MYLENE – LE CHOIX DES ARMES

Posté par francesca7 le 6 novembre 2014

 

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Aujourd’hui, ce que j’ai vécu a fait de moi celle que je suis. Il y a quelque chose de solide en moi, avec beaucoup de fêlures autour. Je connais mon mystère, mon secret. Je sais, au fond de moi, pourquoi j’ai tout occulté de mon enfance. Même si je suis très bas, cette force me sauve. 

J’essaie de plus en plus, et j’avoue que ce n’est pas facile, d’extraire de ma vie et à jamais, du ressentiment. Je ne guérirai jamais de mon enfance, du moins ce dont je me souviens. On peut l’analyser, prendre un peu de distance, pardonner. Les émotions demeurent. Enfouies mais entières. 

Qu’il me revienne des images ? J’essaye le moins possible ! Des blessures indélébiles restent gravées. Elles se recouvrent peu à peu mais le fond demeure. Je n’ai pas envie d’en parler davantage. De mon adolescence, je n’ai presque rien oublié. Ça a été une période difficile mais j’en veux moins à ceux qui m’ont fait souffrir. Eux aussi étaient prisonniers de leurs problèmes. J’ai pardonné mais je n’ai pas oublié. Je ne suis jamais arrivée au point où l’on peut regarder avec tendresse l

es souffrances subies. 

Aujourd’hui, je suis un peu plus en paix avec mon passé car, plutôt que de tenter de l’apprivoiser, j’ai appris à ne garder que les souvenirs agréables, porteurs d’énergie. On a des fardeaux à traîner : bien évidemment ; et des plaies ouvertes ont du mal à cicatriser. On a tous ses ombres, je les porte en moi et je les porterai jusqu’à la fin de mes jours. Avec le temps et le succès, je n’ai pas totalement apprivoisé mes peurs, mes souffrances. Non, et ce n’est sans doute pas grave. Ou très grave, je ne sais pas ! Je n’ai pas la réponse, mais j’ai certainement pansé des plaies. Il y a toujours ce mot qui revient dans le vocabulaire de chacun d’entre nous, c’est « faire le deuil de » : malheureusement, je ne crois pas qu’on puisse faire le deuil de quelque chose. On peut tenter de faire ré émerger la vie et des choses qui vous aident à tenir, qui vous aident à vous réveiller, qui vous aident à sourire. 

Mais tout ce qui est douleur, tout ce qui est doute, tout ce qui est  peur est là, ancré, ça fait partie de votre sang, de vos veines : c’est là. C’est  présent mais c’est sans doute nécessaire ou peut-être pas, mais c’est là ! 

C’est nécessaire à la création, ça aide à une certaine créativité. On apprend aussi avec la vie, avec le temps, ses expériences. Là encore, tenter de laisser ses fardeaux de côté parfois, mais ça peut resurgir tellement vite. Mais raconter la nature de mes plaies… Parfois, elles sont précises dans mon esprit, et parfois elles sont très troubles, je n’en sais rien. C’est aussi le fait de n’avoir que très peu de souvenirs de mon enfance et j’avoue que c’est troublant pour moi-même. Et n’ayant pas fait appel à l’analyse… J’ai parfois rêvé de revivre sous hypnose, ou à l’occasion d’une psychanalyse, ces moments forts qui m’ont marquée pour retrouver à l’état brut l’intensité émotionnelle d’alors. Mais l’idée de la confession, devant un médecin comme devant un prêtre, me terrifie. Certains ont besoin de s’offrir un divan pour parler de leurs phobies et de leurs fantasmes. Je préfère les vivre seule et être mon propre psychanalyste ! 

Et tout cela n’ira irrémédiablement qu’en empirant. La psychanalyse m’intéresse d’un point de vue intellectuel, mais je n’ai pas le temps et je ne suis pas sûre d’avoir envie de ce genre d’introspection. Sans doute ai-je besoin de ça pour me comprendre. J’hésite encore, par peur peut-être. Par crainte aussi de tuer ma créativité, toute inspiration chez moi. Ce sont les douleurs qui suscitent les mots, qui donnent naissance à des chansons. Car mes doutes, mes émotions me permettent d’écrire et de chanter. C’est ma raison d’être. Mais la création, certainement, ne soigne pas. On peut sans doute guérir de ses névroses mais j’ai vu des gens encore plus névrosés après avoir consulté ! 

J’y ai pensé une fois, en 1994. J’étais en état d’urgence, je suis allé voir quelqu’un. J’ai arrêté la première séance. Je ne peux pas m’abandonner, la confession m’est vraiment impossible. J’éprouve une curiosité, mais si j’avais suivi une analyse plus complète ou si je le faisais en ce moment, je ne le dirais pas. Je me donne le droit de faire les réponses qui 

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m’arrangent. Il faut se méfier de mes déclarations d’un moment ! Les choses ne restent pas les mêmes, c’est un des enseignements du bouddhisme. Je crois avoir de toute façon fait toute seule un chemin qui s’approche de la psychanalyse. Il faut être seul à un moment donné. C’est plus un monologue qu’un dialogue. Et je n’ai pas très envie de connaître les raisons de mes angoisses. 

Il y en a sûrement : certaines que je n’évoquerai pas, d’autres que je ne veux pas savoir. Ce sont des pages effacées et, une fois de plus, peut-être que je n’en ai pas réellement la nécessité que de savoir le pourquoi du comment. Laissons ça dans l’obscurité. 

Un rêve est un de mes rares souvenirs : un lit immense, des draps blancs. J’y suis blottie en position de fœtus. Devant moi, un énorme cordon ombilical, vraiment énorme. Il m’incombe de le couper, mais comment ? Avec les dents ? Je ne suis qu’une enfant…

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

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