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Mylène Farmer aime être LIBRE

Posté par francesca7 le 7 janvier 2014

 

 

Exclu Gala – Mylène Farmer: « J’ai choisi une vie de liberté »

source http://www.gala.fr/

GALA 1

Heureux qui comme Mylène a fait un long voyage, avec la tournée Timeless 2013. Mais l’odyssée n’est pas finie. Après les sourires, le fragile équilibre d’être soi… Confessions.

Gala: Vous venez d’achever votre tournée Timeless 2013. Revenir à la vie normale se révèle-t-il plus vertigineux que de se lancer dans une pareille aventure?

Mylène Farmer: La fin d’une tournée est toujours un moment extrêmement brutal. C’est un peu comme la fin d’un voyage astral, il faut réintégrer son corps. Le choc est à la mesure des émotions partagées avec le public… Mais aussi avec les musiciens, les danseurs, les équipes, les proches… Il faut du temps pour reprendre le rythme du quotidien. Pour autant, je suis consciente de ne pas vivre une vie tout à fait «normale». Le mot qui me vient à l’esprit, c’est «réapprivoiser» le temps, justement. On ne s’habitue jamais à une telle charge d’émotion. Pendant une tournée, le corps et l’esprit déploient des trésors d’ingéniosité pour trouver la force. A présent, le moment est venu pour moi de lâcher prise… Et ce n’est pas simple…  

Gala: Le sentiment de solitude, à la fin d’une tournée, est donc plus une peine qu’un besoin?

Mylène Farmer: Ce n’est ni une peine, ni un besoin, mais une réalité. Après le dernier spectacle, il faut accepter de ne plus avoir rendez-vous avec des milliers de personnes. C’est ainsi. Mais l’éphémère rend aussi la scène magique et les échanges avec le public exceptionnels. Le sentiment de solitude qui s’en suit est le prix à payer.  

Gala: Vous avez pris les routes de France, de Belgique, de Suisse et même de Russie. Le dépaysement, la remise en question de vos habitudes parisiennes: cela vous demande-t-il un effort ou est-ce une attente?

M.F.: J’aime l’idée de rendez-vous. Aller au devant des autres avec sincérité et être reçue de cette façon si extraordinaire… C’est un bonheur et une chance. Je suppose que, comme tout le monde, j’ai des habitudes, mais ce n’est vraiment pas ma spécialité. Je m’ennuie vite. La normalité me fait peur. 

Gala: Vous n’êtes pas de ces artistes qui se créent des rituels en tournée?

M.F.: Je vais vous décevoir! Il n’y a ni rituels mystiques, ni incantations vaudous! (Rires) Mais pour être tout à fait honnête… Je me surprends à tout ranger, tout remettre droit dans ma loge, avant de la quitter. Pour le reste, il est question de concentration, de travail, de répétitions, de sport, de repos et, plus fondamental encore, de m’entourer d’esprits bienveillants qui essaient de me soutenir comme si j’allais courir un marathon. 

 GALA 2

Gala: Sur scène, vous étiez entourée de six musiciens, deux choristes et six danseurs. Avez-vous l’impression de recréer une famille à chaque tournée?

M.F.: Une famille recomposée, en quelque sorte. C’est l’occasion de retrouver les siens et de découvrir les nouveaux venus. Le lien entre tous ces talents est clé. L’esprit d’équipe m’aide beaucoup. Comme dans toute famille, on se redécouvre aussi avec le temps. C’est une source d’inspiration. Une tournée est une caravane qui vit à huis clos des moments intenses. On se sépare à la fin du voyage avec la promesse de se revoir…  

Gala: Quels étaient les défis de ce sixième spectacle?

M.F.: J’ai une pensée toute particulière pour Mark Fisher qui a imaginé le décor. Il nous a malheureusement quittés avant de voir le spectacle. C’était un homme discret, créatif et élégant. Je l’ai remercié chaque soir… Le principal défi artistique était de créer de l’intimité dans la démesure. Humaniser la technologie. Faire danser des robots sur une musique de Schubert… Les intégrer dans le spectacle non comme des « machines exceptionnelles », mais comme des partenaires de jeux… Philippe Stegemann, leur créateur, a aussi réussi cet exploit… Je ne remercierai jamais assez Jean-Paul Gaultier pour sa générosité, sa folie, son humilité. Ainsi que toutes les équipes pour leurs talents. Quant à l’effort physique, je remercie mes muscles d’avoir encaissé toutes ces courbatures!  

Gala: On a pu remarquer que vous mettiez désormais en avant votre voix.

M.F.: C’est un long travail sur soi. La voix est un révélateur de l’âme. Brel confessait que pour lui, chanter devant un public est anormal. Terriblement impudique. J’ai toujours partagé ce sentiment… Et pourtant… Cela passe par l’acceptation de soi et il faut au moins une vie pour s’accepter, ne serait-ce qu’un peu. Je ne suis pas encore totalement en paix avec cela, mais les pourparlers ont bien avancé…   

Gala: L’amour, comme une irrépressible «force qui va» selon la formule hugolienne, imprégnait très clairement la tournée. C’était un parti pris?

M.F.: Pour Victor Hugo, l’amour est une descente abyssale qui se termine dans le sang. L’homme amoureux qui détruit tout sur son chemin est mû par une force surnaturelle. Cela ne laisse pas beaucoup d’espoir. J’aime à penser que ce grand monsieur a aussi écrit Stella (poème sur la renaissance du monde, après sa destruction, ndlr). Une lueur peut-être? Reste à savoir si l’amour est de nature à détruire systématiquement. Je commence à comprendre pourquoi je préférais disparaître à la fin du spectacle dans un nuage de fumée! (Rires) 

Gala: En amour, le plus brûlant, pour vous, c’est: l’espérer, le vivre ou le pleurer?

M.F.: Le faire! Quand l’amour se conjugue au présent, les sens prennent le pouvoir.Au passé ou au futur, il laisse place à la raison et à son cortège de doutes qui exercent leur dictature impitoyable. 

Gala: Sur cette tournée, on vous a découverte souriante, non dénuée d’humour, voir même presque volubile…

M.F.: Les clowns tristes ne sont un mystère pour personne. Mais apparemment, les ténébreux drôles restent une énigme! L’humour est une antidote précieuse. Je n’ai jamais cessé de me le rappeler, même dans les moments les plus sombres. Un instinct de survie, je suppose…  

Gala: Le plaisir pour vous, aujourd’hui, c’est…

M.F.: Etre libre de partager les émotions simples du quotidien avec ceux que j’aime ou dans ma solitude apprivoisée … C’est dans cette liberté-là que je reconnais le plaisir. Entre l’ombre et la lumière, j’ai choisi la lumière. J’ai choisi une vie de liberté. Avant que l’ombre, je sais, ne s’abatte à mes pieds… 

Gala: La formule Timeless n’était pas sans évoquer l’idée d’immortalité. Est-ce pour vous: une ambition? Un espoir?

M.F.: L’immortalité?  Très peu pour moi. Timeless évoque plutôt l’intemporalité. S’extraire du sablier permet d’envisager la vie avec plus de sérénité, de recul. Dans un monde qui accélère, c’est un luxe aussi. L’immortalité est la promesse d’un ennui éternel, non? Je laisse cela aux dieux ou aux fous… Pour ma part, je vis chaque instant comme il vient. 

Gala: Le show inspirait un voyage dans le temps. Si vous le pouviez, reviendriez-vous dans le passé ou vous projetteriez-vous dans le futur?

M.F.: Le temps est une obsession humaine. Probablement le plus grand péché d’orgueil de l’homme. La vie d’un être est une parenthèse enchantée, avec de longues périodes de désenchantements. Le temps est un repère qui permet d’accumuler des souvenirs et donne une impression de cohérence à ce que l’on vit. Si les amnésiques dérangent, ils n’en sont pas moins vivants. Le bonheur se cache probablement dans le droit à l’oubli. 

Gala: Sont-ce vos souvenirs ou vos rêves à réaliser qui vous tourmentent le plus?

M.F.: Nous n’avons aucun pouvoir sur les rêves, même éveillés, ils sont intrusifs… Ils ne facilitent pas le bonheur… Mes souvenirs me laissent en paix, puisque pour la plupart, je les ai oubliés… Enfouis…. Égarés. 

Gala: Etes-vous capable d’indulgence et de pardon pour les proches qui vous auraient déçus?

M.F.: D’indulgence, je ne crois pas… Pour moi, il s’agit d’une posture, d’un renoncement à son instinct. J’ai le sentiment qu’avec l’indulgence, l’autre n’existe pas…  Le pardon, lui, me semble une nécessité. Pardonner, c’est prendre le chemin de la remise en question de l’autre et de soi. Chemin certes plus long, mais indispensable au bonheur. Pour les  bouddhistes, le pardon permet de savoir que rien ne sera plus jamais comme avant, unique condition pour progresser. 

Gala: A plusieurs reprises, durant la tournée, vous avez fait monter de jeunes enfants sur scène. Vous semblez extrêmement à l’aise avec eux. 

M.F.: Quand je croise leurs regards, ils me bouleversent… Une petite fille, dans mes bras au milieu de cette scène immense, émue aux larmes, est un moment fragile et fort.  

Gala: Vous avez fréquenté le Cours Florent. Si vous aviez le choix: à quel acteur donneriez-vous la réplique, devant la caméra de quel réalisateur?

M.F.: Si j’avais le choix? Steve McQueen dans un film de David Lean… Ou… Idris Elba dans un film de Jane Campion! 

Gala: Votre vie a déjà fait l’objet de biographies plutôt «romanesques». Etes-vous flattée, amusée ou irritée d’être «l’héroïne» de certains écrits?

M.F.: Je ne lis aucune biographie me concernant, mais je suis plutôt amusée par les extravagances qui circulent. Certains ont horreur du vide, alors ils donnent libre cours à leur imagination. C’est du fantasme, pas de l’information. Un signe de notre temps.

GALA à la une 

Gala: Un singe capuçin, prénommée E.T., a partagé votre quotidien pendant près de trente ans. Depuis plus d’un an, c’est au tour d’un berger suisse blanc, Liloup, aux allures de louve. Qu’est-ce que ces deux compagnons révèlent de vous? 

M.F.: Je les considère comme des intimes. Ce sont des êtres sensibles pour qui seul le regard suffit.Ils sont la preuve que l’on peut aimer au-delà des mots. 

Gala: A la fin de chacun de vos concerts, vous avez disparu dans un nuage de fumée. Vous quitterez le métier avec autant de douceur?

M.F.:  »S’il te plaît prends ma main, ne te fais plus attendre, il est temps de s’étreindre, il est temps de s’éteindre, une dernière cigarette ». Comme le chante si bien Saez… Je ne sais que vous répondre puisque… Je n’ai moi-même la réponse. Partir en fumée… De toutes façons… C’est inéluctable.  

Gala: Mylène Farmer est-elle une insatiable?

M.F.: « Souviens-toi que le Temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup! C’est la loi. » (elle cite le poème L’Horloge, de Baudelaire, ndlr) Jouons encore un peu... En attendant la fin de la partie.

 

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