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FACE A : Mylène Farmer toute en images

Posté par francesca7 le 27 septembre 2014

 

JUIN 1987 – Entretien avec Hervé NAGUET

1987-18-aMylène, avant de parler de l’actualité immédiate, revenons un peu sur les disques précédents…

- Tout a commencé avec une maman et une infirmière pour « Maman a Tort », puis « On est Tous des Imbéciles », « Plus Grandir », « Libertine », et le tout dernier, « Tristana ».

Mais n’est-ce pas exceptionnel que des artistes français, dès leur premier 45-trs, arrivent à s’imposer au niveau des ventes ?

- Non, ça arrive fréquemment. Regardez « Les Bêtises » de Sabine Paturel, Jean-Pierre Mader, Marc Lavoine… Pour eux aussi, le premier 45-trs a très bien marché. C’est un métier très dur, mais c’est très facile de faire un premier disque. Presque n’importe qui peut faire un disque et le vendre.

D’accord, tu as fait un premier 45-trs et tu l’as bien vendu, admettons que tout le monde puisse le faire, mais la suite c’est quand même moins évident ?

- Oui, la difficulté arrive avec le deuxième, le troisième, etc. Car défendre son titre, faire la promo télé, radio, etc. c’est beaucoup plus compliqué.

Et ce qui t’a servi immédiatement, n’est-ce pas l’image que tu donnes de toi ? Tu es vraiment une artiste à images ?

- Pour « Plus Grandir », Laurent Boutonnat a réalisé un clip et là, il y a un travail d’image. A la télé aussi, on réfléchit aux chorégraphies que l’on va proposer et comme pour les interviews, le travail d’image est omniprésent.

A travers tous tes titres, tu dégages une image de ‘femme enfant’…

- Le mot ‘femme enfant’ est attribué un peu à n’importe qui, c’est ce qui me dérange un peu. Je ne suis pas Lolita comme on a pu le prétendre, ce n’est pas mon personnage. J’aime bien les Lolitas, comme tout le monde, mais je me rapproche plus, c’est vrai, d’une femme enfant, car je suis à un seuil où j’ai quitté l’adolescence et où le monde adulte m’effraie un peu, toute proportion gardée. Il se peut que je sois encore une femme enfant à quatre-vingts ans ! (rires)

 

un forum : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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DVD « ARTHUR ET LES MINIMOYS »

Posté par francesca7 le 27 septembre 2014

 

2007-01Doublage : Après une première édition DVD en juillet 2007, une version collector sort pour les fêtes de fin d’année avec un disque de bonus, au nombre desquels on retrouve un module sur le doublage des voix des personnages animés. C’est tout naturellement que quelques minutes sont consacrées au doublage de la princesse Sélénia par Mylène Farmer.

Un extrait de ce module avait été présenté à la sortie du film en décembre 2006 sur le plateau de « Vivement Dimanche ». On découvre Mylène Farmer au côté de Luc Besson en session d’enregistrement (en réalité une mise en scène) et en parallèle de ces images, Mylène répond aux questions d’un interlocuteur invisible.

Mylène Farmer : Luc Besson, j’avais déjà travaillé avec lui sur un clip et c’est une expérience qui s’était très bien passée.

Sur la première journée, il y a tâtonnements : on cherche le timbre de voix, on cherche l’énergie. Je dirais même une demi-journée ! Et puis après, c’est avant tout un plaisir. C’est un plaisir. Luc dirige très, très bien et est très, très précis. C’est un plaisir et c’est beaucoup de travail. Huit heures par jour debout, c’est difficile et à la fois très plaisant !

Luc est quelqu’un qui est j’allais dire presque resté dans le monde de l’enfance. C’est quelqu’un de très enthousiaste dans le travail, qui vous communique son enthousiasme.

J’avais de toute façon très, très envie de faire une voix dans un film d’animation. C’était un rêve caché, et Luc m’a donné cette chance.

 

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Signification du prénom Mylène

Posté par francesca7 le 27 septembre 2014

 

Etymologie : Combinaison de Marie et Hélène.

Mylène TV 

Fête : 15 ou 18 août

Qui est elle ? 

Quelle séduction! Charme, vivacité, féminité et sensibilité caractérisent Mylène, femme particulièrement intuitive et imaginative. Son prénom est en rapport avec le maître nombre 11 : elle a la possibilité de vivre ses aspirations, que ce soit par la réalisation d’un idéal élevé, ou par celle de son ambition sociale. Sa grande créativité peut favoriser sa réussite. Et si la vie lui permet d’y accéder, ce ne sera pas sans tension nerveuse, due aux vibrations élevées du 11 qui l’entraîneront vers la passion et l’enthousiasme… Ce nombre est plus couramment vécu une octave au-dessous, sous l’influence du 2, avec son aspect d’hyperémotivité, de sensibilité, de dépendance. Alors, particulièrement féminine, et assoiffée de tendresse, elle recherchera la vie en couple, et se montrera affective, sociable, chaleureuse et communicative. D’un autre côté, elle est méfiante et prudente lorsqu’elle ne se sent pas à son aise. Par ailleurs, elle possède du sens pratique et est capable de travail acharné si elle est motivée. En fait, elle demeure assez cyclothymique et, selon l’humeur, elle est capable de choisir la facilité ou au contraire de s’enthousiasmer… Enfant, Mylène est fragile et influençable et son imagination peut la rendre vulnérable (craintes, peurs, besoin d’être protégée). Mais toute médaille a son revers, et la créativité est sa force.  

Qu’aime-t-elle ?
Sensible à la réussite sociale, aux biens matériels et au standing, Mylène possède un sens commercial certain. Elle est d’ailleurs courageuse et entreprenante s’il le faut. L’inconnu et la difficulté ne la découragent pas, ils la stimulent… La vie amoureuse est importante pour elle qui est à la fois tendre, sensuelle et conquérante. Mylène est attachante, moins frivole qu’elle n’en donne l’air même si elle résiste difficilement aux cadeaux : s’il ne s’agit que d’un beau bijou, ce ne sera pas bien méchant !

Que fait elle ? 

Avec cette nature profondément inspirée et intuitive, ce seront plutôt les professions artistiques ou esthétiques, ainsi que les sciences humaines qui lui conviendront le mieux. Néanmoins, le monde de la finance peut également l’attirer.

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Mylène Farmer, chanteuse désenchantée

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

L’HEBDO AU FÉMININ (Belgique) 1er AVRIL 1991

 

Entretien avec C. TABATHA

1991-01-aVotre première tournée fut un triomphe. A cette occasion, vous avez aussi rencontré votre public pour la première fois : comment l’avez-vous trouvé ?

- Je ne suis toujours pas sûre de savoir à quoi ressemble mon public. Je sais seulement qu’ils ont en commun l’envie et la recherche d’émotions intenses…

Au milieu de cette tournée, vous avez sorti un 45-trs intitulé « A Quoi je Sers… ». Etrange interrogation de la part de quelqu’un qui est acclamé comme vous…

- Il serait prétentieux de me considérer comme une personne utile à la société –je veux dire vraiment utile. Je ne pense pas que des applaudissements, même s’ils sont une belle récompense pour un artiste, apportent une réponse à cette question.

Votre nouvel album s’intitule « L’Autre… ». N’est-ce pas une réplique au titre de votre précédent album, « Ainsi Soit Je… » ?

- Oui, mais ce n’est apparu qu’après la décision du titre du nouvel album. Cet autre pourrait être un autre moi même. Pas réellement un être physique, mais une présence qu’on a tous au dessus de nous, qui nous protège, nous guide et parfois se révolte contre nous. J’ai cherché un mot qui puisse inclure tous les aspects de cette sensation. Schizophrénie ? Le terme exact serait plus poétique, moins clinique…

Sur cet album, vous dites être d’une génération désenchantée. Pour la première fois, vous ne parlez plus seulement en votre nom…

- Je ne dis pas que nous sommes d’une génération désenchantée, mais que je pense appartenir à une génération de gens déçus par la vie. C’est une opinion personnelle, je ne suis pas un porte-drapeau.

Comment peut-on se sentir déçue par la vie lorsque l’on vend plus de deux millions de disques ?

- Le vrai bonheur est ailleurs. Je pense que beaucoup de gens se sont retrouvés dans ma façon de parler de la tristesse et de la mélancolie. Une vie professionnelle comblée ne répond pas forcément à toutes les questions que l’on se pose sur la vie, avec un grand ‘v’.

A la suite de vos fameux vidéo-clips, est-il vrai que vous préparez un film pour le cinéma avec Laurent Boutonnat, votre complice dans le domaine musical ?

- Oui, mais réunir le budget qui permettrait d’entamer sérieusement le tournage prend énormément de temps. En réalité, c’est le projet de Laurent, il m’est difficile d’en parler avant le premier jour de tournage. Pour l’instant, c’est son film plus que le mien.

Vous restez très secrète : qui sont vos amis ?

- Des artistes : peintres, stylistes ou photographes. Il y a un point commun entre tous mes amis proches : à un stade de notre relation, nous finissons toujours par travailler ensemble !

Pour la première fois, il y a un intrus sur votre album puisque la chanson « Regrets » est interprétée en duo avec Jean-Louis M urat…

- J’aimais beaucoup son univers et nous nous sommes écrit. Il a accepté de chanter avec moi, du coup j’ai écrit le texte de cette chanson en pensant à lui, à son écriture et à son amour des mots. C’est aujourd’hui un ami très cher.

Vous regrettez parfois de ne plus être un visage anonyme ?

- J’ai toujours voulu être connue ou reconnue, c’était ma raison de vivre. Je me débrouille pour que la célébrité ne me mette jamais dans des situations embarrassantes.

Pensez-vous que les gens trouvent dans vos chansons des choses que vous n’y aviez mises intentionnellement ?

- Oui, mais c’est normal. C’est même réconfortant. C’est pareil quand on voit un film ou quand on lit un livre. Quand l’auteur a fait son travail de création, c’est au public de faire le sien en utilisant son imagination.

 

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Libertine et Mylène libérée

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

Entretien avec Dany JUCAUD du 6 DÉCEMBRE 2001

 

2001-01-aVous si mal à l’aise dès qu’un regard se pose sur vous, vos dernières photos (la série signée Ellen von Unwerth qui illustre le best of « Les Mots », nda) sont limite ‘porno chic’. Est-ce nécessaire pour vendre ?

- Il faudrait encore définir ce qu’on appelle porno chic. Il n’y a dans ces photos, que je sache, ni pornographie, ni nudité apparente. A ma connaissance – pour reprendre votre terme -, la pornographie n’a jamais été chic.

Elles sont tout de même provocantes…

- Je ne fais pas ce métier pour provoquer. Mais, parfois, certaines provocations sont synonymes de liberté.

Dans un spot télé qu’on vient de faire pour la promotion du best of comprenant les extraits de mes clips, il y a un plan de trois secondes dans lequel un homme soulève délicatement un drap avec une badine et découvre une paire de fesses. Les censeurs de la publicité nous l’ont fait couper sans donner d’explication. Quelle hypocrisie, alors qu’on nous abreuve toute la journée de violence ! Tout ce qui est tiède m’ennuie : le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression…Je ne suis pas naïve, je sais très bien qu’en publiant ce genre de photos je vais provoquer un certain type de réaction. Comme je suis la première à m’insurger contre la censure, je ne peux pas être mon propre censeur ! Je vais au bout de mes désirs.

C’est rare de vous voir sourire sur des photos…

- Ces photos ne représentent qu’une des facettes de ma personnalité – la plus osée, sans doute : Une femme qui revendique sa féminité avec peut-être plus de verve qu’une autre. C’est la situation qui me fait sourire, car cette femme sur cette photo c’est aussi tout le contraire de moi !

Vous ne pensez jamais aux détraqués qui fantasment sur vous ?

- Je préfère ne pas y penser, sinon je ne ferais plus rien.

Vous aimez qu’on vous regarde ?

- Je choisis mes moments. J’aime séduire avec les mots, avec les gestes. Si je n’aimais pas séduire, comment pourrais-je faire ce métier ?

Vous dites toujours que vous n’aimez pas vous censurer, vous êtes pourtant une malade du contrôle…

- Je sens une certaine agressivité dans votre question. Les deux ne sont pas contradictoires. Oui, je suis quelqu’un qui contrôle, mais pourquoi le contrôle serait-il condamnable ? Contrôler, c’est être aussi exigeant avec soi-même qu’avec les autres. Contrôler, ce n’est pas ignorer ni ne pas respecter le talent des autres. Je fais ce métier depuis dix-huit ans, j’ai très vite compris qu’il fallait se méfier car il y a toujours détournement : détournement de mes intentions, détournement de mes propos dans les interview s – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’en donne pratiquement jamais. J’essaie de limiter les débordements, les écarts, les mensonges. Plutôt que de passer mon temps à me justifier, ce qui n’est pas dans ma nature, je préfère le silence.

Est-ce qu’il ne vaut pas mieux parfois se tromper plutôt que de toujours être sur ses gardes ?

- Je me méfie d’une certaine nature humaine. Plus que tout, je redoute la trahison. Mais la méfiance n’exclut pas le don de soi. Peut-être m’a-t-on beaucoup trahie. Je ne sais pas, ou plus. Je n’ai aucun souvenir de mon enfance et mon adolescence est en train de s’effacer.

Je vous imagine très bien petite fille en train d’arracher les yeux de vos poupées !

- (elle éclate de rire) C’est vraiment comme ça que vous me voyez ?! Il y a un mois, je recousais les yeux d’un vieux lapin en peluche ! Et puis, il paraît que je préférais les camions aux jeux de petite fille et que je fabriquais, comme dans « Tom & Jerry », des petites bombes avec des bouchons de liège et une mèche que je mettais devant les perrons avant de partir en courant !

Cette histoire d’amnésie, c’est vrai ou vous l’avez inventée pour ne pas parler de votre passé ?

- Je ne comprends pas comment vous pouvez penser une telle chose !

Pourquoi ne vous autorisez-vous jamais à vous laisser aller ?

- Il n’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur…

Vous n’êtes faite que de contradictions. Vous êtes la plus grande schizophrène que je connaisse !

Lorsque je vous ai vue la première fois sur scène descendre du ciel à moitié nue, offerte au publique, vous si pudique, si timide, perdue dans vos profondeurs, j’avoue que j’ai du mal à recoller les morceaux de votre personnalité…

- Sur scène, j’arrive à oublier le regard des autres, peut-être parce que je sais que si les gens se donnent la peine de venir me voir, c’est parce qu’ils m’aiment. La vie m’a fait un immense cadeau : j’ai une force incroyable en moi, même si parfois je vacille, elle me permet de toujours rebondir.

2001-01-dDepuis un an, vos fans vous reprochent – je cite – ‘de le prendre pour des vaches à lait’ et de ne rien donner en échange…

- Ne faites pas d’un cas isolé une généralité. Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fanclub, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. Je ne me suis pas opposée à la publication de leurs journaux car ils étaient de qualité. Mais pour autant, leur destinée n’est pas de mon ressort et ils le savent très bien. En revanche, je suis toujours étonnée de voir certains médias reprendre indéfiniment les mêmes fausses informations.

M ais vous ne leur donnez rien !

- Je ne pense pas qu’on ‘donne’ nécessairement quelque chose en racontant sa vie dans les journaux. Je suis quelqu’un de très secret. Mon respect pour le public est sans ambiguïté : mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee-shirt ou d’un spectacle.

Quand je donne un concert, il y a un investissement colossal sur scène aussi bien émotionnellement que financièrement. J’offre exactement le même spectacle à Paris, en province ou en Russie

Dans un sondage, vous êtes, après Laetitia Casta, la personne qui gagne le plus d’argent dans ce métier : trente-cinq millions de francs par an. C’est vrai ?

- C’est aussi faux que lorsqu’on dit que je suis enceinte, que mon vrai prénom est Marie-Hélène ou que le magazine Marie-Claire affirme que je suis mère d’un enfant. L’argent me donne une formidable liberté mais ce n’est pas une fin en soi.

Vous gagnez plus ou moins ?

- Que Laetitia Casta ?

Vous refusez toujours de parler de votre vie privée, alors on l’invente !

- Dans ‘vie privée’ il y a privé ! Le mot est suffisamment éloquent. Je n’admets pas cette forme d’intrusion. Je suis comblée émotionnellement dans ma vie et dans ma carrière, je n’ai rien à ajouter.

Vous vous donnez, vous vous dérobez. Vous êtes consciente quand même que vous entretenez des rapports névrotiques avec la célébrité ?

- Je n’ai pas décidé de faire ce métier pour être connue mais pour être reconnue. Je n’ai pas à me justifier. On me reproche toujours mon prétendu silence, mais le silence est ma nature profonde. Ce qui est amusant, c’est que ce que certains aiment chez moi est en même temps ce que d’autres finissent par me reprocher. Alors, que faire ?!

Récemment, dans un dîner parisien, certains invités s’étonnaient – entre autres choses – de votre amitié avec Salman Rushdie…

- J’aime l’écriture. Ceux qui m’aiment le savent. Ils ne doivent pas être dans vos dîners mondains ! La culture a toujours eu une place très importante dans ma vie : j’aime Bataille, Cioran, Edgar Poe, Tchekhov, Baudelaire. La poésie me transporte. Comme je parle peu, je lis souvent.

Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et les évènements qui en ont découlé ont été un réveil pour beaucoup de gens. Et pour vous ?

- Je n’avais pas besoin d’une immense catastrophe pour me réveiller et me faire comprendre les urgences de la vie. Je ne passe pas une journée sans penser à la mort. Pour la plupart des gens, les cimetières sont chargés de tristesse. Pas pour moi : je les visite comme on visite des musées. Je m’y sens bien quand ils sont beaux. De même qu’un arbre calciné peut être aussi émouvant qu’un arbre en fleur.

Est-ce que je peux parler de vos activités silencieuses auprès des enfants malades ?

- (mal à l’aise) Pour quoi faire ? Ces moments sont des moments d’une grande richesse, très forts et trop rares aussi. Des moments bénis, des moments silencieux qui leur appartiennent.

2001-01-fVous venez d’avoir quarante ans. Vous projetez toujours une image de jeunesse. Il y a un moment où ça deviendra indécent…

- Il y a une grande part d’enfance en moi, peut-être que je ne dois pas la quitter. Je sais qu’il y a un âge où on ne peut plus faire le Marsupilami sur scène. C’est vrai que j’ai peur de vieillir. Ce qui est rassurant, c’est que quand les hommes parlent bien des femmes, ils disent qu’au-delà de la quarantaine elles sont en pleine possession de leur féminité.

Vous croyez que vous pourrez vous passer des applaudissements ?

- C’est une question cruelle, mais j’y pense parfois. Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change, non pas le fond de mon expression mais la forme. Je saurai ne pas faire le combat de trop. Partir avant de lasser…

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Mylène Farmer est moins libertine

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

MADAME FIGARO du 1er NOVEMBRE 1991

Rencontre avec Danièle THOMPSON

A propos de son rapport aux autres :

- Les gens qui m’attirent sont ceux qui prennent des coups dans la gueule, ceux qui sont à la fois les plus brillants et les plus meurtris. Je n’ai aucune aigreur : le succès est venu si tôt. Mais aujourd’hui j’ai les moyens d’envoyer paître la vulgarité ! J’ai toujours considéré que j’avais tous les droits. Maintenant, j’ai les moyens de mes convictions. Ce ne sont pas des caprices de star. Je me suis tracé un chemin, il ne me fait pas peur.

Personne ne m’obligera à m’allonger sur une peau de panthère devant les caméras de télévision. Je ne l’acceptais pas quand j’avais besoin d’eux. ‘Pour qui elle se prend celle-là ?’ Je l’ai souvent entendu ! C’est encore plus facile de le refuser maintenant qu’ils ont besoin de moi.

1991-14-a

A propos de sa passion pour l’art :

- Je m’ouvre doucement, instinctivement à l’art moderne et contemporain. J’aime la peinture abstraite parce que j’y lis ce que je veux. On ne m’impose rien. C’est comme tomber amoureux de quelqu’un : on ne sait pas qui est vraiment l’autre mais on a soudain envie de le connaître, de percer son mystère tout en sachant qu’on n’y arrivera jamais complètement. J’ai une fascination pour les abstractions de Michaux et les toiles surréalistes de Marx Ernst. Je retrouve l’enfance, la magie du secret et de l’indéfini à travers leurs oeuvres. La peinture est un viol, on s’y ouvre ou pas. Lorsque le viol se transforme en amour, c’est magnifique. J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele. J’aurais pu être son modèle. Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. Il a tout compris, jusque dans la manière de signer ses toiles. Il y a sans cesse, en lui, un mélange de vie et de mort, comme s’il avait été conscient qu’il disparaîtrait à vingt-huit ans. La peinture synthétise la vraie folie, l’exaltation la plus intime. Curieusement, j’ai connu quelque chose qui se rapproche dans mon esprit de cette exaltation créatrice lorsqu’il y a deux ans je suis montée pour la première fois sur une scène. C’est la plus belle expérience de ma vie, la plus déstabilisante aussi. Mais les mots restent l’essentiel pour moi. Écrire mes chansons, c’est ma raison de vivre. Peut-être parce que, dans mes textes, je ne parle que de moi ! C’est de l’égocentrisme artistique…

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Mylène aime trop la chanson pour l’abandonner

Posté par francesca7 le 23 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 LE SOIR (Belgique)

A quoi sert Mylène Farmer ?

Entretien avec Thierry COLJON

« J’aime trop la chanson pour l’abandonner… Mais si j’arrête, ce sera net ! »

Pourquoi ne voulez-vous pas que vos propos soient enregistrés ?

1 - née le 12-09-1961- Ca me perturbe et m’angoisse. Je n’aime pas les interview s qui, pour moi, sont de la nature d’un viol. Mais ça dépend des périodes. J’aime préserver plein de choses.

Que pensez-vous du livre de Patrick M ilo ? (Tout juste sorti lors de cet entretien, l’ouvrage sera retiré de la vente les jours suivants par décision de justice, suite à une plainte de Mylène Farmer, nda)

- On ne m’a pas demandé mon autorisation, ni quoi que ce soit. Ca me dérange que des gens achètent ça, parce que la mise en page est nulle. Le contenu est plutôt sympathique à mon égard, il n’y a pas trop d’erreurs, sauf peut-être quand il prétend que je me complais dans un bain de sang. Je ne suis tout de même pas encore tout à fait folle !

Je n’en veux pas au journaliste qui a écrit ce livre mais plutôt à l’éditeur, Albin Michel, qui aurait pu tout de même me demander mon avis. Mais un autre livre va sortir avec ma caution même si l’auteur ne m’aura pas rencontrée (« Ainsi Soit-Elle » de Philippe Séguy sortira en effet un an plus tard, en revanche il sera le fruit de conversations entre l’auteur et Mylène, nda). Je n’aime pas parler de ma vie privée. Ma vie artistique est connue et c’est suffisant.

Si on s’intéresse tant à votre vie privée, peut-être est-ce parce qu’elle semble très impliquée dans vos textes…

- Oui, on peut l’imaginer. Mais il y aura toujours des points de suspension. Ca reste très scolaire, dans le fond. C’est vrai que j’aimerais aller plus loin…

La presse dite ‘sérieuse’ n’a jamais été très tendre avec vous, refusant d’avaliser de tels penchants…

- Je n’ai pas à m’en plaindre, ça fait partie du jeu. Quand je refuse de rencontrer Libé, ça me fait une pub énorme. Et en réponse, leur vengeance est tellement méchante que ça en devient risible ! (lors des représentations du spectacle au Palais des Sports, en mai 1989, le quotidien consacra une page entière à Mylène pour un article retraçant sa carrière de façon particulièrement méprisante et négative, nda)

Le plus dérangeant est finalement tout l’aspect marketing du produit Farmer…

- C’est vrai que par rapport à la moyenne qui fait le travail en dépit du bon sens, nous – c’est-à-dire trois personnes, Laurent, Bertrand et moi – ne laissons aucune faille. Ca dérange peut-être la profession. Je subis des agressions constantes de ce milieu parce qu’il n’admet pas la réussite.

Ce que j’ai vu dans les coulisses de la remise des Victoires de la Musique m’a dégoûtée. J’étais prête à partir. Si je suis restée, ce n’est que pour le public à qui je devais cette Victoire et sûrement pas au métier qui s’est senti obligé, sous la pression populaire, de me remettre cette distinction.

La scène, c’est une manière de mettre les points sur les i ?

- J’ai toujours refusé de chanter en direct à la télé, n’en déplaise à la Sacem, mais j’ai mes raisons. Je savais que si je montais sur scène, c’était pour faire ce que je voulais. C’est un lieu où l’on ne peut pas tricher. Il fallait que je mette ça au point. J’ai attendu d’avoir des albums pour le faire, l’affection d’un public. C’était aussi un contrat avec moi-même : me prouver qu’avec un mètre soixante-sept et une petite voix, j’étais capable de le faire !

Le plus étonnant dans votre rencontre avec Laurent, c’était que lui se destinait au cinéma et vous au théâtre ?

- Je n’attribue pas cela au hasard, mais à la destinée. Tout de même, j’avais pensé avant à la chanson. J’ai apprécié des chanteurs. C’est la découverte de l’écriture qui m’a fait aimé ce que je fais. Pour le premier album, c’était par inhibition, j’avais en moi des démons à combattre. J’étais frustrée, et à la fois, l’écriture était pour moi un viol intérieur. J’utilise souvent ce mot mais il explique beaucoup de choses…

Dans la chanson « A Quoi je Sers… », vous dites : ‘Je sers à rien du tout / (…) A présent, je peux me taire’. Comment faut-il interpréter cela ?

- C’est vrai que je termine un cycle de sept ans. Je crois en cela. Le clip a un parfum de fin de cycle. J’aime trop la chanson pour l’abandonner, mais faire ce métier autrement peut-être…Mais si j’arrête, ce sera net !

Et le cinéma ?

- C’est une obsession, mais ça me fait peur aussi. C’est autre chose, mais je veux que cela soit aussi fort.

Laurent a déjà écrit un long métrage. Y jouerez-vous un rôle ?

- Je crois, oui, mais je ne peux pas en parler…

Vous acceptez les termes de ‘Pygmalion’ ou de ‘mentor’ le concernant ?

- Pour lui, je crois que c’est mieux d’aller voir plus loin. Notre succès vient de la réunion et du conflit de deux personnes qui débouchent sur une osmose, une adéquation parfaite. Je suis très possessive, et lui aussi ! Il y a une force de deux personnes, deux créations, il y a un don. Si c’est pour ne rien recevoir, cela ne sert à rien…

Vous sentez-vous réellement différente de tout le monde ? Ne croyez-vous pas que les gens ont les mêmes obsessions et fantasmes que vous, raison pour laquelle ils aiment ce que vous faites ?

- Je ne me sens pas fondamentalement différente de tout le monde, mais d’exprimer ces pulsions dans des chansons fait que je suis un être à part parce que les sujets que je traite ne se retrouvent pas habituellement dans les hit-parades. Mais un analyste ne ferait qu’une bouchée de moi ! Je refuse aussi l’étiquette de Top 50 des angoisses et des névroses…

On en revient toujours au mot ‘fantasme’…

- Disons que c’est le plus tapageur…Je ne l’ai pas voulu dans ce sens-là. Quand on cloisonne les mots, on les rend plus violents. On pourrait parler d’autre chose que de la mort, je suis d’accord.

M ais chanter les tabous, n’est-ce pas les désacraliser ?

- C’est vrai qu’on sera très malheureux le jour où plus rien ne sera tabou, mais je crois que c’est universel et intemporel. Les tabous ne mourront jamais. Il y a des millions de mots pour exprimer tout cela. Mais il faut savoir aussi les délaisser, j’en suis consciente.

Ce qui paraît étrange dans ce que j’écris, c’est d’avoir rendu populaire ces tabous : il y avait une demande par rapport à ces sujets-là. J’ai été une sorte de porte-parole, mais aussi d’objet de ces tabous. Ca me fait un peupeur… Je ressens une très grande détresse chez ceux qui s’emparent de cela.

Vous pensez que vos textes peuvent soulager cette détresse ?

- Parfois, on a l’impression que tout cela n’est pas réellement important. Des fois, je me dis : ‘Qu’est-ce qu’on attend de moi ?’. Tous ces personnages que je chante sont proches de moi mais pas dans l’imaginaire. Je ne pourrais jamais camper quelqu’un d’autre que moi.

M ais vous cultivez cela aussi en élevant des singes ou, dans le passé, en jouant sur l’androgynie…

- C’est l’ignorance qui entraîne ces mythes. J’adore les singes, il faut s’en occuper autant que des enfants. Je ne le fais pas pour faire parler de moi. Et l’androgynie, il ne faut pas oublier, comme le reste, qu’il ne s’agit que de fractions de vie. Quand j’écris, c’est la nature des sentiments du moment. Je ne suis pas une grande calculatrice. J’ai besoin de vivre autre chose pour parler d’autre chose…

 

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Mylène ou Les confessions d’une enfant du siècle

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

LYON MATIN le 11 MAI 1989 -Entretien avec Jocelyne BLANCHARD

1989-08-aQue représente pour vous cette première scène au Palais des Sports ?

- Je sais être attendue au virage. Les gens me pousseraient à placer ma tête sous la guillotine, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont me la couper. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas laisser tomber la lame : trois mois pleins de préparation… très physique ! Aller en scène ne s’improvise pas. Il faut se donner tous les moyens de faire quelque chose qui ne donne pas à l’arrivée la moitié d’une chanteuse ou d’un décor.

L’important, de la chorégraphie à la préparation physique, type olympique avec musculation, course à pied et assouplissement, c’est de faire un spectacle que l’on trouve tout à fait naturel aux U.S.A. et complètement anormal en France. Je transporterai le décor parisien en province car il n’est pas question de présenter la moitié de quelque chose.

A l’occasion du tournage de l’un de vos clips dans le Vercors, quel contact avez-vous eu avec Rhône Alpes ?

- Laurent Bat, assistant de Laurent Boutonnat pour mes clips, avait des repérages pour la chanson « Tristana ». Il recherchait des lieux intemporels, des étendues féeriques pour servir de cadre au récit de cette fille au coeur qui a pris froid. Dans le Vercors, nous avons trouvé un endroit désert, magique et superbe.

Nous sommes restés là une semaine avec seulement une voiture à skis, une caravane et des chenilles pour monter le matériel. Et nous nous sommes perdus en fin de tournage ! Si j’en avais eu le temps, je serais bien revenue en hiver. Ou alors cet automne : la tournée me permettra peut-être de retrouver aussi une marraine à Meyzieu !

Qui est M ylène par rapport à Farmer ?

- Il n’y a pas de différence entre Mylène, ma vie intime et Farmer, ma vie professionnelle. On est tous doubles, mais c’est plus violent chez moi, par la confrontation de sentiments et d’états très différents. Tout être a ses paradoxes, les miens sont plus connus. C’est comme une mer qui ne serait jamais calmée. Mais les plus grandes oeuvres se sont faites en état de crise. Combien d’artistes ont créé au moment où ils sont anéantis partout…

A propos d’artistes, de quels créateurs aimeriez-vous être la muse ?

- De Villiers de l’Isle Adam. J’aime son désir d’absolu et son style d’écriture métaphorique. Rilke, quitte à voler son homme à Lou Salomé ! Sans oublier David Lean, Jérôme Bosch, Baudelaire. Comme lui, je pense que le beau est bizarre. Il suscite des sensations indéfinissables, donc étranges. Il peut faire pleurer. Quand j’ai fait « Mon Zénith à Moi », l’émission de Michel Denisot (cf. année 1987, nda), j’ai choqué beaucoup de monde en évoquant une certaine beauté, figée par les images très dures d’évènements tragiques au Mexique.

Votre prédilection pour les XVIIIème et XIXème siècles n’est elle pas un moyen de fuir les réalités présentes ?

- Parlons plutôt de distanciation. Sans penser que j’aurais pu vivre plus heureuse à ces époques-là, j’adore m’y projeter. Pour les costumes et le caractère magique de gens qui ne sont plus de ce monde. Et puis surtout, j’ai découvert aujourd’hui des écrivains que je n’ai pas eu envie de lire à l’école !

L’écriture de vos chansons constitue, dites-vous, une sorte de thérapie…

- L’écriture m’aide à ne pas me taire. Ce qui m’insupporte, c’est que l’on vous demande à l’école de vous taire.

Quand on naît, on crie. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de crier tout le temps ?! Je suis lucide : je n’écris que des chansons, même si pour moi, c’est très sérieux.

Comment peut-on être à la fois populaire et élitiste ?

- On peut franchir la barrière populaire sans se sentir une intellectuelle, mais on aime à séduire d’autres personnes que celles du Top 50 – même si ce public est pour moi le plus direct, le plus sensitif et le plus bouleversant.

1989-08-bL’amour a-t-il une place aussi discrète dans votre vie que dans vos chansons ?

- Ce succès qui a l’air d’être là… Il est vrai que c’est fondamental dans ma vie. L’amour, c’est la plaie ! Je n’arrive pas à en parler en terme de bonheur, de sérénité. Car je suis en quête d’un idéal qui n’existe pas, ce qui ne m’empêche pas de multiplier les moments de bonheur. Comme l’héroïne du film « La fille de Ryan », je cours après des chimères. Mais je ne suis pas complètement pessimiste ! Il est à noter que cet entretien paraîtra en septembre 1989 dans Marie-Claire, avec quelques petits changements de vocabulaire dans certaines questions, avec la mention ‘ Propos recueillis par Diane Charney’…

 

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TÉLÉ MOUSTIQUE (Belgique) avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

12 OCTOBRE 1989 – Mauvais sang – Entretien avec Rudy LEONET

« Je suis à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes. »

1989-14-aPourquoi êtes-vous si avare d’interviews ? Pourquoi est-ce si difficile de vous rencontrer ?

- Je n’aime pas banaliser les interview s, ni répéter toujours les mêmes choses… Et puis encore et encore parler de moi, ça devient aliénant. Je n’ai pas envie non plus de prolonger les chansons, de m’expliquer, de me justifier…

Je pensais que ça vous était vraiment trop pénible de devoir aborder des sujets intimes face à face avec un étranger dans un système de questions / réponses contre nature…

- … (Son nez se pince et elle secoue la tête pour acquiescer, comme embarrassée d’être prise sur le fait)

Choisir le silence, c’est aussi parfois donner le champ libre aux rumeurs…

- J’y suis vraiment indifférente. Elles sont souvent basées sur du ressentiment et de la mauvaise foi.

Comme la rumeur du play-back pendant les concerts ?

- Bien sûr. Je n’ai jamais accepté de faire une seule émission de télévision en chantant en direct. Sur un plateau de télé, je n’ai aucun contrôle sur le son. Je ne veux pas jouer à la roulette russe avec mes chansons, elles me sont trop importantes. Donc, on a immédiatement conclu que je ne savais pas chanter et que mes concerts seraient en play-back. Ca m’est égal. Je sais d’où vient la rumeur, je sais où je vais et ce qu’en pensent ceux qui viennent me voir. Tant pis pour les autres…

Si la critique ne vous touche pas, êtes-vous émue par les récompenses ? Je me souviens de cette soirée des Victoires de la M usique où vous avez reçu votre trophée en déclarant : ‘Je suis contente et triste’. M ais qu’est-ce qui vous a poussée à dire que vous étiez triste alors qu’on vous récompensait?

- J’ai passé des heures en coulisses pour les répétitions de cette soirée télévisée. Tout le gratin du show – business était là et ces gens m’ont écoeurée. Ils se détestent tous. J’étais triste d’avoir été récompensée et reconnue par ces gens-là. Ce sont les Victoire de l’hypocrisie ! J’ai failli m’enfuir, mais je suis restée pour faire plaisir aux gens qui regardaient l’émission. Ils n’auraient pas compris…

Vous n’avez pas d’amis dans ce métier ?

- J’aime bien Lio et Jean-Jacques Goldman. Mais je les connais assez peu…

C’est si important, pour vous, d’être rousse ?

- (silence) Cela a été important à une époque, mais maintenant, ça l’est moins puisque ça fait partie intégrante de moi. Je ne me défie plus en me regardant Votre date de naissance imaginaire (1985 dans sa biographie officielle) correspond très exactement au moment où vous avez choisi de vous teindre les cheveux…

(double confusion de la part du journaliste, puisque dans la brochure promotionnelle qu’il évoque, 1985 est présenté comme une date de fin de cycle, et le passage au roux date quant à lui d’avril 1986, nda)

- C’est vrai… C’est quelque chose que je devais vomir. J’ai toujours eu ça en moi sans oser l’afficher, cette façon d’être différente…Et en l’incarnant physiquement, je ne pouvais plus reculer. J’ai détruit quelqu’un pour en devenir un autre. C’était difficile, comme un défi aux autres…

« Ainsi soit je, ainsi va ma vie, tant pis… » (sic) ?!

- Oui… (Elle sourit, regarde le sol)

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec Laurent Boutonnat ?

- Non.

Vous semblez si catégorique sur l’absence de souvenirs…

- En fait, j’y repense très souvent et je n’arrive pas à me rappeler. Même pas son visage. Je me souviens que quelqu’un était là, mais rien de plus. Ca m’ennuie…

Jusqu’au deuxième single, « On est Tous des Imbéciles », Laurent écrivait les chansons avec Jérôme Dahan, qui a disparu ensuite…

- C’est lui qui est parti. Je pense qu’il s’est senti comme un intrus dans la relation exceptionnelle qui se dessinait entre Laurent et moi…

Relation exceptionnelle ?

- C’est mon jumeau, mon double, mon complément vital. Il comble mes vides… On ne peut pas être doué pour tout. Ensemble, nous complétons deux personnalités pour faire un tout.

« On est Tous des Imbéciles » est un disque hybride : il n’est repris sur aucun album, n’a pas eu droit a une vidéo. Il a été écarté comme une bavure…

- J’aime beaucoup cette chanson, mais elle marquait la fin d’une époque, la fin d’un cycle. Un peu comme aujourd’hui on est à la fin d’un cycle. Il va y avoir des choix à faire, je ne sais pas encore lesquels. Les choses s’imposeront d’elles-mêmes.

C’est la phrase de « A Quoi je Sers… » : ‘A présent, je peux me taire si tout devient dégoût’ ?

- Non, non. C’est un peu léger, comme le clip avec les fantômes qui m’emmènent. C’est une image un peu facile, même si elle contient une partie de vérité.

Et la pochette en noir et blanc comme un faire-part mortuaire, comme des adieux…

- Non, il y aura d’autres disques…Plus tard…Vous aimez cette photo ? C’est Marianne (Rosenstiehl, nda) qui l’a prise dans ma loge au Palais des Sports. Je l’adore.

Y a-t-il un but secret que vous vous êtes fixé depuis le premier jour ?

- Oui, j’ai un but à atteindre…

Très précis ?

- (catégorique) Oui, très précis…

Quand vous vous déshabillez dans un clip, c’est pour répondre à l’attente de qui ?

- Du scénariste, donc de Laurent. S’il pense que c’est utile pour son film, j’ai confiance en lui. Mais aujourd’hui, je sais que c’est fini et qu’on ne le refera plus. dans un miroir..

Quand vous parlez de Laurent Boutonnat, vous citez la confiance, le respect, l’admiration. On n’est pas très loin d’un sentiment amoureux…

- (sourire) Je ne veux pas parler de ma vie privée. Je vous dirai seulement que je ne peux pas la dissocier de ma vie professionnelle.

Vous êtes possessive ? Vous accepteriez qu’il travaille avec quelqu’un d’autre ?

- Je sais qu’il ne le ferait pas. Pour l’instant, il ne pourrait pas trouver ailleurs ce que je peux lui apporter.

L’inverse est vrai aussi…

Toutes vos idoles sont des personnages historiques : Louis II de Bavière, Edgar Allan Poe,

Baudelaire… Rien ne vous rattache vraiment à vos contemporains ?

- Vous savez, je ne suis pas très cultivée. Il y a probablement beaucoup de gens que j’admirerais énormément si je les connaissais. J’ai mes références, celles que j’ai trouvées dans les livres. J’ai lu beaucoup quand j’étais petite. Aujourd’hui, je ne lis presque plus. Je le regrette.

Où en est le projet de long métrage pour le cinéma de Laurent Boutonnat ?

- Il va le faire. On a trouvé l’argent pour le monter. Il commence le tournage après la tournée. (le projet sera reporté jusqu’en 1993, après que le producteur initialement trouvé par Laurent Boutonnat n’ait rien fait pour monter le film, nda)

Il y a un rôle pour vous ?

- Je ne sais pas…Peut-être…

Vous avez envie de tourner dans ce film ?

- Oui…

Laurent vous l’a proposé ?

- (amusée) Oui…

Eh bien, alors ?!

- Bon ! Oui, je jouerai dans le film.

Ca parle de quoi ?

- Il est trop tôt. Je vous le dis, mais vous me promettez de ne pas l’écrire !

C’est juré. Alors ?

- …

1989-09Vous vous êtes bien amusée sur scène, pendant les concerts ? Je veux dire dans le sens purement enfantin du terme…

- Oui, il y a eu de ça. Mais pas que ça. C’est très stimulant. En deux heures, on passe par autant de sentiments différents qu’en dix ans de vie. Je n’étais pas sûre d’aimer ça avant de le faire, c’est pour ça que ce spectacle a été conçu comme le dernier. Je n’étais pas certaine de remonter sur scène après cette première expérience.

Tout dépendra de la tournée : j’ai très peur de me retrouver sur les routes, dans une chambre différente tous les soirs. Je ne sais pas…

En décembre, vous clôturerez la tournée par deux dates exceptionnelles à Bercy. La grandeur de la salle vous fait peur ?

- Oh non ! Pas du tout. J’aurais tremblé à l’Olympia, mais pas à Bercy.

 

Un peu comme la peur du tête-à-tête en interview ?

- Oui, une peur de promiscuité et d’intimité.

Vous êtes heureuse de tout ce qui vous arrive ?

- (soupir) Mary Shelley a dit un jour : ‘Je ne veux pas être de celles que l’on aime, je veux être de celles dont on se souvient’…

M ais pour en arriver là, elle a été obligée de créer un monstre ! (référence au roman « Frankenstein », de Mary Shelley, nda)

- Oui…oui…

 

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Mi ange, mi démon ; Mylène et Margot

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

TÉLÉ POCHE du 13 MARS 1989 Entretien avec Margot REAL

1989-03-b« Après le Palais des Sports, je crois que je vais changer, m’épanouir, avoir plus confiance en moi. »

A propos de ses nombreux paradoxes, souvent mis en évidence par les médias :

- Paradoxe est un mot que j’aime, qui me va bien. Peut-être une des clés de ma personnalité…

A propos de sa réaction en demie teinte le soir des Victoires de la Musique en novembre 1988 :

- J’ai été blessée, c’est tout. C’est le choix du public qui compte avant tout !

A propos du régime alimentaire auquel elle est contrainte pour préparer son premier spectacle :

- J’ai toujours mangé de façon aberrante ! Bonbons, biscuits… j’ai horreur de me mettre à table ! Je me suis refait une éducation.

A propos de ce futur spectacle et de son ressenti :

- Le compte à rebours a commencé. Cela me remplit d’angoisse et d’exaltation. Ce sera à la fois une mort et une naissance. Je me suis décidée à monter sur scène après la sortie de mon deuxième album.

C’est fabuleux d’imaginer six mille personnes qui se sont déplacées juste pour vous. Je ressens déjà l’émotion puissante, extraordinaire que l’on doit éprouver. En même temps, je perçois un danger : celui engendré par la surenchère du succès. Je veux rester lucide, d’ailleurs je l’ai toujours été. Pour moi, la vie, le travail, c’est quelque chose de sérieux, de dramatique – dans le bon sens du terme -, avec des moments d’une force inouïe.

Après le Palais des Sports, je crois que je vais changer, m’épanouir, avoir plus confiance en moi. J’ai constamment besoin d’être rassurée.

A propos de ses angoisses :

- Je ne suis pas simple, mais je ne suis pas au Top 50 des névrosés !

A propos de sa détermination dans sa carrière :

- Je n’ai jamais été grisée par le succès. Je l’ai voulu. Je savais que je l’obtiendrais. Je crois en ma destinée : ma vie est un divorce énorme avec la normalité. Je savais que la vie ‘comme tout le monde’ n’était pas pour moi.

1989-03-aA propos de son adolescence :

- J’étais passionnée d’équitation et j’ai passionnément détesté l’école, le lycée, l’autorité…Je suis restée deux jours en classe de Terminale et j’ai claqué la porte !

A propos de l’importance de sa carrière dans sa vie personnelle :

- J’ai commencé à exister le jour où je suis devenue chanteuse. Une amitié unique, sans faille, sans usure, me lie depuis à Laurent. Il écrit la musique de mes chansons, certains textes, réalise mes clips…C’est mon alteego. Grâce à mon travail, je me suis construite, cultivée. J’ai fait l’apprentissage de la vie.

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Gentlewoman Farmer

Posté par francesca7 le 16 septembre 2014

 

 

émission 7 À PARIS du 26 MAI 1989 – Entretien avec Jean-Yves KATELIN

1989-09A propos du statut de provocatrice qu’on lui prête :

- Si je suis provocatrice, c’est à la manière d’Oscar Wilde, dans une ambiguïté permanente, à cheval entre le clair et l’obscur. Mon public ne s’y trompe d’ailleurs pas. Comme celui de Tintin, il s’étale de sept à soixante-dix sept ans. Composé d’honorables sexagénaires, de bambins – séduits par les singes captifs qui peuplent mon célibat – et de nombreux homosexuels des deux sexes. Pourquoi ? Probablement parce qu’ils ont une sensibilité d’écorchés vifs…

A propos du show-business :

- Je déteste la vulgarité et la superficialité de ce milieu.

A propos de ses nombreux paradoxes :

- Je n’ose pas sortir dans la rue de peur d’être reconnue. Je déteste le reflet que je contemple. On me dit kamasoutra, je réponds Oscar Wilde. J’aime l’odeur du café, mais en déteste le goût.

On me dit Top 50, je réponds Ionesco, Desproges et Woody Allen !

A propos des tabous qu’elle met en scène :

- Si je fais scandale, c’est simplement que je ne respecte pas les tabous usuels : la mort et heu… le… heu… le sexe ?!

A propos de Baudelaire et du mal de vivre :

- Il faut se détruire pour vivre intensément et souffrir le martyr pour être véritablement artiste. J’aime l’aventure, les extrêmes, le risque physique.

A propos de son idéal masculin :

- Il a 40 ans, le regard d’un enfant – sans l’innocence -, il est fort – mais fragile -, il est triste – mais immature -, lucide et fan de Baudelaire

 

 

 

 

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Mylène ou les charmes du libertinage

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

dans DOMINA MAI 1989

 

1989-06M ylène Farmer, l’image que vous reflétez est celle d’une libertine. Est-ce une profession de foi ?

- C’est un état. (rires) Profession de foi, non ! Il ne faut pas trop se prendre au sérieux ! Mais c’est un plaisir, en tout cas.

Vous donnez également dans vos chansons l’image d’une ingénue…

- D’habitude, on me dit perverse. Je ne sais pas si c’est compatible… Ingénue, non. Plutôt lucide. Pour moi, libertine est l’alliage de coquine et de putain.

Vous vous sentez des affinités avec les libertines du XVIIIème siècle ?

- Dois-je le dire ? C’est une époque qui me fascine, qui m’attire… Oui, j’aurais pu être libertine.

Vous savez qu’à l’époque, ces gens là étaient considérés comme les premiers révolutionnaires dans la mesure où ils démolissaient l’ordre établi, qu’il soit religieux ou moral. Ils se moquaient des vierges…

- C’est ce que j’aurai aimé faire aujourd’hui, mais c’est un peu difficile…

Pensez-vous qu’à notre époque la provocation érotique ait encore une fonction de perturbation sociale ?

- Bien sûr. Ce sont des choses qui certes évoluent un peu, mais qui font toujours partie de l’interdit, c’est évident.

Pensez-vous que la religion a encore une fonction importante dans notre société ?

- Personnellement, je ne lui trouve aucune fonction mais je pense que c’est une chose présente, même omniprésente.

Dans notre système actuel où l’on est entouré par l’érotisme et le sexe – que ce soit dans les films, à la télévision ou dans la pub – pensez-vous qu’il peut y avoir encore de la provocation maintenant qu’elle fait partie des choses normales et quotidiennes ?

- Je pense que oui… Mes chansons provoquent encore des réactions. Rien n’est acquis !

Vos costumes de scène sont très originaux par rapport à ce qu’on voit actuellement : ils sont très raffinés, coquins et très recherchés. Est-ce que vous vous habillez de cette manière provocante dans votre privée ?

- J’adore rester toute nue chez moi ! Mais la lingerie, non, ce n’est pas quelque chose que je cultive à la maison.

J’aime, mais c’est plus amusant de la présenter en public !

Quel type d’homme vous attire ?

- Je vais vous dire une banalité : les hommes intelligents.

Que faut-il faire, ou ne pas faire, pour séduire M ylène Farmer ?

- Il y a plus de choses à ne pas faire qu’à faire ! (rires) Certainement me séduire intellectuellement…

Il vous arrive de ‘flasher’ sur un physique uniquement avant que l’homme ne parle ?

- Oui, ça peut m’arriver, mais je préfère que l’homme me parle. En fait, je n’en rencontre pas souvent, des hommes. Je suis très protégée dans ma maison. J’aime bien les hommes d’un certain âge, d’une certaine expérience. C’est vrai que j’aime bien le côté papa, le côté protecteur…

Pensez vous qu’à l’heure actuelle la sexualité féminine, qui est très mise en avant dans tous les domaines, est toujours dépendante de l’homme ? Existe t-elle toujours à travers les yeux de l’homme ?

- Oui, je le pense. La femme est en représentation : c’est l’homme qui, quoi qu’il arrive, impose. Ca ne me dérange en aucun cas.

Pour revenir aux libertins du XVIIIème avec lesquels vous avez des atomes crochus, quelle a été la première lecture érotique qui vous a troublée ?

- « Justine » de Sade, et après, j’ai continué. Je l’ai lu à quinze ans.

Ca vous a vraiment troublée de façon érotique, ou était-ce un phénomène de curiosité ?

- Vous êtes  bien indiscrètes ! Les deux…D’autant plus que mes parents ne m’avaient jamais parlé de ‘ces choses là’. Ce sont des choses que l’on découvre soi-même, et c’est beaucoup plus drôle de les découvrir ainsi. Il faut garder certains tabous, certains interdits pour les transgresser. C’est bien, les interdits !

Dans la littérature pornographique féminine, genre Xaniera Hollander ou Sylvia Bourdon, est-ce que ces femmes vous fascinent quelque part par leur attitude, par leur violence ?

- Elles ont plutôt tendance à me dégoûter…

Pourquoi ? Parce qu’elles en font trop ?

- Oui, c’est de l’illustration bâtarde et malsaine. Moi, j’aime les choses raffinées. Je trouve que Sade est très raffiné donc c’est ça que j’aime.

Pouvons-nous vous demander quel est votre meilleur souvenir érotique ?

- Ca ne va pas du tout là ! Euh… mon petit singe ! Vous n’en saurez pas plus !

 

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Mylène nature dans un Quotidien Suisse

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

(Référence inconnue) le 11 OCTOBRE 1989 – Entretien avec Bernard PICHON

« En France, on ne vous pardonne pas de réussir. »

Certains vous appellent ‘Vilaine Fermière’ pour mieux vous reprocher votre look et votre voix.

Êtes-vous sensible à ces courants contraires ?

- Bien sûr. Les coulisses du métier ne sont pas belles. On ne cesse de me dire ce que je ne suis pas encore ou de me guetter au contour après chaque succès. Le fond du problème, en France, c’est qu’on ne vous pardonne pas de réussir.

Comment vous protégez-vous ?

- En refusant de faire n’importe quoi. D’apparaître, par exemple, dans des émissions télévisées où je sais d’avance que je n’aurai rien à dire. Et en m’entourant d’une équipe de confiance qui fait écran à tout ce que le monde du spectacle peut drainer de mesquinerie.

1Seriez-vous déjà désenchantée ?

- Je sais le prix qu’il faut payer pour quelques secondes de jouissance totale… Heureusement, j’ai aussi des amitiés solides dans le métier, comme Zouc depuis son apparition dans mon clip « Sans Contrefaçon ». Elle vit dans un univers parallèle au mien. Ajoutez à cela quelques satisfactions extraprofessionnelles.

Avec vos singes ?

- Si je vous réponds par l’affirmative, on va encore me soupçonner de misanthropie – comme si on ne pouvait pas aimer à la fois les animaux et les hommes… Mais il est vrai que mes deux capucins E.T. et Léon sont un peu mes enfants. Je les ai apprivoisés, nourris au biberon. De jour en jour, je perfectionne avec eux une forme de langage qui dépasse de loin tout ce qu’on pourrait expérimenter avec un chien ou un chat. Cette qualité de communication, j’en suis sûre, compense pour eux la privation de liberté. Mes singes sont d’ailleurs beaucoup plus gentils que ceux que j’ai pu croiser dans la nature, lors de mon récent voyage en Inde.

Et l’homme qui partage votre vie ?

- J’aurais dû commencer par lui. Laurent Boutonnat est le réalisateur de mes clips. Avec lui, l’amour se nourrit de créativité commune. C’est ce qu’il y a de plus fort et de plus fou !

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UN DB DE PLUS pour MYLENE FARMER

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

SUR ANTENE 2 le  22 SEPTEMBRE 1987

Présenté par Didier BARBELIVIEN

 1

Aux manettes de sa propre émission, Didier Barbelivien y présentait l’actualité musicale du moment, un petit classement des chansons les plus populaires, diffusait les nouveautés en matière de clips et recevait parfois un artiste. C’est le cas ce jour-là puisqu’il reçoit sur son canapé Mylène Farmer, chevelure plus claire attachée en arrière et longue veste grise, pour parler de sa carrière, de ses goûts.

DB : Bonjour Mylène !

MF : Bonjour !

DB : Je suis bien content que tu sois venue ! Dis-moi, quand tu étais petite, enfin adolescente, et que tu imaginais ta carrière de chanteuse, tu l’imaginais comme ça ?

MF : Quand j’étais petite je voulais être agent de police !

DB : Tu voulais être agent de police ? Mon fils aussi, dis donc !

MF : C’est vrai ?

DB : Un jour, c’est agent de police, un jour c’est pompier…

MF : Après vétérinaire, et c’est bien plus tard que j’ai….

DB : Vers quel âge ?

MF : Agent de police ?

DB : Non, chanteuse !

MF : (rires) Chanteuse, ça c’est concrétisé à 22 ans.

DB : A 22 ans ? Mais tu imaginais déjà faire des clips, des choses comme ça ?

MF : Non, j’ai toujours eu une passion qui est le cinéma, donc les images et pourquoi pas la chanson et les clips.

DB : Oui, mais tu imaginais l’ensemble, déjà, tu imaginais tes chansons avec des images en même temps, des choses comme ça ?

MF : Ah oui tout à fait. Comme j’écris, c’est vrai que ça provoque toujours des images.

DB : Et le dessin, c’est une nouvelle passion ? J’ai vu que tu t’étais lancé dans le dessin, j’en ai vu de toi, de très belles dans Match cet été….

MF : (sourire) Oui j’ai toujours aimé dessiner, et c’est vrai que là je le fais de plus en plus et spécifiquement avec du fusain.

DB : Et tu vas t’en servir pour une pochette ou quelque chose ? Tu sais pas ?

MF : Non, non je ne crois pas.

DB : Tu les gardes pour toi ?

MF : C’est très pudique … (sourire)

DB : Bon, il y a un truc que tu ne gardes pas pour toi c’est ton coup de cœur !

MF : Oui alors c’est….

DB : Qui c’est, ton coup de cœur ?

MF : C’est Depeche Mode.

DB : « Strange Love » ?

MF : Oui. C’est pas leur dernière chanson

DB : Non c’est pas leur dernière chanson. Leur dernière chanson a disparu ! On l’avait, on l’a perdue !

MF : Elle a disparu ? (rires)2

Diffusion du clip « Strange Love » de Depeche Mode.

DB : Mylène, après avoir écumé tous les hits parades existants avec « Tristana », qu’est ce que tu prépares maintenant ?

MF : Je prépare un album. Je rentre en studio demain !

DB : Demain ?

MF : Oui, demain et le premier 45 tours issu de cet album sortira, je pense, vers fin octobre.

DB : Oui alors tu viendras nous voir avec ce nouveau 45 tours !

MF : Bien sûr !

DB : Je t’ai choisi un coup de cœur bien personnel, c’est pas sans rapport avec toi, c’est monsieur Serge Gainsbourg. Ca date un peu hein, c’est en noir et blanc, c’est y’a longtemps. Ca s’appelle « Qui est in ? Qui est out ? » mais le talent de Gainsbarre était déjà là.

Diffusion d’une séquence où Serge Gainsbourg chante « Qui est in ? Qui est out ? »

DB : (à propos de la chanson de Serge Gainsbourg) C’est la chanson préférée de Laurent Voulzy !

MF : C’est vrai ?

DB : Oui.

MF : J’aime beaucoup Gainsbourg.

DB : C’est bien Gainsbourg !

MF : Surtout cette période d’ailleurs, des albums formidables !

DB : T’aurai aimé travailler avec lui à cette époque ?

MF : Je suis très heureuse de travailler avec Laurent Boutonnat (rires)

DB : Oui, mais sûrement à cette époque t’aurais travaillé avec lui ! Il avait écrit une très, très belle chanson pour Françoise Hardy, je crois, qui s’appelait « L’anamour ». Tu te souviens ?

MF : Oui ! C’est aussi une de mes chansons préférées

Après quelques extraits de clip, retour plateau pour présenter les nouveautés de la semaine, au nombre desquelles on trouve la première cassette vidéo des clips de Mylène Farmer, que Didier Barbelivien qualifie de « truc très original » !

C’est alors la fin de l’émission. Didier Barbelivien salue Mylène avant de prendre congé des téléspectateurs.

DB : Mylène, je t’embrasse !

MF : Je vous embrasse aussi !

DB : Tu reviens quand tu veux !

Fin de l’émission

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Mylène et MON ZÉNITH À MOI

Posté par francesca7 le 13 septembre 2014

 

10 OCTOBRE 1987 Présenté par Michel DENISOT  CANAL +

Sur le générique de début, c’est la tradition l’invité de la semaine écrit le titre de l’émission sur une palette graphique. Ainsi voit-on à l’écran s’écrire « Mon zénith…à moi toute seule » de la main de Mylène, avant qu’elle ne signe.

On découvre ensuite le plateau : deux canapés qui se font face. Sur l’un Michel Denisot, sur l’autre Mylène Farmer, en veste blanche et pull gris, cheveux attachés en train de jouer avec un chimpanzé assis à ses côtés !

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Michel Denisot : Bienvenue à toutes et à tous ! Après Jean-Jacques Beineix et ses fauves, c’est Mylène Farmer et sa chimpanzé qui font leur Zénith ce soir ! Mylène nous expliquera dans quelques instants pourquoi cette passion pour les chimpanzés. D’abord je voudrais rappeler que vous êtes installée dans le show -biz et dans le Top 50 depuis déjà trois ans, avec trois titres, trois succès, qu’on a une image peut-être encore un peu trouble de vous, en tout cas troublante ne serait-ce qu’à cause tous les clips que vous faits, une image assez troublante de Mylène Farmer. (…) Y a eu « Libertine », y a eu « Tristana » et puis vous aviez commencé avec une chanson qui s’appelle « Maman a tort » où vous étiez amoureuse d’une infirmière.

Mylène Farmer : (tout en jouant avec le chimpanzé) Absolument.

MD : Vous entretenez une espèce d’ambiguïté autour de vous ?

MF : Je ne sais pas si je l’entretiens. Je crois que ça fait partie de ma vie, cette ambiguïté, ce paradoxe.

MD : Alors, on commence par vos fantasmes. Votre fantasme c’est quoi ?

MF : C’est tout ce qui est paroissial. C’est vrai que c’est le prêtre !

MD : Le prêtre, c’est un fantasme qui va jusqu’au fantasme sexuel ?!

MF : Oui, ça pourrait aller jusqu’au fantasme sexuel. J’ai eu une éducation religieuse tout à fait normale mais je n’avais de cesse que de séduire le prêtre qui enseignait le catéchisme !

MD : C’est déjà arrivé ?

MF : Ce n’est jamais arrivé, je vous rassure tout de suite ! (rires)

MD : Ca peut arriver ! Ca arrive au cinéma puisqu’il y a une référence cinématographique qu’on va faire d’entrée…

MF : Absolument oui, on a pris « Les diables » de Ken Russel.

MD : « Les diables », où c’est l’histoire d’un prêtre qui a une vie sexuelle assez intense.

MF : Voilà. Ca se passe sous l’Inquisition et c’est un film merveilleux.

MD : Alors on voit un extrait des « Diables » et puis on est allés mener une enquête, on a demandé à deux prêtres, on leur a dit « Voilà, Mylène Farmer rêve de vous ! ». Alors d’abord l’extrait des « Diables » et puis la réaction au fantasme de Mylène Farmer. (rires de Mylène)

Un court extrait du film de Ken Russel « Les diables » est diffusé en VO. Aussitôt après, le père Jean-Louis Vincent et le père Alexis Baquet réagissent au fantasme de Mylène. Le premier élargit la question au rôle du prêtre dans la société moderne tandis que le second prend la chose avec humour et va même jusqu’à proposer un rendez-vous à Mylène ! Petite nuance cependant puisqu’il veut en profiter pour lui parler duChrist, précise-t-il !

MD : Le deuxième vous donne rendez-vous, mais quand même c’est pour vous ramener dans le droit chemin, si je puis dire !

MF : Dans le droit chemin, oui !

MD : Vous pensez quoi de ces réactions ?

MF : Moi je trouve ça plutôt séduisant ! C’est bien de se prêter à ce jeu-là, déjà, à cette interview . Maintenant, ça ne m’empêche de garder, de conserver ce fantasme !

MD : Et c’est un fantasme de petite fille que vous gardez ?

MF : Pas réellement de petite fille. Je crois que j’ai cultivé ça, et c’est vrai que c’est plus maintenant que ça ressurgit. Mais quand il dit (le premier prêtre, ndlr) qu’on est très éloigné de l’Eglise, au contraire : lors du confessionnal on est très, très approché, c’est très intimiste et c’est un moment qui est très proche pour les deux personnes.

MD : C’est très émouvant une confession ? Vous y allez pour le plaisir ?

MF : Moi je vous avoue que je ne me suis confessée qu’une seule fois, et là c’était quand j’étais petite et c’est vrai que j’ai eu un trouble.

MD : Vous n’avez pas envie d’y regoûter ?

MF : Non, pas dans l’immédiat, je vais attendre ! Je vais peut-être aller voir ce monsieur, alors ! (le second prêtre interviewé, ndlr)

MD : En plus, enfin j’y connais pas grand-chose, ils ont l’air bien !

MF : Absolument ! (rires) Mais moi j’aime bien le prêtre version avec l’habit de ville, comme dans « L’exorciste », avec cet habit comme ça, avec le col roulé !

MD : A plastron, costume de clergyman, quoi !

MF : Oui. Davantage, oui ! Parce que la robe, ça, non ça me gêne un petit peu !

MD : Bien ! Alors, l’histoire du singe : vous vivez avec un singe ?

MF : Oui, j’ai un petit singe. C’est un capucin, qui est beaucoup plus petit que celui-ci (elle désigne le chimpanzé à ses côtés) et que j’ai depuis deux ans.

MD : Pourquoi ?

MF : Parce que j’ai une fascination pour cet animal parce que c’est du mimétisme avec nous, c’est fascinant.

MD : Vous avez filmé le singe chez vous. Il est beaucoup plus petit que celui-là, hein ! (gros plan sur le chimpanzé en train de jouer sur le canapé)

MF : Oui, beaucoup plus petit.

MD : Vous lui faites faire tout ce que vous voulez ?

MF : Tout ce que je veux ? Tout ce qu’il veut bien faire !

MD : Oui ?

MF : Oui c’est différent !

Une séquence absolument adorable est alors diffusée. Filmée chez Mylène en cadre serré, on y voit successivement ET dormir repliée sur elle-même, puis boire à même un verre à pied en le tenant dans ses petites mains. ET feuillette ensuite, assise entre les jambes de Mylène, un magazine avant de saisir un stylo, le décapuchonner puis gribouiller sur les pages, encouragée par Mylène. Elle tente ensuite de reprendre le stylo à ET mais celle-ci pousse des cris stridents et Mylène se résigne à lui rendre ! A l’aide d’un petit chiffon, ET se met ensuite à frotter l’une des chaussures de Mylène, puis elle lui donne un téléphone, ce qui permet à ET de jouer avec bonheur avec les touches mais aussi d’être très intrigué quand il entend la tonalité lorsque Mylène lui met l’écouteur à côté de la tête ! Séquence suivante, ET vide une boite d’allumettes sur le sol, en saisit une et la frotte contre le boîtier. Ce qui devait arriver arrive : l’allumette s’embrase, pour la plus grande peur d’ET ! Après une pause câlin, ET joue avec un ours en peluche puis Mylène lui donne un petit biscuit. C’est alors la fin de ce petit reportage maison.

MD : Vous préférez la compagnie des singes à celle des hommes ?

MF : Non, ce serait idiot de dire ça. Mais c’est vrai que je me sens vraiment, j’allais dire, très proche d’eux, vraiment très, très bien avec eux. J’ai une communication qui est très facile avec eux. J’ai le souhait un jour d’élever beaucoup de singes.

MD : Et pourquoi ? Parce que c’est plus facile à manipuler qu’un être humain ?

MF : Non, je crois qu’il faut pas essayer de faire de comparaisons. Simplement parce que j’aime cet animal, que j’ai une fascination vraiment pour cet animal.

MD : Alors vous avez choisi pour la partie musicale –c’est une émission où y a beaucoup de femmes ! (rires de Mylène) Y a qu’un homme qu’on va voir sur un clip, c’est Peter Gabriel tout à l’heure sinon j’ai remarqué, c’est quasiment que des femmes !

MF : C’est contre ma volonté, alors ! J’avoue que j’ai pas du tout…

MD : Ben c’est vous qui avez tout choisi, c’est pas moi !

MF : Oui, absolument mais j’ai pas du tout pensé à ça !

MD : Faut pas que je cherche d’explications à ça !

MF : Non, réellement pas !

MD : Alors les premières à chanter ce sont les Mint Juleps, qu’on commence à bien connaître en France, qu’on a découvert sur Canal déjà l’année dernière dans « Zénith ». Ce sont quatre sœurs et deux copines en fait qui chantent quasiment sans orchestre, et ça c’est assez fascinant. Pour vous, c’est ça la vraie chanson ?

MF : Non, j’ai pas envie de qualifier ça. Moi j’ai découvert cette chanson au travers d’un film publicitaire et j’avoue qu’après je les ai découvertes elles et que je les trouve très, très bien, oui.

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Diffusion d’une séquence où sur le plateau de l’émission les Mint Juleps chantent « Every Kinda People ».

MD : (…) Vous avez commencé à chanter à quel âge ?

MF : Je vais répondre comme presque tout le monde : sous ma douche certainement très jeune ! Mais réellement, à 22 ans.

MD : Vous avez décidé d’être chanteuse à ce moment-là seulement ?

MF : C’est-à-dire que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai rencontré une personne qui m’a proposé cette chanson qui était la première, « Maman a tort », et puis après ma foi, c’est beaucoup de travail et puis…

MD : Sinon vous étiez partie pour faire quoi ?

MF : J’avais très envie, je suivais, moi, des cours de théâtre, donc j’avais très envie de m’orienter vers le cinéma ou le théâtre et parallèlement je suivais beaucoup de cours d’équitation. Donc j’avais cette dualité, je savais pas : peut-être l’équitation, peut-être le théâtre ou le cinéma.

MD : C’est vrai que jusqu’à l’âge de 14 ans on vous prenait souvent pour un garçon ?

MF : Absolument, oui ! Moi j’ai cette réflexion qui est gravée dans ma mémoire, c’était un gardien de l’immeuble

et j’étais allée chercher le courrier et il me demandait comme je m’appelais et j’ai répondu « Mylène » et il m’a dit « C’est très joli Mylène pour un petit garçon » très sérieusement.

MD : D’où le titre peut-être de la prochaine chanson qui va sortir bientôt !

MF : Vous êtes bien renseigné ! (rires)

MD : Qui s’appelle… ?

MF : Ce sera « Sans contrefaçon ».

MD : « Sans contrefaçon, je suis un garçon » !

MF : « Je suis un garçon » (sourire)

Pause publicitaire.

MD : (…) On va commencer avec les images d’actualité que vous avez choisies. Ce sont des images, je préviens tout de suite tout le monde, qui sont très, très dures. Pourquoi ces images très dures ?

MF : Parce que j’aime la violence.

MD : Vous aimez la dénoncer ou vous aimez la regarder ?

MF : J’aime la regarder.

MD : Vraiment ?

MF : J’ai, je dirais pas un plaisir sadique, mais c’est presque ça. J’ai une complaisance dans la violence, dans les images de mort presque, oui.

MD : Alors, là ce sont des images extraites d’un document d’Amnesty International, je crois. Ce sont des exécutions : on va voir des corps coupés. C’est troublant, ce que vous nous dites ! (alors que sont diffusées des images où l’on voit des hommes sur une potence : on les cagoule, puis ils sont pendus) C’est un plaisir que vous avez à regarder ça ?

MF : (par-dessus des images où l’on voit un cadavre puis une tête coupée jetés dans une fosse commune) C’est-à-dire qu’il faut faire attention à dire des choses comme ça mais c’est vrai que je dis que ce sont, moi, des images qui m’attire. C’est des choses bouleversantes, oui. Là on a vu des pendus, par exemple, j’ai toujours pensé qu’un jour je mourrai pendue. Ca, depuis très longtemps la pendaison me fascine aussi.

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo d’un homme exécutant un autre homme au revolver) Et là, celui-là c’est une exécution…

MF : Ca c’est une image, c’est dommage qu’elle soit statique parce que j’aurais bien aimé avoir le reportage parce que c’est l’appréhension de la mort, y a toute cette approche, y a cette personne qui va tirer…Enfin ça suscite plein de réflexions, c’est assez étonnant. J’aime bien voir ça.

MD : Mais vous êtes attirée par ça ? La mort vous attire, vous excite ?

MF : Je suis attirée…Je crois qu’il y a une forme d’excitation, certainement. Moi j’ai très, très peur de la maladie mais de la mort, beaucoup moins. Et pendant ce temps-là Cheeta est en train de me mordre très fort les doigts ! (en effet, le chimpanzé a la main de Mylène dans sa bouche. Celle-ci se retire d’un geste brusque en faisant une grimace de douleur)

MD : Ouh lala ! Bon, on va la garder encore quelques instants et puis on va la libérer à son tour parce que pour elle c’est pas marrant…

MF : Oui…

MD : Alors les photos personnelles que vous avez apporté : on va vous voir enfant. Votre enfance, vous l’avez passée où ?

MF : Je l’ai passée essentiellement à Montréal, au Canada. Et puis après, une vie…

MD : (alors qu’on voit à l’image la photo de Mylène bébé, étendue sur le ventre) Alors ça, voilà ! On vous voit enfin nue ! (rires de Mylène) (d’autres photos de Mylène bébé) C’était la première fois, parce qu’on vous a vue nue dans les clips, aussi, ensuite ! Vous aimez vous montrer ?

MF : Ben ça encore, c’est un paradoxe. J’aime me montrer… (apparaît à l’image une photo de vacances montrant Mylène et Laurent Boutonnat, suivi d’une image blanche)

MD : (il l’interrompt) (…) Une photo toute blanche, pourquoi ?

MF : Toute blanche parce que je voulais faire une trilogie, c’est-à-dire que c’était moi enfant, moi la rencontre de Laurent Boutonnat, qui est mon producteur et compositeur, et puis l’avenir…

MD : L’avenir est en blanc ?

MF : L’avenir est en blanc pour l’instant.

MD : Vous aimez vivre comme ça dans l’incertitude ? Vous n’aimez pas par exemple dire « Ma vie, ma voie est tracée, ma vie personnelle je sais comment ce sera » ?

MF : Oui, je crois que je préfère cette incertitude.

MD : Totalement ?

MF : Oui. Oui, oui.

MD : Vous avez envie de vous mettre en danger ?

MF : Je suis quelqu’un du danger. Je n’aime pas les choses faciles. J’aime les rencontres difficiles, les personnalités difficiles. C’est vrai que la facilité ne m’intéresse pas, ne m’attire pas du tout.

MD : Vous avez choisi Basia…

MF : Oui !

MD : Qui est un bon choix aussi !

MF : J’aime beaucoup cette femme.

MD : Une autre femme, et j’allais dire une étrangère : c’est vrai que vous avez pas fait de choix français ! Vous n’aimez pas la chanson française ?

MF : Pas du tout, c’est-à-dire que moi j’avais demandé deux, trois personnes et ces personnes-là maintenant y a beaucoup de décisions promotionnelles…

MD : Et ça collait pas ?

MF : …et ça collait pas.

MD : C’était qui ? On peut le dire !

MF : Oui, bien sûr ! Moi j’aime beaucoup, et je l’ai toujours dit, Jacques Dutronc. J’adore son univers.

MD : Un album qui sort bientôt !

MF : Voilà, et il a pas pu venir. J’ai demandé également Taxi Girl, qui sort un 45 tours. C’est quelqu’un que j’aime bien. Et la troisième personne, j’avoue que j’oublie !

MD : Et donc on va écouter Basia que vous aimez bien.

MF : Que j’aime beaucoup, oui. C’est quelqu’un qui a beaucoup de classe. Une femme qui est très belle et puis qui chante très, très bien.

MD : Vous aimez le style un petit peu jazzy ?

MF : Avec elle, oui !

MD : Votre nouvel album, puisque vous préparez un album, y a un simple (« Sans contrefaçon », ndlr) qui va sortir donc…

MF : Fin octobre, début novembre (1987, ndlr)

MD : Et l’album sortira en janvier.

MF : Et puis l’album, janvier. (l’album « Ainsi soit-je… » sortira finalement le 14 mars 1988, ndlr)

MD : Avec une autre couleur ? Vous aimez cassez les images ?

MF : Je pense que oui, c’est très bien pour un artiste. Et puis moi, j’ai besoin de ça.

MD : Alors on écoute Basia, qui est l’invitée de Mylène Farmer : « New day for you ».

Sur le plateau de l’émission, la chanteuse Basia interprète son titre.

MD : Alors, la mode c’est quelque chose qui vous touche mais je sais que là aussi, vous n’aimez pas la facilité, vous ne vous habillez pas systématiquement chez quelqu’un de la tête aux pieds. On vous identifie quasiment, même dans certaines émissions si vous commencez une chanson de dos, ce qui était le cas récemment, on vous reconnaît tout de suite, je sais pas à quoi ça tient ! Au début, je crois, vous vous habilliez un petit peu avec Kate Barry, c’est ça ?

MF : Absolument, oui.

MD : Qui est la fille de Jane Birkin, que vous aviez rencontrée et puis vous étiez habillée par elle et puis maintenant vous avez un autre…

MF : Je dois être très infidèle mais là j’ai rencontré donc Faycal Amor…

MD : Qui est un nouveau styliste marocain, qui est né à Tanger…

MF : Oui et qui est quelqu’un qui occulte un peu le star-system pour l’instant.

MD : C’est la première fois qu’on parle de lui peut-être dans une émission.

MF : Oui peut-être, oui ! J’aime beaucoup. Sa collection, c’est intitulé « Les enfants terribles » donc ce n’est pas pour me déplaire, et que dire d’autre ?

MD : Alors vous avez conçu, parce que vous avez beaucoup travaillé sur cette émission, vous avez conçu la mise en scène de la mode qu’on va voir maintenant de Faycal Amor.

MF : Oui.

MD : Et on vous retrouve en train de feuilleter un bouquin. Tournage qui a été fait sur ce plateau immense.

MF : Absolument, oui. On a repris les pneus des photos (rires)

MD : Et les modèles sont sur le livre et sur le plateau. Les voici.

Diffusion d’une séquence où l’on voit en effet Mylène assise sur une pile de pneus en train de feuilleter un livre de mode, puis présentation des modèles.

MF : Je sais pas si vous reconnaissez la musique, c’est « Pinocchio » ! (rires) (chanson « When you wish upon a star » du film de Walt Disney, ndlr) Je crois qu’on pourrait résumer sa collection par la sobriété raffinée, voilà !

MD : C’est tout ce que vous aimez aujourd’hui ?

MF : C’est tout ce que j’aime oui. J’aime la sobriété, j’aime le raffinement.

MD : Voilà les modèles de Faycal Amor, donc qui est un couturier qui démarre. Il est installé à Paris ?

MF : Oui ! Il a une autre marque qui s’appelle « Plein Sud » qui est peut-être plus connue des gens, probablement oui. Et puis donc « Faycal Amor » qui est une signature plus haute couture.

MD : Vous aimez, parce que pour l’instant on peut dire que c’est un couturier un petit peu marginal il  a  pas une grande notoriété et puis vous disiez qu’il fuyait un petit peu le star-system…

MF : Absolument, oui.

MD : …sauf aujourd’hui avec vous ! Mais vous aimez tout ça, vous aimez aller fouiner, découvrir des choses qui ne sont pas évidentes ?

MF : J’aime bien quelque fois aller vers les gens, oui, même si je suis plus fascinée comme vous disiez par les singes ! Quelquefois j’aime bien découvrir l’univers des gens !

MD : Et à Paris quand vous sortez, vous allez dans des lieux où tout le monde va ?

MF : Jamais ! Je sors très, très peu. Je suis plutôt casanière, j’aime bien me protéger et rester dans un milieu clos.

MD : C’est comment chez vous ? C’est noir ? C’est blanc ?

MF : J’ai une chambre qui est, c’est une révélation, une chambre qui est noire. On dirait presque un tombeau parce que c’est très bas de plafond, et tous les murs et le plafond sont noirs.

MD : Comme Dutronc et Françoise Hardy ! Chez eux tout est noir.

MF : C’est ça, oui !

MD : Et vous vivez bouclée chez vous ? Vous mettez le verrou ?

MF : Oui !

MD : Vous avez envie de vivre comme ça, j’allais dire quasiment dans une prison ?

MF : C’est-à-dire c’est pas une envie, c’est une défense parce que je me sens assez mal quand j’évolue dans la rue.

MD : Vous faites quand même du spectacle !

MF : Et pourtant je fais un métier public. Mais c’est le paradoxe. Je l’accepte !

Nouvelle pause publicitaire.

MD : Dans « Mon zénith à moi », vous le savez, on donne chaque semaine à l’invité une caméra et l’invité filme ce qu’il veut. Souvent les artistes se filment eux-mêmes, je ne sais pas pourquoi, et vous Mylène Farmer vous avez fait un autre choix : vous êtes allée à Garches, à l’hôpital où sont les enfants accidentés de la route, et…

MF : Pas essentiellement. Y a des maladies génétiques, y a de tout mais c’est vrai que ce sont essentiellement des enfants, par contre.

MD : Vous y êtes allé parce que je crois, quand vous aviez 10, 11 ans vous faisiez des visites comme ça.  

MF : C’est vrai. Tous les dimanches, moi pour essayer d’échapper à ce dimanche, parce que je hais les dimanches, j’allais fréquemment à l’hôpital de Garches pour rencontrer ces enfants parce que je me sentais bien.

MD : Alors on va retrouver dans ce film qui a été fait par Mylène Farmer une petite fille de 11 ans qui ressemble un peu à Mylène. C’était elle quand elle avait 11 ans, voilà ce qu’elle faisait le dimanche. C’est un très beau document.

Diffusion d’un petit film réalisé par Mylène. Il s’ouvre sur un plan de la façade de l’hôpital de Garches. On voit une petite fille rousse, les cheveux attachés avec un nœud similaire à celui de Mylène, gravir les marches et s’engouffrer à l’intérieur. Une infirmière accueille la petite fille puis celle-ci pénètre dans un couloir. Filmé ensuite en caméra subjective, on découvre une chambre, un lit. La petite fille saisit un verre de lait. Elle est ensuite face à une autre petite fille, malade celle-ci, en train de se livrer à des exercices de rééducation. La petite fille malade parle, raconte des anecdotes, des souvenirs, des rêves…Le verre de lait tombe et se brise sur le sol. La petite fille malade est soulevée par un infirmier. Elle salue la caméra. Elle est ensuite placée dans son fauteuil et échange un câlin avec une jeune femme rousse de dos, les cheveux retenus par un nœud noir. La petite fille du début est devenue adulte. Mylène.

MD : Qu’avez-vous ressenti en retournant comme ça, quelques années après ?

MF : C’est très émouvant. Je crois que je n’ai pas du tout trahi mon souvenir. J’ai eu le même plaisir de retrouver ces enfants, la même pudeur aussi parce que rentrer dans leurs univers, c’est assez difficile, il faut pas les brusquer. Et puis j’ai surtout rencontré une petite fille formidable, qui est la petite fille brune (dans le petit film, ndlr) qui est Eléonore et qui a une maladie qui a un nom paradoxalement aussi beau pour la maladie, qui s’appelle la maladie des os de verre et donc qui est extrêmement fragilisée : elle peut se fracturer quotidiennement les os.

MD : Pour la partie humour de cette émission, et là c’est pas facile d’enchaîner, vous avez choisi Zouc. C’est un thème de l’enfance, aussi, du prochain spectacle de Zouc.

MF : Ce n’est pas que l’humour, Zouc. C’est proche de tout ce que j’ai essayé moi de montrer au travers de ce début d’émission. C’est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup, oui.

Diffusion d’un extrait d’un sketch de Zouc. Au retour plateau, celle-ci a pris place aux côtés de Mylène.

4MD : (à Zouc) L’autre jour, je vous ai vue dans une émission où vous ne parliez pas au présentateur ! Vous aviez un problème de voix ?!

Zouc : Moi j’ai fait ça ?! (rires de Zouc et Mylène)

MD : On va pas y revenir ! Vous n’aimez pas trop les interview s ?

Zouc : Si ! Si, si… C’est des fois difficile, hein.

MF : Très difficile !

Zouc : (à Mylène) On est très sœurs, à un endroit…

MF : J’ai l’impression, oui. J’aime, j’adore l’univers de Zouc. Moi si j’avais une définition, c’est quelqu’un qui ale geste, la voix et surtout le silence. C’est pour moi un personnage de Bergman, et Dieu sait si j’aime le cinéma de Bergman. Voilà, je ne sais pas si c’est un compliment pour vous, mais…J’aime vraiment beaucoup cette femme.

MD : (à Zouc) (…) Est-ce que vous êtes proche de l’univers de Mylène Farmer ? Parce qu’on a découvert plein de choses, enfin je pense que peu de gens s’imaginaient tout ça !

Zouc : La fascination (…), cette attirance pour une chose qui fait peur et en même temps on peut pas s’empêcher…Moi j’ai fait la même chose à mon arrivée à Paris : je voyais toujours les ambulances (…) qui passaient comme ça, je trouvais terrible de voir une action mais de pas voir l’autre côté.

MD : Vous vouliez voir ce qu’il y avait dans l’ambulance ?!

Zouc : Oui et moi je suis allée au Samu et je les ai suivi pendant très longtemps et un jour, j’ai plus pu.

MF : Moi y a quelque chose, j’ai lu le livre de Zouc –que Cheeta m’a complètement déchiré (rires)- et qui est vraiment formidable, je l’ai lu en une heure de temps. J’ai pris en exergue une petite phrase qui relate de son enfance, et elle dit « Je ne voulais pas être un chou, je ne voulais pas être ici. Est-ce qu’il y a quelque chose pour moi ? », c’est à peu près ça. Et moi j’ai eu aussi ce sentiment durant mon enfance, c’est-à-dire je cherchais vainement un lieu où je pouvais me blottir.

MD : Un lieu ou une identité ?

MF : Plutôt un lieu, et peut-être l’identité qui vient après.

Zouc : Un endroit où on vous laisse tranquille ?

MF : Oui, c’est ça. Un cocon, quelque chose où on peut se recueillir.

MD : (…) Vous avez fait un autre choix qui concerne l’univers des enfants, c’est « Bambi ». Mais vous n’avez pas choisi un extrait gai, non plus !

MF : Non, c’est vrai. Là, ce qui m’étonnait, d’abord je pense et je trouve personnellement que c’est le plus beau film de Walt Disney, que c’est certainement le film que je verrai le plus de fois dans ma vie, que là c’est vrai c’est un extrait qui est très douloureux. Et ce qui était intéressant, c’est de voir que c’est très rare de montrer la mort de quelqu’un dans un dessin animé qui est adressé aux enfants, enfin plus spécialement aux enfants, et qu’en plus c’est la mort d’un parent. Ca c’est quelque chose qui est assez étonnant dans un dessin animé. Et donc là, c’est l’extrait de Bambi qui perd sa maman et qui retourne sous le bois, c’est la protection et c’est son père, toute l’image du père.

Diffusion d’un extrait de « Bambi », puis une dernière pause publicitaire.

MD : Dernière partie du « Zénith » de Mylène Farmer avec un dernier extrait de film, c’est un film qui s’appelle « Requiem pour un massacre » d’Elem Klimov, qui vient de sortir.

MF : Qui n’est pas une très jolie traduction. En russe, je crois, ça veut dire « Va et regarde » et je n’aime pas beaucoup la traduction française.

MD : Alors, en deux mots l’histoire du film donc, c’est pendant l’occupation nazie en URSS, y a un village où tout le monde a été massacré…

MF : Complètement décimé, oui.

MD : Y a un petit garçon qui revient dans le village…

MF : Qui est le héros, qui est un jeune paysan qui rencontre une jeune paysanne et qui va être projeté dans ce monde de guerre. C’est prodigieux, ce film. J’avoue que ça fait longtemps que je suis pas allée au cinéma. J’ai vu ce film, pour moi je le qualifierai presque de chef-d’œuvre.

MD : Y a encore beaucoup de cadavres !

MF : Par hasard, certainement ! à c’est autre chose, c’est certainement l’histoire mais c’est aussi la façon de filmer, c’est les lumières qui sont magnifiques. Et puis le cinéma russe, pour moi, c’est un des plus beaux cinémas, c’est un cinéma de symboles et j’aime le symbole.

Diffusion d’un extrait du film « Requiem pour un massacre » d’Ellem Klimov.

MD : (…) On va voir maintenant le clip que vous préférez aujourd’hui, qui est le clip de Peter Gabriel et de Kate Bush. C’est du haut de gamme, c’est sobre, exceptionnel.

MF : C’est les deux artistes que je préfère.

MD : C’est une chanson qui a marché dans le monde entier sauf en France !

MF : C’est vrai, paradoxalement. Pourquoi ? Je ne sais pas…

Diffusion du clip « Don’t give up » de Peter Gabriel & Kate Bush.

Au retour plateau, Michel Denisot est filmé en gros plan. L’image tremble un peu. On découvre alors qu’il est en réalité filmé par Mylène, qui a une caméra sur son épaule.

MF : Michel, vous me faites la « Maxi tête » ?! (jeu télévisé qu’animait Sophie Favier à l’époque sur Canal +, ndlr)

MD : « La maxi tête » ?! Pourquoi ?! Vous voulez renverser les rôles pour la fin de votre émission, prendre la caméra et me poser des questions comme je le fais de temps en temps, ce qui est très désagréable d’ailleurs !

MF : Je voudrais la « Maxi tête », vous savez le jingle qu’on fait sur Canal + !

MD : Quoi ? « Canal +, c’est plus » ?

MF : Voilà, oui mais attendez : vous vous calez bien dans votre fauteuil et vous chantez ! (il s’exécute !) C’est très bien ! Michel Denisot : oui, mais pourquoi ?! (rires)

MD : (il rentre dans son jeu) Y a pas longtemps ! (rires)

MF : Michel, est-ce que votre maman regarde toutes vos émissions ?

MD : Globalement, oui. De temps en temps, je lui dis que c’est pas la peine qu’elle regarde.

MF : Dites-moi le premier mot qui vous passe par la tête.

MD : Maintenant ?

MF : Oui…

MD : Tout va bien ! Ca va, finalement, c’est pas aussi désagréable que ça ! Ca dépend qui filme !

MF : Vous avez des fantasmes, ou un fantasme en particulier ?

MD : J’en ai un qui se rapproche un peu du vôtre, sauf que c’est pas les curés évidemment. J’ai été élevé dans l’enseignement libre comme vous et je dois dire que les bonnes sœurs me tapent dans l’œil, comme vous !

(rires) (…)

MF : Snoopy a dit : « Un ventre plein est un ventre heureux ». Est-ce que vous êtes d’accord avec lui ?

MD : Pas vraiment, non. (…)Le ventre plein, c’est pas tellement mon truc, non.

MF : Vous avez des velléités d’acteur, je crois.

MD : Non, y a eu une histoire comme ça, c’est quelqu’un qui voulait me faire tourner dans un film, ça na pas eu de suite.

MF : Vous n’auriez pas aimé remplacer Michel Blanc dans « Tenue de soirée » ?

MD : (il éclate de rire) Non, non !! C’était un numéro d’acteur très difficile.

MF : Michel, faites-moi rire.

MD : Qu’est-ce que je peux faire ? Il faut que ça soit macabre, il faut que je me coupe la tête, il faut que je m’arrache un bras, il faut que je fasse quelque chose d’épouvantable ! Qu’est-ce qui est plus épouvantable que les images que vous nous avez montrés ?! Je sais pas, je peux pas faire ! J’ai pas envie de me suicider devant vous pour vous faire plaisir ! C’est ça qui vous ferait plaisir ?

3MF : Peut-être ! Si je vous demandais de m’embrasser maintenant, vous le feriez ?

MD : C’est pas facile, équipée comme vous êtes ! Je veux bien essayer…

MF : (rires) Très bonne réponse !

Zouc : C’est des excuses, Mylène !

MD : Je biaise !

MF : Essayez quand même !

MD : C’est marrant à faire ? (tenir la caméra, ndlr)

MF : C’est formidable !

MD : Vous pouvez continuer, si vous voulez.

MF : C’était ma dernière question.

MD : Merci beaucoup. Merci Mylène d’avoir fait ce « Zénith ». (…) Vous avez consacré beaucoup de temps, vus avez beaucoup travaillé sur cette émission et le résultat a été je crois…Vous pouvez dire le mot de la fin, Zouc ? Comment a été cette émission ?

Zouc fait « smack » avec ses lèvres.

MF : Formidable ! Merci ! (elle lui caresse la joue)

Générique de fin.

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Interview de Gilles Laurent

Posté par francesca7 le 10 septembre 2014

INTERVIEW

« Embauché » par Laurent BOUTONNAT en 1986 pour commencer à travailler sur ce qui sera plus tard Giorgino, Gilles LAURENT co-écrit plusieurs films avec lui. Pour (mieux) gagner sa vie, Gilles est aussi doubleur depuis l’âge de 13 ans). Portrait d’un homme méconnu.

Interview de Gilles Laurent dans Mylène et Boutonnat alearule

gilleslaurent dans Mylène et Boutonnat    La collaboration entre Gilles LAURENT et Laurent BOUTONNAT aura duré 8 ans. Huit années pendant lesquelles il co-écrira quatre films avec le cinéaste :Pourvu Qu’elles Soient Douces , Sans LogiqueMylène FARMER En Concert et surtout Giorgino. On dit même que BOUTONNAT aurait utilisé sa voix pour les voix-off (voix-over devrait-on dire) de Libertine II, l’introduction et le pont de Libertine dans le Concert 89 (la voix qui chuchote). Ce serait aussi lui qui ferait la voix du personnage de Giorgino dans la version française. Côté post-synchronisationGilles LAURENT est la voix de Noumaïos, dans Ulysse 31. Il a incarné un grand nombre de héros de dessins animés et de séries: de Rick Hunter en passant par Jayce… ou Sarki, on le retrouve aussi dans de multiples autres films et séries, la plus connue étant Parker Lewis ne perd jamais où il incarne Jerry Steiner.

Commençons par la sempiternelle question que nous posons à chaque comédien dans cette rubrique : comment et quand avez vous débuté dans le métier ?

    J’ai commencé à l’âge de 13 ans. J’avais répondu à une annonce dans le journal où l’on recrutait des enfants pour un casting et j’ai commencé en tournant un téléfilm, Tête d’horloge, avec Pierre Fresnay. J’ai ensuite tourné pas mal durant toute mon adolescence, environ 3 films par an.

 

Et comment êtes-vous venu au doublage ?

    C’était à cette époque. un jour, on m’a demandé de faire une voix dans le film Little big man avec Dustin HOFMANN. Je devais doubler le héros quand il était enfant; c’était un rôle minuscule avec une seule réplique. Je n’ai vraiment commencé le doublage que quelques mois plus tard avec une série de western qui s’intitulait Les Monroe.

Aujourd’hui, vous continuez à faire des tournages ?

    Non, en fait à partir de 1984, à l’age de 28 ans, j’ai eu envie d’écrire. j’ai alors arrêté les tournages mais tout en gardant les voix (radio, doublage).

 

Parmi les nombreux scenarii que vous avez écrits, il y a des pièces, des téléfilms mais aussi des clips de Mylène FARMER. En quoi consistaient ces clips ?

images (1)    Je n’en ai écrit que 2 avec Laurent BOUTONNAT : Sans logique et Pourvu qu’elles soient douces. Comme dans ses clips, Laurent ne voulait pas illustrer bêtement les paroles de ses chansons, il fallait raconter une histoire notamment dans Pourvu qu’elles soient douces qui était la suite de Libertine. il a donc fallu écrire un scénario en restant cohérent avec la fin du clip de Libertine.

 

Vous avez aussi écrit le scénario du film Giogino toujours avec Laurent BOUTONNAT et Mylène FARMER…

    En effet, ce fut très enrichissant, même si l’expérience fut relativement tragique, car le film n’a pas marché au cinéma. J’ai également participé à la conception du 1er concert de Mylène au Palais des Sports.

 

Votre goût pour l’écriture ne vous a jamais fait poussé à faire des adaptations pour des films ou des séries ?

    Non, jamais, bien qu’on me l’ait proposé. D’abord parce qu’il y a des règles de synchronisme à respecter pour lesquels je n’ai jamais été doué, et ensuite, parce que je préfère créer plutôt que de travailler sur des créations existantes. Ma place n’est pas là et j’admire d’ailleurs les gens qui le font.

 

Et écrire un livre, ça vous tente ?

    Je n’ai jamais écrit jusqu’à présent que quelques nouvelles, mais je ne désespère pas…

 

Quel fut votre premier grand doublage ?

    Ça devait être Bugsy Malone. J’ai fait aussi Damien, cet enfant diabolique qui portait le signe 666, et beaucoup de Vendredi 13.

 

Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?

    Dans les séries, Parker Lewis est l’une des plus importantes pour moi non seulement j’ai pris du plaisir à la faire, mais elle m’a ouvert un imaginaire visuel. sinon, j’ai beaucoup aimé les Sergent Fowler où je doublais Mr Bean, et les Muppets Babies, un dessin animé d’une incroyable richesse. Dans les films, il y a eu Christine de Carpenter ou Pulsion de Brian De Palma.

 

Et Robotech ?

    Ça aussi j’en garde un bon souvenir; on sentait qu’il y avait un fond intéressant dans cette série. De plus, j’ai aimé travailler avec Daniel BREMOT qui dirigeait le doublage, car s’est une personne qui porte toujours la même attention sur son travail, que ce soit un gros film, une série ou un dessin animé japonais.

 

Avez-vous un rôle type qu’on vous confie en doublage ?

    Si l’on cherche un fou ou un intellectuel qui sait parler très vite, il y a de grandes chances que l’on m’appelle, car c’est le genre de rôle que je tiens facilement.

 

Que faites-vous en ce moment ?

    En doublage, je termine Dr Quinn où je double un petit personnage, son assistant. Je suis sur la vie de famille, une série dans laquelle je fais un personnage hautement allumé, sur les Babalous, un dessin animé français, et sur l’éternel Bervely Hills !

 

Scénariste, c’est un métier qui vous plait bien ?

    Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir de métier : je ne suis ni comédien, ni auteur. J’occupe, à un moment donné, certaines fonctions. Ce qui m’intéresse, ce sont les rencontres et ce qu’elles peuvent générer. Comme dit ma femme « Tu peux pas avoir un ami sans travailler avec » !

 

Et vos passe-temps ?

    J’ai un petit garçon, Antoine, qui a 5 ans, et je dirais qu’en dehors de mon métier de père, c’est mon passe-temps favori.

C’est presque philosophique tout ça ! Merci beaucoup.

 

Interview réalisé par Olivier et Pascal

l’Animeland - No. 46 – Novembre 1998.

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Dans le contexte de Sans Contrefaçon

Posté par francesca7 le 10 septembre 2014

 

Adaptation du premier long-métrage de 1978 du réalisateur . Un Pinocchio version noir.

 

boutsanscontr1    Après avoir enregistré la chanson en studio durant la semaine du 23 septembre 1987, Laurent Boutonnat laisse la société de production publicitaire Movie-Box avec laquelle il travaillait depuis trois ans pour faire produire le scénario difficile de Sans Contrefaçon par une autre productrice. Claudie Ossard s’occupe avec Laurent Boutonnat de la production, elle est connue pour produire des films auxquels personne ne croit (c’est elle qui produira notamment le baroque et financièrement casse-gueule La Cité des enfants perdus - Caro & Jeunet 1993). Une fois n’est pas coutume, Mylène Farmer participera à l’écriture du scénario au lieu de simplement l’inspirer à Laurent Boutonnat. Et quand on connaît le narcissisme de la chanteuse, on s’étonnera qu’elle ne se soit octroyé qu’une si courte apparition. Quant au marionnettiste, c’est Frédéric Lagache, un acteur de films érotiques des années 70 (Emmanuelle 2 - 1975) qui tient le rôle ici, et qu’on retrouvera cinq ans plus tard dans Beyond my control. Le film sera tourné du lundi 9 au samedi 14 décembre 1987 dans le Cotentin.

 

clap de début de prise. on peut remarquer la mention directeur de la phtographie" sur le clap.

 

    Pour raconter cette histoire trouble d’un marionnettiste qui tombe amoureux de sa marionnette, (comme Pygmalion qui s’énamoure de la statue qu’il a créé) Laurent Boutonnat s’est bien sûr inspiré du conte Pinocchio de Mario Collodi, mais aussi de Ballade de la Féconductrice, le premier long-métrage de Laurent Boutonnat sorti en salle en 1980. Il reproduit ici non seulement l’histoire mais aussi l’imagerie des lieux de tournage (le littoral atlantique). A la fin de Sans Contrefaçon Laurent Boutonnat reprend d’ailleurs la musique au violon qu’il avait composée pour son long-métrage et que Jean-Loup Lamouroux interprétait. Il part donc tourner en quatre jours les cinq scènes de son nouveau court-métrage dans les petits villages, les champs, les plateaux normands et sur la plage à marée basse de la région de Cherbourg. On pourrait bien sûr situer Laurent Boutonnat lui même dans ce marionnettiste aux cheveux blancs (qui rappelle dès les premières images celui du Pinocchio de Comencini) qui modèle une créature dont il s’énamoure. Il ne pouvait pas  prévoir que celle ci prendrait les traits d’une star, mais aussi qu’elle perdrait son âme lorsqu’il la délaissera professionnellement.

    Un hommage sera rendu à Laurent Boutonnat l’année suivante aux victoires de la musique par Alain Souchon. Ses propos seront illustrés par une photo du tournage (jamais retrouvée) qui montre Laurent Boutonnat donnant des indications de mise en scène à Luc Jamati, interprêtant le vieux magicien.

 

Dr. Jodel.

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Pourvu qu’elles soient douces comme au Cinéma

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

pqsd-boutVoici cette semaine quelques images donc de ce nouveau clip illustrant la chanson de Mylène : Pourvu Qu’elles Soient Douces. Oh, bien sûr cela ne remplace pas une vision télévisée et pour cela je vous conseille d’en guetter les passages sur votre petit écran. Mais au delà des images, au delà du film nous avons demandé à Mylène de nous raconter un peu comment est né ce petit chef-d’œuvre. Tout d’abord il faut préciser que celui-ci dure environ dix-sept minutes (c’est plus long qu’un court-métrage et que tous les clips précédents de Mylène). D’ici à l’imaginer dans un long métrage il n’y a qu’un pas qu’elle avoue avoir drôlement envie de franchir : 

« -Je ne vais  pas vous cacher qu’on y pense, Laurent et moi et un jour, c’est sûr, on le ferra. Mais ça n’est pas encore tout à fait le moment. Pour l’instant toute mon énergie est tournée vers le 18 mai 1989, date à laquelle je ferais mes débuts sur la scène du Palais des Sports. Je ne me suis encore jamais produite en public donc l’enjeu est grand ! Il n’est pas question que je me disperse. D’ailleurs je n’en ai pas le temps car, dès maintenant, je me prépare moralement et physiquement à cette aventure. Toute proportion gardée, j’ai envie de dire que je me mets en condition avec autant de sérieux que Robert De Niro le fait pour tenir un rôle. Ca veut dire régime alimentaire : j’ai remplacé le coca (ma drogue avec la cigarette) par un entraînement physique. Ca n’est pas une mince affaire mais le défis est trop grand et trop important pour moi pour que je puisse me plaindre.« 

Cette interview que Mylène accorde est donc précieuse puisqu’elle a empiété sur son planning hyper chargé. Mais revenons au tournage de la vidéo : « -On s’est installé huit jours dans la forêt de Rambouillet car tout était tourné en extérieur. Huit jours, fin Août, au rythme de dix-huit heures par jour. Pas facile physiquement mais c’était tellement exaltant ! Je ma souviens d’une scène de bagarre en particulier qui se termine dans la boue. C’était en fin de journée, j’ai passé des heures trempée, épuisée. Mais lorsque j’ai vu le résultat à l’écran j’ai compris que ça en valait la peine. » Si sur ces photos vous constatez une ressemblance avec celles qui illustrent Libertine : Pas de panique, il ne s’agit pas d’une erreur d’imprimerie mais au contraire d’une volonté délibérée de la part de Mylène et Laurent. « -Oui c’est vrai Pourvu qu’elles Soient Douces est la suite de Libertine. D’ailleurs sur l’affiche en sous-titre on a rajouté Libertine II, et le clip démarre par la dernière image de Libertine I. Ca nous a amusés de continuer à donner vie à ce personnage. L’histoire ? Je ne vais pas vous la raconter en détail, sachez simplement que cela se passe pendant la guerre de Sept Ans, trente ans avant la Révolution française, et c’est l’histoire d’un capitaine anglais qui va tomber amoureux de Libertine… Mais après une nuit d’amour, l’armée française va décimer le camp ennemi. » Voilà pour la trame, le reste étant agrémenté de scènes de cascades à cheval et de bagarres. 

« - Pour reconstituer ces armées on fait appel à 150 figurants (la production parlait à l’époque de 600 figurants NDLR) choisis dans l’armée française. Il y avait des soldats engagés et d’autres appelés, c’est à dire ceux qui effectuent leur service militaire. Et je peux vous dire qu’ils étaient ravis d’avoir une semaine de vacances, même si on leur a demandé beaucoup de travail. Avec Laurent, nous ne nous sommes pas lancés à la légère dans cette réalisation., on en a énormément discuté ensemble. On a pensé chaque plan en détail et on s’est même fait aider par un conseiller historique qui est resté sans cesse présent sur le plateau. Pour les costumes, il s’agissait aussi d’être dans le vrai, pas questions d’anachronismes ! Et justement à cause des costumes, quelques jours avant le premier tour de manivelle, on a failli tout annuler. Figurez-vous qu’à cause du bicentenaire de la Révolution en 1989, il y a au moins vingt films qui se tournent en ce moment sur ce sujet, et on a eu un mal inouï a trouver les habits de l’époque. La trouvaille de la moindre pair de bottines tenait du miracle !« 

Mylène aurait-elle décidé de se faire le symbole de 1789 ? « -Absolument pas. D’ailleurs, quand on a commencé à penser à ce clip, l’idée que le bicentenaire était proche ne nous a pas effleurés. Ca tombe bien mais cela n’a pas été fait exprès. » En tout cas, nous, fans, n’avons qu’à nous réjouir d’une telle coïncidence car ainsi on peut espérer que ce clip sera encore diffusé en 1989. Et le voir et le revoir ne sera jamais de trop car, on vous l’a dit, c’est vraiment un petit chef-d’œuvre. 

Véronick Dokan, O.K. 3 octobre 1988.

 

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Sodomique de corps et d’esprit

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

Mylène Farmer sur le tournage   Égérie clipée, sculpturale, allure rousse comme les interdits, Mylène la Farmer, sur laquelle on fantasme, a réussi la galipette majuscule d’accéder au trône de la renommée sans douleur… Révélation 1988, elle a supplanté ses consœurs, ne leur laissant que le choix des larmes. Sulfureuse, diabolique, corrompue au champ du sexe, la libertine  qu’elle ose paraître, a récidivé dans le sens, d’un empire des sens non recommandé par l’office catholique… « Sodomique de corps et d’esprit… 

Dans Pourvu Qu’elles Soient Douces, telle une chevalière sans honte et sans reproche, Mylène a posé sous toutes sas coutures, et via cette violence romanesque, digne des épopées d’antan, elle a flirté avec les fleurs du mâle… Androgyne, l’ambiguïté calquée à son « Moi-je », Farmer pourchasse les bonnes manières, fouette les tabous et coupe l’herbe sous le pied des lignes « bien pensantes ». Iconoclaste et révoltée, l’âme entre deux désespoirs, Mylène joue dans ses clips celle qui n’est ni tout à fait elle, ni tout à fait une autre. Incandescente, irréelle et décadente. 

Farmer chuchote les mots et montre les images. Laurent Boutonnat, son frère d’émotion vénère sa muse. Il lui fait chanter des notes d’auteur et lui taille des portraits à travers des clips cinématographiques. Mes chers frères prions pour elle : la pécheresse officielle de cette fin de siècle. N’est-il pas vrai qu’il y a du « Marie-madeleine » en elle, mais en doutiez-vous ? Après les mots, les photos tournées en forêt de Rambouillet avec décors et costumes… S’il vous plait… quel faste !

Graffiti, Décembre 1988. pp. 74-75.

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FINANCEMENT SUICIDAIRE, MORT D’UN AUTEUR

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

 

téléchargement Longtemps pensé, écrit, story-boardé, calibré, Giorgino ne peut être un échec. Le calcul de Boutonnat est simple : Mylène Farmer est un personnage populaire, aimé, et ce grâce aux chansons qu’il a écrites pour elle, aux clips qu’il a tournés pour elle. Conséquence logique d’autant de succès communs, le long-métrage recyclant leur schéma depuis si longtemps exploité est censé attirer le même grand public. Lorsque Laurent Boutonnat se décide en 1988 à lancer la conception du film, il sait déjà qu’il fera plus de trois heures et que on sujet pour le moins morbide aura trait à la seconde guerre mondiale. Non seulement le synopsis et la durée estimée refroidissent les investisseurs, mais le budget nécessaire à la réalisation d’un tel scénario (8 220 000 Euros) est bien trop gros pour qu’un producteur veuille se risquer à investir. Laurent Boutonnat hésitera longuement à réaliser dans un premier temps un film moins coûteux puis se ravisera en décidant de le financer lui-même. Il trouve en 1992 Polygram Films qui acceptera de s’associer à lui à auteur de 3 260 000 Euros d’apport au budget. Suite à cela, deux autres aides viendront s’ajouter comme celle du C.N.C et de canal plus. Le cinéaste reste quand même l’un des propriétaires de son film puisqu’il y a déjà investi  4 870 000 Euros par le biais de sa société Heathcliff S.A. C’est alors qu’obtenant tous les détails par rapport au tournage, il obtient l’agrément définitif du C.N.C. qui sonne le coup de départ de la préparation du tournage.

 

 Décidé à prendre en main toutes les commandes créatives de son film, Laurent Boutonnat consacre une année entière au montage , à la composition de la musique, au doublage et au mixage : « Ce fut un an de travail intensif, sans soirées ni week-end » . Se coupant ainsi de l’esprit de perspective qu’auraient pu lui apporter des collaborateurs lors du travail de post production, Laurent Boutonnat est en train de concevoir un film peut-être trop personnel pour pouvoir être partagé. La date de sortie est reportée une première fois, puis à cause d’un retard sur le doublage de la version française, la date pourtant annoncée sur les dossiers de presse au 24 août 1994 est elle aussi annulée. Le film sortira finalement sans réelle concertation le 5 octobre 1994 en face de trois blockbusters américains qui diminuent encore sa chance de visibilité auprès du grand public. Alors que la semaine précédente avait vu la sortie de Léon (Luc Besson-1994), Giorgino sort une semaine avant Pulp Fiction (Quentin Tarantino-1994) et surtout le même jour que Forest Gump (Robert Zemeckis-1994). En outre, les critiques dans la presse se révèlent assez mauvaises, dénonçant l’emploi de la chanteuse dans un des rôles principaux, et regrettant la longueur de plusieurs scènes.

 

 « Il faut au spectateur un certain courage pour affronter les trois heures que durent le film et connaître le dénouement de cette histoire amphigourique. Peut on encore parler de mise en scène lorsqu’une séquence entière raconte ce qu’un seul plan aurait suffit à dire ? A t-on dit à Boutonnat que tout dans ce faux luxe signale la présence du décor ? » 

« Ses clips étaient des films, assez magnifiques d’ailleurs. Juste retour des choses, son film est comme un immense clip de trois heures (pardon, 2h57) où Mylène Farmer aurait simplement oublié de chanter. […] Et non seulement personne ne chante, mais pas grand monde ne parle.»  

C’est finalement le Studio Magazine d’octobre 1994 qui résume ce que les autres critiques sous-entendent ou introduisent : la maîtrise abusive de Giorgino par Boutonnat.

« Giorgino ressemble à ces enfants fragilisés par des parents trop possessifs et qui, de ce fait, se retrouvent empêchés d’exprimer toutes leurs qualités. »

 

giorgino_pic_tournage01Giorgino reste en moyenne deux semaines à l’affiche en France, tandis que sa sortie en Suisse, en Belgique et en Italie est annulée. Au total le film aura fait soixante mille entrées France et sera, avec le film Les Patriotes (Eric Rochant-1994) le plus gros échec commercial de l’année de sa sortie. Loin de confirmer Laurent Boutonnat comme un auteur à part entière, Giorgino l’aura plus que jamais cantonné à un simple réalisateur de clips à large ambition cinématographique. Après deux longs-métrages sortis et quinze clips réalisés en seize ans de carrière, le réalisateur fait le constat de son échec en terme de construction d’un auteur. Certes il a d’abord réussi à construire une œuvre dans une forme qui ne permettait pas l’épanouissement artistique jusque là, mais il a échoué sur le chemin du grand écran dans lequel il avait placé beaucoup de ses espérances. Alors endetté à la manière d’un Jacques Tati au lendemain de Playtime (1967), Laurent Boutonnat reste « à demi mort » pendant quelques mois, et ferme en 1997 sa plus ancienne société de production : Toutankhamon S.A. Pour remonter financièrement la pente, il produira avant tout via Requiem Publishing et une nouvelle société Calliphora des disques à fort caractère commercial, comme Anamorphosée (Mylène Farmer, Polydor, 1995), ou Gourmandises pour Alizée (Polydor, 2000). Jusqu’en 2003, date de rédaction de ces pages, il ne sera retourné au long-métrage, préférant la composition de chansons de variété, la gestion de ses sociétés de production et d’édition de disque et de sa Société Civile Immobilière. Là où des cinéastes comme Tati qui ont tout perdu avec l’échec de leur film ont trouvé la force et des moyens de se relever pour retourner, Boutonnat comme à son tour désenchanté, a abandonné toute ambition cinématographique. On peut signaler ici que l’ensemble des clips tournés postérieurement à Giorgino s’éloigne de manière visible de tous ceux tournés de 1984 à 1994.

 

C’est vraiment un découragement profond que semble signer l’échec de Giorgino, résumant la carrière de Laurent Boutonnat comme la lente et vaine tentative de construction d’un auteur de cinéma. Lui qui n’aura réussi à trouver d’exposition suffisante que dans le clip a du admettre à ses dépends l’espèce d’emprisonnement pour le cinéaste que l’aspect promotionnel que cette forme représente, ainsi que son appartenance à l’industrie musicale plutôt qu’à celle du cinéma à laquelle elle aurait pourtant pu se rattacher. La conséquence de cet échec pour Laurent Boutonnat est un complet enfermement sur lui-même ainsi qu’une profonde rancune envers le public et la critique qui ont précipité son film en deux semaines dans l’oubli. A partir de novembre 1994, il refuse toute interview sans aucune exception, qu’elle ai pour objet son travail musical ou cinématographique. 

Depuis, Laurent Boutonnat a délégué toutes les décisions concernant son long-métrage à son collaborateur Paul Van Parys, qui travaille encore pour lui. Grâce à ses productions discographiques et ses compositions, il a racheté les parts financières de Polygram en 1996, ce qui fait de lui le seul détenteur de son film au monde. Il a ainsi le droit de regard définitif sur toutes les exploitations qui en seront faites. Toutes les diffusions sur le câble et sur les bouquets satellites ne se feront pas à cause de son véto. Seule la diffusion contractuelle du film sur Canal Plus en novembre 1995 et une projection en 1997 à Montpellier furent programmées. Cette dernière projection de Giorgino fut organisée par l’association Zik et Toiles, qui est parvenue à se procurer une copie du film qui tournait à la sortie sur la région parisienne. Le 29 septembre 2001 est organisée une projection au cinéma Max Linder à Paris, qui organise annuellement une projection de certains films de Laurent Boutonnat. Il refusera la projection de Giorgino qui devra être annulée et remplacée par ses films de concerts, qu’il laisse, eux, toujours projeter en salle.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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LA SIGNATURE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 1 septembre 2014

 

 

téléchargement (4)Court objet audio-visuel destiné à promouvoir la vente commerciale d’un enregistrement sonore, le vidéo-clip qui aurait pu se cantonner à une démarche uniquement publicitaire et mercantile rassemble les éléments qui font aujourd’hui esthétiquement de lui une œuvre à visée cinématographique. Peu à peu tourné en extérieur, capté sur pellicule, puis parfois passé en salle, le clip, qui a expérimenté bon nombre de nouvelles techniques, de nouveaux effets spéciaux, de nouveaux rapports sémiotiques entre image et son devient non plus un genre mais une forme propre, avec sa grammaire, sa diversité, son regard sur le monde, cadré par des contraintes évolutives.

 Si Laurent Boutonnat a crée son univers dans une forme filmique aussi particulière que le vidéo-clip qui a ses codes, ses règles et ses modes de diffusion, ce n’est pas par choix d’originalité ou par quelconque « challenge ». Le hasard a fait que ce jeune homme de vingt quatre ans, déjà auteur d’un long-métrage s’est lancé dans la production de chansons de variété. Peut être « moyen détourné de faire du cinéma », le réalisateur débutant a décidé d’envisager le vidéo clip comme d’autres envisagent le court ou même le long-métrage, avec la même ambition, la même passion pour la pellicule argentique, le même goût pour le scénario et pour l’image ; goûts soutenus par un financement qu’il ne peut assurer que lui-même. Parce qu’il a maîtrisé toutes les commandes créatives et de production, qu’il composait et produisait la même interprète fidèle, Laurent Boutonnat a pu se permettre de construire un style sur la durée, le sien, imposer un rythme, s’approprier une grammaire. C’est à partir de là, sans « préméditation », et parce que le succès commercial des chansons était au rendez-vous, que la succession de clips est devenu une œuvre. L’élément sans doute le plus important dans le travail de Laurent Boutonnat reste définitivement la cohérence de sa filmographie ; c’est précisément cette homogénéité, ce même regard sur le monde, mais aussi ces moyens conséquents qui ont fait que l’exposition médiatique de ses clips a été extraordinaire. De la multidiffusion sur le petit écran à la promotion sur le grand, des avant-premières publics aux premières en prime-time, le clip qui était simple objet promotionnel est devenu sous Laurent Boutonnat objet à promouvoir, œuvre autonome à extraire du contexte commercial de sa sortie. C’est finalement la première fois que le clip devient une création plus importante que la chanson, se prête à l’analyse, à l’interprétation, et aussi à la vente dans le commerce. 

L’originalité de sa démarche dans une forme si contraignante, bousculant les règles, transgressant les codes, renversant les conventions, assortie de son indépendance financière fait peu à peu de Boutonnat un auteur à part, paradoxalement exclu du champ de la critique, de par la forme filmique qu’il a choisi. Alors que beaucoup de réalisateurs voyaient la réalisation de vidéo-clips comme une vitrine leur permettant un démonstration de leur savoir-faire Laurent Boutonnat s’en est servit pour créer une œuvre cohérente dont il est le seul propriétaire, prouvant à un milieu cinématographique et musical incrédule la possibilité d’émancipation que permet n’importe quelle forme aussi contraignante soit-elle, même à visée « bassement » téléchargement (3)promotionnelle.

 Laurent Boutonnat, justement en faisant fi de ces règles a donné des réalisations multiples, éminemment variées et qui semblent présenter une apparente unité de ton, une ressemblance étroite, un même cheminement d’idées, sans cependant jamais tomber dans la redondance ou l’imitation servile. Offrant ainsi un spectacle qu’il voulait grandiose, à l’image de ses projets, l’unique but de Boutonnat semble avoir été dans la seconde partie de sa carrière l’inévitable désir de reconnaissance cinématographique de son œuvre. Il a tenté en vain de s’en approcher selon une méthode propre, en apportant au vidéo-clip les caractéristiques esthétiques du long-métrage, conjointement à l’apport financier que nécessitait sa conception d’un tel cinéma de divertissement. Elargissant le champ d’action de son univers au film de concert puis au long métrage avec Giorgino, Laurent Boutonnat a dû s’exposer au regard du public de cinéma, celui qui se rend en salle, à la critique cinématographique voyant ses clips comme autant de casseroles qu’il traînerait derrière lui. Comme la recherche vaine d’un réalisateur en quête de son statut d’auteur, quand Boutonnat revient en 1997 à un type de clip plus conventionnel et policé. Se dégagent encore quelques réflexions sur le montage, la narration, et finalement se marque peu à peu un retour vers des concepts plus expérimentaux, car ses films ne s’axent plus sur un scénario et une symbolique, mais davantage vers les transpositions d’une imagerie et la sensation brute du spectateur par rapport à la musique. 

 Le parcours de Laurent Boutonnat nous apprend que les diverses formes filmiques existantes font partie d’une même grande famille qui rend possible la création d’un auteur. 

Malgré le rejet, l’anathème jeté sur certaines de ces formes, une œuvre filmique reste le moyen d’exprimer un art comme on l’entend. En ce sens, la durée, les règles, les codes et les modes de financement et de diffusion restent négligeables face à l’éventuelle qualité intrinsèque d’une œuvre quelle qu’elle soit. Le processus de création reste invariablement le même, mais l’absence d’écoute et d’intérêt apportés à cette création peut lui empêcher de déployer toute son envergure et de ce fait de se renouveler sans passer par des voies plus traditionnelles. Comme si le vidéo clip, comme le court-métrage, ne pouvait pas permettre pas à un artiste de rendre à son œuvre toute sa splendeur, le passage au long-métrage de Laurent Boutonnat en 1994 aura signé en quelque sorte l’arrêt de mort de ce jeune cinéaste de trente trois ans, crucifié sur l’autel de sa propre mégalomanie.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

 

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L’ŒUVRE « CLIPESQUE » DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 1 septembre 2014

 

 

images (2)En 2002, Laurent Boutonnat réalise le clip Pardonne-moi pour Mylène Farmer. Non seulement ici Laurent Boutonnat signe son détachement du film de genre dans lequel il s’était illustré des années durant, mais se dégage pour la première fois de ses modes narratifs et de sa symbolique. Boutonnat, depuis qu’il a repris la caméra pour la réalisation de clips en 2000, se fond de plus en plus dans l’intimisme qu’il semble ne plus quitter depuis les clips de Nathalie Cardone de 1997 et 1998. Tout ce qui faisait dans les années 80 et même 90 de chaque clip un oeuvre de divertissement à part entière disparaît ici : plus de figurants, ni de personnages, ni de dialogues, ni d’action. La question la plus évidente alors à se poser est de savoir ce que son cinéma a gagné à se défaire de tout cela ? On remarque justement que tout ce que Boutonnat supprime depuis Mon ange (1998) a trait à la narration, au fait de s’attacher à d’autres structure que celle de l’image. Fernand Léger disait que « l’erreur du cinéma, c’est le scénario ». La solution du problème se trouve peut-être bien ici : Laurent Boutonnat serait-il moins cinéaste qu’avant parce qu’il ne s’attache plus au narratif, dans le sens diégétique tu terme ? Ceci expliquerait pourtant l’absence de troisième long-métrage après les échecs de Ballade de la féconductrice et Giorgino. Pourquoi faire un long-métrage en s’encombrant de contraintes « facultatives » (dont l’histoire) alors que « seule l’image compte » ? On peut bien sûr tergiverser sur le bien fondé de cette démarche; mais si on peut critiquer volontiers Pardonne-moi sur le divertissement et l’ambition, on ne peut lui reprocher son manque d’images. Depuis le début de sa carrière, le vocabulaire de Laurent Boutonnat reste pourtant d’une implacable cohérence. Dans Pardonne moi il va même jusqu’à reproduire en grande partie les cadrages de Maman à tort (1984), comme si ce coup d’essai datant de février 1984 n’en n’avait pas été un et que tout avait été pensé,

réfléchi, approuvé et que tout était resté depuis inamovible dans son cinéma. La répétition des travellings avants sur le visage sont les mêmes, et cette silhouette à robe courte à demi dans l’obscurité qui avance face à la caméra est toujours la même. Bien sûr l’image, la photographie, elle, a évolué, Laurent Boutonnat n’arrêtera jamais d’apprendre, offrant d’année en année des images de plus en plus rares, mais de plus en plus travaillées.

 

téléchargement (2) Si jusqu’à présent les analyses symboliques étaient pertinentes dans le travail de Laurent Boutonnat, elles le sont beaucoup moins depuis 1997. On remarque que dans Pardonne moi elles ne mènent nulle part. Il serait en effet totalement vain de chercher les sous-traitances avec les paroles de la chanson, de trouver la fonction d’éléments graphiques comme l’homme à cheval, le serpent, ou la poussière. Pour la première fois un clip de Boutonnat n’est pas narratif, on pourrait bien sûr analyser le montage, l’énonciation mais ce qu’il est le plus intéressant de voir à travers Pardonne-moi est son réalisateur, ses goûts pour les images syncopées, l’esthétique à tout prix, et les ambiances qu’il souhaite inédites. Si les éléments que choisi Boutonnat pour chaque nouveau clip rappelle les anciens, il apporte en outre à chaque fois un ou plusieurs éléments qui viennent enrichir ce qu’il avait déjà mis en place et qui présentent l’interprète (puisque c’est elle qui est promue) sous un jour à chaque fois un peu différent.

Dans cette optique, l’image la plus frappante n’est pas celle des yeux remplis de blanc, ou de noir (simple effet de frayeur) mais cette espèce de danse tribale au ralenti et au noir et blanc très contrasté et granulé, avec une femme qu’on imagine plongée dans la poussière de l’au-delà. Sur un fond très noir, les particules de cendres s’échappent des cheveux et donnent à la silhouette de la chanteuse en la suivant l’étrange allure d’un spectre. Dans ces plans, l’interprète reste les yeux fermés, totalement inexpressive, comme si quelque chose de surhumain la guidait dans sa danse, l’avait sortie de la poussière où elle reposait depuis la nuit des temps. Seuls deux plans quasi subliminaux surexposés la montreront hilare, la tête basculée en arrière, rendant du même coup l’ensemble de la danse et du clip dénués de logique. Reste ce chevalier mystérieux, lui aussi sur fond noir, qui galope sans fin et qui rythme la chanson. On peut sur ce point remarquer deux choses : Ses apparitions se font à des moments de la chanson où la répétition est aussi musicale, ce qui accroît l’idée d’un galop sans fin du cheval et la course de ce prince qui jamais n’arrivera à destination. Pour renforcer cette idée on peut deviner aussi que le cheval n’avance pas, mais fait du sur place (la fumée en arrière plan reste immobile).

La caméra n’est donc pas en travelling latéral mais en plan fixe, et amorce d’ailleurs à un moment un zoom arrière. Ainsi non seulement on ne peut que ressentir la quête vaine du prince, mais également jouir de la fluidité de sa course, de cette image irréelle en contre-plongée. Les symboles qui autrefois semblaient donner un grande part de leur sens aux réalisations de Boutonnat n’ont même plus leur place dans ce cinéma « de l’image seule ». Il n’y a pas de symbole dans Pardonne-moi. Il serait pourtant facile d’approcher le serpent du pêcher originel et les yeux blancs de la cécité. Mais comment expliquer alors d’autres éléments du clip tels les yeux noirs de la fin du clip, le rapport au texte et la présence du prince sur son cheval ? Chacun de ces éléments n’est ici au service de rien, si ce n’est de lui-même. Quant à l’origine de leur choix, il faut encore s’en retourner vers ce qu’est réellement un vidéo-clip. Chacun des éléments est montré dans le clip à un endroit précis de la bande son. Ainsi le serpent ne peut apparaître que sur le violoncelle du pont musical, tant les sinusoïdes dessinées par son corps matérialisent plastiquement et simultanément la musicalité sonore; les saccades de batterie ne peuvent également correspondre qu’à la danse tribale de la chanteuse les cheveux remplis de poussière, éclairées par des flashs lumineux qui la images (3)laissent deviner par le spectateur plus qu’ils ne la montrent. Même chose pour le travelling sur la chanteuse qui laisse découvrir en levant la tête des yeux vides : dans un cadrage identique, les violons graves dénoncent musicalement parfaitement la monstruosité de ce visage, alors que le piano du début en glorifiait la beauté.

 

 Ce que nous voulons démontrer ici est que Laurent Boutonnat, de 1985 à 1992, n’a pas fait de vidéo-clips. Il a fait des films de fiction romanesque, référencés à des genres ou des sous genres. Mais à aucun moment, ni même pour Ainsi soit-je (1988) ni pour Je t’aime mélancolie (1992), nous avons eu à faire à un vidéo-clip stricto-sensus. A l’origine, le principe du vidéo-clip consiste à illustrer une chanson par des images, rien de plus. Laurent Boutonnat a toujours apposé à cette règle sans cesse davantage d’artifices, d’histoires, de symboles, et de moyens. De Pardonne-moi en revanche, il fait un clip dans le pur sens du terme : une musique avec des images à son service, qui l’illustrent. Le sens des images, leur teneur discursive, tout ceci n’a aucune importance face à leur musicalité intrinsèque et l’effet qu’elles produisent quand on les appose à la bande-son en question. Dans Pardonne-moi plus que jamais, l’image ne peut être présente à l’écran que parce que c’est cette chanson qui est illustrée, alors qu’on peut très aisément imaginer les images de Libertine, Sans Contrefaçon et même Ainsi soit-je sur une autre musique de couleur approximativement équivalente. Les images de Pardonne-moi ne semblent avoir été inventées que parce qu’il y avait tel ou tel son dans la chanson, ces images sonnent juste par rapport aux effets musicaux tout simplement, et ceci pour la première fois chez Boutonnat.

 

Le seul travail du réalisateur en 2002 ne concerne plus que l’image, et rien qu’elle, Boutonnat n’est pas un romancier, pas plus qu’un conteur. Depuis 1997, de Mon Ange à Pardonne-moi en passant par Baïla Si et Les Mots, il n’a cessé de tâtonner pour trouver ce qu’était vraiment un clip, ce qu’était vraiment une image, et donc finalement ce qu’est réellement le cinéma. 

 

Pourquoi alors se cantonner au même type d’image, aux mêmes éléments alors que le réalisateur a su pourtant diversifier ses inspirations en une décennie de clips autrement plus riches visuellement ? Puisque visiblement Laurent Boutonnat s’est détaché du cinéma de fiction romanesque pour se concentrer entièrement à ce qu’est un clip, le réalisateur peut-être lassé images (4)désire faire le meilleur clip, le clip ultime. Laurent Boutonnat rétrécit ainsi de clip en clip le champ d’application de son univers afin visiblement de trouver l’image juste, celle qui broiera la chair de celui qui la regardera. De plus en plus on peut avoir l’idée de ce à quoi ressemblera le clip de Laurent Boutonnat : de longs plans contemplatifs représentant des éléments immobiles, un ciel nuageux, du vent, des fantômes pas encore entrés dans l’au delà et se frottant encore aux humains, une quête sans fin accompagnant une errance éternelle de personnages perdus et auxquels il ne reste que le recueillement. Seulement nous pouvons penser que rien ne distinguera particulièrement le dernier clip de Laurent Boutonnat des autres, que ce sera juste celui sur lequel le cinéaste voudra s’arrêter, estimant achevée la recherche qu’il fait sur l’image et avant tout sur ses propres fantasmes graphiques. Pardonne-moi aurait pu être celui-ci, le seul vrai clip, donc le dernier. Et si ce n’est pas le cas, un cap a de toute façon été franchi en le réalisant : se désintéresser intégralement de tout fonctionnement narratif pour ne se concentrer que sur l’image, quitte à ce qu’elle rende ivre tellement sa splendeur incompréhensible ne renvoie à rien de connu.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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