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Pourvu qu’elles soient douces comme au Cinéma

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

pqsd-boutVoici cette semaine quelques images donc de ce nouveau clip illustrant la chanson de Mylène : Pourvu Qu’elles Soient Douces. Oh, bien sûr cela ne remplace pas une vision télévisée et pour cela je vous conseille d’en guetter les passages sur votre petit écran. Mais au delà des images, au delà du film nous avons demandé à Mylène de nous raconter un peu comment est né ce petit chef-d’œuvre. Tout d’abord il faut préciser que celui-ci dure environ dix-sept minutes (c’est plus long qu’un court-métrage et que tous les clips précédents de Mylène). D’ici à l’imaginer dans un long métrage il n’y a qu’un pas qu’elle avoue avoir drôlement envie de franchir : 

« -Je ne vais  pas vous cacher qu’on y pense, Laurent et moi et un jour, c’est sûr, on le ferra. Mais ça n’est pas encore tout à fait le moment. Pour l’instant toute mon énergie est tournée vers le 18 mai 1989, date à laquelle je ferais mes débuts sur la scène du Palais des Sports. Je ne me suis encore jamais produite en public donc l’enjeu est grand ! Il n’est pas question que je me disperse. D’ailleurs je n’en ai pas le temps car, dès maintenant, je me prépare moralement et physiquement à cette aventure. Toute proportion gardée, j’ai envie de dire que je me mets en condition avec autant de sérieux que Robert De Niro le fait pour tenir un rôle. Ca veut dire régime alimentaire : j’ai remplacé le coca (ma drogue avec la cigarette) par un entraînement physique. Ca n’est pas une mince affaire mais le défis est trop grand et trop important pour moi pour que je puisse me plaindre.« 

Cette interview que Mylène accorde est donc précieuse puisqu’elle a empiété sur son planning hyper chargé. Mais revenons au tournage de la vidéo : « -On s’est installé huit jours dans la forêt de Rambouillet car tout était tourné en extérieur. Huit jours, fin Août, au rythme de dix-huit heures par jour. Pas facile physiquement mais c’était tellement exaltant ! Je ma souviens d’une scène de bagarre en particulier qui se termine dans la boue. C’était en fin de journée, j’ai passé des heures trempée, épuisée. Mais lorsque j’ai vu le résultat à l’écran j’ai compris que ça en valait la peine. » Si sur ces photos vous constatez une ressemblance avec celles qui illustrent Libertine : Pas de panique, il ne s’agit pas d’une erreur d’imprimerie mais au contraire d’une volonté délibérée de la part de Mylène et Laurent. « -Oui c’est vrai Pourvu qu’elles Soient Douces est la suite de Libertine. D’ailleurs sur l’affiche en sous-titre on a rajouté Libertine II, et le clip démarre par la dernière image de Libertine I. Ca nous a amusés de continuer à donner vie à ce personnage. L’histoire ? Je ne vais pas vous la raconter en détail, sachez simplement que cela se passe pendant la guerre de Sept Ans, trente ans avant la Révolution française, et c’est l’histoire d’un capitaine anglais qui va tomber amoureux de Libertine… Mais après une nuit d’amour, l’armée française va décimer le camp ennemi. » Voilà pour la trame, le reste étant agrémenté de scènes de cascades à cheval et de bagarres. 

« - Pour reconstituer ces armées on fait appel à 150 figurants (la production parlait à l’époque de 600 figurants NDLR) choisis dans l’armée française. Il y avait des soldats engagés et d’autres appelés, c’est à dire ceux qui effectuent leur service militaire. Et je peux vous dire qu’ils étaient ravis d’avoir une semaine de vacances, même si on leur a demandé beaucoup de travail. Avec Laurent, nous ne nous sommes pas lancés à la légère dans cette réalisation., on en a énormément discuté ensemble. On a pensé chaque plan en détail et on s’est même fait aider par un conseiller historique qui est resté sans cesse présent sur le plateau. Pour les costumes, il s’agissait aussi d’être dans le vrai, pas questions d’anachronismes ! Et justement à cause des costumes, quelques jours avant le premier tour de manivelle, on a failli tout annuler. Figurez-vous qu’à cause du bicentenaire de la Révolution en 1989, il y a au moins vingt films qui se tournent en ce moment sur ce sujet, et on a eu un mal inouï a trouver les habits de l’époque. La trouvaille de la moindre pair de bottines tenait du miracle !« 

Mylène aurait-elle décidé de se faire le symbole de 1789 ? « -Absolument pas. D’ailleurs, quand on a commencé à penser à ce clip, l’idée que le bicentenaire était proche ne nous a pas effleurés. Ca tombe bien mais cela n’a pas été fait exprès. » En tout cas, nous, fans, n’avons qu’à nous réjouir d’une telle coïncidence car ainsi on peut espérer que ce clip sera encore diffusé en 1989. Et le voir et le revoir ne sera jamais de trop car, on vous l’a dit, c’est vraiment un petit chef-d’œuvre. 

Véronick Dokan, O.K. 3 octobre 1988.

 

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Sodomique de corps et d’esprit

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

Mylène Farmer sur le tournage   Égérie clipée, sculpturale, allure rousse comme les interdits, Mylène la Farmer, sur laquelle on fantasme, a réussi la galipette majuscule d’accéder au trône de la renommée sans douleur… Révélation 1988, elle a supplanté ses consœurs, ne leur laissant que le choix des larmes. Sulfureuse, diabolique, corrompue au champ du sexe, la libertine  qu’elle ose paraître, a récidivé dans le sens, d’un empire des sens non recommandé par l’office catholique… « Sodomique de corps et d’esprit… 

Dans Pourvu Qu’elles Soient Douces, telle une chevalière sans honte et sans reproche, Mylène a posé sous toutes sas coutures, et via cette violence romanesque, digne des épopées d’antan, elle a flirté avec les fleurs du mâle… Androgyne, l’ambiguïté calquée à son « Moi-je », Farmer pourchasse les bonnes manières, fouette les tabous et coupe l’herbe sous le pied des lignes « bien pensantes ». Iconoclaste et révoltée, l’âme entre deux désespoirs, Mylène joue dans ses clips celle qui n’est ni tout à fait elle, ni tout à fait une autre. Incandescente, irréelle et décadente. 

Farmer chuchote les mots et montre les images. Laurent Boutonnat, son frère d’émotion vénère sa muse. Il lui fait chanter des notes d’auteur et lui taille des portraits à travers des clips cinématographiques. Mes chers frères prions pour elle : la pécheresse officielle de cette fin de siècle. N’est-il pas vrai qu’il y a du « Marie-madeleine » en elle, mais en doutiez-vous ? Après les mots, les photos tournées en forêt de Rambouillet avec décors et costumes… S’il vous plait… quel faste !

Graffiti, Décembre 1988. pp. 74-75.

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FINANCEMENT SUICIDAIRE, MORT D’UN AUTEUR

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

 

téléchargement Longtemps pensé, écrit, story-boardé, calibré, Giorgino ne peut être un échec. Le calcul de Boutonnat est simple : Mylène Farmer est un personnage populaire, aimé, et ce grâce aux chansons qu’il a écrites pour elle, aux clips qu’il a tournés pour elle. Conséquence logique d’autant de succès communs, le long-métrage recyclant leur schéma depuis si longtemps exploité est censé attirer le même grand public. Lorsque Laurent Boutonnat se décide en 1988 à lancer la conception du film, il sait déjà qu’il fera plus de trois heures et que on sujet pour le moins morbide aura trait à la seconde guerre mondiale. Non seulement le synopsis et la durée estimée refroidissent les investisseurs, mais le budget nécessaire à la réalisation d’un tel scénario (8 220 000 Euros) est bien trop gros pour qu’un producteur veuille se risquer à investir. Laurent Boutonnat hésitera longuement à réaliser dans un premier temps un film moins coûteux puis se ravisera en décidant de le financer lui-même. Il trouve en 1992 Polygram Films qui acceptera de s’associer à lui à auteur de 3 260 000 Euros d’apport au budget. Suite à cela, deux autres aides viendront s’ajouter comme celle du C.N.C et de canal plus. Le cinéaste reste quand même l’un des propriétaires de son film puisqu’il y a déjà investi  4 870 000 Euros par le biais de sa société Heathcliff S.A. C’est alors qu’obtenant tous les détails par rapport au tournage, il obtient l’agrément définitif du C.N.C. qui sonne le coup de départ de la préparation du tournage.

 

 Décidé à prendre en main toutes les commandes créatives de son film, Laurent Boutonnat consacre une année entière au montage , à la composition de la musique, au doublage et au mixage : « Ce fut un an de travail intensif, sans soirées ni week-end » . Se coupant ainsi de l’esprit de perspective qu’auraient pu lui apporter des collaborateurs lors du travail de post production, Laurent Boutonnat est en train de concevoir un film peut-être trop personnel pour pouvoir être partagé. La date de sortie est reportée une première fois, puis à cause d’un retard sur le doublage de la version française, la date pourtant annoncée sur les dossiers de presse au 24 août 1994 est elle aussi annulée. Le film sortira finalement sans réelle concertation le 5 octobre 1994 en face de trois blockbusters américains qui diminuent encore sa chance de visibilité auprès du grand public. Alors que la semaine précédente avait vu la sortie de Léon (Luc Besson-1994), Giorgino sort une semaine avant Pulp Fiction (Quentin Tarantino-1994) et surtout le même jour que Forest Gump (Robert Zemeckis-1994). En outre, les critiques dans la presse se révèlent assez mauvaises, dénonçant l’emploi de la chanteuse dans un des rôles principaux, et regrettant la longueur de plusieurs scènes.

 

 « Il faut au spectateur un certain courage pour affronter les trois heures que durent le film et connaître le dénouement de cette histoire amphigourique. Peut on encore parler de mise en scène lorsqu’une séquence entière raconte ce qu’un seul plan aurait suffit à dire ? A t-on dit à Boutonnat que tout dans ce faux luxe signale la présence du décor ? » 

« Ses clips étaient des films, assez magnifiques d’ailleurs. Juste retour des choses, son film est comme un immense clip de trois heures (pardon, 2h57) où Mylène Farmer aurait simplement oublié de chanter. […] Et non seulement personne ne chante, mais pas grand monde ne parle.»  

C’est finalement le Studio Magazine d’octobre 1994 qui résume ce que les autres critiques sous-entendent ou introduisent : la maîtrise abusive de Giorgino par Boutonnat.

« Giorgino ressemble à ces enfants fragilisés par des parents trop possessifs et qui, de ce fait, se retrouvent empêchés d’exprimer toutes leurs qualités. »

 

giorgino_pic_tournage01Giorgino reste en moyenne deux semaines à l’affiche en France, tandis que sa sortie en Suisse, en Belgique et en Italie est annulée. Au total le film aura fait soixante mille entrées France et sera, avec le film Les Patriotes (Eric Rochant-1994) le plus gros échec commercial de l’année de sa sortie. Loin de confirmer Laurent Boutonnat comme un auteur à part entière, Giorgino l’aura plus que jamais cantonné à un simple réalisateur de clips à large ambition cinématographique. Après deux longs-métrages sortis et quinze clips réalisés en seize ans de carrière, le réalisateur fait le constat de son échec en terme de construction d’un auteur. Certes il a d’abord réussi à construire une œuvre dans une forme qui ne permettait pas l’épanouissement artistique jusque là, mais il a échoué sur le chemin du grand écran dans lequel il avait placé beaucoup de ses espérances. Alors endetté à la manière d’un Jacques Tati au lendemain de Playtime (1967), Laurent Boutonnat reste « à demi mort » pendant quelques mois, et ferme en 1997 sa plus ancienne société de production : Toutankhamon S.A. Pour remonter financièrement la pente, il produira avant tout via Requiem Publishing et une nouvelle société Calliphora des disques à fort caractère commercial, comme Anamorphosée (Mylène Farmer, Polydor, 1995), ou Gourmandises pour Alizée (Polydor, 2000). Jusqu’en 2003, date de rédaction de ces pages, il ne sera retourné au long-métrage, préférant la composition de chansons de variété, la gestion de ses sociétés de production et d’édition de disque et de sa Société Civile Immobilière. Là où des cinéastes comme Tati qui ont tout perdu avec l’échec de leur film ont trouvé la force et des moyens de se relever pour retourner, Boutonnat comme à son tour désenchanté, a abandonné toute ambition cinématographique. On peut signaler ici que l’ensemble des clips tournés postérieurement à Giorgino s’éloigne de manière visible de tous ceux tournés de 1984 à 1994.

 

C’est vraiment un découragement profond que semble signer l’échec de Giorgino, résumant la carrière de Laurent Boutonnat comme la lente et vaine tentative de construction d’un auteur de cinéma. Lui qui n’aura réussi à trouver d’exposition suffisante que dans le clip a du admettre à ses dépends l’espèce d’emprisonnement pour le cinéaste que l’aspect promotionnel que cette forme représente, ainsi que son appartenance à l’industrie musicale plutôt qu’à celle du cinéma à laquelle elle aurait pourtant pu se rattacher. La conséquence de cet échec pour Laurent Boutonnat est un complet enfermement sur lui-même ainsi qu’une profonde rancune envers le public et la critique qui ont précipité son film en deux semaines dans l’oubli. A partir de novembre 1994, il refuse toute interview sans aucune exception, qu’elle ai pour objet son travail musical ou cinématographique. 

Depuis, Laurent Boutonnat a délégué toutes les décisions concernant son long-métrage à son collaborateur Paul Van Parys, qui travaille encore pour lui. Grâce à ses productions discographiques et ses compositions, il a racheté les parts financières de Polygram en 1996, ce qui fait de lui le seul détenteur de son film au monde. Il a ainsi le droit de regard définitif sur toutes les exploitations qui en seront faites. Toutes les diffusions sur le câble et sur les bouquets satellites ne se feront pas à cause de son véto. Seule la diffusion contractuelle du film sur Canal Plus en novembre 1995 et une projection en 1997 à Montpellier furent programmées. Cette dernière projection de Giorgino fut organisée par l’association Zik et Toiles, qui est parvenue à se procurer une copie du film qui tournait à la sortie sur la région parisienne. Le 29 septembre 2001 est organisée une projection au cinéma Max Linder à Paris, qui organise annuellement une projection de certains films de Laurent Boutonnat. Il refusera la projection de Giorgino qui devra être annulée et remplacée par ses films de concerts, qu’il laisse, eux, toujours projeter en salle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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