Mylène dans L’EST RÉPUBLICAIN

Posté par francesca7 le 30 juin 2013

 

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Article paru le 30 OCTOBRE1988 – dans l’Est Républicain : Entretien avec Jean-Paul GERMONVILLE

 Le sujet :  AINSI SOIT « ELLE »

Mylène dans L'EST RÉPUBLICAIN dans Mylène dans la PRESSE elle

Le clip de « Pourvu qu’elles soient Douces » est la suite de « Libertine »…

-          Les deux thèmes se liaient bien. Laurent Boutonnat a écrit un scénario dans ce sens. Le tournage a duré huit jours. Nous avons fait appel à cinq cents figurants, ce qui est colossal pour une vidéo. Il y avait même un conseiller historique. Certains nous disent : ‘Où avez-vous trouvé l’argent pour mener à bien une telle production ?’. Nous investissons nos propres deniers, préférant manger des pâtes tous les jours et s’offrir ce genre de création.

Il n’y a pas d’exploitation possible dans les salles de cinéma ?

- Absolument interdite ! Même si cela paraît aberrant, ils ont trouvé le clip trop long. Quand on leur présente quinze minutes, ils en veulent dix, et ainsi de suite…Ils ont même trouvé cela trop beau pour le film qui allait suivre. Il ne reste que la télévision.

Vous n’avez pas, comme pour « Libertine », travaillé au scénario ?

- Je collabore, c’est vrai, souvent avec Laurent, que ce soit pour les musiques, le studio, les scénarios précédents… Cette fois, j’ai laissé faire. Ils y ont travaillé à deux (avec Gilles Laurent, nda). A trois, tout se serait compliqué. C’était pour moi un peu comme quand un metteur en scène présente un synopsis à une comédienne.

Vous avez pensé à « Libertine » en écrivant le texte de cette chanson ?

- C’est complètement innocent. Innocent aussi par rapport à cet événement qui se prépare, le bicentenaire de la Révolution française. Nous n’y avions pas songé.

Vous avez plus que d’autres compris la force de la vidéo liée à la chanson, un truc que les anglais appliquent depuis longtemps…

- Certaines maisons de disques –je ne parle pas de la mienne- jugent cette démarche inutile. Des personnes veulent peaufiner plus leur image que d’autres. Nous avons, Laurent et moi, un amour du cinéma. Il a besoin de créer également dans ce domaine. Je ne peux dissocier chanson et images. J’ai d’abord voulu être comédienne…

Avez-vous des projets de vidéodisques ?

- Trois français se sont déjà impliqués dans ce type de création. « Ainsi Soit Je… » a été exploité de cette façon (sous la forme d’un CD vidéo contenant la chanson, des remixes et le clip, nda). Nous avons un petit peu fait figure de précurseurs en réalisant une compilation de clips.

Et le cinéma ?

- Je peux dire aujourd’hui que Laurent Boutonnat a un projet de long-métrage. Il y a avant une scène à effectuer, ensuite il pensera cinéma sans oublier la chanson. Moi aussi peut-être, cela dit avec des points de suspension.

Quelle a été votre façon de travailler pour ce deuxième album, à l’instant de lier musique et textes ?

- Les mélodies sont toujours faites avant. Pour les textes, le thème de « Sans Contrefaçon » était par exemple dans mon esprit depuis longtemps. Je tenais à écrire « Allan » puisque Edgar Poe me passionne au point de vouloir le faire exister dans une chanson. J’aime beaucoup Léo Ferré, le côté narratif de certains de ses titres. Nous y avons pensé en réécoutant une composition. Baudelaire, que j’apprécie également, s’est presque naturellement imposé pour ce type d’approche.

Pourquoi avoir choisi « L’Horloge » ?

- Le thème du temps qui passe m’obsède. C’est un de ses plus beaux poèmes, un de ceux qui n’a pas été décortiqué. « Jardin de Vienne » traite d’un événement qui a été proche et concret pour moi à un moment donné.

Parlons de la scène : le grand événement de votre vie ?

- Je ne peux pas encore en dire grand-chose, si ce n’est que ça sera le Palais des Sports en mai 1989. Nous construisons actuellement le scénario. J’ai vraiment attendu le moment venu pour tenter cette expérience.

Aujourd’hui, j’ai envie d’y aller, je m’en sens capable. On entame un deuxième cycle…

Vous répétez déjà avec des musiciens précis ?

- Je ne veux pas trop en parler. Je me prépare physiquement, comme peut le faire un acteur avant de se plonger dans un rôle. Je vais avoir un entraîneur avec qui courir, je travaillerai le chant. Il y a également une alimentation particulière : il y a six mois, je ne connaissais pas le jus de tomate. Quant aux musiciens, j’aimerais notamment Slim Pezin, qui a déjà beaucoup pris part à mon travail. Sera-t-il disponible ?!

On s’attend de la part de Mylène Farmer à un show très visuel…

- Ce tour de chant ne sera pas traditionnel, dans la mesure où je ne serai pas plantée derrière mon micro. De là à penser que la scène vomira du feu, de l’eau, l’Enfer…je plaisante ! Mais des gens, souvent, me disent ‘Alors, vous allez projeter vos clips ?’ ! J’espère qu’il se passera des événements peu ordinaires.

Laurent Boutonnat participe à la mise en scène ?

- Nous serons trois pour l’élaborer : Gilles Laurent est venu se greffer à notre équipe. La chorégraphie sera plus mon domaine. Ce qui n’empêche pas le dialogue !

Les deux albums figureront au répertoire ?

- Seize titres environ. Un condensé des deux disques, avec une place plus conséquente pour le deuxième.

Vous avez prévu des inédits ?

- Une nouvelle chanson (« Dernier Sourire » avait été initialement prévu, pour finalement laisser sa place sur scène à « Puisque », nda). Et puis une surprise, certainement !

Vous réaliserez un album public pour l’occasion ?

- Pourquoi pas ?! Il faudra aussi quelqu’un pour filmer le spectacle, cette fois Laurent ne peut le faire (le film du concert sera pourtant bien réalisé par Laurent Boutonnat, mais sera en effet filmé à Bruxelles, pendant la tournée à l’automne, et non à Paris en mai, nda). Sinon, je serai la seule à ne pas me voir ! Je suis très critique pour tout ce qui me concerne, ce film ne peut être qu’un bon miroir.

Pourquoi avoir choisi le Palais des Sports ?

- Je ne voulais en aucun cas commencer par l’Olympia. Je trouve, contrairement à beaucoup, que cette salle a perdu de son charisme, de sa magie. Je ne voulais pas, d’autre part, d’un lieu intimiste. J’ai besoin de grands espaces, d’une respiration tout en restant proche du spectateur.

Une composition de l’album, « La Ronde Triste », est en anglais…

- La musicalité de cette langue se prête tellement bien à la chanson. Je bénis pourtant les dieux qui ont fait que je sois de souche française. On imagine mal « Allan » ou « L’Horloge » dans une autre langue. Je veux exister sur autre chose qu’un tempo musical.

Pourquoi cette reprise de « Déshabillez-M oi » ?

- Je tiens à souligner le côté humoristique de la démarche. J’ai toujours préféré Barbara à Juliette Gréco. Chacun connaît « Déshabillez-Moi » parce que les parents, les grands-parents même, connaissent. J’ai eu envie de déguiser, de rhabiller cette chanson.

Baudelaire vous fascine…

- Je le découvre de plus en plus. Je lis des biographies.

Vous vous reconnaissez dans les écrivains du XIXème siècle ?

- Je n’arrive pas à m’extraire de cet univers. Toute la littérature que je veux égrener vient de là. Je me sens bien dans les choses un petit peu plus désespérées que désespérantes, ma vision de la vie est ainsi. Quant à penser que ce soit la bonne thérapie… !

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