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Boutonnat, Une grande exposition télévisuelle

Posté par francesca7 le 15 février 2014

 

   images (9) A partir de 1987, les productions de Boutonnat restent dans des formats capables d’être projetés dans les cinémas, mais la difficulté de trouver des salles désirant ouvrir leur écran à un clip de quelques minutes se fait grandissante. De plus, la surprise créée discrètement une première fois en 1985 avec Plus Grandir, puis renouvelée à plus grande échelle avec Libertine n’aurait probablement pas eu un retentissement égal une troisième fois. Tristana (1987) et Sans Contrefaçon (1987) ne bénéficieront pas d’avant-première ni de sortie sur grand écran malgré le même soin technique et esthétique apporté à leur conception cinématographique. En revanche, la première diffusion à la télévision des clips de Laurent Boutonnat se fait désormais à un horaire exceptionnel, correspondant à une forte audience. Sans Contrefaçon passera pour la première fois le soir du réveillon de la nouvelle année 1988 à 20h30 sur la sixième chaîne, transformant pour la première fois ce qui aurait pu être un simple clip en un spectacle de divertissement familial. Fort de cette visibilité télévisuelle nouvelle, Laurent Boutonnat et Polydor, la maison de disque qui l’a signé s’arrangent à chaque nouvelle sortie pour faire diffuser le nouveau clip dans une plage d’émission inhabituelle le mettant en valeur. Désenchantée (1991) passera pour la première fois dans le très regardé journal de 20h00 de TF1, alors que Regrets (1991) et Je t’aime mélancolie (1991) auront chacun la faveur d’une diffusion dans des prime-time de la même chaîne. On remarque à cette occasion que l’évènement annoncé se porte nullement sur la chanson (qui justifie pourtant la diffusion du clip) mais sur le clip lui-même, et son interprète. Les bandes-annonces et lancements des dites émissions parleront du  » nouveau clip de Mylène Farmer «  et non pas de sa nouvelle chanson, pourtant inédite elle-aussi. Cette association qui fait abstraction du réalisateur entre le nom de l’interprète et celui du clip, est fréquente. Pour le public, le clip appartient non pas à celui qui l’a conçu mais à celui qui y apparaît et qui en chante la chanson, comme s’ils étaient dépendants l’un de l’autre, qu’ils formaient un tout et qu’ils ne pouvaient avoir qu’un unique auteur. On parle toujours du « clip d’un tel » comme quand on évoque « la chanson d’un tel », alors qu’il faut comprendre : le clip illustrant la chanson interprétée par tel artiste. La preuve apparaît à chaque remise de prix lors de Victoires de la musique ou d’Awards à l’étranger. Le vainqueur qui vient recevoir le prix n’est pas le réalisateur du clip mais bel et bien l’interprète de la chanson, sanglotant de remerciements comme si venait d’être récompensée sa performance vocale. En ne parlant que de l’objet promotionnel et non pas du disque, les émissions de variété qui passent en exclusivité les nouvelles productions de Boutonnat mettent l’accent sur le clip présenté et non pas sur la nouvelle chanson qui pourtant est la seule officiellement à promouvoir. C’est d’une part grâce à la diffusion de la chanson que la promotion du morceau de musique est effective, mais aussi par son association à un clip présenté comme un divertissement pour tous et non pas adressé au seul public de la chanteuse. Fait extrêmement rare, ici la chanson appartient au clip, et la promotion du support audiovisuel se répercute une deuxième fois mais de manière indirecte sur le support discographique.

http://jodel.saint.marc.free.fr/promolibertine.htm

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Aspect mi-victime mi-bourreau avec Mylène F.

Posté par francesca7 le 15 février 2014

 

    sanslogique75Malgré une réponse que Laurent Boutonnat juge visiblement disproportionnée à l’effort fourni, les commentaires qui accompagneront les rediffusions de ses clips s’axeront sur les enrichissements que le réalisateur a ponctuellement donné à la forme. Émancipation diront les uns pendant que d’autres parleront de contournement. Il changea son système de financement, l’enrichit d’attributs propres à la production indépendante, et fit d’un objet à priori de promotion une œuvre à promouvoir. Ces particularités ont un double objectif : se démarquer du flux environnant afin de promouvoir l’artiste, puis ouvrir la voix au traitement approfondi d’histoires plus longues que celle du clip-type. Comme allonger des histoires déjà simplistes ne suffit pas à “sortir du lot”, il faut donner aux personnages des profils se démarquant de ceux d’interprètes de clips à structure habituelle. Ceux-ci se montrent habituellement sous leur meilleur jour, capables d’exploits surhumains comme de surpuissance sexuelle. Qu’il soit vainqueur ou qu’il sorte valorisé de sa prestation, l’artiste est de toute façon rendu supérieur par son vidéo-clip. Puisque Boutonnat semble s’attacher à contredire une par une chaque contrainte inhérente à la forme du clip, une question se pose quant à l’appréhension des rôles qu’il donnera à son artiste qui occupera la place centrale : Comment se soustraire à la mise en valeur systématique et à la surexposition des artistes dans les clips tout en faisant de la chanteuse son objet principal ? La solution est pour le manager Laurent Boutonnat de trouver une cohérence très forte entre ce rôle à l’écran et ce personnage public qui devra parler de lui dans les interviews. Prenant très probablement ombrage sur son vécu personnel, Boutonnat crée avec l’accord de la chanteuse Mylène Farmer un personnage qu’elle devra camper à chacune de ses prestations, qu’elle soit musicale ou verbale. La naissance de l’aspect public de ce personnage se fera à partir de 1985. C’est à partir de cette date qu’on trouvera dans les interviews de la chanteuse les premières traces de maux prononcés. Elle se refusera désormais à parler de son enfance prétendument douloureuse, alors que cela ne lui posait aucun problème un an auparavant

1984-1985 : Naissance d’un personnage par sa victimisation à outrance

 

sanslogique118Ce qui différencie le plus la création de ce rôle par rapport à ceux endossés par d’autres interprètes réside dans le soin apporté à sa faiblesse. Sans parler d’anti-héros, le personnage inventé pour son égérie par Boutonnat rassemble assez de contradictions, de défaites et de névroses pour qu’il en devienne à la fois attachant et intrigant. Aussitôt que Laurent Boutonnat réalise ses premiers clips, l’héroïne qu’il créé subit d’ors et déjà davantage qu’elle ne fait subir : battue puis décapitée dèsMaman à tort, elle est violée dans Plus grandir. C’est dans ces deux clips de jeunesse que le réalisateur a probablement pris le plus ombrage de ce qu’il avait vécu comme des échecs dans son enfance. Dans un cadre familial tout d’abord, Laurent Boutonnat est l’aîné d’une famille de cinq enfants. On retrouve les relations parfois conflictuelles figurées par un unique plan succédant aux pancartes « Maman à tort ! » brandies par la petite famille : La tête de la grande sœur est posée sur une table autour de laquelle ses frères et sœurs vindicatifs s’apprêtent à s’acharner à coups de fourchettes. Laurent Boutonnat lors d’un interview avait aussi parlé des difficultés qu’il avait eu chez les jésuites où il avait fait une partie de sa scolarité ; ce qui explique peut-être l’apparition des deux nonnes de petites tailles dont l’une frappe avec une règle les mains de la jeune fille fautive agenouillée devant elle, pendant que l’autre lit des versets de la Bible. On peut également lire l’influence de toute une éducation religieuse dans l’animation de la statuette de pierre représentant la sainte vierge qui se cache les yeux devant un viol qu’elle ne pourrait supporter. Un plan qu’aurait pu tourner Cocteau, et qui est peut-être la vision d’un enfant devenu adulte sur son éducation refusant de voir le chemin autodidacte que son élève a osé prendre. Autant dans Maman à tort que dans Plus grandir, la mort de l’héroïne est impliquée, mais étrangement jamais montrée. Alors qu’on l’imagine prochainement dévorée par sa fratrie, la grande sœur du premier clip bénéficie de l’absence d’une réelle intrigue et d’une narration confuse pour renaître au plan d’après grâce à un montage a-chronologique. Dans Plus Grandir, seule une danse accompagne le vieillissement de la jeune fille, qui finira dans un grand état de déchéance physique, immobile derrière une fenêtre ouverte. Sa mort ne sera évoquée symboliquement qu’au dernier plan, lors de son passage devant sa propre tombe. Malgré ces outrages perpétuels qui présentent au public un nouveau personnage, c’est pourtant sa mort montrée sous tous les points de vue à la fin de Libertine qui la fera naître à ses yeux.

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