Libertine et Mylène libérée

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

Entretien avec Dany JUCAUD du 6 DÉCEMBRE 2001

 

2001-01-aVous si mal à l’aise dès qu’un regard se pose sur vous, vos dernières photos (la série signée Ellen von Unwerth qui illustre le best of « Les Mots », nda) sont limite ‘porno chic’. Est-ce nécessaire pour vendre ?

- Il faudrait encore définir ce qu’on appelle porno chic. Il n’y a dans ces photos, que je sache, ni pornographie, ni nudité apparente. A ma connaissance – pour reprendre votre terme -, la pornographie n’a jamais été chic.

Elles sont tout de même provocantes…

- Je ne fais pas ce métier pour provoquer. Mais, parfois, certaines provocations sont synonymes de liberté.

Dans un spot télé qu’on vient de faire pour la promotion du best of comprenant les extraits de mes clips, il y a un plan de trois secondes dans lequel un homme soulève délicatement un drap avec une badine et découvre une paire de fesses. Les censeurs de la publicité nous l’ont fait couper sans donner d’explication. Quelle hypocrisie, alors qu’on nous abreuve toute la journée de violence ! Tout ce qui est tiède m’ennuie : le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression…Je ne suis pas naïve, je sais très bien qu’en publiant ce genre de photos je vais provoquer un certain type de réaction. Comme je suis la première à m’insurger contre la censure, je ne peux pas être mon propre censeur ! Je vais au bout de mes désirs.

C’est rare de vous voir sourire sur des photos…

- Ces photos ne représentent qu’une des facettes de ma personnalité – la plus osée, sans doute : Une femme qui revendique sa féminité avec peut-être plus de verve qu’une autre. C’est la situation qui me fait sourire, car cette femme sur cette photo c’est aussi tout le contraire de moi !

Vous ne pensez jamais aux détraqués qui fantasment sur vous ?

- Je préfère ne pas y penser, sinon je ne ferais plus rien.

Vous aimez qu’on vous regarde ?

- Je choisis mes moments. J’aime séduire avec les mots, avec les gestes. Si je n’aimais pas séduire, comment pourrais-je faire ce métier ?

Vous dites toujours que vous n’aimez pas vous censurer, vous êtes pourtant une malade du contrôle…

- Je sens une certaine agressivité dans votre question. Les deux ne sont pas contradictoires. Oui, je suis quelqu’un qui contrôle, mais pourquoi le contrôle serait-il condamnable ? Contrôler, c’est être aussi exigeant avec soi-même qu’avec les autres. Contrôler, ce n’est pas ignorer ni ne pas respecter le talent des autres. Je fais ce métier depuis dix-huit ans, j’ai très vite compris qu’il fallait se méfier car il y a toujours détournement : détournement de mes intentions, détournement de mes propos dans les interview s – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’en donne pratiquement jamais. J’essaie de limiter les débordements, les écarts, les mensonges. Plutôt que de passer mon temps à me justifier, ce qui n’est pas dans ma nature, je préfère le silence.

Est-ce qu’il ne vaut pas mieux parfois se tromper plutôt que de toujours être sur ses gardes ?

- Je me méfie d’une certaine nature humaine. Plus que tout, je redoute la trahison. Mais la méfiance n’exclut pas le don de soi. Peut-être m’a-t-on beaucoup trahie. Je ne sais pas, ou plus. Je n’ai aucun souvenir de mon enfance et mon adolescence est en train de s’effacer.

Je vous imagine très bien petite fille en train d’arracher les yeux de vos poupées !

- (elle éclate de rire) C’est vraiment comme ça que vous me voyez ?! Il y a un mois, je recousais les yeux d’un vieux lapin en peluche ! Et puis, il paraît que je préférais les camions aux jeux de petite fille et que je fabriquais, comme dans « Tom & Jerry », des petites bombes avec des bouchons de liège et une mèche que je mettais devant les perrons avant de partir en courant !

Cette histoire d’amnésie, c’est vrai ou vous l’avez inventée pour ne pas parler de votre passé ?

- Je ne comprends pas comment vous pouvez penser une telle chose !

Pourquoi ne vous autorisez-vous jamais à vous laisser aller ?

- Il n’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur…

Vous n’êtes faite que de contradictions. Vous êtes la plus grande schizophrène que je connaisse !

Lorsque je vous ai vue la première fois sur scène descendre du ciel à moitié nue, offerte au publique, vous si pudique, si timide, perdue dans vos profondeurs, j’avoue que j’ai du mal à recoller les morceaux de votre personnalité…

- Sur scène, j’arrive à oublier le regard des autres, peut-être parce que je sais que si les gens se donnent la peine de venir me voir, c’est parce qu’ils m’aiment. La vie m’a fait un immense cadeau : j’ai une force incroyable en moi, même si parfois je vacille, elle me permet de toujours rebondir.

2001-01-dDepuis un an, vos fans vous reprochent – je cite – ‘de le prendre pour des vaches à lait’ et de ne rien donner en échange…

- Ne faites pas d’un cas isolé une généralité. Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fanclub, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. Je ne me suis pas opposée à la publication de leurs journaux car ils étaient de qualité. Mais pour autant, leur destinée n’est pas de mon ressort et ils le savent très bien. En revanche, je suis toujours étonnée de voir certains médias reprendre indéfiniment les mêmes fausses informations.

M ais vous ne leur donnez rien !

- Je ne pense pas qu’on ‘donne’ nécessairement quelque chose en racontant sa vie dans les journaux. Je suis quelqu’un de très secret. Mon respect pour le public est sans ambiguïté : mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee-shirt ou d’un spectacle.

Quand je donne un concert, il y a un investissement colossal sur scène aussi bien émotionnellement que financièrement. J’offre exactement le même spectacle à Paris, en province ou en Russie

Dans un sondage, vous êtes, après Laetitia Casta, la personne qui gagne le plus d’argent dans ce métier : trente-cinq millions de francs par an. C’est vrai ?

- C’est aussi faux que lorsqu’on dit que je suis enceinte, que mon vrai prénom est Marie-Hélène ou que le magazine Marie-Claire affirme que je suis mère d’un enfant. L’argent me donne une formidable liberté mais ce n’est pas une fin en soi.

Vous gagnez plus ou moins ?

- Que Laetitia Casta ?

Vous refusez toujours de parler de votre vie privée, alors on l’invente !

- Dans ‘vie privée’ il y a privé ! Le mot est suffisamment éloquent. Je n’admets pas cette forme d’intrusion. Je suis comblée émotionnellement dans ma vie et dans ma carrière, je n’ai rien à ajouter.

Vous vous donnez, vous vous dérobez. Vous êtes consciente quand même que vous entretenez des rapports névrotiques avec la célébrité ?

- Je n’ai pas décidé de faire ce métier pour être connue mais pour être reconnue. Je n’ai pas à me justifier. On me reproche toujours mon prétendu silence, mais le silence est ma nature profonde. Ce qui est amusant, c’est que ce que certains aiment chez moi est en même temps ce que d’autres finissent par me reprocher. Alors, que faire ?!

Récemment, dans un dîner parisien, certains invités s’étonnaient – entre autres choses – de votre amitié avec Salman Rushdie…

- J’aime l’écriture. Ceux qui m’aiment le savent. Ils ne doivent pas être dans vos dîners mondains ! La culture a toujours eu une place très importante dans ma vie : j’aime Bataille, Cioran, Edgar Poe, Tchekhov, Baudelaire. La poésie me transporte. Comme je parle peu, je lis souvent.

Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et les évènements qui en ont découlé ont été un réveil pour beaucoup de gens. Et pour vous ?

- Je n’avais pas besoin d’une immense catastrophe pour me réveiller et me faire comprendre les urgences de la vie. Je ne passe pas une journée sans penser à la mort. Pour la plupart des gens, les cimetières sont chargés de tristesse. Pas pour moi : je les visite comme on visite des musées. Je m’y sens bien quand ils sont beaux. De même qu’un arbre calciné peut être aussi émouvant qu’un arbre en fleur.

Est-ce que je peux parler de vos activités silencieuses auprès des enfants malades ?

- (mal à l’aise) Pour quoi faire ? Ces moments sont des moments d’une grande richesse, très forts et trop rares aussi. Des moments bénis, des moments silencieux qui leur appartiennent.

2001-01-fVous venez d’avoir quarante ans. Vous projetez toujours une image de jeunesse. Il y a un moment où ça deviendra indécent…

- Il y a une grande part d’enfance en moi, peut-être que je ne dois pas la quitter. Je sais qu’il y a un âge où on ne peut plus faire le Marsupilami sur scène. C’est vrai que j’ai peur de vieillir. Ce qui est rassurant, c’est que quand les hommes parlent bien des femmes, ils disent qu’au-delà de la quarantaine elles sont en pleine possession de leur féminité.

Vous croyez que vous pourrez vous passer des applaudissements ?

- C’est une question cruelle, mais j’y pense parfois. Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change, non pas le fond de mon expression mais la forme. Je saurai ne pas faire le combat de trop. Partir avant de lasser…

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