CE QUE MYLENE NE COMPREND PAS

Posté par francesca7 le 31 octobre 2014

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756_2010-10-02-13-29-35_Mylene-oui-mais-non-belleLes enfants  me font peur : leur innocence, leur cruauté me dérangent. Mais c’est aussi paradoxalement ce que j’aime chez eux. On leur pardonne, parce qu’on dit qu’un enfant est innocent. Je ne le crois pas. 

J’irrite beaucoup de personnes parce que je n’ai presque aucun souvenir de mon enfance. J’ai l’impression d’avoir méconnu cette période : je n’ai pas de réels souvenirs jusqu’à l’âge de quinze ans environ, et mon adolescence est en train de s’effacer. Jusqu’à l’âge de dix ans, c’est même le noir total et c’est douloureux. Je ne sais pas qui j’étais. J’ai conservé un regard tourné, « obsédé » vers le passé, c’est une chose dont je n’ai pas réussi à me défaire… Il y a des moments qui sont restés inexpliqués, ça se confond à un grand point d’interrogation. C’est comme un gouffre : rien. 

J’ai des trous de mémoire, c’est très perturbant. Cela correspond aussi à des sensations douloureuses bien que non concrètes et exprimables par l’anecdote. J’ai rencontré des personnes qui souffrent de la même chose sans être pour autant des déséquilibrés. Je peux m’en fabriquer, des souvenirs, mais je n’en ai pas de véritables. J’appréhende à chaque interview de devoir justifier ce trou noir. Parfois, je suis tentée d’inventer des souvenirs pour avoir la paix ! Je ne comprends pas comment on peut penser que j’ai inventé cette amnésie pour ne pas parler de mon passé. 

En matière de difficulté de vivre, je n’ai rien inventé : ça fait partie de moi. Je n’essaie pas de me créer un personnage, de créer un mystère.  Mes souvenirs me laissent en paix, puisque pour la plupart, je les ai oubliés… Enfouis… Égarés. On peut perdre la mémoire comme on égare ses bagages à la veille d’un long voyage. Le voyage est plus compliqué, mais plus léger peut-être… C’est une survivante qui vous parle ! Le peu qu’il me reste, ce sont de très mauvais souvenirs. Je ne veux pas jeter la pierre à mes parents, parce que j’ai pourtant eu des parents normaux et je viens d’un milieu aisé, mais j’ai été en manque affectif pendant mon adolescence. C’est l’origine de mon traumatisme. 

L’adolescence est quelque chose de terrible, sans rien d’apparent. Nous sommes tous d’abord des êtres très sensibles mais il existe une hypersensibilité, et que vous ayez dans le fond ou non cet amour, vous ne le percevez pas, ou peut-être pas à sa juste valeur, ou vous en demandez une Surproduction donc en ce sens vous allez souffrir. Je dois faire partie, si je peux  me caractériser, de cette catégorie d’êtres hypersensibles, donc difficiles. Par la suite, mes problèmes n’ont fait que s’amplifier, la fracture s’est élargie. J’étais devenue une étrangère à mes propres yeux et en même temps ces problèmes m’enivraient. Un cercle vicieux. 

Pourtant, je n’étais pas du tout une enfant battue ! J’ai maudit ma mère de m’avoir mis au monde et puis après je l’ai adorée. J’ai certainement rêvé très longtemps. Mais je ne suis pas du tout passéiste, ça doit aussi venir des parents. Je sais simplement que ce n’était pas une enfance malheureuse et qu’il n’y a pas eu un événement qui a fait que, tout d’un coup, j’ai été complètement bloquée et qu’il a fallu tout effacer. Peut-être  est-ce juste un désintérêt total pour moi, enfant… Je ne me suis jamais vraiment interrogée là-dessus. J’efface tout ce qui s’est passé hier. 

J’ai un don  pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.  

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

 

 

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