DES SCENES DEJA VUES PAR BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 31 juillet 2014

 

 

 Si Laurent Boutonnat cite dans ses cinéastes préférés David Lean, Andreï Tarkovski ou Sergueï Eisenstein, c’est probablement pour créditer les « maîtres » dont il s’est inspiré. L’influence de certaines scènes de l’anglais David Lean sont probablement celles qui sont le plus présente chez Boutonnat. Il ira jusqu’à en reproduire certains plans, comme dans Giorgino où par exemple une villageoise vindicative tiendra du bout des doigts la mèche de cheveux qu’elle vient d’arracher de la tête de l’héroïne. Pour la plupart de ses références, Boutonnat ne se contente heureusement pas de reproduire à l’identique les scènes figurant dans ses « films de chevet ».

 

ob_c477c28086c7056f6af383822b383b3b_giorgino

 

 Il reprend quelquefois certaines situations pour les transposer dans des contextes totalement différents. C’est pourtant d’une même haine de ceux qui les entourent dont souffrent le marionnettiste de Sans Contrefaçon et Michel, l’attardé de La Fille de Ryan (David Lean – 1976) lorsque tous deux se font voler ce qu’ils ont de plus chère au monde (son pantin pour le marionnettiste et le homard pour Michel) par quelques personnes qui s’amusent à s’envoyer l’objet par-dessus leur tête. On peut également citer ici la reprise d’un duel au pistolet, et d’ambiances mondaines de salons du XVIIIe siècle dont on trouve certaines origines dans des films comme Les Duellistes (The Duellists – Ridley Scott – 1977) ou Barry Lyndon (Stanley Kubrick – 1975). Le recyclage de ces scènes dans Libertine s’explique en partie par l’objectif de Boutonnat qui était à l’époque d’identifier son travail sur ce clip à celui d’un long-métrage de cinéma. 

C’est en tournant un clip fortement référencé aux films de cinéma, ainsi qu’en le peuplant de figurants, de décors, de costumes, de maquillages et de jeux de lumière inhérents aux films en costumes qu’il a pu faire de Libertine un tel évènement médiatique pendant l’été 1986. L’espèce de « prison-usine » présente dans Désenchantée rappelle celle de Ivan (Povzenko – 1932). Le dernier plan du clip figure dans Ivan avec le même cadrage et la même échelle de plan, où des centaines d’hommes, armés, fuient au loin sur une grande étendue de neige jusqu’à se perdre dans l’horizon glacé. Laurent Boutonnat, s’il s’inspire de certaines idées en transpose certains éléments dans son univers pour leur donner une dimension différente. C’est le cas ici, où les prisonniers libérés se fondant têtes baissées dans l’étendue enneigée véhiculent un symbole, une finalité dans la démarche de Désenchantée qui n’est pas présente dans Ivan, et qui peut nous laisser penser pour une fois à la présence d’une morale dans le cinéma de Laurent Boutonnat. Ici, le désenchantement peut être lu comme un travail qu’on accomplit pour accéder à une certaine forme de bonheur. Travail vain puisque le bonheur n’est pas quelque chose qui se mérite, mais qu’on peut au mieux espérer.

 Rejoindre  » La Vie Devant Soi  » pour parler de Mylène

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

Laisser un commentaire

 

linergeek |
give to eat by eating |
ecouteconseil |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hé ! lecteurs à Saint Marti...
| parlons-en!
| Je me SOUVIENS...