Mylène et MON ZÉNITH À MOI

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

10 OCTOBRE 1987 Présenté par Michel DENISOT  CANAL +

Sur le générique de début, c’est la tradition l’invité de la semaine écrit le titre de l’émission sur une palette graphique. Ainsi voit-on à l’écran s’écrire « Mon zénith…à moi toute seule » de la main de Mylène, avant qu’elle ne signe.

On découvre ensuite le plateau : deux canapés qui se font face. Sur l’un Michel Denisot, sur l’autre Mylène Farmer, en veste blanche et pull gris, cheveux attachés en train de jouer avec un chimpanzé assis à ses côtés !

1

Michel Denisot : Bienvenue à toutes et à tous ! Après Jean-Jacques Beineix et ses fauves, c’est Mylène Farmer et sa chimpanzé qui font leur Zénith ce soir ! Mylène nous expliquera dans quelques instants pourquoi cette passion pour les chimpanzés. D’abord je voudrais rappeler que vous êtes installée dans le show -biz et dans le Top 50 depuis déjà trois ans, avec trois titres, trois succès, qu’on a une image peut-être encore un peu trouble de vous, en tout cas troublante ne serait-ce qu’à cause tous les clips que vous faits, une image assez troublante de Mylène Farmer. (…) Y a eu « Libertine », y a eu « Tristana » et puis vous aviez commencé avec une chanson qui s’appelle « Maman a tort » où vous étiez amoureuse d’une infirmière.

Mylène Farmer : (tout en jouant avec le chimpanzé) Absolument.

MD : Vous entretenez une espèce d’ambiguïté autour de vous ?

MF : Je ne sais pas si je l’entretiens. Je crois que ça fait partie de ma vie, cette ambiguïté, ce paradoxe.

MD : Alors, on commence par vos fantasmes. Votre fantasme c’est quoi ?

MF : C’est tout ce qui est paroissial. C’est vrai que c’est le prêtre !

MD : Le prêtre, c’est un fantasme qui va jusqu’au fantasme sexuel ?!

MF : Oui, ça pourrait aller jusqu’au fantasme sexuel. J’ai eu une éducation religieuse tout à fait normale mais je n’avais de cesse que de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme !

MD : C’est déjà arrivé ?

MF : Ce n’est jamais arrivé, je vous rassure tout de suite ! (rires)

MD : Ca peut arriver ! Ca arrive au cinéma puisqu’il y a une référence cinématographique qu’on va faire d’entrée…

MF : Absolument oui, on a pris « Les diables » de Ken Russel.

MD : « Les diables », où c’est l’histoire d’un prêtre qui a une vie sexuelle assez intense.

MF : Voilà. Ca se passe sous l’Inquisition et c’est un film merveilleux.

MD : Alors on voit un extrait des « Diables » et puis on est allés mener une enquête, on a demandé à deux prêtres, on leur a dit « Voilà, Mylène Farmer rêve de vous ! ». Alors d’abord l’extrait des « Diables » et puis la réaction au fantasme de Mylène Farmer. (rires de Mylène)

Un court extrait du film de Ken Russel « Les diables » est diffusé en VO. Aussitôt après, le père Jean-Louis Vincent et le père Alexis Baquet réagissent au fantasme de Mylène. Le premier élargit la question au rôle du prêtre dans la société moderne tandis que le second prend la chose avec humour et va même jusqu’à proposer un rendez-vous à Mylène ! Petite nuance cependant puisqu’il veut en profiter pour lui parler duChrist, précise-t-il !

MD : Le deuxième vous donne rendez-vous, mais quand même c’est pour vous ramener dans le droit chemin, si je puis dire !

MF : Dans le droit chemin, oui !

MD : Vous pensez quoi de ces réactions ?

MF : Moi je trouve ça plutôt séduisant ! C’est bien de se prêter à ce jeu-là, déjà, à cette interview . Maintenant, ça ne m’empêche de garder, de conserver ce fantasme !

MD : Et c’est un fantasme de petite fille que vous gardez ?

MF : Pas réellement de petite fille. Je crois que j’ai cultivé ça, et c’est vrai que c’est plus maintenant que ça ressurgit. Mais quand il dit (le premier prêtre, ndlr) qu’on est très éloigné de l’Eglise, au contraire : lors du confessionnal on est très, très approché, c’est très intimiste et c’est un moment qui est très proche pour les deux personnes.

MD : C’est très émouvant une confession ? Vous y allez pour le plaisir ?

MF : Moi je vous avoue que je ne me suis confessée qu’une seule fois, et là c’était quand j’étais petite et c’est vrai que j’ai eu un trouble.

MD : Vous n’avez pas envie d’y regoûter ?

MF : Non, pas dans l’immédiat, je vais attendre ! Je vais peut-être aller voir ce monsieur, alors ! (le second prêtre interviewé, ndlr)

MD : En plus, enfin j’y connais pas grand-chose, ils ont l’air bien !

MF : Absolument ! (rires) Mais moi j’aime bien le prêtre version avec l’habit de ville, comme dans « L’exorciste », avec cet habit comme ça, avec le col roulé !

MD : A plastron, costume de clergyman, quoi !

MF : Oui. Davantage, oui ! Parce que la robe, ça, non ça me gêne un petit peu !

MD : Bien ! Alors, l’histoire du singe : vous vivez avec un singe ?

MF : Oui, j’ai un petit singe. C’est un capucin, qui est beaucoup plus petit que celui-ci (elle désigne le chimpanzé à ses côtés) et que j’ai depuis deux ans.

MD : Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai une fascination pour cet animal parce que c’est du mimétisme avec nous, c’est fascinant.

MD : Vous avez filmé le singe chez vous. Il est beaucoup plus petit que celui-là, hein ! (gros plan sur le chimpanzé en train de jouer sur le canapé)

MF : Oui, beaucoup plus petit.

MD : Vous lui faites faire tout ce que vous voulez ?

MF : Tout ce que je veux ? Tout ce qu’il veut bien faire !

MD : Oui ?

MF : Oui c’est différent !

Une séquence absolument adorable est alors diffusée. Filmée chez Mylène en cadre serré, on y voit successivement ET dormir repliée sur elle-même, puis boire à même un verre à pied en le tenant dans ses petites mains. ET feuillette ensuite, assise entre les jambes de Mylène, un magazine avant de saisir un stylo, le décapuchonner puis gribouiller sur les pages, encouragée par Mylène. Elle tente ensuite de reprendre le stylo à ET mais celle-ci pousse des cris stridents et Mylène se résigne à lui rendre ! A l’aide d’un petit chiffon, ET se met ensuite à frotter l’une des chaussures de Mylène, puis elle lui donne un téléphone, ce qui permet à ET de jouer avec bonheur avec les touches mais aussi d’être très intrigué quand il entend la tonalité lorsque Mylène lui met l’écouteur à côté de la tête ! Séquence suivante, ET vide une boite d’allumettes sur le sol, en saisit une et la frotte contre le boîtier. Ce qui devait arriver arrive : l’allumette s’embrase, pour la plus grande peur d’ET ! Après une pause câlin, ET joue avec un ours en peluche puis Mylène lui donne un petit biscuit. C’est alors la fin de ce petit reportage maison.

MD : Vous préférez la compagnie des singes à celle des hommes ?

MF : Non, ce serait idiot de dire ça. Mais c’est vrai que je me sens vraiment, j’allais dire, très proche d’eux, vraiment très, très bien avec eux. J’ai une communication qui est très facile avec eux. J’ai le souhait un jour d’élever beaucoup de singes.

MD : Et pourquoi ? Parce que c’est plus facile à manipuler qu’un être humain ?

MF : Non, je crois qu’il faut pas essayer de faire de comparaisons. Simplement parce que j’aime cet animal, que j’ai une fascination vraiment pour cet animal.

MD : Alors vous avez choisi pour la partie musicale –c’est une émission où y a beaucoup de femmes ! (rires de Mylène) Y a qu’un homme qu’on va voir sur un clip, c’est Peter Gabriel tout à l’heure sinon j’ai remarqué, c’est quasiment que des femmes !

MF : C’est contre ma volonté, alors ! J’avoue que j’ai pas du tout…

MD : Ben c’est vous qui avez tout choisi, c’est pas moi !

MF : Oui, absolument mais j’ai pas du tout pensé à ça !

MD : Faut pas que je cherche d’explications à ça !

MF : Non, réellement pas !

MD : Alors les premières à chanter ce sont les Mint Juleps, qu’on commence à bien connaître en France, qu’on a découvert sur Canal déjà l’année dernière dans « Zénith ». Ce sont quatre sœurs et deux copines en fait qui chantent quasiment sans orchestre, et ça c’est assez fascinant. Pour vous, c’est ça la vraie chanson ?

MF : Non, j’ai pas envie de qualifier ça. Moi j’ai découvert cette chanson au travers d’un film publicitaire et j’avoue qu’après je les ai découvertes elles et que je les trouve très, très bien, oui.

2

Diffusion d’une séquence où sur le plateau de l’émission les Mint Juleps chantent « Every Kinda People ».

MD : (…) Vous avez commencé à chanter à quel âge ?

MF : Je vais répondre comme presque tout le monde : sous ma douche certainement très jeune ! Mais réellement, à 22 ans.

MD : Vous avez décidé d’être chanteuse à ce moment-là seulement ?

MF : C’est-à-dire que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai rencontré une personne qui m’a proposé cette chanson qui était la première, « Maman a tort », et puis après ma foi, c’est beaucoup de travail et puis…

MD : Sinon vous étiez partie pour faire quoi ?

MF : J’avais très envie, je suivais, moi, des cours de théâtre, donc j’avais très envie de m’orienter vers le cinéma ou le théâtre et parallèlement je suivais beaucoup de cours d’équitation. Donc j’avais cette dualité, je savais pas : peut-être l’équitation, peut-être le théâtre ou le cinéma.

MD : C’est vrai que jusqu’à l’âge de 14 ans on vous prenait souvent pour un garçon ?

MF : Absolument, oui ! Moi j’ai cette réflexion qui est gravée dans ma mémoire, c’était un gardien de l’immeuble

et j’étais allée chercher le courrier et il me demandait comme je m’appelais et j’ai répondu « Mylène » et il m’a dit « C’est très joli Mylène pour un petit garçon » très sérieusement.

MD : D’où le titre peut-être de la prochaine chanson qui va sortir bientôt !

MF : Vous êtes bien renseigné ! (rires)

MD : Qui s’appelle… ?

MF : Ce sera « Sans contrefaçon ».

MD : « Sans contrefaçon, je suis un garçon » !

MF : « Je suis un garçon » (sourire)

Pause publicitaire.

MD : (…) On va commencer avec les images d’actualité que vous avez choisies. Ce sont des images, je préviens tout de suite tout le monde, qui sont très, très dures. Pourquoi ces images très dures ?

MF : Parce que j’aime la violence.

MD : Vous aimez la dénoncer ou vous aimez la regarder ?

MF : J’aime la regarder.

MD : Vraiment ?

MF : J’ai, je dirais pas un plaisir sadique, mais c’est presque ça. J’ai une complaisance dans la violence, dans les images de mort presque, oui.

MD : Alors, là ce sont des images extraites d’un document d’Amnesty International, je crois. Ce sont des exécutions : on va voir des corps coupés. C’est troublant, ce que vous nous dites ! (alors que sont diffusées des images où l’on voit des hommes sur une potence : on les cagoule, puis ils sont pendus) C’est un plaisir que vous avez à regarder ça ?

MF : (par-dessus des images où l’on voit un cadavre puis une tête coupée jetés dans une fosse commune) C’est-à-dire qu’il faut faire attention à dire des choses comme ça mais c’est vrai que je dis que ce sont, moi, des images qui m’attire. C’est des choses bouleversantes, oui. Là on a vu des pendus, par exemple, j’ai toujours pensé qu’un jour je mourrai pendue. Ca, depuis très longtemps la pendaison me fascine aussi.

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo d’un homme exécutant un autre homme au revolver) Et là, celui-là c’est une exécution…

MF : Ca c’est une image, c’est dommage qu’elle soit statique parce que j’aurais bien aimé avoir le reportage parce que c’est l’appréhension de la mort, y a toute cette approche, y a cette personne qui va tirer…Enfin ça suscite plein de réflexions, c’est assez étonnant. J’aime bien voir ça.

MD : Mais vous êtes attirée par ça ? La mort vous attire, vous excite ?

MF : Je suis attirée…Je crois qu’il y a une forme d’excitation, certainement. Moi j’ai très, très peur de la maladie mais de la mort, beaucoup moins. Et pendant ce temps-là Cheeta est en train de me mordre très fort les doigts ! (en effet, le chimpanzé a la main de Mylène dans sa bouche. Celle-ci se retire d’un geste brusque en faisant une grimace de douleur)

MD : Ouh lala ! Bon, on va la garder encore quelques instants et puis on va la libérer à son tour parce que pour elle c’est pas marrant…

MF : Oui…

MD : Alors les photos personnelles que vous avez apporté : on va vous voir enfant. Votre enfance, vous l’avez passée où ?

MF : Je l’ai passée essentiellement à Montréal, au Canada. Et puis après, une vie…

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo de Mylène bébé, étendue sur le ventre) Alors ça, voilà ! On vous voit enfin nue ! (rires de Mylène) (d’autres photos de Mylène bébé) C’était la première fois, parce qu’on vous a vue nue dans les clips, aussi, ensuite ! Vous aimez vous montrer ?

MF : Ben ça encore, c’est un paradoxe. J’aime me montrer… (apparaît à l’image une photo de vacances montrant Mylène et Laurent Boutonnat, suivi d’une image blanche)

MD : (il l’interrompt) (…) Une photo toute blanche, pourquoi ?

MF : Toute blanche parce que je voulais faire une trilogie, c’est-à-dire que c’était moi enfant, moi la rencontre de Laurent Boutonnat, qui est mon producteur et compositeur, et puis l’avenir…

MD : L’avenir est en blanc ?

MF : L’avenir est en blanc pour l’instant.

MD : Vous aimez vivre comme ça dans l’incertitude ? Vous n’aimez pas par exemple dire « Ma vie, ma voie est tracée, ma vie personnelle je sais comment ce sera » ?

MF : Oui, je crois que je préfère cette incertitude.

MD : Totalement ?

MF : Oui. Oui, oui.

MD : Vous avez envie de vous mettre en danger ?

MF : Je suis quelqu’un du danger. Je n’aime pas les choses faciles. J’aime les rencontres difficiles, les personnalités difficiles. C’est vrai que la facilité ne m’intéresse pas, ne m’attire pas du tout.

MD : Vous avez choisi Basia…

MF : Oui !

MD : Qui est un bon choix aussi !

MF : J’aime beaucoup cette femme.

MD : Une autre femme, et j’allais dire une étrangère : c’est vrai que vous avez pas fait de choix français ! Vous n’aimez pas la chanson française ?

MF : Pas du tout, c’est-à-dire que moi j’avais demandé deux, trois personnes et ces personnes-là maintenant y a beaucoup de décisions promotionnelles…

MD : Et ça collait pas ?

MF : …et ça collait pas.

MD : C’était qui ? On peut le dire !

MF : Oui, bien sûr ! Moi j’aime beaucoup, et je l’ai toujours dit, Jacques Dutronc. J’adore son univers.

MD : Un album qui sort bientôt !

MF : Voilà, et il a pas pu venir. J’ai demandé également Taxi Girl, qui sort un 45 tours. C’est quelqu’un que j’aime bien. Et la troisième personne, j’avoue que j’oublie !

MD : Et donc on va écouter Basia que vous aimez bien.

MF : Que j’aime beaucoup, oui. C’est quelqu’un qui a beaucoup de classe. Une femme qui est très belle et puis qui chante très, très bien.

MD : Vous aimez le style un petit peu jazzy ?

MF : Avec elle, oui !

MD : Votre nouvel album, puisque vous préparez un album, y a un simple (« Sans contrefaçon », ndlr) qui va sortir donc…

MF : Fin octobre, début novembre (1987, ndlr)

MD : Et l’album sortira en janvier.

MF : Et puis l’album, janvier. (l’album « Ainsi soit-je… » sortira finalement le 14 mars 1988, ndlr)

MD : Avec une autre couleur ? Vous aimez cassez les images ?

MF : Je pense que oui, c’est très bien pour un artiste. Et puis moi, j’ai besoin de ça.

MD : Alors on écoute Basia, qui est l’invitée de Mylène Farmer : « New day for you ».

Sur le plateau de l’émission, la chanteuse Basia interprète son titre.

MD : Alors, la mode c’est quelque chose qui vous touche mais je sais que là aussi, vous n’aimez pas la facilité, vous ne vous habillez pas systématiquement chez quelqu’un de la tête aux pieds. On vous identifie quasiment, même dans certaines émissions si vous commencez une chanson de dos, ce qui était le cas récemment, on vous reconnaît tout de suite, je sais pas à quoi ça tient ! Au début, je crois, vous vous habilliez un petit peu avec Kate Barry, c’est ça ?

MF : Absolument, oui.

MD : Qui est la fille de Jane Birkin, que vous aviez rencontrée et puis vous étiez habillée par elle et puis maintenant vous avez un autre…

MF : Je dois être très infidèle mais là j’ai rencontré donc Faycal Amor…

MD : Qui est un nouveau styliste marocain, qui est né à Tanger…

MF : Oui et qui est quelqu’un qui occulte un peu le star-system pour l’instant.

MD : C’est la première fois qu’on parle de lui peut-être dans une émission.

MF : Oui peut-être, oui ! J’aime beaucoup. Sa collection, c’est intitulé « Les enfants terribles » donc ce n’est pas pour me déplaire, et que dire d’autre ?

MD : Alors vous avez conçu, parce que vous avez beaucoup travaillé sur cette émission, vous avez conçu la mise en scène de la mode qu’on va voir maintenant de Faycal Amor.

MF : Oui.

MD : Et on vous retrouve en train de feuilleter un bouquin. Tournage qui a été fait sur ce plateau immense.

MF : Absolument, oui. On a repris les pneus des photos (rires)

MD : Et les modèles sont sur le livre et sur le plateau. Les voici.

Diffusion d’une séquence où l’on voit en effet Mylène assise sur une pile de pneus en train de feuilleter un livre de mode, puis présentation des modèles.

MF : Je sais pas si vous reconnaissez la musique, c’est « Pinocchio » ! (rires) (chanson « When you wish upon a star » du film de Walt Disney, ndlr) Je crois qu’on pourrait résumer sa collection par la sobriété raffinée, voilà !

MD : C’est tout ce que vous aimez aujourd’hui ?

MF : C’est tout ce que j’aime oui. J’aime la sobriété, j’aime le raffinement.

MD : Voilà les modèles de Faycal Amor, donc qui est un couturier qui démarre. Il est installé à Paris ?

MF : Oui ! Il a une autre marque qui s’appelle « Plein Sud » qui est peut-être plus connue des gens, probablement oui. Et puis donc « Faycal Amor » qui est une signature plus haute couture.

MD : Vous aimez, parce que pour l’instant on peut dire que c’est un couturier un petit peu marginal il  a  pas une grande notoriété et puis vous disiez qu’il fuyait un petit peu le star-system…

MF : Absolument, oui.

MD : …sauf aujourd’hui avec vous ! Mais vous aimez tout ça, vous aimez aller fouiner, découvrir des choses qui ne sont pas évidentes ?

MF : J’aime bien quelque fois aller vers les gens, oui, même si je suis plus fascinée comme vous disiez par les singes ! Quelquefois j’aime bien découvrir l’univers des gens !

MD : Et à Paris quand vous sortez, vous allez dans des lieux où tout le monde va ?

MF : Jamais ! Je sors très, très peu. Je suis plutôt casanière, j’aime bien me protéger et rester dans un milieu clos.

MD : C’est comment chez vous ? C’est noir ? C’est blanc ?

MF : J’ai une chambre qui est, c’est une révélation, une chambre qui est noire. On dirait presque un tombeau parce que c’est très bas de plafond, et tous les murs et le plafond sont noirs.

MD : Comme Dutronc et Françoise Hardy ! Chez eux tout est noir.

MF : C’est ça, oui !

MD : Et vous vivez bouclée chez vous ? Vous mettez le verrou ?

MF : Oui !

MD : Vous avez envie de vivre comme ça, j’allais dire quasiment dans une prison ?

MF : C’est-à-dire c’est pas une envie, c’est une défense parce que je me sens assez mal quand j’évolue dans la rue.

MD : Vous faites quand même du spectacle !

MF : Et pourtant je fais un métier public. Mais c’est le paradoxe. Je l’accepte !

Nouvelle pause publicitaire.

MD : Dans « Mon zénith à moi », vous le savez, on donne chaque semaine à l’invité une caméra et l’invité filme ce qu’il veut. Souvent les artistes se filment eux-mêmes, je ne sais pas pourquoi, et vous Mylène Farmer vous avez fait un autre choix : vous êtes allée à Garches, à l’hôpital où sont les enfants accidentés de la route, et…

MF : Pas essentiellement. Y a des maladies génétiques, y a de tout mais c’est vrai que ce sont essentiellement des enfants, par contre.

MD : Vous y êtes allé parce que je crois, quand vous aviez 10, 11 ans vous faisiez des visites comme ça.  

MF : C’est vrai. Tous les dimanches, moi pour essayer d’échapper à ce dimanche, parce que je hais les dimanches, j’allais fréquemment à l’hôpital de Garches pour rencontrer ces enfants parce que je me sentais bien.

MD : Alors on va retrouver dans ce film qui a été fait par Mylène Farmer une petite fille de 11 ans qui ressemble un peu à Mylène. C’était elle quand elle avait 11 ans, voilà ce qu’elle faisait le dimanche. C’est un très beau document.

Diffusion d’un petit film réalisé par Mylène. Il s’ouvre sur un plan de la façade de l’hôpital de Garches. On voit une petite fille rousse, les cheveux attachés avec un nœud similaire à celui de Mylène, gravir les marches et s’engouffrer à l’intérieur. Une infirmière accueille la petite fille puis celle-ci pénètre dans un couloir. Filmé ensuite en caméra subjective, on découvre une chambre, un lit. La petite fille saisit un verre de lait. Elle est ensuite face à une autre petite fille, malade celle-ci, en train de se livrer à des exercices de rééducation. La petite fille malade parle, raconte des anecdotes, des souvenirs, des rêves…Le verre de lait tombe et se brise sur le sol. La petite fille malade est soulevée par un infirmier. Elle salue la caméra. Elle est ensuite placée dans son fauteuil et échange un câlin avec une jeune femme rousse de dos, les cheveux retenus par un nœud noir. La petite fille du début est devenue adulte. Mylène.

MD : Qu’avez-vous ressenti en retournant comme ça, quelques années après ?

MF : C’est très émouvant. Je crois que je n’ai pas du tout trahi mon souvenir. J’ai eu le même plaisir de retrouver ces enfants, la même pudeur aussi parce que rentrer dans leurs univers, c’est assez difficile, il faut pas les brusquer. Et puis j’ai surtout rencontré une petite fille formidable, qui est la petite fille brune (dans le petit film, ndlr) qui est Eléonore et qui a une maladie qui a un nom paradoxalement aussi beau pour la maladie, qui s’appelle la maladie des os de verre et donc qui est extrêmement fragilisée : elle peut se fracturer quotidiennement les os.

MD : Pour la partie humour de cette émission, et là c’est pas facile d’enchaîner, vous avez choisi Zouc. C’est un thème de l’enfance, aussi, du prochain spectacle de Zouc.

MF : Ce n’est pas que l’humour, Zouc. C’est proche de tout ce que j’ai essayé moi de montrer au travers de ce début d’émission. C’est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup, oui.

Diffusion d’un extrait d’un sketch de Zouc. Au retour plateau, celle-ci a pris place aux côtés de Mylène.

4MD : (à Zouc) L’autre jour, je vous ai vue dans une émission où vous ne parliez pas au présentateur ! Vous aviez un problème de voix ?!

Zouc : Moi j’ai fait ça ?! (rires de Zouc et Mylène)

MD : On va pas y revenir ! Vous n’aimez pas trop les interview s ?

Zouc : Si ! Si, si… C’est des fois difficile, hein.

MF : Très difficile !

Zouc : (à Mylène) On est très sœurs, à un endroit…

MF : J’ai l’impression, oui. J’aime, j’adore l’univers de Zouc. Moi si j’avais une définition, c’est quelqu’un qui ale geste, la voix et surtout le silence. C’est pour moi un personnage de Bergman, et Dieu sait si j’aime le cinéma de Bergman. Voilà, je ne sais pas si c’est un compliment pour vous, mais…J’aime vraiment beaucoup cette femme.

MD : (à Zouc) (…) Est-ce que vous êtes proche de l’univers de Mylène Farmer ? Parce qu’on a découvert plein de choses, enfin je pense que peu de gens s’imaginaient tout ça !

Zouc : La fascination (…), cette attirance pour une chose qui fait peur et en même temps on peut pas s’empêcher…Moi j’ai fait la même chose à mon arrivée à Paris : je voyais toujours les ambulances (…) qui passaient comme ça, je trouvais terrible de voir une action mais de pas voir l’autre côté.

MD : Vous vouliez voir ce qu’il y avait dans l’ambulance ?!

Zouc : Oui et moi je suis allée au Samu et je les ai suivi pendant très longtemps et un jour, j’ai plus pu.

MF : Moi y a quelque chose, j’ai lu le livre de Zouc –que Cheeta m’a complètement déchiré (rires)- et qui est vraiment formidable, je l’ai lu en une heure de temps. J’ai pris en exergue une petite phrase qui relate de son enfance, et elle dit « Je ne voulais pas être un chou, je ne voulais pas être ici. Est-ce qu’il y a quelque chose pour moi ? », c’est à peu près ça. Et moi j’ai eu aussi ce sentiment durant mon enfance, c’est-à-dire je cherchais vainement un lieu où je pouvais me blottir.

MD : Un lieu ou une identité ?

MF : Plutôt un lieu, et peut-être l’identité qui vient après.

Zouc : Un endroit où on vous laisse tranquille ?

MF : Oui, c’est ça. Un cocon, quelque chose où on peut se recueillir.

MD : (…) Vous avez fait un autre choix qui concerne l’univers des enfants, c’est « Bambi ». Mais vous n’avez pas choisi un extrait gai, non plus !

MF : Non, c’est vrai. Là, ce qui m’étonnait, d’abord je pense et je trouve personnellement que c’est le plus beau film de Walt Disney, que c’est certainement le film que je verrai le plus de fois dans ma vie, que là c’est vrai c’est un extrait qui est très douloureux. Et ce qui était intéressant, c’est de voir que c’est très rare de montrer la mort de quelqu’un dans un dessin animé qui est adressé aux enfants, enfin plus spécialement aux enfants, et qu’en plus c’est la mort d’un parent. Ca c’est quelque chose qui est assez étonnant dans un dessin animé. Et donc là, c’est l’extrait de Bambi qui perd sa maman et qui retourne sous le bois, c’est la protection et c’est son père, toute l’image du père.

Diffusion d’un extrait de « Bambi », puis une dernière pause publicitaire.

MD : Dernière partie du « Zénith » de Mylène Farmer avec un dernier extrait de film, c’est un film qui s’appelle « Requiem pour un massacre » d’Elem Klimov, qui vient de sortir.

MF : Qui n’est pas une très jolie traduction. En russe, je crois, ça veut dire « Va et regarde » et je n’aime pas beaucoup la traduction française.

MD : Alors, en deux mots l’histoire du film donc, c’est pendant l’occupation nazie en URSS, y a un village où tout le monde a été massacré…

MF : Complètement décimé, oui.

MD : Y a un petit garçon qui revient dans le village…

MF : Qui est le héros, qui est un jeune paysan qui rencontre une jeune paysanne et qui va être projeté dans ce monde de guerre. C’est prodigieux, ce film. J’avoue que ça fait longtemps que je suis pas allée au cinéma. J’ai vu ce film, pour moi je le qualifierai presque de chef-d’œuvre.

MD : Y a encore beaucoup de cadavres !

MF : Par hasard, certainement ! à c’est autre chose, c’est certainement l’histoire mais c’est aussi la façon de filmer, c’est les lumières qui sont magnifiques. Et puis le cinéma russe, pour moi, c’est un des plus beaux cinémas, c’est un cinéma de symboles et j’aime le symbole.

Diffusion d’un extrait du film « Requiem pour un massacre » d’Ellem Klimov.

MD : (…) On va voir maintenant le clip que vous préférez aujourd’hui, qui est le clip de Peter Gabriel et de Kate Bush. C’est du haut de gamme, c’est sobre, exceptionnel.

MF : C’est les deux artistes que je préfère.

MD : C’est une chanson qui a marché dans le monde entier sauf en France !

MF : C’est vrai, paradoxalement. Pourquoi ? Je ne sais pas…

Diffusion du clip « Don’t give up » de Peter Gabriel & Kate Bush.

Au retour plateau, Michel Denisot est filmé en gros plan. L’image tremble un peu. On découvre alors qu’il est en réalité filmé par Mylène, qui a une caméra sur son épaule.

MF : Michel, vous me faites la « Maxi tête » ?! (jeu télévisé qu’animait Sophie Favier à l’époque sur Canal +, ndlr)

MD : « La maxi tête » ?! Pourquoi ?! Vous voulez renverser les rôles pour la fin de votre émission, prendre la caméra et me poser des questions comme je le fais de temps en temps, ce qui est très désagréable d’ailleurs !

MF : Je voudrais la « Maxi tête », vous savez le jingle qu’on fait sur Canal + !

MD : Quoi ? « Canal +, c’est plus » ?

MF : Voilà, oui mais attendez : vous vous calez bien dans votre fauteuil et vous chantez ! (il s’exécute !) C’est très bien ! Michel Denisot : oui, mais pourquoi ?! (rires)

MD : (il rentre dans son jeu) Y a pas longtemps ! (rires)

MF : Michel, est-ce que votre maman regarde toutes vos émissions ?

MD : Globalement, oui. De temps en temps, je lui dis que c’est pas la peine qu’elle regarde.

MF : Dites-moi le premier mot qui vous passe par la tête.

MD : Maintenant ?

MF : Oui…

MD : Tout va bien ! Ca va, finalement, c’est pas aussi désagréable que ça ! Ca dépend qui filme !

MF : Vous avez des fantasmes, ou un fantasme en particulier ?

MD : J’en ai un qui se rapproche un peu du vôtre, sauf que c’est pas les curés évidemment. J’ai été élevé dans l’enseignement libre comme vous et je dois dire que les bonnes sœurs me tapent dans l’œil, comme vous !

(rires) (…)

MF : Snoopy a dit : « Un ventre plein est un ventre heureux ». Est-ce que vous êtes d’accord avec lui ?

MD : Pas vraiment, non. (…)Le ventre plein, c’est pas tellement mon truc, non.

MF : Vous avez des velléités d’acteur, je crois.

MD : Non, y a eu une histoire comme ça, c’est quelqu’un qui voulait me faire tourner dans un film, ça na pas eu de suite.

MF : Vous n’auriez pas aimé remplacer Michel Blanc dans « Tenue de soirée » ?

MD : (il éclate de rire) Non, non !! C’était un numéro d’acteur très difficile.

MF : Michel, faites-moi rire.

MD : Qu’est-ce que je peux faire ? Il faut que ça soit macabre, il faut que je me coupe la tête, il faut que je m’arrache un bras, il faut que je fasse quelque chose d’épouvantable ! Qu’est-ce qui est plus épouvantable que les images que vous nous avez montrés ?! Je sais pas, je peux pas faire ! J’ai pas envie de me suicider devant vous pour vous faire plaisir ! C’est ça qui vous ferait plaisir ?

3MF : Peut-être ! Si je vous demandais de m’embrasser maintenant, vous le feriez ?

MD : C’est pas facile, équipée comme vous êtes ! Je veux bien essayer…

MF : (rires) Très bonne réponse !

Zouc : C’est des excuses, Mylène !

MD : Je biaise !

MF : Essayez quand même !

MD : C’est marrant à faire ? (tenir la caméra, ndlr)

MF : C’est formidable !

MD : Vous pouvez continuer, si vous voulez.

MF : C’était ma dernière question.

MD : Merci beaucoup. Merci Mylène d’avoir fait ce « Zénith ». (…) Vous avez consacré beaucoup de temps, vus avez beaucoup travaillé sur cette émission et le résultat a été je crois…Vous pouvez dire le mot de la fin, Zouc ? Comment a été cette émission ?

Zouc fait « smack » avec ses lèvres.

MF : Formidable ! Merci ! (elle lui caresse la joue)

Générique de fin.

Laisser un commentaire

 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...