COOL avec Mylène

Posté par francesca7 le 13 octobre 2014

 

MAI 1987

1987-08-aAprès « Libertine », « Tristana » : une autre chanson stylée Mylène Farmer, avec toute l’originalité que ça implique…

- A ce sujet je ne sais pas quoi vous dire. Disons que c’est une chanson qui est différente de « Libertine », c’est une histoire simple. L’entrée en matière est difficile… (sourire)

La mélodie de « Tristana » a une couleur orientale. Hasard ?

- Pas tout à fait. On a essayé un petit peu de donner une couleur slave, une atmosphère d’Ukraine à la chanson. Bien sûr la flûte de pan, ce n’est pas vraiment russe mais cela contribue au climat. Et c’est aussi un peu oriental. J’aime bien les chansons orientales, elles sont souvent très belles.

D’où est venue l’idée de cette chanson ? Il y a un détonateur pour les écrire ?

- Non. C’est souvent à partir d’une mélodie qu’on travaille, donc déjà la musique donne l’atmosphère, l’ambiance sur une idée. Sinon, je n’ai pas de méthode d’écriture. Je travaille avec Laurent Boutonnat et on voit venir. Là, le sujet, ça pourrait être la mélancolie, le désespoir.

Le climat domine toujours dans vos chansons. Celui de « Tristana » est plus froid, plus mystérieux, que celui de « Libertine ».

- Oui, c’est un petit peu angoissant. Il ressemble à l’ensemble de l’album qu’on prépare. Ce sera pour septembre.

Une grande aventure, le clip. Racontez-nous.

- On a tourné dans le Vercors pendant 5 jours. J’ai adoré le tournage, différent de « Libertine ». C’est peut-être un peu orienté vers le cinéma, puisqu’il y a des dialogues et une durée de 11-12 minutes. C’était passionnant.

Toujours la même envie de passer devant une caméra ?

- Oui, cette envie que j’ai depuis toujours, mais à très bien gérer, donc avec patience encore.

Vous évoluer dans votre look, notamment votre couleur de cheveux a changé…

- Sur « Plus Grandir », mes cheveux étaient bruns, maintenant ils sont roux, donc après je ne sais pas. C’est vrai que ça évolue… j’allais dire toutes les deux semaines !

Ce sont des envies personnelles ou des exigences par rapport au métier, au côté personnage public qui doit séduire, surprendre ?

- Tout ça, c’est lié. Je ne sais pas bien expliquer le pourquoi du comment. Ce sont des choses qui se font comme ça parce que je pense que c’est une couleur qui me sied bien à un moment donné. Quant aux vêtements, c’est toujours le plaisir de s’habiller, donc de changer. Comme sur « Libertine », on avait beaucoup d’habits du XVIII ème siècle, sur « Tristana », j’ai axé un peu plus sur un univers russe.

Les danseuses en télévision, c’est pour fignoler le tableau dans le sens du spectacle ?

- Je crois que c’est venu comme ça, quand j’ai commencé moi à me pencher sur cette chanson et sur la façon de l’interpréter. J’ai alors tout de suite pensé à deux personnages à côté de moi, et en l’occurrence j’ai pris deux filles. Je voulais qu’elles aient un côté un peu rigide derrière moi, c’est-à-dire je ne voulais pas exploiter complètement la danse comme on peut l’entendre. Il fallait de vrais personnages.

Il y a une image de Mylène Farmer qui n’est pas soulignée énormément par les médias. Vous ne vous exprimez pas à tort et à travers par le biais de la presse…

- Non, parce que je n’aime pas ça, je crois. Il y a une maxime qui dit « Il faut briller par son absence », mais je pense que c’est bien de ne pas être toujours présente, et puis chacun voit ça d’une manière différente. Moi c’est vrai que j’aime bien le silence quelquefois.

Ca fait partie de votre équilibre ?

- Bien sûr. Je suis comme ça depuis ma tendre enfance.

Vous n’aimez pas trop être regardée, observée, questionnée…

- Cela dépend. C’est le plaisir de se produire devant des personnes mais de choisir ces moments-là. Qu’on en soit ou les acteurs, ou les voyeurs mais pas les victimes. Ca, non !

Vous suivez ça de près chez les autres ?

- Non, je lis peu les journaux. Je regarde de moins en moins la télévision, donc les interviews. Mais fatalement, on voit un peu ce qui se passe autour de soi. Je n’y attache pas une importance capitale.

Vous avez participé à l’écriture du scénario du clip ?

- C’est toujours pareil, on a travaillé ensemble Laurent et moi. Maintenant, le support de cette vidéo, ça pourrait être « Blanche-Neige et les Sept Nains ». Donc, il y avait déjà une colonne vertébrale, une traîne.

Après Laurent a fait le découpage. Comme il pratique le cinéma, ça va très vite visuellement, dans son esprit.

J’ai l’impression que vous suivez fidèlement votre direction sans vous préoccuper des modes, des courants pops ou autres…

- Je crois qu’on ne peut pas trop s’occuper de ce qui se passe ailleurs. Je ne conçois pas les choses comme ça. Ce ne sont même pas des questions que je me pose. C’est faire ce qu’on a envie, point final, et puis après les personnes le perçoivent ou non. Pour l’instant, c’est plutôt agréable.

Ca aide à se sentir mieux, ça donne de l’assurance ?

- Ca ne se passe pas réellement comme ça, ce sont des choses tellement minimes. Mais c’est vrai que ça donne une certaine confiance, certainement. Et puis on arrive au stade où ce n’est plus un 45-trs qui va être jugé, mais un ensemble de choses. A partir de là, les gens vous regardent d’une autre façon.

La réussite, l’envie de prouver, c’était un but depuis toute petite ?

- Il y avait une envie de sortir des sentiers battus, c’est évident. Un besoin de se faire remarquer sous telle ou telle forme. Envie d’exister à ma façon…

Si ça n’avait pas été la chanson ?

- Peut-être le cinéma. Si ça n’avait pas été le cinéma, pourquoi pas l’écriture, mais tout ça c’est dit ‘peut-être’.

Ca reste un des domaines artistiques avec l’envie de montrer quelque chose au public.

- Oui. Sinon je dis toujours après : élever des singes. Mais ça, ce sera une affaire entre les singes et moi, donc ça n’intéressera pas le public. C’est quelque chose que je pourrais faire aussi.

Qu’est-ce qu’on vous dit dans cotre courrier ?

1987-08-b- Il y a les sempiternelles questions sur l’acteur préféré, l’animal préféré, la façon d’arriver à ce métier et puis il y a des choses un peu plus profondes. Sans faire de généralités, il y a quand même des choses qui reviennent sur l’atmosphère que je propose à travers mes albums. C’est certainement des textes et des univers qui les touchent profondément. Et il y a beaucoup de personnes désespérées qui m’écrivent, et des témoignages qui sont vraiment émouvants. Autant, c’est vrai, j’ai quelque fois du mal à dialoguer, les lettres c’est quelque chose que j’adore. Je réponds toujours. Il y a des lettres auxquelles vous vous devez de répondre.

Cette confiance que les gens vous accordent, c’est quelque chose qui vous étonne, qui émeut ?

- Qui émeut, oui, qui peut bouleverser. Pour moi, c’est du domaine presque de l’inquiétant, parce que c’est la question ‘Qu’est-ce qu’un artiste ?’, ‘Qu’est-ce qu’il peut véhiculer ?’. C’est étonnant de pouvoir avoir cette espèce de pouvoir…

 

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