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SE DEMARQUER DE LA CHANSON AVEC MYLENE

Posté par francesca7 le 13 juillet 2014

 

 

Comme expliqué dans notre introduction, le vidéo-clip est l’instrument promotionnel d’une chanson qu’il illustre. Cet aspect publicitaire non négligeable du vidéo-clip l’oblige au renouvellement perpétuel. Plus un vidéo-clip est divertissant, surprenant ou particulier, plus il sera diffusé en télévision et augmentera de ce fait la connaissance par le public de la chanson qu’il est chargé de promouvoir.

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 A l’inverse, la popularité d’une chanson due à ses ventes effectives ou à ses fréquents passages radiophoniques peut encourager la programmation télévisée massive du vidéo-clip correspondant. En ce sens les clips de Laurent Boutonnat suivent les deux principes, la chanson et son support audiovisuel s’enrichiront l’un l’autre. La sortie du clip Libertine par exemple verra les ventes du disque augmenter sensiblement, tandis que Pourvu qu’elles soient douces deux ans plus tard n’attendra pas le début de la diffusion télévisée du clip pour atteindre le maximum de ses ventes. Un autre principe vient s’adapter aux clips de Boutonnat et n’est applicable qu’à de très rares autres réalisateurs de clips. Chez Laurent Boutonnat le clip se suffit parfois à lui-même et arrive à « vivre » sans la chanson qui lui est rattachée. A plusieurs reprises, on remarque que chacun des deux supports suit sa propre exploitation, et que la rotation de la chanson en radio s’essouffle au bout de la période habituelle de trois mois de promotion alors que son clip continue fréquemment d’être diffusé, vendu en vidéo-cassettes, et même projeté en salles. 

Certains clips comme Désenchantée (1991) ont continué d’être diffusés régulièrement à la télévision alors que la période de promotion du disque éponyme était achevée depuis plusieurs années. Alors que la chanson elle-même n’est rediffusée sur les radios qu’à de très rares occasions, le plus souvent dans des émissions thématiques sur la période de sortie, le clip qui lui correspond est encore visible dix ans plus tard sur les chaînes musicales et dans les émissions, et cela sans distinction par rapport à sa date de sortie. On est alors dans ce cas là assez proche des habitudes de diffusion de films de cinéma, pouvant être vus indépendamment de leur période et leur contexte de sortie.

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Plus que de porter à la connaissance du plus large public possible la sortie d’une chanson dans le commerce, le dispositif mis au point par Laurent Boutonnat pour la diffusion de ses clips trouve sa justification dans sa quête de reconnaissance en tant qu’auteur. C’est par une visibilité autre que celle d’un réalisateur de clip traditionnel qu’un cinéaste comme lui pourra se démarquer d’une forme peu propice à la constitution d’une œuvre. Il prend d’ailleurs le plus grand soin à asseoir cette particularité en généralisant dans sa “clipographie” l’usage d’attributs de long-métrages cinématographiques décrits dans un chapitre précédent (générique, musiques additionnelles…). En étendant le champ de diffusion de ses clips, Boutonnat sait qu’il étend la visibilité de son cinéma, en même temps qu’il remplit sa mission de promotion de la chanson, car en parvenant à faire diffuser l’un, il fait automatiquement diffuser l’autre.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

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BOUTONNAT Vers une liberté d’auteur

Posté par francesca7 le 13 juillet 2014

 

 

Le schéma devant lequel nous nous trouvons avec Laurent Boutonnat est en bien des points exceptionnel. D’ordinaire, dans la moitié des cas plusieurs réalisateurs sont en compétition sur un clip, proposent un scénario ou au moins une trame, qu’elle soit narrative ou non. Ensuite libre à l’artiste et ses producteurs de choisir tel ou tel projet. Dans l’autre moitié des cas le choix du réalisateur est déjà fait, soit parce qu’il a déjà travaillé avec l’interprète en question soit parce qu’un bouche-à-oreille dans le milieu a incité l’engagement du réalisateur en question. Ceci débouche alors sur une collaboration et une recherche de clip en concertation avec l’artiste et son entourage. Laurent Boutonnat quant à lui a non seulement choisi l’interprète dont il réalise les clips, mais rempli les différentes fonctions de manager, producteur et compositeur. En ce sens il sait qu’il sera l’unique auteur des réalisations mettant en scène son interprète et qu’il pourra se permettre la mise en place d’éléments cinématographiques qui lui sont propres, qu’il pourra pérenniser dans plusieurs clips, qu’il pourra tout simplement imposer dans la durée sa grammaire, son cinéma.

 

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Dès la première chanson « vendue » à une maison de production, Laurent Boutonnat a tout fait pour concevoir son clip tel une œuvre cinématographique, c’est à dire dirigeant le financement, les attributs esthétiques et narratifs ainsi que les supports et promotions qui la caractérisent. Or, les outils mis à disposition par les maisons de disque aux réalisateurs ne répondent pas à une telle demande, et les moyens nécessaires sont supérieurs à ceux alloués à une réalisation de clip traditionnelle. En cherchant via des sociétés de production publicitaires le financement qu’exigeait la réalisation de ses clips, et en les remboursant proportionnellement aux ventes effectuées par le support discographique correspondant, Laurent Boutonnat a instauré un nouveau schéma de production. A mi-chemin entre le paiement systématique du producteur publicitaire par l’annonceur et le remboursement aléatoire des sommes investies par un producteur de cinéma, ce schéma a conduit les clips de Boutonnat à un financement permettant d’assez hauts budgets pour ce médium promotionnel audiovisuel. Avec l’essore de la diffusion de vidéoclips à la télévision et leur stylisation, ce système de financement jusque là exceptionnel se répandra dans les années 90 avec la spécialisation de plusieurs sociétés de production dans le domaine du vidéoclip. De plus en plus rarement les maisons de disques s’occuperont directement de la production de l’image de leurs interprètes, préférant les déléguer à des sociétés extérieures. En maîtrisant via trois sociétés de production et d’édition une grand partie des commandes productives, Laurent Boutonnat pourra se permettre par la suite de réaliser, dans une forme qui n’y était pas du tout préparée, une œuvre audacieuse et coûteuse dans laquelle il a eu toute liberté pour diriger les commandes créatives. C’est grâce à cette légitimité qu’il aura pu se permettre la réalisation de certains clips approchant les vingt minutes (Pourvu qu’elles soient douces), et l’utilisation systématique de dispositifs de tournage peu économiques (pellicule 35 mm. et tournages fréquents en extérieur et à l’étranger) auxquels les réalisateurs sont habitués.

 

Dans cette quête ininterrompue de construction d’un auteur, l’aspect financier est un de ceux où Laurent Boutonnat s’est le plus démarqué des autres réalisateurs de clips, qui avaient pour la plupart la volonté de passer tôt ou tard au long-métrage de cinéma. En produisant lui même son œuvre, Laurent Boutonnat a pu se permettre d’émanciper son cinéma sans avoir à rendre de comptes dans une forme qui ne le permettait pas à priori, tant son aspect contraignant et ses objectifs promotionnels donnaient l’illusion de bloquer tout projet personnel ambitieux.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003 

 

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