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les bases du Mythe Farmer

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013


les bases du Mythe Farmer dans Mylène et des CRITIQUES images-26En 1985, Mylène Farmer déclarait à la presse « Délirer, il n’y a que ça de vrai ! », des propos qu’on a du mal à imaginer sortant de la bouche de la chanteuse aujourd’hui. Pourtant au début de sa carrière la jeune femme encore brune n’est pas avare de paroles et son personnage de diva secrète et mystérieuse pas encore bien défini.

Mais les bases du mythe qui ont construit la star d’aujourd’hui sont pourtant déjà là. En effet son tout premier single, « Maman a tort« , dérange déjà par ses paroles faussement innocentes et l’on parle ici ou là dans la presse de « censure ». Le titre écrit et composé par Jérôme Dahan et Laurent Boutonnat n’était pourtant pas spécifiquement dédié à Mylène puisqu’ils écrivent la chanson sans avoir encore d’interprète. La suite on la connaît, Mylène Farmer enregistre le titre et en fera un petit succès durant l’été 84.

Mais l’enchaînement sur un deuxième single n’est pas chose aisée, surtout lorsque le premier essai a reçu des échos positifs de la presse et du public. Mylène, qui n’a signé que pour deux singles chez RCA, annonce différents titres qu’elle serait en train d’enregistrer mais c’est finalement « On est tous des imbéciles » qui se retrouve dans les bacs des disquaires début 1985. Jérôme Dahan a écrit le titre avant de sélectionner Mylène et il s’imaginait d’ailleurs l’interpréter lui-même. La chanson, qui détonne dans la discographie de la chanteuse par sa composition très variété, et plutôt enjouée, et ses paroles très terre à terre, évoque selon Mylène l’univers du show business qui se prend trop au sérieux. Comme une provocation, le disque est envoyé aux médias accompagné du message suivant : « Mylène Farmer est une imbécile, et vous ? ».

Si « Maman a tort » avait bénéficié d’un clip à petit budget, le premier réalisé par Laurent Boutonnat, « On est tous des imbéciles » n’aura, quant à lui, pas cette opportunité. Ce format audiovisuel qui explose en 1984 est en effet le fruit d’un conflit dès l’année suivante. Les maisons de disques demandent aux chaînes de télévision de payer pour pouvoir diffuser les clips de leurs artistes et il faut quasiment un an pour qu’un accord entre les deux parties soit trouvé.

Qu’importe, Mylène fait le tour des télés et interprètera son single plus d’une dizaine de fois sur TF1, Antenne 2 et les locales de FR3. Elle co-anime même, avec beaucoup d’humour et le temps d’une émission, Platine 45 avec Jacky. Chorégraphie décomplexée, grimaces et costumes (pas toujours du meilleur effet) accompagneront la promotion du single sur les plateaux. Malgré cela et une présence importante dans la presse, « On est tous des imbéciles » ne suit pas le chemin de son prédécesseur (on parle de 40 000 disques vendus). Le single sera tout de même édité en maxi 45t incluant une version longue du titre.

A noter qu’au dos de la pochette du 45t une double dédicace est inscrite : « A Ste Thérèse d’Avila. A Papa. » A cette époque Mylène Farmer se dit fascinée par cette Sainte, figure de la spiritualité chrétienne. Un thème religieux que l’on retrouve en face B du 45t. « L’annonciation« , un titre écrit et composé par Laurent Boutonnat, entraîne l’auditeur dans un univers en total décalage avec l’ambiance du titre avec lequel il est couplé. « L’annonciation » fait clairement référence à l’événement biblique éponyme où l’archange Gabriel vient visiter la Vierge Marie. Les prémices d’un univers qui fera la part belle à des thématiques fortes qui colleront à l’image de la chanteuse.

L’échec de ce deuxième 45t signe la fin de la collaboration entre Mylène Farmer et RCA, tout comme celle avec Jérôme Dahan qui avait une vision de carrière trop éloignée de ce qu’envisageait la jeune chanteuse à l’époque. Mylène Farmer et Laurent Boutonnat deviendront alors un duo quasi exclusif et fidèle à qui l’on devra très rapidement de nombreux tubes lors des décennies suivantes. Elle signe la même année un nouveau contrat chez Polydor pour une collaboration qui s’avèrera bien plus fructueuse par la suite.

Si l’on retrouve « Maman a tort » sur les albums et DVD de la chanteuse, « On est tous des imbéciles » par contre n’a jamais connu de réédition en CD et le titre ainsi que sa face B font partie des raretés du catalogue de la star.

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Mylène, un panel de critiques

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013


Mylène, un panel de critiques dans Mylène et des CRITIQUES images-24C’est en 1984 que le public découvre, à l’occasion de la sortie de son premier single « Maman a tort », les allures timides et complexées d’une certaine Mylène Gautier. Laurent Boutonnat, son Pygmalion, n’a pas encore fait de cette jeune fille de vingt-trois ans l’implacable machine commerciale qui fera sa fortune. Nulle ambition calculatrice ne semble pouvoir être décelée chez cette jeune fille fragile à la voix chancelante. Mylène Gautier n’a pas encore chaussé les cothurnes de Mylène Farmer, et pourtant elle a déjà de quoi attirer l’attention. Car elle cultive le goût de la surprise, et son premier single provoque le malaise. À l’écoute de « Maman a tort », vous aviez d’abord souri aux tons frais de la comptine d’enfant. Ce n’est qu’après que vous avez commencé à ressentir la gêne.

C’est la victoire de l’opéra italien sur l’opéra français, le piège de la domination de l’harmonie sur la signification : vous aviez cru que la gaieté de la comptine suffisait à établir le sens de la chanson, et vous vous êtes confronté à la noirceur des paroles. L’enfant, malade, chante seule dans sa chambre d’hôpital, prenant à parti l’auditeur, devenu l’ami imaginaire inventé pour tromper la solitude. Pour finir de choquer, la petite fille est amoureuse de son infirmière à la voix douce, substitut d’une mère rejetée pour n’avoir pas accepté le désir homosexuel de sa fille. La première pierre de l’édifice Farmer est à l’image du futur palais : la légèreté d’une voix frêle jusqu’à la cassure dissimulant un sens caché et provocateur.

La griffe Mylène Farmer s’affirme d’emblée dans cette superposition artificielle d’une voix claire et d’une parole sombre. 

Mylène Farmer invite donc son auditeur à la distance. Elle creuse en ses chansons un double fossé que le prétendant doit franchir pour clore sa quête herméneutique et accéder au rang d’initié. Le premier écart consiste à se défier de la forme – voix, tonalité, rythme –, le second à percer le chiffre poétique. Car le style de Mylène Farmer se veut énigmatique et codé. Et qu’est-ce qui mérite d’être ainsi caché, sinon ce que l’on ne peut montrer sans danger ? La quête de sens de l’auditeur sera résolument amoureuse, tout entière tendue vers le désir de l’interdit et de l’indicible. La chanteuse a alors l’habileté d’offrir à l’énigme une réponse spéculaire. Car ce que l’auditeur désire, le but de sa quête, c’est le désir lui-même. Toutes les chansons de la première Mylène Farmer finissent en effet par dévoiler un troublant désir sexuel et un envoûtant désir de mort. Après le provocant « je suis une catin » du quatrième single « Libertine », les chansons du premier album Cendres de Lune (1986) composent avec art un univers à la fois sexuel et morbide.

 L’on ne pourrait parler d’une double thématique, tant la mort est inextricablement liée, chez Mylène Farmer, au désir sexuel. Mêlant deux interdits, les chansons de ce premier album célèbrent la jouissance dans la mort et la décomposition. C’est à l’hôpital que la petite fille de « Maman a tort » découvre son désir homosexuel, c’est auprès d’un vieux lubrique que l’héroïne de « Vieux bouc » connaît le plaisir, et c’est « Au bout de la nuit », « où tout meurt sans cri », que l’on peut connaître la plus grande jouissance.

Le désir est d’autant plus trouble que les chansons brouillent les cartes de la différenciation sexuelle : si « Libertine » et « Vieux bouc » mettent en scène des relations hétérosexuelles, « Maman a tort », « Greta » et « Tristana » sont trois odes au désir exclusivement féminin. Enfin, en recréant l’inconfort du premier single, l’album Cendres de Lune profite de la juvénilité de la voix de la chanteuse pour installer l’auditeur dans un univers enfantin sans cesse déniaisé par l’horreur de la mort. Plus grandir est la prière d’une adolescente qui ne veut pas mourir, et le mystérieux « Chloé » est une comptine chantée par une enfant qui vient de voir sa sœur mourir noyée, le crâne fendu. 

Le second album est à l’image du premier. L’on pourrait presque dire qu’il en est sa réalisation aboutie. Le formidable succès commercial d’Ainsi soit je (1988) installe Mylène Farmer dans son personnage de chanteuse névrosée. La provocation sexuelle mène la danse : « Pourvu qu’elles soient douces » célèbre les fesses, et chante à demi-mots les délices de la sodomie, la reprise de « Déshabillez-moi » est languissante à souhait [et accessoirement catastrophique, NDLR], et le fameux « Sans contrefaçon » joue une nouvelle fois avec l’indifférenciation sexuelle en mettant en scène une femme qui se sent homme. Mais le désir de mort n’est pas en reste. Si la référence à Baudelaire eût suffi en elle-même à inscrire les chansons de Mylène Farmer dans une filiation poétique morbide, le choix du poème « L’horloge », dans sa description du temps anthropophage, ne peut que renforcer l’importance du thème. « Allan » et la « Ronde triste » évoquent des fantômes, comme l’on invoque les esprits, et « Jardin de Vienne » rend hommage à un pendu. Cependant, dans cette thématique apparaît un nouvel ingrédient : « Ainsi soit je » et « Sans logique » laissent transparaître des accents religieux. Mylène Farmer donne libre cours à une éducation chrétienne où, si le désir de mort est encouragé, le désir sexuel achoppe sur la culpabilisation. 

Le thème religieux sera central dans le troisième album L’autre (1991). En effet, Mylène Farmer laisse désormais de côté la provocation sexuelle, pour révéler son versant le plus sombre. Si « Je t’aime mélancolie » et » Psychiatric » jouent avec son image de chanteuse aimant aborder les contours de la folie morbide, et si « Désenchantée » se veut l’étendard d’une génération sacrifiée, « Agnus Dei » et « Beyond my control » s’amusent avec le thème du sacrifice christique sur fond de prières liturgiques. Foulant aux pieds l’interdit religieux, Mylène Farmer devient une Ève tentatrice cultivant le péché en pleine connaissance de cause, une sorte de Bossuet pervers adepte de l’auto-flagellation. La chevelure rousse de la chanteuse commence décidément à sentir le soufre. 

C’est ce désir de l’interdit qui s’éteint avec le quatrième album Anamorphosée (1995). La carrière « américaine » de Mylène Farmer commence, comme l’annonce le titre « California ». Adieu les accents mélancoliques, c’est le retour en force du sexe. Mais cette fois, plus de quête désirante : le sexe s’offre sans chiffre codé, sans savoureux détour, sans voile de Poppée. L’auditeur n’est plus un décrypteur des sens seconds : il doit accueillir la crudité désarmante du premier degré. « L’instant X », « Eaunanisme », « XXL », autant de titres révélateurs du tournant de la chanteuse. Du désir de l’interdit à la provocation bien franche, celle qui fait vendre. Quant à « Rêver », c’est une célébration de l’amour et de la tolérance : décoiffant, non ? L’on ne s’étonne plus que les Enfoirés aient pu reprendre la chanson. Il ne manquait plus que les chœurs d’enfants de « Tomber sept fois » pour que le tableau soit complet. 

Les deux albums suivants, Innamoramento (1999) et Avant que l’ombre (2005), ont repris la recette. Il est désormais plus vendeur de vanter les pouvoirs de l’amour (« L’amour naissant », « Innamoramento », et dans le dernier album « Avant que l’ombre », « Aime », « L’amour n’est rien », « Peut-être toi »), que le troublant désir du suicide et de l’homosexualité. Ajouter à cela un zeste de cul porno-chic (le « prends-moi, prends-moi » de « L’Âme-stram-gram », l’inceste dans « Optimistique-moi », le récent « j’en ai vu des culs » de « QI » ou encore le bien nommé « Porno-graphique »). Insérer entre les trois derniers albums pas moins de quatre collectors commerciaux, concerts ou compilations (Live à Bercy,Mylénium tourLes MotsRemixes 2003). Adapter cette recette à une jeune lolita du nom d’Alizée (dont la petite culotte blanche émoustillera le papy), et vous images-25 dans Mylène et des CRITIQUESobtiendrez le pactole. La machine est désormais huilée. 

Mylène Farmer est passée du « jouir dans la mort » au « jouir de l’amour avant que la mort nous sépare ». En tout bien, tout honneur. Le problème, c’est que la poésie de l’interdit s’est envolée, et avec elle tout le désir de l’initié. En passant du sens voilé à la tautologie du premier degré, la chanteuse a transformé son auditeur en fan. Le fanatique de Mylène Farmer ne pense plus, ne cultive plus la distance : il achète, un point c’est tout. Et il célèbre avec Mylène Farmer, en chœur avec tous les enfants et les petits oiseaux de la Terre, la beauté de l’amour. Il fut un temps où les comiques Les Inconnus se moquaient de Mylène Farmer en lui faisant dire « J’écris des paroles que vous ne comprenez pas, d’ailleurs moi non plus ». Désormais, malheureusement, l’on ne comprend que trop bien.

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