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D’UN COTE NARRATIF CHEZ MYLENE ET BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

 

 

 D’un point de vue narratif comme d’un certain point de vue esthétique, le cinéma de Laurent Boutonnat n’a rien expérimenté depuis le clip faussement simpliste de Maman à tort (1984) sur lequel il est important de s’attarder un instant. Sur un fond noir, la chanteuse vêtue d’une nuisette pose dans différentes situations, tantôt sous le dessin naïf d’un ciel étoilé tantôt à contre-jour, avec des enfants sensés être les frères du personnage qu’elle incarne. Leur mère n’apparaît dans le clip que par une main baguée qui entre dans le champ pour admonester ses enfants en les giflant. Cet essai d’abstraction narrative fait d’une succession de plans fixes et statiques extrapole les paroles déjà volontairement confuses de la chanson en forme de comptine.

 

« Un, maman à tort. Deux, c’est beau l’amour. Trois, l’infirmière pleure. Quatre, je

l’aime. […] Cinq, l’infirmière chante. Six, ça me fait des choses. Sept, à l’hôpital.

Huit, j’ai mal. »

 

 

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 A mi-chemin entre le roman-photo filmé et un spectacle d’ombres chinoises, le clip de Maman à tort transpose singulièrement à l’image la narration déjà particulière des paroles de la chanson. L’histoire racontée par le texte est faite en forme de phrases allégoriques. Chacune d’elle, identifiable par rapport à l’ensemble est même numérotée à voix haute et parfois par un sous-titrage. A chaque phrase prononcée, une image apparaît à l’écran en recontextualisant dans la diégèse du clip l’allégorie contenue dans le texte d’origine. Ainsi convertie à deux reprises, une fois par le style allégorique du texte puis par sa transposition à l’écran, l’histoire originale d’une petite fille s’énamourant de son infirmière en l’absence de sa mère, n’a plus rien à voir lors de son traitement visuel final. On peut ainsi découvrir à l’image la manifestation improbable des enfants face à leur mère, brandissant pancartes et agitant du poing ; on peut aussi voir la tête de la grande sœur revendicative giflée puis posée au centre d’une table prête à être dévorée en repas par sa fratrie. En déclinant à plusieurs reprises l’interprétation du texte d’origine, Boutonnat pose les bases d’un système narratif dont il s’inspirera partiellement pour mettre en images ses futures chansons. Il gardera l’idée de transposition systématique du texte, ce qui lui permettra une plus grande liberté d’adaptation et de pouvoir y intégrer davantage ses propres éléments graphiques. Il abandonnera en revanche la singularité du dispositif pourtant original consistant à découper chaque phrase ou vers du texte pour le transposer visuellement en un unique plan fixe indépendant du reste de l’histoire. Dans la manière même de raconter ses histoires dans les clips postérieurs à Maman à tort, jusqu’en 1997 rien ne distinguera Laurent Boutonnat d’une narration classique.

 

 0La narration de Plus grandir, premier des clips de Laurent Boutonnat subissant le traitement cinématographique du réalisateur, se trouve dans un certain prolongement de celle utilisée dans le vidéoclip Maman à tort. Les différents thèmes abordés par le texte de la chanson ne le sont pas de manière allégorique, c’est leur adaptation visuelle qui en fera des scènes à l’imagerie forte et symbolique. La structure de la chanson est adaptée dans le clip en autant de scènes que de couplets, tandis que le sujet général de chacun d’eux est évoqué parallèlement à leur passage par la mise en scène de symboles s’y rapportant. Par rapport à la succession de plans statiques dans Maman à tort, le fait de découper Plus Grandir en scènes et de les faire correspondre avec la structure mélodique de la chanson se rapproche du traitement narratif d’un clip traditionnel. La particularité du cinéma de Laurent Boutonnat ne se situe pas ou plus à ce niveau, mais dans l’utilisation d’une grammaire cinématographique pour la réalisation de clips. Empruntant la logique de ses raccords au cinéma classique, une partie de son esthétique et sa thématique aux cinéastes anglais, son imagerie à la littérature du XVIIIe siècle, la démarche de Boutonnat n’a réellement d’originale que sa destination vers une forme aux possibilités juge t-il inexploitées.

 

 EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

Publié dans Mylène Autrement, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

MYLENE HEROINE DANS TRISTANA

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

 

 

Adapté du premier long-métrage d’animation de l’histoire du cinéma Blanche-Neige et les sept nains (1946), Tristana (1987) subit par son traitement la modification supplémentaire d’une transposition. Alors que le dessin-animé original avait pour lieu un royaume imaginaire, peuplé d’honnêtes travailleurs et de sorcières maléfiques, l’action de Tristana est placée dans la campagne russe de 1917. Tristana, qui recycle visiblement le personnage de Blanche-Neige, s’énamoure de Rasoukine un paysan russe, mais est jalousée par une espèce de sorcière qui prend les traits d’une sévère tsarine sous les ordres de laquelle obéit un moine soumis. Cette tsarine, comme pour se venger de la beauté insolente de Tristana, l’empoisonnera avec une pomme de sa conception pendant l’absence de Rasoukine, qui participe à la révolution de Pétrograd.

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Lors de son retour auprès de Tristana, il la retrouve à demi-morte, avec sept petits paysans à son chevet. Au delà de la double lecture qu’impose le traitement de l’adaptation de Blanche-Neige, à la fois selon le contexte du conte original puis celui un peu différent de la diégèse du clip, Laurent Boutonnat nourri son film d’un troisième degré de compréhension. Le réalisateur a dit plusieurs fois dans des interviews s’être nourri de cinéma soviétique et russe, d’Eisenstein et de Tarkovski notamment. Ceci peut sans doute expliquer en partie le statut symbolique particulier de tous personnages du clip. En ancrant d’une telle manière sa diégèse dans le climat révolutionnaire bolchevik, Boutonnat a voulu faire de son clip un film proche d’un certain cinéma soviétique par son discours, sans que cela ne se remarque forcément. Aucune morale politique apparente ni propagande ne figure ouvertement dans le clip qui reste, du début à la fin, fidèle au genre du conte. L’héroïne à laquelle le spectateur s’identifie est persécutée par la bourgeoisie que représente la tsarine surpuissante, le moine asservi à la tsarine exécute bêtement le moindre de ses désirs. On remarque d’ailleurs que son combat contre le bolchevik qu’est Rasoukine est une interprétation des ordres de cette tsarine, qui ne voulait à la base que l’anéantissement de la beauté angélique de Tristana, qu’on identifiera comme une personne du peuple prolétaire présentée au début du clip comme vivant seule. Les sept petits paysans quant à eux sont un exemple parfait du communisme, travaillant ensemble et partageant leurs biens.

 

L’image de leurs mains posées les unes sur les autres, au-dessus desquelles se posera celle d’une Tristana convertie le montre bien. Sous la bénédiction du portrait de Karl Marx accroché au mur, Tristana est la bienvenue dans la maison des paysans, et profite des bienfaits de la mise en commun des richesses du groupe. Toujours avec un pessimisme et un fatalisme certain, Laurent Boutonnat met en scène le récit du déclin d’un communisme voué à l’échec. La tsarine, entre temps muée en bourgeoise aveugle et sanguinaire, n’arrive pas à ses fins en ce qui concerne l’anéantissement de sa rivale, et finit dévorée par les loups, suivie par un moine corrompu qui mourra gelé de n’avoir pu savoir vers qui se tourner. Tristana, prolétaire à demi-morte finira portée par le bolchevik Rasoukine dans la procession d’un cortège de paysans communistes en deuil vers une résurrection incertaine.

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Alors que les paroles de la chanson ne s’y prêtent absolument pas, le clip Tristana peut être lu comme un film de propagande communiste qui donne à chaque personnage une fonction symbolisante. Alors figurés, les acteurs de la révolution russe d’octobre 1917 peuvent être manipulés afin de faire correspondre leur action et leur destin en fonction du conte régissant le récit. Tristana est un peu une synthèse de l’histoire du communisme, évoquant successivement ses origines, ses participants, et son déclin. Alors que toute trace de la bourgeoisie symbolisée par la tsarine et son moine a disparue, la victoire des communistes figurée par Rasoukine et les nains est nuancée par la mort en suspend de Tristana, qui avait aux yeux de tous la couleur d’un idéal. De là à penser à la mort de l’idéal communiste il n’y a qu’un pas. Idéal que personne n’a pu ni atteindre ni irrémédiablement supprimer. La fin onirique du clip figure la dualité entre la victoire des bolcheviks au lendemain de la révolution, et le futur tragique qui accompagnera la dictature du prolétariat les années suivantes.

 

Une piste est cependant laissée par Laurent Boutonnat pour que le spectateur s’oriente vers la voie du film de propagande soviétique. Lors du départ de Rasoukine, la révolution est montrée à l’écran durant une petite minute par de vraies images tournées à l’époque pendant la manifestation de juillet 1917 le long de la Volga. Ces images d’archives ont été remontées par Laurent Boutonnat à la manière de Serguei Eisenstein tout en opposition de masses. Comme le réalisateur soviétique l’avait fait pour Octobre (1927), Boutonnat donne un sens à son montage en alternant par exemple plusieurs plans d’échelle et de contextes différents. Ainsi les gros plans d’un discours de Lénine frappant du poing sur la table sont montés avec les plans larges des manifestants fuyant de tel ou tel côté du cadre, et des plans montrant les tirs de l’armée en direction de la foule paniquée.

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 Avec un soucis de composition évident, Boutonnat donne à cette minute d’archives documentaires la couleur du cinéma de propagande soviétique, et laisse entrevoir la nécessité de voir le reste du clip selon une lecture différente. Au-delà de l’adaptation d’un conte pour enfants accessible à tous, Laurent Boutonnat adapte le récit dans un contexte politique afin non pas de tenir un discours, mais de placer malicieusement son film dans un genre particulier qu’on ne lui attribuerait pas à la première vision. S’apparentant à la fois à l’adaptation d’un conte pour enfants, mais appartenant à la fois au cinéma d’aventure et au cinéma de propagande, Tristana par ses trois niveaux d’interprétation devient au niveau du sens une espèce de « film-labyrinthe » qui supporte l’analyse approfondie par le spectateur averti et la vision répétée.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

DOUBLES LECTURES DES SUPPORTS FARMER ET BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 28 juillet 2014

 

 

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Destinés à être “multi-diffusés” à la télévision, à être projetés en salles de cinéma en avant-programme de long-métrage de fiction, ainsi qu’à être vendus plus tard sur support vidéo dans le commerce, les clips de Laurent Boutonnat doivent non seulement supporter sans problème la vision répétée par le spectateur, mais aussi la susciter ; c’est pourquoi le réalisateur intègre plusieurs niveaux de lectures à certains de ses films. Relevant de la forme du clip, donc avec un régime de diffusion l’ouvrant à public assez large, la grande majorité des clips de Boutonnat est tout à fait abordable en tant que simples films de divertissement. Afin de répondre aux attentes d’un public plus averti qui lira ou relira les clips avec une grille d’analyse un peu différente de celle du grand public, et par goût de la parabole du symbole et parfois de la subversion, le réalisateur niche dans quelques-uns uns de ses clips des thématiques qui ne sont pas clairement revendiquées à l’écran.

 

Dès Maman à tort (1984), les paroles pourraient prêter à la « sur-interprétation » tant elles sont floues, et certains des détails apparaissant dans les plans statiques du clip laissent évoquer à la fois l’infanticide, la rébellion, ou encore l’enfance maltraitée. Sans cohérence ni réel lien, cette suite d’images ne tient pourtant pas encore de réel discours sur les sujets que l’on croit entrevoir. Il faut attendre Plus Grandir (1985) et son arrière plan biblique pour réellement avoir l’occasion de voir un clip de Boutonnat de deux façons différentes. A la fois récit d’une déchéance physique et critique d’une religion aveugle et impuissante, Boutonnat met en scène dans Plus Grandir des éléments détenant un sens pour chacun des deux niveaux de lecture. Il prend parti d’opposer au lent vieillissement du personnage des images du catholicisme comme par exemple la statue de la sainte vierge ou deux nonnes violentes et vindicatives. On peut lire la présence et l’action de ces éléments comme les signes avant coureurs d’une sérénité relative à la vieillesse prochaine du personnage, voire à sa mort inéluctable, mais également comme l’omniprésence d’une religion qui bannit de manière systématique les agissements de ce même personnage. Ainsi dans le clip, la statue de pierre

s’anime pour se cacher les yeux devant une prière vaine, et les nonnes punissent sévèrement par les coups la perte de virginité de l’héroïne : passage symbolique violent à l’âge adulte qui la précipitera rapidement dans la déchéance physique la plus totale.

 

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En 1987 les doubles lectures sont plus clairement affichées chez Laurent Boutonnat. Tristana affiche au moins trois degrés de compréhension, dont deux clairement revendiqués par l’emploi des références à Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney – 1937). Sans Contrefaçon joue quant à lui sur la seule transposition des Aventures de Pinocchio de Mario Collodi, histoire largement inspirée d’un conte très populaire qui impose par son traitement le décryptage par n’importe quel spectateur des deux niveaux de lecture qu’elle comporte. L’action du clip trouve précisément son intérêt dans sa référence perpétuelle au célèbre roman de Collodi ; c’est par le processus de l’adaptation que Boutonnat guide le spectateur vers un raisonnement ludique qui le mène à suivre l’histoire selon deux optiques : celle de la diégèse du clip, et celle du célèbre roman original. Boutonnat réutilisera ce système pour plusieurs clips dont nous parlerons plus tard, comme Sans Logique (1989) ou Moi …Lolita (1999).

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

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