La part d’ombre de Mylène

Posté par francesca7 le 31 octobre 2013


 La part d’ombre de Mylène dans Mylène AU FIL DES MOTS images-122

Il serait facile de ne voir en Mylène Farmer que la projection de tous nos rêves.

Ne serait-elle « que » cela, ce serait déjà formidable : il n’est pas donné à grand-monde d’incarner à ce point les aspirations d’autrui.

Mais Mylène Farmer est plus que cela. Elle est. Et quand elle nous demande : « A quoi je sers? », on a envie de lui répondre : « à être ».

La fascination que suscite Mylène Farmer a quelque chose à voir avec le culte. Cet ouvrage en est la preuve. Et si j’ai accepter de préfacer Mylène Farmer, la part d’ombre, c’est parce que les auteurs ont pris le parti de pénétrer l’univers de Mylène sous un angle intelligent, surprenant et avec la distance nécessaire. Pour eux, pas de doute : le culte existe, c’est certain.

Pour ma part, j’ai surtout aimé ce que faisait Mylène jusqu’à 1989 inclus. Pendant toute cette période, elle avait mon adhésion totale. Je crois qu’elle a atteint, à cette époque, une beauté assez invraisemblable. En tout cas une perfection formelle que je ne retrouvais pas chez d’autres chanteurs. Cela n’exclut pas que d’autres aspects m’aient plus par la suite. Car Mylène est quelqu’un de beau, qui fait de très belles choses, avec une vraie rigueur d’écriture.

Beaucoup de chansons et de clips de Mylène m’ont marquée. Et ce n’est pas au hasard si l’on retrouve des clins d’oeil à « Sans logique » ou « Maman a tort » dans certains de mes romans… Je pense que Mylène et moi avons ce point commun de donner une version « vraie » de l’enfance, qui n’est pas l’âge rose et enrubanné auquel on a tant essayé de nous faire croire à travers des textes tous plus mièvres les uns que les autres. L’enfance est l’âge de la vie qui m’a le plus bouleversée. Pour Mylène, c’est autre chose. Je l’ai beaucoup interrogée à ce sujet. Elle m’a dit n’avoir aucun souvenir de cette période avant l’âge de 12 ans. Il y a sans doute eu un phénomène d’autocensure.

Outre l’enfance, d’autres thèmes nous sont certainement communs : l’autre comme miroir des plus terribles et une très grande exigence vis-à-vis de l’amour, pour n’en citer que deux. J’ai également ressenti chez elle une sorte de fêlure, que je porte également. En ce qui me concerne, j’ai pu la transformer en un gisement formidable grâce à l’écriture. Il semblerait également que Mylène ait fait quelque chose de sa fêlure. Je suis convaincue d’une chose, dont elle n’a pas conscience : Mylène, par le biais de ses chansons, a aidé bien des personnes dans leur vie. Et rien que cela, c’est déjà un aboutissement.

Pour toutes ces raisons, j’étais très curieuse de la rencontrer, comme, je crois, elle était aussi très curieuse de me découvrir.

Notre rencontre s’est produite un peu par hasard, à l’occasion d’une interview croisée pour l’édition allemande du magazine Vogue. C’était en décembre 1995, trois jours avant Noël. Nous nous sommes retrouvées dans un grand hôtel parisien, autour de l’objectif de Marianne Rosenstiehl, dont j’adore le travail et qui a parfaitement su restituer l’atmosphère de cette rencontre. Je suis donc venue le plus simplement du monde, en métro, participer à cette interview réciproque. Quand je suis arrivée, Mylène était en train de se faire coiffer et maquiller depuis plusieurs heures, comme la vraie star qu’elle est. J’étais un peu intimidée! Ce contraste est sans doute un élément du personnage : parvenir à mettre de l’émotion et de l’intimité dans la démesure, deux sentiments que j’éprouvais par la suite.

L’interview a duré deux heures et j’ai été ravie de la façon dont il s’est déroulé. Aussi ai-je accepté avec plaisir l’invitation de Mylène Farmer à passer le reste de la journée ensemble. La soirée s’est prolongée très tard et nous avons échangé beaucoup de choses. Un vrai moment privilégié. Il n’y a pas vraiment eu de suite, mais je pense qu’elle m’a fait un très beau cadeau.

Pour avoir côtoyé Mylène, je pense qu’elle cultive l’inaccessibilité qui la caractérise. Mais je crois aussi qu’une part lui échappe. J’ai pu m’apercevoir que, lorsqu’elle est cordiale, et elle peut assurément l’être, on sent quand même, quelque part, une muraille de glace. Il semblerait qu’elle n’y puisse rien. Attention, loin de moi l’idée de présenter Mylène Farmer comme une victime. Mais cette muraille de glace, sans doute, la rend prisonnière de quelque chose

Ainsi soit-elle !

—> citation de Amélie Nothomb

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