UNE SYMBOLIQUE A PART ENTIERE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 7 août 2014

 

 

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Nous l’avons dit plus haut, le spectacle avait été conçu pour mettre en scène la fin d’un cycle de la carrière de Laurent Boutonnat et de son égérie. Pour faire passer cette idée, tous deux ont emprunté ici la thématique de la mort. C’est vu sous cet angle que le film prend du sens et que nous pouvons lire alors le concert comme un long requiem accompagnant la fin prononcée de l’artiste. Agissant comme un messager de mort autant que comme le symbole de la mort elle-même, le moine capucin qui ouvre et ferme le spectacle en manipulant les grilles du cimetière prend les allures d’un passeur qui fera franchir à l’artiste son passage vers l’au-delà. 

C’est sans doute pourquoi, alors que le concert bat son plein et que l’ambiance est à la fête, ce moine mystérieux réapparaît sur la scène au milieu exact de la durée du spectacle pour passer au milieu des musiciens qui le narguent naïvement. Le moine montera au sommet de l’escalier du cimetière et après avoir levé ses bras vers le ciel, il libérera deux colonnes de flammes annonçant l’incinération prochaine et insoupçonnée de tout le décor.

 

La cohérence implacable du spectacle réside également dans le choix scénaristique des séquences que semble nommer chaque chanson. La trame du concert appuie en effet la possibilité de lecture selon laquelle elle aboutirait à la mort de l’artiste. L’ordre même des chansons, si nous le rapprochons des costumes employés, laisse penser qu’au-delà de l’aspect fictionnel dont nous parlions plus haut, le film du concert et le spectacle lui-même racontent  une histoire.

 

Certes cette histoire n’est pas clairement énoncée, mais la narration du scénario d’un film doit-elle forcément être concrète pour qu’on admette son existence ? L’évolution de l’artiste représentée par le cheminement de sa vie semble y trouver comme étapes les symboles que sont ses tenues et ses textes. On s’aperçoit que l’énumération des chansons dans l’ordre de leur interprétation sur scène apporte de l’eau au moulin d’un récit autobiographique. Alors que le spectacle à l’abstraction narrative commence sur une parabole du temps (Horloge), la suite nous montre une interprète enfantine refusant à la fois l’âge adulte (Plus grandir) et l’amour de sa mère (Maman à tort).

 

Alors que vient le temps de la prise de conscience de son propre corps (Déshabillez-moi) et de la perte de la virginité (Pourvu qu’elles soient douces), ce renvoi à l’étape de la puberté s’enrichit d’évocations de passages l’accompagnant comme la crise de l’adolescence (A quoi je sers) et la confusion des genres (Sans Contrefaçon).

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Introduisant progressivement et dissertant sur la disparition prochaine de ses proches (Tristana), les dernières chansons du spectacle évoquent le départ (Ainsi soit-je), voire le suicide scénique (Jardin de Vienne) de l’interprète. Après une longue conclusion musicale, le dernier morceau ne peut que délivrer le message de l’être défunt s’adressant une dernière fois à son public :

 

« Le cœur blessé encore sourire, indifférente apparemment aux

derniers mots qu’il faut écrire lorsque finit mal un roman. Je

voudrais tant que tu comprennes, puisque notre amour va finir, que

malgré tout vois-tu je t’aime, et que j’ai mal à en mourir. »

 

 Laurent Boutonnat si soucieux de réinventer les codes du long-métrage de fiction pour les transposer au film de concert, a sans doute utilisé les paroles des chansons en tant que dialogues sensés véhiculer son scénario. Il le faisait déjà avec les clips mais les scripts qu’il écrivait alors extrapolaient davantage quelques passages des paroles de la chanson plutôt que son idée principale ou son histoire, ignorant de ce fait la réécriture globale qu’est l’adaptation. 

De plus, Laurent Boutonnat ajoutait fréquemment des dialogues à ses clips ; paroles qui n’avaient rien à voir avec le texte original de la chanson si ce n’est quelques jeux de mots ou renvois formels en forme de clins-d’œil.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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