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LES CLIPS COURTS DE BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 6 juillet 2014

 

images (24) 

La seconde catégorie de clips réalisés par Laurent Boutonnat se résume souvent au niveau du récit à une situation donnée, souvent tragique, et qui n’évolue pas forcément, donnant au film la teinte d’une contemplation désabusée à l’intérieur d’un univers fantasmagorique où règne une certaine imagerie. Ces courts-métrages dont l’importance réside essentiellement dans le soin esthétique apporté aux décors et effets visuels n’ont d’expérimental que le traitement que subit la narration. On peut souvent espérer lire le film uniquement par les symboles, apparitions et disparitions de formes plastiques, montages parallèles et les paroles de la chanson. Quelquefois proche d’une certaine féerie maclarénienne, Laurent Boutonnat semble avoir pris le parti de contourner chacune des obligations inhérentes à la forme. Sans perdre de vue l’aspect promotionnel que revêt avant tout un vidéo-clip, Il crut avoir compris et mis en application l’assertion : promouvoir c’est surprendre, c’est inventer, contredire, faire parler de soi. Ici Laurent Boutonnat est proche de ses collègues réalisateurs de clips, basant son travail essentiellement sur le rythme des images, comparable à celui de la musique, et cherchant de ce fait par le synchronisme ou l’a-synchronisme des deux à émouvoir son spectateur.

 

« Il y a deux sortes de musique : la musique des sons et la musique de la

lumière qui n’est autre que le cinéma ; et celle-ci est plus haute dans des

vibrations que celle-là. N’est-ce pas dire qu’elle peut jouer sur notre

sensibilité avec la même puissance et le même raffinement ? »

  

Le traitement du son chez Laurent Boutonnat

AVT_Michel-Chion_8172

Dans les rapports entre le cinéma et le vidéo-clip, entre ce qui les rassemble, ce qui les différencie, difficile de faire l’impasse sur la troublante similitude du schéma avec le cinéma muet relevée par Michel Chion. Il fait observer que les rapports en terme de son et d’image se trouvent inversés et symbolisent en sorte « le retour du cinéma muet ». Là où, dans le cinéma muet, la musique est ajoutée au moment de la projection sur des images qui n’en nécessitaient pas à priori, l’image du vidéo-clip est elle aussi un élément ajouté à une musique préexistante généralement conçue pour vivre sans. En ce sens, artistiquement la musique de cinéma muet est un peu au cinéma ce que le clip est à la musique : une valeur ajoutée capable d’intensifier ou de ternir l’atmosphère voulue par le créateur original, pouvant en modifier la couleur, et l’interprétation par le public. On peut aisément poursuivre ce schéma pour les œuvres illustrées visuellement (pour les chansons) ou musicalement (pour le cinéma muet) bien après leur enregistrement. Il n’est donc pas rare de trouver de nouvelles compositions sur des films du début de l’histoire du cinéma, qu’elles soient interprétées aussi bien lors d’une nouvelle projection en salles qu’enregistrées pour une exploitation vidéographique.

Phénomène relativement récent, le vidéo-clip a accompagné la remise aux goûts du jour de chansons trop anciennes pour avoir pu bénéficier de ce médium de promotion. Ainsi nombre de chanteurs de variété décédés ont eut la ressortie de leurs chansons remixées et accompagnées d’un nouveau vidéo-clip mélangeant, le plus souvent grâce à des effets spéciaux, des images d’archives de l’interprète avec des images actuelles. Ainsi des artistes populaires et vivants dans la mémoire collective des français, comme Dalida, Claude François, ou encore Edith Piaf ont pu avoir “leur” clip dans les années 1990. 

 Le vidéo-clip pourrait se rapprocher également du cinéma muet par le fait que bien souvent des personnages parlent sans qu’on entende leur voix. Dans les deux cas cette absence est contrainte par la forme elle-même. Et si à chaque fois les paroles sont remplacées par de la musique, elle n’existe en soi que dans la forme du vidéo-clip. Au cinéma (dans le muet comme dans le parlant) la couleur musicale, ou l’esprit qu’elle revêt compte pour le film. La musique de film peut trouver une existence plus valorisante lorsqu’elle est exploitée indépendamment de celui-ci, en sortant par exemple en disque sous le nom de Bande-Originale. Peu importe en effet la richesse musicale de tel ou tel morceau, puisque son unique fonction est de coller au plus près à l’impression (cohérente ou non avec ce qui est montré) que le réalisateur veut donner de la scène qu’il illustre. Dans le vidéo-clip au contraire, la matière première est la musique, c’est l’objet de l’œuvre. De plus en plus, le support vidéo fait plus qu’illustrer la chanson.

Tristana_(soundtrack)

 Par exemple, Laurent Boutonnat a pour la première fois ajouté une génération de plus à l’exploitation de sa musique en vendant dans le commerce le disque de la Bande Originale des clips de ses chansons ! C’est ainsi qu’en 1986 sort en 33 tours la Bande Originale de Libertine, puis en 1987 celle de Tristana. Enfin on s’aperçoit que ce qui, dans l’histoire du cinéma, rapproche le plus le vidéo-clip du cinéma muet est le retour à l’invention visuelle et narrative, quand ils ne se contentent pas comme souvent de recycler les schémas classiques et modernes. On retrouve en substance dans le vidéo-clip une certaine volonté d’expérimentation qui faisait du cinéma muet sa principale particularité historique. 

 Court film musical, le vidéo-clip se distingue des autres formes filmiques par le statut tout particulier que revêt sa bande sonore et les rapports qu’entretiendra avec elle le réalisateur. C’est avant tout dans le processus de fabrication que réside la première particularité du vidéo clip. Là où, dans l’art septième, le compositeur est sollicité, ici la composition est imposée, c’est même la base sur laquelle on construira le petit film qui sera censé la promouvoir. La musique d’un vidéo-clip n’est pas conçue « à la commande », puisque c’est précisément la mise en images qui se révélera être au service de sa bande-son. Si au tournage d’un long-métrage la musique est souvent encore inconnue de l’équipe et des comédiens, les concepteurs du vidéo-clip peuvent s’appuyer sur son enregistrement pré-existant et se servent abondamment de play-back afin de faire coller au mieux non seulement à l’interprétation filmée du chanteur ou de la chanteuse, mais aussi la réalisation des images à la tonalité et au rythme musical. On serait alors tenté de penser que le réalisateur de vidéo-clip n’a pour son compositeur éventuellement aussi peu de considération que Igor Stravinsky en avait pour les cinéastes utilisant des compositions, qu’il le traite avec le même dédain : 

« Le film ne saurait s’en passer (de musique) pas plus que moi-même je ne

saurais me passer de tapisser de papier-peint les parties nues du mur de mon

studio. Mais ne me demandez pas de considérer mon papier-peint comme une

peinture ou de lui appliquer les canons de l’esthétique. »

 

   Or c’est la que réside une différence majeure, le réalisateur de vidéo-clip ne se sent que rarement frustré de la subordination de son film à une chanson. Car c’est uniquement grâce à elle que la mise en images existe. C’est cette musique en particulier qui justifie la conception du clip, c’est précisément par son inspiration que le réalisateur peut créer, se permettre d’extrapoler et d’interpréter ; là où le compositeur de musique de cinéma doit coller au plus juste à l’image qu’il illustre afin d’aller à tout pris dans le même sens que ce qu’à voulu le metteur en scène en tournant la séquence. En ce sens le réalisateur de vidéo-clip joui d’une liberté de création personnelle bien plus grande que le compositeur de musique de film. Si la musique de film doit le plus souvent ne pas se faire remarquer pour être à sa place, le propre du visuel d’un vidéo-clip est d’exister au maximum, quitte à le faire par lui-même au dépend de la musique, quitte même à la dépasser : Laurent Boutonnat par exemple sous-mixait fréquemment la musique dans ses clips (Tristana – 1987), ou la noyait sous les bruitages (les refrains de Désenchantée – 1991), faisant le pari que leur visuel serait plus vendeur. C’est précisément l’aspect promotionnel du vidéo-clip qui permettra à son réalisateur de dépasser le simple support musical. Support dont finalement il ne fait que se servir pour faire connaître le clip par d’autres couleurs, d’autres symboles, d’autres atmosphères même que ceux de la musique et du texte qu’elle contient. Le clip est dans ce cas là lui-même l’objet de la promotion, conjointement à la chanson. 

Au cinéma, le musicien est sollicité, sa production est utilisée. Sans prendre en compte l’avis du compositeur, le morceau est joué, placé à un certain endroit et parfois retouché pour mettre en valeur les images défilant sur l’écran. S’il est totalement libre lorsqu’il crée un opéra ou un ballet, le compositeur est au cinéma soumis à des images déjà tournées, et parfois déjà montées sur lesquelles il ne peut rien modifier. La seule alternative à cela est donc le cinéma musical, où le compositeur entre en collaboration plus étroite avec le metteur en scène. En ce sens le genre le plus proche du vidéo-clip est sans nul doute le Musical américain, film chanté et dansé, transposition des comédies musicales alors florissantes, et film musical par excellence, dès Broadway (Paul Féjos – 1929). C’est ici où la musique tient la place centrale du film dans le sens où tout sur l’écran renvoie à la bande-son, du play-back aux rythmiques de la chorégraphie, en passant par la cohérence des paroles par rapport au récit du film.

 Tout comme pour le film musical, dans le vidéo-clip on ne saurait imaginer une autre piste sonore que celle choisie par son auteur. A l’image des plans de cinéma pour un compositeur, c’est donc la musique et sa durée qui sera irrévocable. Il n’en sera à priori pas possible d’en changer ni le timbre, ni la durée, ni aucune de ses composantes. On note toutefois au début des années 90 la fréquente apparitions de bruitages mixés à la musique se rapportant au récit du vidéo-clip. On peut opérer une quasi-inversion de questionnement entre les intentions réciproques du réalisateur et du compositeur selon que l’on parle du cinéma ou du clip. Là où l’un doit s’inspirer de l’univers de l’autre, où l’un doit accompagner l’autre plutôt que s’en démarquer, tout cela s’inverse lors du passage à l’autre forme. Ce qui a pour conséquence un questionnement sur l’outil le plus important dans chacune des formes, et en ce qui nous concerne sur le vidéo clip, à savoir non pas lequel est au service de l’autre, mais lequel justifie l’expansion de cette forme depuis deux décennies: l’image ou le son ? 

Objet de promotion, parfois unique fil conducteur du film, la chanson tient la place centrale dans la forme filmique qu’est le vidéo-clip. La musique n’y est plus un accompagnement de l’image comme au cinéma mais la régie. Car c’est finalement grâce à la chanson qu’on illustre que le vidéo-clip est ce qu’il est. On conçoit certes de moins en moins une musique qui ne serait pas accompagnée d’une image; mais qui aurait pu prédire que le cinéma adapterait son tournage, sa grammaire, sa structure à ceux d’une chanson et d’une seule58 faisant naître, par la grâce d’une transposition visuelle, une nouvelle forme filmique. 

henri-colpi

 Et à l’image d’Henri Colpi qui se demandant : « un art millénaire peut-il se soumettre à un art cinquantenaire, le lyrisme de la musique peut-il s’accommoder du réalisme de l’écran ? ». On est tenté de répondre que pour le clip la musique commerciale moderne s’enrichit enfin d’un support visuel et ne le supporte plus. C’est principalement ici que réside l’importance du genre musical bien spécifique qui s’intéresse au médium qu’est le vidéo-clip. Seule la chanson de variété trouve dans le vidéo clip une élévation, là où elle n’aurait pu voir qu’un accompagnement fidèle et sage, à l’instar de la musique de film. En ce sens le vidéo-clip se rapproche moins de la musique filmée que de la chanson filmée, en référence aux comédies musicales hollywoodiennes. 

 La musique classique contemporaine, elle, ne s’y est pas intéressée, pas plus que les mouvements plus underground, et encore moins la musique expérimentale. Seuls les artistes vendant des extraits d’albums sont intéressés par le vidéo-clip qui, au-delà de promouvoir l’extrait en question vendu dans le commerce, assure en quelque sorte l’image publique de son interprète et assure la promotion de l’album complet lui aussi en vente au moment de la diffusion. Si on admet que la variété commerciale dont nous venons de parler fait partie du tout que nous nommons la musique (aussi bien lorsqu’elle accompagne un film que lorsqu’elle est jouée en radio ou en concert), tout ceci fait qu’une grande partie des vidéo-clips actuels font exception dans les rapports qu’entretenaient musique et image jusqu’ici. Le réalisateur créé davantage dans l’optique cinématographique que musicale, et les critères qui feront que l’image coïncide artistiquement avec la musique seront les seules preuves de subordination de l’un par rapport à l’autre, le rythme musical devenant ici de même fonction que le rythme visuel. La musique d’un film doit être fonctionnelle, mais dans le vidéo-clip l’image revêt plus qu’une simple fonction pour la musique, sa dépendance par rapport à la musique est moindre. 

Laurent Boutonnat est réalisateur-compositeur62, autant pour ses clips que pour ses deux longs-métrages de cinéma. Il a composé vingt trois musiques sur les vingt cinq clips qu’il a tourné. Rares sont ceux qui ont maîtrisé avec succès les deux commandes créatives pour une même production, notons Feher, Grémillon et bien sûr Chaplin. Même s’il n’a jamais communiqué sur la façon de composer les mélodies sur lesquelles il tournerait, on peut toutefois déduire que les compositions ne tenaient pas compte des images qui viendraient plus tard se greffer dessus compte tenu du fait que le choix de la sortie en single duquel on « tirerait » un clip de telle ou telle chanson ne dépendait pas de lui mais du label de l’interprète pour lequel il composait.

  EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

Publié dans Les Clips de Mylène, Mylène et Boutonnat | Pas de Commentaire »

LA CONCEPTION DU CLIP PAR LAURENT BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 6 juillet 2014

 

 

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Bien loin des structures habituelles qui régissent le clip, ceux dont nous parlons ici pourraient résulter d’un mélange inédit entre plusieurs formes filmiques, plus ou moins éloignées les unes des autres : Le film musical, le film de divertissement, le film expérimental, le film publicitaire, le film muet. Laurent Boutonnat, comme écartelé entre deux pôles opposés du cinéma (le pôle du divertissement et celui du cinéma expérimental) choisi deux axes d’approche pour ses clips. On peut aisément se rendre compte que les deux conceptions du vidéo-clip par ce réalisateur se départagent selon la durée de chacune de ses productions. Sur les vingt-cinq clips que Laurent Boutonnat a tournés, six d’entre eux durent plus de sept minutes, comportent des musiques additionnelles, sont encadrés par un générique de début puis de fin, et contiennent parfois des dialogues. La durée de la majorité des autres clips restent approximativement autour de celle de la chanson qu’ils illustrent et explorent une imagerie plutôt qu’un récit à proprement dit.

 

 Les clips longs comme une visée cinématographique

 La première catégorie, celle des clips à durée supérieure à six minutes, obéit aux règles du cinéma traditionnel, par opposition au cinéma expérimental, chacun de ces six films obéit davantage aux critères qui font d’une œuvre un film de divertissement qu’à ceux qui régissent la forme du vidéo-clip. Bien loin du studio au décor épuré loué à la journée, des déjà vieux effets spéciaux rappelant l’Art vidéo tel que le pratiquaient des artistes comme Paik dans Global Groove (1972) ou Emshwiller dans Scape-mate (1972), Laurent Boutonnat a pensé six de ses clips comme autant de fictions cinématographiques se démarquant le plus souvent possible de  l’esthétique du vidéo-clip, tel qu’il existait encore en 1985. La durée habituelle d’un vidéo-clip oscille entre trois et cinq minutes. Laurent Boutonnat, dans ses six clips les plus longs arrive à des résultats compris entre huit et dix-huit minutes. Ces minutages exceptionnellement longs pour des clips destinés aux passages télévisuels répétés seront paradoxalement l’outil principal de la volonté de vision par le plus grand nombre. Misant sur le bouche à oreille, ces clips (pourtant eux-mêmes objets promotionnels) seront eux-mêmes l’objet d’une promotion. Et c’est précisément cette popularisation du clip qui portera la musique qu’il illustre à l’oreille de tous, avec en perspective non seulement la vente du support phonographique, mais également du support vidéo, la majorité des clips de Laurent Boutonnat ayant été disponible dans le commerce. C’est en partie grâce à leur relative longue durée et à leur support (pellicule 35 mm au format d’image 1.85 ou 2.35) que quatre de ces films ont pu bénéficier d’une exploitation en salles de cinéma avant et simultanément à leur diffusion télévisée. Conviant la presse cinématographique et musicale pour les premières séances, omettant de préciser au public que le film projeté était un court-métrage (grandes affiches à l’appui) un clip comme Libertine doit son succès à l’exploitation au cinéma Publicis des Champs-Élysées à Paris (juin 1986) dont il a bénéficié deux jours durant : évènement pour un clip qui s’est largement répercuté sur les ventes de 45 tours à l’époque, la télévision française ayant largement rediffusé le clip suite à l’engouement des projections. Avec des durées peut vendables à priori en télévision, le réalisateur prend pourtant le risque d’être ignoré, la carrière de ses clips ne saurait se passer de la multidiffusion propres aux médias télévisuels. On ne peut être présent sur tous les marchés si l’on a rien à vendre, c’est pourquoi les méthodes pour diffuser progressivement le clip au public ne saurait se justifier sans l’envergure de l’originalité intrinsèque du contenu. 

 

Le cinéma projetant essentiellement des longs-métrages de divertissement, on peut observer que c’est en partie grâce à d’astucieuses et lointaines références cinématographiques que Laurent Boutonnat a pu aider ses œuvres à se hisser au rang de films de cinéma. Libertine par exemple, éclairé aux bougies de Barry Lindon (S. Kubrick – 1975), ouvert par des duellistes recréant le film du même nom (Ridley Scott – 1977), peut se laisser voir comme « la bande annonce d’un film très réussi » où dix minutes durant lesquelles les décors se multiplient, les scènes de bagarre alternent avec des atmosphères suaves. Si Libertine n’est pas un vidéo-clip, il n’est pas un film non plus. Les dialogues en sont absents, la chanson que l’ont promeut tient bel et bien la place centrale, et les originalités structurelles de la forme du clip (aux contraintes savamment contournées par Boutonnat) se marient avec ce récit inattendu où l’héroïne meurt au tout dernier plan. Sont également exploités en salle à Paris Plus Grandir (1985), Pourvu Qu’elles Soient Douces (la suite de Libertine en 1988) et Désenchantée (1991).

  La presse emploiera pour la première fois en 1986 pour Libertine une expression qui se trouvera employée régulièrement par la suite pour les vidéo-clips revêtant les même particularités : « Clip ou film? 

Les deux. Mylène Farmer inaugure le genre » Une grande différence avec le clip traditionnel se situe avant tout dans le statut de l’interprète, qui devient héros d’une histoire, et autour duquel gravitent des personnages secondaires. Bien souvent, l’interprète de la chanson illustrée est elle-même un personnage secondaire, et sa mise en valeur46 tient au mystère qui entour son arrivée tardive et sa courte présence à l’écran. Sans Contrefaçon joue sur cette absence, où l’interprète de la chanson ne fait qu’une apparition de deux minutes au milieu de ce film qui en compte huit. 

Cette arrivée du personnage, attendue depuis le début du film, est mise en scène par la transformation (non montrée) de ce Pinocchio en créature mi-homme mi-femme. Créature qui disparaîtra mystérieusement deux minutes plus tard. La double frustration provoquée alors chez le spectateur tient à l’arrivée tardive de la chanteuse tant attendue et à la brièveté de sa présence à l’écran. On retrouve ce même schéma dans d’autres clips de Boutonnat tels Tristana (1987) où l’interprète en question meurt au milieu exact de l’histoire. Le personnage central n’est alors pas celui qu’on voit le plus souvent à l’écran, mais celui autour duquel gravite l’histoire et qui se trouve être l’objet convoité par le personnage principal, détenteur de la part de mystère de la diégèse.

 

EXTRAIT DU LIVRE DE Jodel Saint-Marc  « Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique / aux éditions Sorbonne Nouvelle en août 2003

 

 

 

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