Vagues adaptations de ROMANS dans les chansons de Mylène

Posté par francesca7 le 31 juillet 2014

 

 Outres les deux adaptations de contes que sont Tristana et Sans Contrefaçon, clips respectivement transposés de Blanche-Neige et les sept nains et Pinocchio, Laurent Boutonnat se sert de certains classiques littéraires comme base de récit de certains de ses clips. Le réalisateur est un habitué de la transposition et aucune histoire venue de ses références littéraires n’est donc traitée dans l’époque ni dans les lieux originaux. La sortie du clip Beyond my control en 1992 est présentée par la presse comme une adaptation des Liaisons Dangereuses (Choldernos De Laclos – 1782). On notera que Boutonnat fait visiblement abstraction de l’adaptation cinématographique par Stephen Frears (1988) pour s’attacher au roman lui seul. Dans un décor épuré, seuls un bûcher et un lit à baldaquins ressortent d’un fond noir.

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Dans un mélange a-chronologique d’images sanguinolentes et parfois érotiques, le récit d’un homme trompant sa femme puis la vengeance de celle-ci est montré en alternance par des scènes réalistes et des allégories éloignées du roman d’origine. 

Par exemple lorsque la femme s’aperçoit qu’elle est trompée, la trahison dont elle se sent victime est imagée par son incinération sur un bûcher au-dessus duquel elle est ligotée telle une sorcière au temps de l’inquisition. Une scène montrera l’époux volage dévoré par deux loups, dont on comprendra qu’ils étaient les outils de la vengeance de la femme trompée. L’histoire racontée de manière anachronique fait écho aux paroles de la chanson qui, elles non plus, ne suivent pas l’ordre chronologique de l’action. Le texte lui-même commence par les pensées de la femme venant d’accomplir sa vengeance :

 

« Je ne comprends plus pourquoi j’ai du sang sur les doigts. Dors en paix je

t’assure, je veillerais ta sépulture mon amour. »

 

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Une fois l’homme mort, la femme vengée échappera aux flammes du bûcher à présent éteint, mais sera l’objet de sa propre vengeance en s’apercevant que les loups qu’elle avait lâchés sont encore affamés et l’attendent au bas de son piédestal. Depuis très longtemps absent dans les clips de Boutonnat, le play-back fait ici une courte réapparition lorsque le personnage de la chanteuse, découvrant une femme blonde dans les bras de son mari, le regarde pour lui promettre sa terrible vengeance : « Lâche. C’est plus fort que toi. Toujours en cavale, tu nous fais du mal. Ne t’éloigne pas de mes bras. » 

En 1999 Laurent Boutonnat écrit Moi…Lolita pour sa nouvelle égérie. Alors qu’il n’avait pas reconstruit de personnage particulier pour les clips de Nathalie Cardone dont il s’est occupé de 1997 à 1998, il crée pour Alizée un rôle de jeune fille proche de la Lolita de Vladimir Nabokov (1955). Le clip commence sur une scène significative : un homme d’environ vingt-cinq ans court après une fille d’à peu près quinze sur une route de rase campagne. Le plan filmé caméra à l’épaule donne d’emblée l’impression d’une course poursuite d’un violeur après sa victime. 

Or l’homme qui finit par rattraper Lolita lui déclare timidement sa flamme. En réponse la jeune fille lui demande « deux cents Francs » et plante aussitôt son personnage, entre une enfant innocente qui plait à ses aînés et une fillette vénale profitant de l’atout de sa jeunesse. Dans le clip, l’enfant fugue en compagnie de sa petite sœur de leur foyer où règne une mère tyrannique. Après avoir traversé les champs d’orge pour rejoindre le bus qui les emmène à la ville, Lolita fait usage des deux cents Francs gagnés plus tôt pour entrer dans une discothèque. A l’intérieur elle deviendra l’objet de tous les regards grâce à une danse suggestive. La fin du clip verra l’arrivée dans la discothèque du garçon du début du clip, qui suivra Lolita et sa sœur à leur sortie au petit jour, jusqu’à la route de campagne qui les reconduira chez elles. Comme pour Beyond my control, le réalisateur fait ici aussi abstraction du film de Kubrick pour s’attacher au roman. Il ira même jusqu’à reprendre la diction décrite dans le livre lorsqu’il est question du prénom de l’enfant et de ses surnoms « Lo ou bien lola, du pareil au même », puis lui fait plusieurs fois épeler son nom, en décomposant : « Lo, Li, Ta ». Références évidentes à un passage célèbre du roman original :

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« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le

bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner

contre les dents. Lo. Li. Ta. Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre

quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon.

Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais

entre mes bras, c’était toujours Lolita. »

 

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 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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