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UNE GRANDE EXPOSITION TELEVISUELLE POUR MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2014

 

 

688637-jpg_473912A partir de 1987, les productions de Boutonnat restent dans des formats capables d’être projetés dans les cinémas, mais la difficulté de trouver des salles désirant ouvrir leur écran à un clip de quelques minutes se fait grandissante. De plus, la surprise créée discrètement une première fois en 1985 avec Plus Grandir, puis renouvelée à plus grande échelle avec Libertine n’aurait probablement pas eu un retentissement égal une troisième fois.

Tristana (1987) et Sans Contrefaçon (1987) ne bénéficieront pas d’avant-première ni de sortie sur grand écran malgré le même soin technique et esthétique apporté à leur conception cinématographique. En revanche, la première diffusion à la télévision des clips de Laurent Boutonnat se fait désormais à un horaire exceptionnel, correspondant à une forte audience. Sans Contrefaçon passera pour la première fois le soir du réveillon de la nouvelle année 1988 à 20h30 sur la sixième chaîne, transformant pour la première fois ce qui aurait pu être un simple clip en un spectacle de divertissement familial.

 Fort de cette visibilité télévisuelle nouvelle, Laurent Boutonnat et Polydor, la maison de disque qui l’a signé s’arrangent à chaque nouvelle sortie pour faire diffuser le nouveau clip dans une plage d’émission inhabituelle le mettant en valeur. Désenchantée (1991) passera pour la première fois dans le très regardé journal de 20h00 de TF1, alors que Regrets (1991) et Je t’aime mélancolie (1991) auront chacun la faveur d’une diffusion dans des prime-time87 de la même chaîne. On remarque à cette occasion que l’évènement annoncé se porte nullement sur la chanson (qui justifie pourtant la diffusion du clip) mais sur le clip lui-même, et son interprète. 

Les bandes-annonces et lancements des dites émissions parleront du « nouveau clip de Mylène Farmer » et non pas de sa nouvelle chanson, pourtant inédite elle-aussi. Cette association qui fait abstraction du réalisateur entre le nom de l’interprète et celui du clip, est fréquente. Pour le public, le clip appartient non pas à celui qui l’a conçu mais à celui qui y apparaît et qui en chante la chanson, comme s’ils étaient dépendants l’un de l’autre, qu’ils formaient un tout et qu’ils ne pouvaient avoir qu’un unique auteur. On parle toujours du “clip d’un tel“ comme quand on évoque “la chanson d’un tel”, alors qu’il faut comprendre cbb2acb9: le clip illustrant la chanson interprétée par tel artiste.

La preuve apparaît à chaque remise de prix lors de Victoires de la musique ou d’Awards à l’étranger. Le vainqueur qui vient recevoir le prix n’est pas le réalisateur du clip mais bel et bien l’interprète de la chanson, sanglotant de remerciements comme si venait d’être récompensée sa performance vocale. En ne parlant que de l’objet promotionnel et non pas du disque, les émissions de variété qui passent en exclusivité les nouvelles productions de Boutonnat mettent l’accent sur le clip présenté et non pas sur la nouvelle chanson qui pourtant est la seule officiellement à promouvoir. C’est d’une part grâce à la diffusion de la chanson que la promotion du morceau de musique est effective, mais aussi par son association à un clip présenté comme un divertissement pour tous et non pas adressé au seul public de la chanteuse. Fait extrêmement rare, ici la chanson appartient au clip, et la promotion du support audiovisuel se répercute une deuxième fois mais de manière indirecte sur le support discographique.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

Publié dans Mylène AU FIL DES MOTS, Mylène Autrement, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

Mise en abyme d’un dispositif promotionnel pour MYLENE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2014

 

 

Le réalisateur va se servir de ce raisonnement logique d’auteur pour se justifier de l’espèce de mégalomanie qui le conduira à promouvoir ses clips en salles de cinéma. Dès Maman à tort (1984) il a pour projet un long clip dont il donne le story-board en avant –première à la presse ; preuve déjà évidente de sa volonté de rendre son travail le plus visible possible. Le clip finalement non tourné, cet effet d’annonce aura pour seul résultat la parution du quotidien Le Matin de Paris qui reproduira les dessins dans ses pages.

Mise en abyme d’un dispositif promotionnel pour MYLENE dans Mylène Autrement wallpaper-farmer-plusgrandir

L’invitation qu’il concevra en 1985 pour inviter la presse aux deux premières du clip Plus Grandir laisse penser à celle d’une séance de cinéma : il loue le cinéma Kinopanorama dans le XVe arrondissement et le Club 70 dans le XVIe le 13 novembre 1985 pour des projections à la presse. A aucun endroit sur les cartons d’invitation n’est précisé qu’un clip va être projeté et non un long ou un court-métrage, et le nom de la chanteuse y est mentionné comme celui de l’actrice principale « Polygram-Polydor-Laurent Boutonnat-Stephan Sperry vous invitent à la projection de Plus Grandir avec Mylène Farmer».

 

 Ici l’objet de la promotion n’est pas la vente du disque dans le commerce, c’est bel et bien le clip lui-même, voire son réalisateur, ou même indirectement la chanteuse dont il est question ; un tel vecteur de promotion peut hisser facilement l’interprète de la chanson, vedette du clip, au rang de comédienne ponctuelle, lui donnant éventuellement une certaine crédibilité pour prétendre plus tard à des rôles au cinéma. La même stratégie promotionnelle est renouvelée un an plus tard à une échelle plus grande lors de la sortie du clip Libertine en juin 1986. Déjà en vente depuis quelques semaines, la chanson ne se distinguait alors ni par ses ventes ni par sa popularité. Il a fallu une série d’avant-premières au cinéma Mercury des Champs-Élysées à Paris pour qu’un bouche à oreille se crée dans la capitale, puis dans les médias sur ce film d’une forme nouvelle. En l’absence de terminologie pour nommer de nouvel objet « clipesque », certains articles le compareront à une sorte de « bande–annonce de film». Le clip sera remis aux chaînes de télévision, qui le présenteront à plusieurs reprises comme une production « venue » du grand écran. L’évènement que constitue la sortie d’un clip au cinéma, pour la première fois doublée du succès commercial de la chanson rattachée, conduit Laurent Boutonnat à être invité au journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2 en août 1986 en tant que réalisateur. Un extrait du film est montré et l’interview par le journaliste Noël Mamère est dirigée sur l’aspect cinématographique du clip et son imagerie « à la Barry Lyndon » (Stanley Kubrick – 1975). Restant assez superficiel, l’entrevue ne permet pas d’en savoir plus sur sa réelle réception auprès du monde médiatique et artistique de l’époque.

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Cependant, le fait de promouvoir son clip lors d’avant-premières en salles de cinéma puis d’interviews télévisées reproduit le schéma de promotion d’une œuvre cinématographique de long-métrage. Le clip pourtant outil de promotion, se trouve lui aussi au centre d’un dispositif promotionnel le présentant comme une œuvre à part entière. Dans le cas précis de Laurent Boutonnat, ce dispositif mis en place par lui-même fait hisser son clip à la même visibilité artistique que la chanson qu’il comporte : avant que la chanteuse n’interprète la chanson en question sur scène devant son public, son clip est lui aussi “mis en scène” sur sa propre scène de spectacle : le grand écran de cinéma.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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