Mylène Farmer, chanteuse désenchantée

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

L’HEBDO AU FÉMININ (Belgique) 1er AVRIL 1991

 

Entretien avec C. TABATHA

1991-01-aVotre première tournée fut un triomphe. A cette occasion, vous avez aussi rencontré votre public pour la première fois : comment l’avez-vous trouvé ?

- Je ne suis toujours pas sûre de savoir à quoi ressemble mon public. Je sais seulement qu’ils ont en commun l’envie et la recherche d’émotions intenses…

Au milieu de cette tournée, vous avez sorti un 45-trs intitulé « A Quoi je Sers… ». Etrange interrogation de la part de quelqu’un qui est acclamé comme vous…

- Il serait prétentieux de me considérer comme une personne utile à la société –je veux dire vraiment utile. Je ne pense pas que des applaudissements, même s’ils sont une belle récompense pour un artiste, apportent une réponse à cette question.

Votre nouvel album s’intitule « L’Autre… ». N’est-ce pas une réplique au titre de votre précédent album, « Ainsi Soit Je… » ?

- Oui, mais ce n’est apparu qu’après la décision du titre du nouvel album. Cet autre pourrait être un autre moi même. Pas réellement un être physique, mais une présence qu’on a tous au dessus de nous, qui nous protège, nous guide et parfois se révolte contre nous. J’ai cherché un mot qui puisse inclure tous les aspects de cette sensation. Schizophrénie ? Le terme exact serait plus poétique, moins clinique…

Sur cet album, vous dites être d’une génération désenchantée. Pour la première fois, vous ne parlez plus seulement en votre nom…

- Je ne dis pas que nous sommes d’une génération désenchantée, mais que je pense appartenir à une génération de gens déçus par la vie. C’est une opinion personnelle, je ne suis pas un porte-drapeau.

Comment peut-on se sentir déçue par la vie lorsque l’on vend plus de deux millions de disques ?

- Le vrai bonheur est ailleurs. Je pense que beaucoup de gens se sont retrouvés dans ma façon de parler de la tristesse et de la mélancolie. Une vie professionnelle comblée ne répond pas forcément à toutes les questions que l’on se pose sur la vie, avec un grand ‘v’.

A la suite de vos fameux vidéo-clips, est-il vrai que vous préparez un film pour le cinéma avec Laurent Boutonnat, votre complice dans le domaine musical ?

- Oui, mais réunir le budget qui permettrait d’entamer sérieusement le tournage prend énormément de temps. En réalité, c’est le projet de Laurent, il m’est difficile d’en parler avant le premier jour de tournage. Pour l’instant, c’est son film plus que le mien.

Vous restez très secrète : qui sont vos amis ?

- Des artistes : peintres, stylistes ou photographes. Il y a un point commun entre tous mes amis proches : à un stade de notre relation, nous finissons toujours par travailler ensemble !

Pour la première fois, il y a un intrus sur votre album puisque la chanson « Regrets » est interprétée en duo avec Jean-Louis M urat…

- J’aimais beaucoup son univers et nous nous sommes écrit. Il a accepté de chanter avec moi, du coup j’ai écrit le texte de cette chanson en pensant à lui, à son écriture et à son amour des mots. C’est aujourd’hui un ami très cher.

Vous regrettez parfois de ne plus être un visage anonyme ?

- J’ai toujours voulu être connue ou reconnue, c’était ma raison de vivre. Je me débrouille pour que la célébrité ne me mette jamais dans des situations embarrassantes.

Pensez-vous que les gens trouvent dans vos chansons des choses que vous n’y aviez mises intentionnellement ?

- Oui, mais c’est normal. C’est même réconfortant. C’est pareil quand on voit un film ou quand on lit un livre. Quand l’auteur a fait son travail de création, c’est au public de faire le sien en utilisant son imagination.

 

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