. 

-Je ne peux que remercier la vie de ce qu’elle m’a donné, ce qui ne m’empêche de ne pas me trouver jolie, ce qui va à l’encontre du fait que je me dénude dans mes clips. 

Je suis narcissique, consciemment ou inconsciemment on cultive son image. C’est comme un miroir. Pour moi, le miroir est une chose fondamentale dans la vie. Si je n’ai pas mon reflet dans les douze heures, j’ai l’impression d’en mourir. Mais ce n’est pas une complaisance que de se regarder dans un miroir. On y voit aussi beaucoup de défauts. C’est peut-être la peur de se perdre…

En règle générale, je sais ce que je représente au niveau de l’image publique, et je sais ce que je suis. Je ne pense pas en souffrir énormément. 
Si aujourd’hui j’aime le milieu du cinéma et le métier d’actrice, c’est que pour moi le plateau de tournage est devenu un lieu de prédilection. Je suis une autre identité qui s’oublie sans jamais vraiment s’oublier. 

-Les lieux de retraite sont importants comme se sentir bien chez soi. Ma chambre est aussi un de mes lieux de prédilection. Je l’appelle ‘mon caveau’, sans aucun côté morbide, tout simplement parce qu’elle est très sombre. La lumière me dérange et m’angoisse, au même titre que je n’aime pas le soleil. On dit que le soleil est synonyme de sourire, et pourtant je ne souris images (14)pas beaucoup. Je traduis mes joies d’une autre façon : une larme m’émeut plus qu’un sourire. D’ailleurs, une larme est un sourire. 

Le fait de vivre dans une pièce obscure est un plaisir qui m’est propre, comme celui de partager ma vie avec E.T et Léon, mes deux singes que je considère comme mes enfants. C’est un plaisir maternel. Les singes sont des animaux qui ont énormément besoin d’affection. J’ai les mêmes angoisses qu’une mère à l’égard de ses enfants. Un singe est très dépressif. J’ai très peur qu’ils tombent malades. Quand je les entends éternuer, je ne sais plus quoi faire, même si je sais que c’est normal. Si j’avais un enfant, je ne pourrais jamais lui offrir une paire de patins à roulettes, je serais une mère invivable. J’ai ces mêmes angoisses vis-à-vis de E.T et Léon. 

Ensemble, de par leur caractère, ils me ressemblent un peu. E.T est la plus réservée, elle n’offre pas son amitié à tout le monde. Elle est à la fois très attentive et caractérielle à souhait. Léon est plus jeune, on dirait un Pinocchio. Lui, il a besoin de contact, il est très doux. 

Entre nous, c’est un dialogue perpétuel, il faut vraiment le voir pour le croire. Il se passe des choses magiques. Dans les moments de grande tristesse, c’est vers eux que je me retourne. Certains préfèrent les hommes, moi ce sont les animaux, même si dans la douleur on est profondément seul. E.T et Léon ne jugent pas, c’est un dialogue affectif sans un mot, car les mots, bien souvent, c’est ce qui fait le plus mal. 

-C’est comme la tolérance et l’intolérance. Avant, j’avais une façon hâtive de juger les gens. J’étais une rebelle, une instinctive. Je pensais ne jamais me tromper, jusqu’au jour où je me suis trompée. J’apprends à comprendre, j’essaie de m’ouvrir vers d’autres personnes, j’essaie d’être plus tolérante. Mais c’est si difficile, la peur des autres. C’est comme pour l’amour : j’aimerais tout vivre en une heure, dans un moment intense, et ne plus subir l’érosion du temps sur l’amour et les choses de la vie qui s’installent au goutte-à-goutte. C’est peut-être un de mes fantasmes : tout vivre vite et fort. 

Chez un homme, j’aime la fidélité de l’esprit, et surtout du corps. Je ne peux envisager la possibilité de vivre avec quelqu’un qui me trompe physiquement. Quant aux hommes, à cet égard, ils vous diront que ce n’est pas la même chose. Pour eux, une femme s’ouvre et s’offre. C’est donc lié à l’esprit. A l’inverse, l’homme pénètre, ce qui est à leurs yeux moins lourd de symboles. Je ne suis pas vraiment en accord avec cette façon de penser. 

Ma vision de l’amour est plutôt une image d’Epinal. C’est sûr, j’ai des fantasmes, comme tout le monde, mais je ne recherche pas avant tout à séduire. Si je ressens une attirance très forte envers un homme, j’ai un rejet total, et là je sais ce que ça veut dire. J’ai une envie de castration, de griffer et de faire très mal parce que je sais qu’il y a une très forte attirance et que j’en éprouve le rejet.

Aujourd’hui, je ne pourrais plus vivre à côté de quelqu’un qui ne crée pas. Je veux en être à la fois le témoin, l’inspiratrice et l’actrice, ou sinon, je ne le peux pas. Est-ce que c’est ça, idéaliser ? Est-ce que cela existe à long terme ? Je ne le sais pas encore…

En fait, au lieu de toujours parler, on devrait accorder plus de place au silence. Ce sont en fait les plus belles phrases d’amour. 

NOVEMBRE 1988 - Journaliste: Jean-Francis Vinolo

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