MYLENE – SOUVENIRS D’ENFANCE

Posté par francesca7 le 23 octobre 2014

 

 

12Je suis née à Montréal au Canada dans la province du Québec en 1961. J’ai grandi là-bas, j’y suis restée pendant huit ans et demi, et je me souviens simplement du nom « Sainte-Marcelline ». J’ai donc la chance d’avoir les deux nationalités, deux passeports : l’un français et l’autre canadien, et je me sens aujourd’hui parfaitement bien des deux côtés de l’Atlantique. 

Selon l’humeur, je suis Canadienne ou Française ! Mais ce n’est pas très pratique pour les impôts, je vous le garantis ! Mon père était ingénieur des Ponts et Chaussées, il était parti au Québec pour participer à la construction du barrage du Manicouagan. 

Je n’ai jamais eu l’accent. Ou en tout cas celui que j’avais un petit peu,  je l’ai perdu très vite ! Même en y ayant passé les huit premières années de ma vie, le Canada ne me manque pas. Très franchement, non. Je ne m’en  souviens que très peu. J’y ai vécu une enfance des plus normales dans un milieu relativement aisé. J’étais trop petite pour avoir des souvenirs exacts, encore moins pour être nostalgique. Juste quelques odeurs, quelques goûts. 

Mon premier souvenir, à Montréal très exactement : un petit autocar, un schoolbus, qui m’amenait à l’école. J’adorais ça. Mais j’ai toujours eu une aversion pour ces chansons qu’on entonnait tous en chœur dans les cars scolaires. En réalité, je n’ai jamais aimé les choses collectives. Je me souviens aussi de mon premier livre : « Oui-oui et les gendarmes ». Sans blaguer ! Le titre est génial, non ? D’ailleurs c’est peut-être pour cela que toute petite je voulais être gendarme. Mon premier film : « Bambi » de Walt Disney. C’est toujours mon film préféré. 

Ce qu’il me reste de mes premières années au Québec, c’est également la certitude qu’il est plus doux de mourir de froid que de chaud. C’est la neige qui me l’a dit ! J’ai ce souvenir idiot d’un univers de neige plus que de  soleil. Il y en avait un mètre, un mètre cinquante par hiver. J’ai un amour profond pour ce blanc immaculé, la neige, le froid. J’ai le souvenir de sa  blancheur, de sa froideur. Une sensation agréable. C’est le paysage que je trouve le plus joli. Ça embellit une ville, un pays. Ce goût pour la neige est probablement lié à cette époque. On m’a dit que j’en mangeais beaucoup ! 

J’ai été projetée dans le cosmos au beau milieu de la neige, et ces paysages-là me touchent profondément, sans doute aussi à cause de l’absence d’empreintes. J’ai toujours évoqué le froid dans ma carrière… Cela évoque la tristesse, la mélancolie, des choses qui peuvent être délicieuses. Parfois, on aime se faire du mal, il y a une sorte de délectation dans cet état-là. 

Appelez ça du sadomasochisme si vous voulez. Depuis, j’ai appris à aimer le soleil. Le souvenir de la neige donc, et puis le sirop d’érable quand même, parce que je suis très gourmande. C’est un goût que j’ai redécouvert en France, et c’est autant de choses qui font appel à des souvenirs. Être élevée au Canada, dans de grands espaces avec la nature tout autour, enfant cela me plaisait beaucoup. Je n’y suis retournée qu’une fois et extrêmement brièvement, donc c’était quelque chose que je ne qualifierais pas de très agréable. Ce pays me semble trop calme. 

J’ai reçu une éducation religieuse à la fois poussée et tout à fait normale. J’allais dans une école de sœurs, chez les Marcellines. J’avoue que je ne me suis confessée qu’une seule fois, c’était quand j’étais petite et j’ai eu un trouble. Mais je n’avais de cesse que de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme ! J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient quand je renversais mes desserts par terre. J’aurais bien aimé répondre mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Sincèrement, je n’ai pas souffert de cette éducation, bien que je n’aie aucune attirance pour ce milieu. On m’a absolument infirmé cette histoire racontée par un journaliste, où petite un putois m’aurait uriné dessus, que j’en aurais eu un grand traumatisme et que pour me laver de cet affront, ma mère m’aurait mise dans un bain de tomates. 

Donc voilà, c’était une très jolie histoire, un peu dramatique, un peu sulfureuse, mais ce n’est pas la réalité ! 

 

EXTRAIT du livre : « Mylène FARMER – une grande Astronaute » –  de Yannik Provost aux Editions Edilivre.

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