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Plus Grandir : Tournage de Clip de Mylène F.

Posté par francesca7 le 15 mars 2014

Une jeune femme venue se recueillir sur sa propre tombe revoit sa vie peuplée par l’obsession de ne pas vieillir.

plusg31    La narration de Plus grandir, premier des clips de Laurent Boutonnat subissant le traitement cinématographique du réalisateur, se trouve dans un certain prolongement de celle utilisée dans le vidéoclip Maman à tort. Les différents thèmes abordés par le texte de la chanson ne le sont pas de manière allégorique, c’est leur adaptation visuelle qui en fera des scènes à l’imagerie forte et symbolique. La structure de la chanson est adaptée dans le clip en autant de scènes que de couplets, tandis que le sujet général de chacun d’eux est évoqué parallèlement à leur passage par la mise en scène de symboles s’y rapportant. Par rapport à la succession de plans statiques dans Maman à tort, le fait de découper Plus Grandir en scènes et de les faire correspondre avec la Plus Grandir : Tournage de Clip de Mylène F. dans Mylène FILMOGRAPHIE plusg66structure mélodique de la chanson se rapproche du traitement narratif d’un clip traditionnel. La particularité du cinéma de Laurent Boutonnat ne se situe pas ou plus à ce niveau, mais dans l’utilisation d’une grammaire cinématographique pour la réalisation de clips. Empruntant la logique de ses raccords au cinéma classique, une partie de son esthétique et sa thématique aux cinéastes anglais, son imagerie à la littérature du XVIIIe siècle, la démarche de Boutonnat n’a réellement d’originale que sa destination vers une forme aux possibilités juge t-il inexploitées.

    Dans un cimetière envahi par les feuilles mortes, une jeune fille poussant landau vide (le deuil de la jeunesse) se dirige vers sa propre tombe. Elle contemple sa sépulture mais n’a pas l’air de se recueillir, on dirait même qu’elle éprouve du dédain. Tenant un petit bouquet , elle passe sa main derrière son oreille. C’est sans doute ce qui la fera entrer dans une phase où elle se verra ensauvagée, assise dans une aile de château, la bouche  écorchée. Elle est dans une vaste chambre vide aux fenêtres ouvertes qui laisse entrer un vent puissant. La pièce est faite d’une architecture baroque (la forme triangulaire de la porte d’entrée) à l’intérieur de laquelle grouillent des rats. Au milieu trône une statue de sainte vierge devant laquelle Mylène Farmer prie en pleurant. Pendant un orage, lorsqu’un individu entre dans la chambre pendant son  sommeil, Laurent Boutonnat va offrir à son public la première scène de nudité de son oeuvre.

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    L’homme (Hervé Lewis, alias Rambo Kowalski, le duelliste de Libertine I, et futur entraîneur de la chanteuse) est un violeur, il s’acharnera à déchirer le pyjama rouge-sang de la jeune fille et lui caressera le corps jusqu’à ce qu’elle se laisse faire. Le  visage de l’homme s’approche du sien lentement, ils se regardent et la jeune fille se préparera à être embrassée par son agresseur en y éprouvant un plaisir certain. Ca y est, le passage à l’age adulte est consommé, la virginité est irrémédiablement perdue, et la statue de la vierge se retourne en se cachant le visage dans ses mains. Apparition onirique, deux bonnes sœurs naines volantes sont derrière une fenêtre et regardent toute la scène. Le fait qu’elles soient naines est le sens propre de ne pas grandir, non pas par volonté mais par obligation. Comme une vangeance, même si elles flagelleront la jeune fille perverse ensuite à coups  de  bâtons, elles n’en sont pas moins voyeuses. Lors de plusg35sa punition, Mylène expliquera pourtant ses souhaits récurrents : « Plus grandir, j’veux plus grandir pour pas mourir, pas souffrir ». Elle souffre, donc grandit. La fille blessée s’est  alors réfugiée dans un coin de la pièce pour vivre sa douleur en silence. Elle s’acharnera aussi à vouloir supprimer sa poupée de chiffon, qui elle ne vieillira pas. Elle tente en  vain de la noyer, de la mutiler. L’expression de la poupée change, du mécontentement au sourire sadique. Si l’on doit trouver la métaphore du temps dans ce film, ce sera forcément elle. Et c’est lorsqu’en voulant la couper en deux avec un couperet, que la poupée cachera son visage avec son bras qui sera mutilé et tournoiera en l’air. Mylène Farmer comprendra alors, que la poupée ne vieillira jamais, elle si. Elle sourira donc pour la première fois du film en tournant sur elle même dans sa chambre, les bras déployés, heurtant meubles et toiles d’araignées. Les rides couvrent peu à peu son visage et son cou, le sourire se transforme en une expression qui rappelle l’incompréhension d’avoir perdu ce qu’on était, d’avoir perdu sa jeunesse et sa vie. Elle finira accoudée à la fenêtre et regardera expression un colombe se poser sur la bordure de la fenêtre devant elle, comme une communion, comme la paix avec soi-même).

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plusg41    Plus Grandir (1985) et son arrière-plan biblique permettent de voir un clip de Boutonnat de deux façons différentes. A la fois récit d’une déchéance physique et critique d’une religion aveugle et impuissante, Boutonnat met en scène dans Plus Grandir des éléments détenant un sens pour chacun des deux niveaux de lecture. Il prend parti d’opposer au lent vieillissement du personnage des images du catholicisme comme par exemple la statue de la sainte vierge ou deux nonnes violentes et vindicatives. On peut lire la présence et l’action de ces éléments comme les signes avant coureurs d’une sérénité relative à la vieillesse prochaine du personnage, voire à sa mort inéluctable, mais également comme l’omniprésence d’une religion qui bannit de manière systématique les agissements déviants de ce même personnage. Ainsi dans le clip, la statue de pierre s’anime pour se cacher les yeux devant une prière vaine, et les nonnes punissent sévèrement par les coups la perte de virginité de l’héroïne : passage symbolique violent à l’âge adulte qui la précipitera rapidement dans la déchéance physique la plus totale.

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    On retourne dans le cimetière qui a ouvert le film, Mylène Farmer a toujours la même expression sur son visage, on ne peut plus neutre. Elle jettera son petit bouquet sur sa tombe et s’en ira sans se retourner. Mylène Farmer vient d’entrer dans une phase onirique dont elle ne sort pas intacte, puisque malgré le fait qu’elle reparte vers la sortie avec son landau vide, elle extrait de son cauchemar la poupée qui s’installe définitivement dans le réel.

 

Jodel Saint-Marc.

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Pour la sortie du film, deux premières sont organisées le mercredi 13 novembre 1985 dans deux cinémas différents : le Kinopanorama (75015) et le club 70 (75016). Des invitations sont envoyées à la presse.

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Le Contexte de LIBERTINE

Posté par francesca7 le 15 mars 2014

 

    Premier triomphe pour Laurent Boutonnat, qui n’a pas eu peur d’en faire trop. Une Le Contexte de LIBERTINE dans Mylène FILMOGRAPHIE libertine032première sur les Champs-Élysées pour lancer le bouche-à-oreille, des critiques coites, et des passages télévisés plus que fréquents : Libertine a été l’évènement musical et « clipesque » français des années 80. A l’époque la question était « Mais qui est cette Mylène Farmer ? ».  Laurent Boutonnat a tout de suite su mettre en lumière la chanteuse et créer une héroïne intrigante qu’il aurait déjà espérée récurrente… Avec Tristana, c’est le seul réel personnage terrestre qu’ai créé Laurent Boutonnat pour un clip.

    Lorsqu’il décide contre la volonté de Polydor de faire du clip Libertine un événement, Boutonnat cherche un producteur pouvant apporter les 46 000 Euros estimés que va coûter le film. C’est le va-tout du couple après l’échec de Plus Grandir, leur contrat est en jeu. Alain Grandgérard, patron de Movie-Box apporte cette somme tout en veillant sur le plateau à faire bon usage du budget en question. Vu la lourdeur du tournage, Laurent Boutonnat doit abandonner la préparation du clip Les Yeux de Laura, qu’il devait tourner pour le groupe « Goûts de Luxe ». C’est finalement le réalisateur Stéphane Lambert qui le tournera aux frigos de Tolbiac à Paris, avec notamment une comédienne rousse. Lambert a raconté en 2008 comment Laurent Boutonnat, dont il était « très proche » à l’époque, l’a soutenu auprès de la maison de disques WEA, et lui a ensuite confié une partie du tournage des making of de Pourvu qu’elles soient douces, et surtout de Libertine, toujours inédit. (propos recueillis par Sébastien Rozier pourFamreraddict en septembre 2008)

Les prises de vue en cinq jours (demandant une semaine de préparation) de Libertine seront quatorze ans après l’objet d’un reportage télévisé où Grandgérard parle entre autres des scènes d’intérieur tournées de nuit afin de maximiser le temps de tournage, et du casting amateur fait dans les boites de nuit de la capitale. Le tournage est basé sur l’économie. Chacun y met du sien pour tourner le plus vite possible, avec le plus de bénévoles possibles (50 figurants), afin de donner l’impression que le clip a coûté plusieurs millions. Ce sera réussi car la presse de l’époque avance des budgets montant jusqu’à 2 millions de francs, sans vérifier leurs informations. Laurent Boutonnat Gérard Simon, chef opérateur de talent pour "Libertine"doit avant tout sa rapidité de tournage à son chef opérateur, Gérard Simon (Monsieur Batignole) qui livre une lumière sublime, tout en chaleur, en ombres et touches de clarté. Boutonnat fait une infidélité à son directeur de la photographie habituel, Jean-Pierre Sauvaire avec lequel il avait déjà travaillé sur Plus Grandir (1985) et avec lequel il collaborera jusqu’en 1995. Qu’aurait fait Jean-Pierre Sauvaire de Libertine s’il en avait fait ce qu’on appelle la photographie ? Difficile de se l’imaginer mais à la vue de son travail postérieur, on pourrait redouter une lumière trop diffuse. Alors que le charme esthétique de Libertine, au delà des cadrages, des costumes de la déjà présente Carine Sarfati, des maquillages de Nicolas Degennes et des décors de Emmanuel Sorin est dans la lueur toute en clairs-obscurs, la lumière froide de Sauvaire (qui convient parfaitement à des clips comme Désenchantée, ou Regrets) aurait cassé la puissante chaleur qui se dégage du film.

 

 

 

Le hall d'honneur du château de Ferrières

 

Le hall d’honneur du château de Ferrières où furent tournés les intérieurs des salons. On reconnaît au fond la grande porte donnant sur l’escalier d’honneur, plusieurs fois reprise dans le film.

 

 

 

 

   C’est au printemps 1986 que le tournage de Libertine a lieu à 24 km à l’est de Paris, au Château de Ferrières en Seine et Marne. La majeur partie des scènes d’intérieur se feront dans le hall d’honneur d’une superficie de 260 m². La décoration a du entièrement être refaite grâce à des tentures et des toiles pour masquer le style renaissance italienne qui ne collait pas à l’époque de Libertine (milieu du XVIIIe siècle). Le château de Ferrières n’a en fait été édifié  qu’en 1859, c’est à dire plus d’un siècle après !  Les autres séquences cependant ne furent pas tournées à Ferrières mais non loin de là, au château de Brou. La scène d’ouverture, ainsi que la dernière partie en extérieur furent tournées le même week-end que la scène du bain. Tous les extérieurs furent captés dans la journée de samedi, notamment le duel qui ouvre le film se déroule dans la clairière qui se situe au sud de la pièce d’eau. Quand à la scène de la chambre et de la baignoire, elles furent tournées en équipe réduite le dimanche. Cette séquence où Libertine et ses amies se purifient  dans la même baignoire, fut tournée dans une grande pièce claire garnie de colonnes. Cette pièce est en fait le vestibule du château, qui fut autrefois une chapelle ! On peut d’ailleurs toujours y voir le bénitier, qu’on peut d’ailleurs entrevoir dans le clip. Construite au XVIIIe siècle, la chapelle colle parfaitement à l’époque du clip, et c’est sans doute grâce aux nombreux effets de perspective donnés par les colonnes que Laurent Boutonnat décida de déplacer un samedi et un dimanche son équipe jusqu’à Brou pour tourner ces quatre séquences. Anecdote amusante, les filles qui se baignent dans la même baignoire que Mylène Farmer ne sont ni des actrices ni des figurantes engagées pour l’occasion mais les secrétaires de la maison de production Movie-Box ! Ce qui nous prouve encore une fois quelques vingt ans après la précipitation et l’économie de moyen importante qu’à demandé le tournage du clip.

 

libertine015 dans Mylène FILMOGRAPHIE

    Après une avant-première le 18 juin 1986 réservée à la presse, Alain Grandgérard s’occupera avec Boutonnat des premières organisées au cinéma Le Mercury des Champs-Élysées (la présentation à la presse a lieu le 18 juin 1986 et le visa de censure n’est obtenu que le 30 juillet 1986). Faisant croire à la projection d’un long-métrage, grandes affiches à l’appui, le public se masse. Le bouche-à-oreille fonctionne alors plus que bien, et la recette de cette semaine d’exploitation permet à Movie-Box de couvrir largement la somme mise en jeu pour le clip qui ne s’élevait finalement qu’à 38 000 Euros. A cela s’ajoute un bénéfice d’image car si Libertine n’était plus le seul clip réalisé sur pellicule 35 mm; ce fut le premier d’après nos recherches à être exploité officiellement en salles de cinéma. Le rôle de Libertine exige un libertine021grand flamboiement, une chevelure de feu, chaude, qu’on voit rarement. Alors que Mylène Farmer avait adopté le catogan de velours noir quelques mois plus tôt, elle se teinte en rousse peu de temps avant le tournage, précisément pour le personnage. Sans se douter qu’une telle popularité serait si rapidement au rendez-vous, la chanteuse gardera la couleur, qui la différenciera de ses « rivales » de l’époque, la blonde Jackie Quartz, la brune Jeanne Mas. La paternité de l’idée de la couleur rousse est tout à tour attribuée à Mylène Farmer, son manager Bertrand LePage, et même le photographe de l’époque Christophe Mourthé. C’est en fait bien sur une proposition de Laurent Boutonnat, alors en préparation du libertine001clip, que le changement de couleur se fera. Quant au maquillage blanc que Mylène Farmer gardera dix ans, c’est le chef maquilleur deLibertine, le célèbre Nicolas Degennes (Immortel de Enki Bilal) qui s’en attribue dans une interview l’idée originale. « votre eye-liner ne va pas, je vous vois autrement » lui aurait-il dit. II aurait osé sur elle la pâleur, l’étrangeté d’un maquillage tout blanc, contrastant de façon éblouissante avec ses cheveux roux. «Laurent Boutonnat aime. Elle adore.» Nicolas Degennes est alors pressé d’accompagner la chanteuse partout en tournée.

Le fait que le clip soit si impressionnant tient probablement au fait que tout, dans ces dix minutes, est pensé en termes cinématographiques, des décors aux psychologies de personnages (porteurs d’un vécu), en passant par un découpage scénique implacable. De plus, pour inclure sa narratologie à son univers et à son savoir-faire, Laurent Boutonnat fait mourir son héroïne à la fin du film. Alain Grandgérard coproduira  aussi plus tard avec Laurent Boutonnat Tristana en 1987, avant que le réalisateur ne le délaisse pour se tourner vers la célèbre productrice Claudie Ossard.

    Libertine reste l’emblème des années 80 flamboyantes, d’une forme de vidéo-clip décomplexée, d’une sexualité affirmée. Libertine reste avant tout par sa jeunesse, et celle de ceux qui y ont contribué. Les 24 ans de Laurent Boutonnat se sentent autant que ceux de Mylène Farmer, l’envie d’images, de mouvements de caméra, de ralentis, d’émotions fortes, d’images chocs. Libertine est le clip contenant le plus de force, le plus d’ambitions. Début 1986 Mylène et Laurent ne sont rien, ont la tête remplie d’idées qu’ils ne demandent qu’à réaliser, qu’à montrer. Cette force, même si elle s’amoindrira avec le temps, leur permettra la réflexion, la cohérence, et la construction d’une oeuvre pendant huit ans, oeuvre qui restera, comme Libertine, éternelle.

Issu du site http://jodel.saint.marc.free.fr/

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