MYLENE, mais avec BOUTONNAT

Posté par francesca7 le 5 juillet 2014

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Laurent Boutonnat lui, n’est pas de la même école que ses confrères. Si l’on se trouve souvent en contemplation d’un décor, comme ces plans sur la plaine enneigée de Désenchantée (1991), ou la plage de Sans Contrefaçon (1987), on ne tombe jamais dans la « compilation touristique », ces passages sont bien là afin d’asseoir l’univers du clip, Mais leur exposition ne se justifie pas par leur seul nature esthétique, ni pour l’accompagnement simple de l’histoire ou des actions, mais plutôt par une utilisation proche du cinéma scandinave. Chez Boutonnat la nature ne répond pas à l’action du film, il la suscite, en est à l’origine même, c’est la mer de Sans Contrefaçon qui barrera la route à l’amour du marionnettiste pour son pantin, c’est la splendeur de cette plaine reflétant le néant dans Désenchantée qui arrêtera en plein élan les prisonniers venant de s’enfuir.

 

Il est normal dans le cinéma de Laurent Boutonnat de se dire que les personnages n’agiraient pas de la même manière s’ils avaient été plongés dans un autre décor. Il fait partie intégrante de l’histoire, y joue un rôle. Le faon de Regrets est un personnage du film, c’est l’unique témoin d’une action si peu commune qu’il ne pourra la répéter à personne, tout comme le corbeau et le cheval du duel au début de Libertine, seuls témoins impartiaux du crime qui va se dérouler sous leurs yeux et qu’ils ne pourront jamais dénoncer. Comment ne pas penser aux fonctions de la nature dans des films comme Le Vent de Victor Sjoshtrom (Suède – 1922) et à l’analyse qu’en faisait Jean Mitry, qu’il étendait au cinéma muet scandinave et qui peut se juxtaposer au cinéma de Laurent Boutonnat : 

« Tout est dans l’étendue, dans l’ouverture des grands espaces, dans la violence vivifiante d’un vent frais, d’un air pur qui emporte la franchise d’un élan passionné, dans la force torrentielle qui entraîne et balaie toutes les scories sur son passage. Le paysage n’est plus seulement le décor qui sert de cadre à l’aventure, le climat qui justifie d’un comportement, le lieu qui conditionne certains mœurs confuses et Désordonnées, il est le répondant d’un thème, d’un élan, d’une passion qu’il reflète en ses eaux calmes et porte d’écho en écho à la connaissance de l’univers. L’émouvante splendeur de la nature n’est pas pour l’unique splendeur des images mais pour la splendeur du drame dont la nudité farouche livre en plein ciel la sincérité des sentiments qu’il exalte. »

Jean Mitry, Esthétique et psychologie du cinéma,

Ed. du Cerf, Paris, 2001, 226 p.

 

Par rapport au cinéma, l’histoire du vidéo-clip fait relever plusieurs de ses particularités dans le domaine du montage. Souvent voulu comme un tourbillon, ou comme un « tour de manège » comme le dit Laurent Jullier, le vidéo-clip se résume souvent, comme nous venons d’en parler à un tour du monde ultra-rapide. Jullier prenait l’exemple du clip Runaway de Janet Jackson (1995), qu’on peut rapprocher à bien des égards de celui de Shakira cité précédemment. 

Cette diversité de décors implique ici de montrer le plus de choses possibles en un minimum de temps. C’est entre autres pour cette raison que le montage est si rapide, et que pour accentuer l’effet de “tourbillon vertigineux”, la chronologie des vidéo-clips est moult fois mélangée, inversée ; un fait survenant logiquement après un autre trouve ainsi une amorce avant que la première action ne soit montrée. L’expérimentation de ce type de narration rend la lecture moins lisible par le spectateur mais augmente, avec les points de montage, les surprises et les bouleversements visuels. 

On a ainsi l’impression que l’action forme un tout, se déroule à la même vitesse que la projection du clip lui-même, c’est à dire en quelques minutes, et que la plupart des actions montrées sont simultanées les unes aux autres. On a que très rarement recours aux outils habituels du cinéma traditionnel pour exprimer un hiatus diégétique. Ainsi le fondu enchaîné se trouve une fonction purement formelle et traduit très rarement une ellipse. 

Le Clip en tant qu’œuvre Cinématographique : le Cas Laurent Boutonnat    livre de Jodel Saint-Marc en format .pdf de 142 pages, en téléchargement libre.

 

 

 

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