TV VIDÉO JAQUETTES avec Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

JUILLET 1986 – Mylène Farmer : Cendres de lune – Entretien avec Hélène MERRICK

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Comment est née cette « Libertine » ?

- Le texte de la chanson ? C’est presque une idée à moi : on était en studio, et au moment de placer ma voix sur la structure musicale qu’on mettait en place, j’ai chanté des paroles au hasard. Je devais être très heureuse ce jour-là, je chantais ‘je suis une pute, une putain’ ! Le compositeur s’est dit « Bon sang, mais c’est bien sûr » et il en a fait « Libertine » !

Et l’histoire que raconte le clip dont l’esthétique fait penser à Barry Lindon ?

- C’est une déformation professionnelle de faire cette référence ! Mais c’est vrai qu’il y a un travail des lumières un peu analogue, des éclairages à la bougie, des maquillages blancs. Le libertinage évoquait le 17ème siècle, et comme j’aime beaucoup le film de Ridley Scott, « Duellistes », je voulais insérer un duel. Tout ce travail s’est fait à deux, je n’en revendique pas la maternité ! Ce qui compte, c’est le résultat ! Ma part à moi, c’est d’être présente dans tout.

Quel cinéma aimez-vous ?

- Des cinéastes, plutôt : Stanley Kubrick, Elia Kazan, Polanski, Clouzot, Jean-Jacques Annaud…

Regardez-vous les films en vidéo, chez vous ?

- De plus en plus, par fainéantise ! Je regarde tous les films que j’ai ratés pendant une période où je n’avais pas envie d’aller au cinéma, peut-être parce que j’avais envie d’en faire ! Je viens de revoir pour la cinquantième fois « Un tramway nommé désir » et bientôt je vais voir « E.T. » dont on va me prêter une cassette !

Vous a-t-on proposé de faire du cinéma ?

- Non. Je ne vais pas au devant des gens qui pourraient m’en faire faire, je sors peu et surtout, avoir fait deux clips dans un esprit cinéma ne prouve pas qu’on est une fabuleuse comédienne !

Pourquoi faites-vous mourir Libertine à la fin du clip, comme dans un film où il est ‘moral’ de supprimer une fille de petite vertu ?

- Là, j’avoue que c’est une idée du metteur en scène. Je trouve que la fin est belle, c’est une histoire triste de  toute façon, mais rassurez-vous, c’est la version cinéma ! A la télévision, elle est écourtée, on ne voit pas le duel au début. Ca commence avec le galop du cheval, et ça se termine à la sortie du salon, avant que Libertine ne meure.

Une chanson immorale devrait finir immoralement, non ? Où se situent d’après vous l’immoralité et la provocation qu’on vous attribue dans la presse ?

- Fatalement à travers mes chansons, et aussi dans les chorégraphies que je fais à la télé. Certains gestes dérangent terriblement les gens.

Vous vous déshabillez dans un clip : est-ce une provocation ou une nécessité ?

- Ce n’est jamais nécessaire de se dénuder, c’est toujours accessoire et c’est bien ou malvenu, vulgaire ou aussi normal que boire une tasse de thé. Là, en l’occurrence, je ne crois pas que ça soit vulgaire. On parle de libertinage, alors s’il n’y a pas une paire de fesses ou un moment de nudité… ! Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce sujet, se produire devant une caméra et dévoiler des secrets, c’est aussi obscène que se mettre nu à l’écran.

Feriez-vous comme Marushka Detmers dans « Le diable au corps » ?

- C’est un peu vicieux comme question ! Là, je réfléchirais. Je pense que ce n’était pas indispensable de faire ça dans un film, sinon pour provoquer des entrées !

Cultivez-vous une image de marque ?

- Pas réellement. Je réfléchis à une pochette de disque, une télévision, des photos de presse, des interviews, je ne sais pas…

Faites-vous attention à ne pas dire certaines choses ?

- Certaines, oui. Je ne les dis plus, car elles étaient mal comprises.

Vous mentez ?

- Oui, bien sûr ! C’est le privilège de l’artiste ! Le mot de sincérité qui revient constamment partout, je le bannis complètement dans ce métier de faux-semblants !

Pensez-vous avoir innové dans le domaine de la chanson ?

- La chanson est un art mineur, comme dit Gainsbourg. Il ne faut pas se prendre au sérieux ! J’ai évoqué des sujets comme la mort, la mère, la religion… On n’en a pas trop parlé en chanson.

Qu’est-ce que vous aimiez écouter à vos débuts ?

- Rien ! Je n’aimais rien ni personne ! (rires) Si : Jacques Dutronc, je l’aime toujours d’ailleurs. Je crois n’avoir pas écouté beaucoup de musique étant enfant. Après, je me suis tournée vers la musique de films et je continue. Un peu la musique classique, aussi. Au début, j’aimais le film et la musique, à présent je n’ai pas besoin de connaître les images pour acheter un disque de musique de film, surtout celles de John Barry que j’adore.

Avez-vous pris des courts de chant ?

- Non, je bénéficie des qualités de mes défauts : une voix fluette qui intéresse les gens, telle quelle !

Avez-vous réellement suivi une éducation religieuse ?

- Je peux vous mentir, là ! (rires) J’ai été traumatisée par les bonnes sœurs : elles me tapaient, je renversais  mes desserts par terre…

Vous avez mis le feu ?

- Non, j’aurais bien aimé mais je n’avais pas encore l’esprit à ça ! Maintenant, je crois que je le ferais, et puis (prenant l’air convaincu) je me dis des fois qu’un jour, je vais rentrer dans les ordres !

Vous ne me direz pas si vous en avez souffert…

- (retenant un sourire et d’un air de regrets) Je n’ai pas envie de mentir, aujourd’hui ! (rires) Non, sincèrement, bien que je n’ai aucune attirance pour ce milieu…

On raconte que vous avez fait du dessin…

- Oui, j’ai peu de temps pour ça et je n’ai pas beaucoup d’imagination, mes dessins sont toujours un peu morbides, je fais des bonhommes désarticulés…

Avez-vous fait toutes les cascades à cheval dans « Libertine » ?

J’ai fait de l’équitation pendant cinq ans, maintenant je n’ai plus le temps, mais si j’avais un cheval, je le monterais souvent et librement, sans aller dans un manège, sans l’embêter ! Je voulais faire les cascades moi-même dans « Libertine », mais c’est finalement une cascadeuse qui est montée en selle sur le cheval au galop et m’a doublée pour certains plans de bagarre : si j’avais eu un accident, tout aurait été annulé !

Me direz-vous combien a coûté le clip de « Libertine » ?

- Non ! (rires) Ca n’a pas coûté cent briques, comme certains le prétendent. Je n’ai pas envie de donner le prix !

Si les gens le croient très cher, c’est qu’il est réussi. Il a coûté la moitié de ce que vaut un clip français habituellement : un minimum d’argent, un maximum de talent !

1986-33-cEcrivez-vous des histoires ?

- Non, je n’écris rien, j’efface !

Qu’est-ce que vous effacez ?

- Tout ! Tout ce qui s’est passé hier. J’ai un don pour ne me souvenir de rien sauf de ce qui est vraiment marquant. Mon enfance, mon proche passé, je ne veux pas y penser une seconde ! Ce serait régresser, j’ai besoin d’aller de l’avant, de ne pas regarder en arrière.

Quelle attitude ont les garçons avec vous ? Sont-ils attirés par votre célébrité ou leur faites-vous peur ?

- Tout le monde n’est pas à l’aise avec moi, je n’en tire aucune satisfaction d’ailleurs, je le remarque, et surtout je n’ai pas envie qu’ils soient à l’aise avec moi ! Je n’en sais rien, j’ai l’impression d’être une vieille grand-mère quand on me pose cette question ! Je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas qui déclarent leur flamme (elle s’interrompt) Non, je dis des bêtises, je ne fais pas une fixation là-dessus !

Et vous, quels sont les gens qui vous attirent ?

- Très souvent ceux que je ne peux pas approcher, docteur ! Ceux qui ont un sens de la folie. La vie est déjà suffisamment laborieuse et triste, on ne va pas s’ennuyer avec les gens qui ont des problèmes dentaires !

Même en traitant des sujets durs ou morbides, vos chansons sont très gaies, non ?

- Parce qu’elles sont cyniques. Le cynisme, ça sauve tout !

Etes-vous croyante ?

- Non. Par contre, je peux être intéressée par quelqu’un comme Ste Thérèse d’Avila, qui était une folle à lier elle aussi !

‘Aussi’ ?! Vous vous considérez comme folle à lier ?

- C’est un peu l’image que je donne dans ce que je fais. Je crois être quelqu’un de pas fou du tout ! Dans la vie, on a tous des moments d’égarement, mais je suis seule dans ce cas-là, il n’y a que mon singe qui me regarde avec des yeux ronds !

Vous pourriez me définir votre caractère ?

- (en secouant énergiquement la tête) Non ! (rires) Caractérielle ?

Bon alors, pensez-vous bien vous connaître ?

- Oui, oh oui ! Dommage, mais oui…

Avez-vous trouvé ce que vous vouliez vraiment faire dans la vie ?

- Voilà le genre de questions auquel je ne réponds pas ! (rires) L’avenir dira si on m’a pendue pour ça !

Avez-vous envie de faire autre chose aussi ?

- Je veux réussir dans tous les domaines, ne pas faire la même chose pendant vingt ans. Chanson, cinéma, m’occuper d’animaux à cinquante ans, pourquoi pas, tout et rien !

Fonder une famille ?

- Non, le pauvre, pauvre enfant ! Je n’en ai tout simplement pas envie.

Pensez-vous que chacun suit une destinée bien précise ?

- C’est cruel mais je pense que oui. Après, c’est une question de volonté. A nous d’affiner les gros traits qui nous sont tracés.

Où sont l’enfer et le paradis pour vous ?

- L’enfer, c’est d’être là et le paradis, c’est d’être là aussi ! Vraiment, l’enfer, c’est la maladie, la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un. Et puis « L’enfer, c’est les autres » comme disait je ne sais plus qui !

Oui, l’autre, là !

-          (rires dans tous les coins)

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