Mylène Farmer mystique, d’hier à aujourd’hui

Posté par francesca7 le 1 mars 2014

 

images (6)Fini, la catin, la libertine, le garçon manqué, la callipyge ou la désabusée. Farmer est métamorphosée. Mieux: anamorphosée.Mylène Farmer revient Anamorphosée. C’est le titre de son nouvel album, qui surgit après presque cinq ans d’un silence radio interrompu, en 1992-1993, par le tournage du film de Laurent Boutonnat Giorgino. Hier encore, la peine était son amie, le Styx, sa frontière, la schizophrénie, son démon. A 34 ans, Mylène Farmer
«vertige de vivre». Décidément, le monde ne tourne plus rond.

«Vertige est un mot clef, sourit celle qui d’habitude s’expose, mais ne se livre jamais. J’ai, fatalement, changé. J’ai grandi. Je me suis ouverte à la vie.» Mylène Farmer, surnommée naguère chanteuse «cliptorridienne», a S/Misé les images vidéo et perverti les mots, s’effeuillant au fil des années 80, à la fois saphique (Plus grandir), catin (Libertine), garçon manqué (Sans contrefaçon), callipyge (Pourvu qu’elles soient douces) et désabusée (Génération désenchantée).

Conçus telles des mécaniques provocantes, ses tubes dance (plus de 4 millions d’albums vendus), composés par Boutonnat, son alter ego, s’imprègnent alors du fantastique à la Edgar Poe et de la parole de Cioran et précipitent, entre autres fantasmes, les cimetières, la neige, le sang. Désormais anamorphosée, Mylène déforme son miroir et reconstruit la réalité: «J’irai cracher sur vos tombeaux/ N’est pas le vrai, n’est pas le beau/ J’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer» (Rêver).

Vénus sans visage
Métamorphosée, Mylène Farmer – voiles noirs, talons hauts, jambes façonnées pour la danse – joue transparence et tempérance dans le salon privé d’un palace parisien. «Anamorphosée signifie que ma perception de l’univers s’est élargie et que je la rassemble en une idée, en une essence.» Vénus sans visage sur la pochette sépia shootée par Herb Ritts – «une allégorie de l’esprit voyageur» – Mylène Farmer invite en 12 titres à un road movie introspectif – un souhait vers l’éveil, un adieu aux larmes. «J’aurais pu continuer à vivre, et vivre mal: le goût du néant se révèle vite enivrant. Périlleux aussi. On finit par devenir stérile.»

Longtemps possédée par «les angoisses révélées, les angoisses absolues de la mort et de l’au-delà», Mylène Farmer a quitté les cieux souterrains pour l’illumination. «J’ai suivi ce chemin guidée par des lectures et des réflexions. Et, j’oserais dire par hasard, ma route a croisé un auteur, Sogyal Rimpoche, une philosophie, Le Livre tibétain de la vie et de la mort. Ce n’est pas tant le bouddhisme qui m’attire que les mots, les images, le réconfort. L’idée que, pour apprivoiser la vie, il faut d’abord accepter la mort.» Dans L’Instant X, Mylène appuie: «L’an 2000 sera spirituel/ C’est écrit dans Elle.» «Le manque de spiritualité est probablement dangereux. Je pense qu’il faut élever l’esprit, changer les comportements, faire don de soi, mais sans forcément célébrer un dieu ou une religion.»

Anamorphosée, enregistré à Los Angeles, où Mylène Farmer a passé plusieurs mois, alterne des ballades éthérées à la troisième personne (Mylène s’en fout), des humeurs gainsbouriennes(Vertige) et des morceaux troublés de guitares et d’ésotérisme (XXL, Tomber 7 fois, Eaunanisme), le tout composé, arrangé et produit par Laurent Boutonnat. La voix, cristalline, s’aventure parfois dans des registres plus bas et explore une cartographie de la douleur, de l’exil, de l’extase, de la renaissance.

téléchargement (8)«Tu veux t’expulser de toi/ Mais ta vie fait envie», s’auto-analyse Mylène Farmer via Et tournoie… «Bien sûr, dans une chanson, il y a forcément de soi. Mais parlons plutôt de l’artiste…», souffle-t-elle en confiant que le texte lui a été inspiré par le cône de lumière de Jérôme Bosch, l’un de ses peintres préférés avec Basquiat, Ernst, Schiele. «Je me suis fabriqué une famille de peintres et d’écrivains. Julien Green, Paulo Coelho – on m’a d’ailleurs offert L’Alchimiste quatre fois: un signe – ou Primo Levi, dont Si c’est un homme, une œuvre grave et pleine d’espoir, ne me quitte jamais.»

Après sa première et unique tournée, en 1989, Mylène Farmer s’interrogeait publiquement: «A quoi je sers». Aujourd’hui, on brûle de lui demander: «Qui êtes-vous donc, Mylène Farmer?» «Il y a en moi de la provocation, de la force, de l’effacement, et beaucoup, beaucoup de paradoxes.»

article paru sur http://blogs.lexpress.fr/

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