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L’ILLUSTRÉ de Mylène Farmer : 2 MARS 1988

Posté par francesca7 le 26 mai 2013


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Entretien interview de Mylène Farmer avec Sandrine COHEN

A propos du thème de « Plus Grandir » :

- Je veux plus grandir, parce qu’au bout il y a la mort, et ça me fait peur. Tout comme me font peur mes relations avec les hommes. L’acte sexuel est quelque chose de très violent. C’est aussi une fin en soi…là, on est une femme, et je déteste ce mot. Il faudrait en réinventer un !

L'ILLUSTRÉ de Mylène Farmer : 2 MARS 1988 dans Mylène en INTERVIEW mf80_124aA propos du thème de « Sans Contrefaçon » :

- Je suis née comme ça, avec un corps androgyne et tout le monde me prenait pour un garçon. L’androgynie est quelque chose qui m’attire et pour ça, ce métier est une formidable thérapie puisque je peux faire des folies et me travestir ! Adolescente, l’envie que j’avais d’être un garçon tournait à l’obsession, la névrose. Je refusais d’être une fille. Aujourd’hui, je suis toujours plus attirée par la gent masculine que la gent féminine. Je crois que si j’avais été un homme, j’aurais été profondément misogyne !

A propos de suivre l’air du temps :

- Je me moque des courants et des modes. Je fais ce que j’ai envie, point final. Depuis l’enfance, c’est évident, j’ai toujours eu en moi l’envie de sortir des sentiers battus, envie d’exister à ma façon.

A propos du côté cinématographique de chacun de ses clips jusqu’alors :

- Le clip est aussi pour moi une façon de faire un bout de chemin vers le cinéma…

A propos de sa rencontre avec Laurent Boutonnat :

- Je vivotais entre des cours de théâtre, le travail de mannequin et l’équitation lorsqu’à un dîner, on m’a présenté Laurent. C’est une rencontre magique.

A propos du soin apporté à tout ce qu’elle fait :

- Raffinée, j’espère l’être. La sophistication aussi m’attire. J’aime les choses élaborées, pensées…Rien n’est fait au hasard : ni la pochette du disque, ni le mixage, ni les passages TV, ni le clip…

A propos de son caractère paradoxal :

- Enfant, j’étais à la fois un mélange de personnage très introverti, et en même temps j’avais ce besoin de me faire remarquer. J’ai toujours aimé étonner. J’aime aussi la provocation, c’est le piquant de la vie. Je suis à la fois folle et sage. C’est douloureux et formidable d’affronter toutes ces turbulences.

A propos de son malaise face aux interviews :

- Mon caractère, c’est justement de ne pas parler. Je n’ai pas envie de m’expliquer, d’analyser…

A propos de sa conception de l’amour :

- En amour, j’aime la bagarre. Mais je ne me sens pas armée pour affronter le combat le plus difficile, celui de la vie.

Les dernières questions sont formulées de façon plus conventionnelle :

Vous avez peur des gens ?

-Peur, non, mais…j’ai des excès de misanthropie, quelquefois. Les êtres affables, égaux et paisibles m’ennuient.

Si je résume cet entretien, vous êtes compliquée, introvertie, paradoxale, androgyne…

- Arrêtez, arrêtez ! Je vais me suicider !

Comment ?

- La pendaison. C’est le dernier plaisir donné à un homme…

Cette interview trouve une nouvelle vie plus de vingt ans après sur le blog de la journaliste :  zappeur-derien.fr   

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Mylène et Les questions d’actualité

Posté par francesca7 le 26 mai 2013


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TOP 50 – 2 FÉVRIER 1988

Le krach boursier ?

- Je réponds ‘A vos souhaits’.

Mylène et Les questions d'actualité dans Mylène en INTERVIEW 3075359315_1_3_wuy2q8lnLa baisse de la TVA sur les disques ?

- C’est une très bonne chose, sympathique pour Noël, mais on attendait cela depuis longtemps déjà, il était temps.

La voyance ?

- C’est un terrain miné, je n’ai rien à dire en plus.

Les rapts d’enfants ?

- C’est monstrueux, mais je me demande ce qu’il y a de plus dur : se faire enlever ou violer. Toujours est-il que les enfants sont des âmes innocentes, c’est ignoble. On n’a pas le droit de faire ça.

Le Top 50 ?

- C’est un peu vicieux et on aurait pu s’en passer. Quand on en fait partie on est plus calme. Je suis défavorable dans le fond.

La mode latino-ibérique ?

- Cela me passe au dessus de la tête.

Les limitations de vitesse ?

- Je ne conduis plus, je suis trop nerveuse et du coup je conduis trop vite, c’est dangereux. Au delà de ça, je suis quand même contre toute forme d’interdiction, quelle qu’elle soit.

Les interviews ?

- Elles se raréfient, donc maintenant je suis contente de les faire.

Les photos ?

- Je n’en fais pas. J’ai toujours voulu choisir le photographe. Les photographes ne sont pas tous bons, il y en a beaucoup qui s’improvisent comme ça, sans rien connaître. Moi je veux un droit de regard sur ce qui est publié.

Les Victoires de la musique ?

- J’ai horreur des remises de prix.

Les élections présidentielles ?

- Je n’ai jamais voté, je ne me sentais pas concernée. C’est très compliqué, je ne me suis pas penchée sur le problème. Cette année je vais peut-être changer, je ne sais pas.

Les artistes qui s’impliquent politiquement ?

- Je ne me permettrais pas de faire ça, je ne me prononcerai jamais. Je suis pour la neutralité. Un artiste ne doit pas s’impliquer en dehors de sa profession.

Le compact disc ?

- C’est une petite merveille pour le son, j’adore cet objet. C’est fantastique sur le plan technique. J’aimerais avoir une quantité de disques.

Le Pen ?

- C’est un bouffon, il ne m’intéresse pas.

Les covers de vieux tubes ?

- C’est agréable d’en faire sa propre version. Je me suis beaucoup amusée en faisant « Déshabillez-Moi ». C’est la mode des covers en ce moment, mais cela peut être dangereux.

Les otages français ?

- On peut dire que l’on ne connaît pas les coulisses de toute cette histoire, c’est surtout cela qui est choquant. C’est hallucinant de voir comment on peut être manipulé.

Les films d’horreur ?

- Il y a horreur et horreur. Je n’aime pas du tout ce qui tombe dans le grotesque. Par contre, les films à suspens ou qui font vraiment froid dans le dos, sans en faire trop, j’adore.

Le show-biz ?

- Je ne me considère pas comme appartenant à la grande famille du show -biz. Dans l’ensemble, je n’ai pas d’affinités avec ces gens-là. Il faut avoir un peu de recul et garder une possibilité d’évasion. Même les gens que je respecte, je ne les vois pas ou très peu.

Les livres de science-fiction ?

- Tout dépend de ce que l’on appelle science-fiction. La littérature fantastique comme ce que fait Edgar Poe, j’adore ! Le reste, je suis beaucoup moins attirée…

Les proverbes ?

- Cela dépend desquels… Ma maxime préférée est ‘La parole est d’argent, le silence est d’or’.

Le Coca-cola ?

-          Oui, mais surtout sans glaçons.

 

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Mylène Farmer : « la scène c’est la création ultime »

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

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En 2009

Comment vous sentez-vous après ces deux premiers concerts niçois ?

Mylène Farmer : Fatiguée et soulagée. Le plus dur, c’est le premier spectacle. Avant, la peur m’habite. C’est une grosse machinerie qui impose que les choses soient, au départ, bridées. Il faut ensuite passer de la répétition à la légèreté, dépasser le côté robotisé. Il y a un gros travail sur l’image, sur chaque tableau, avec toujours l’objectif d’offrir du rêve.

C’est un défi physique important ?

Six mois d’entraînement, avec un coach, mon coach. Essentiellement de l’endurance. C’est fondamental avec une telle énergie. Chanter et danser à la fois n’est pas simple.

A la moitié du spectacle, on entre dans une phase intimiste, avec des ballades. Un moment qui semble vous procurer de l’émotion, vous embrumer les yeux…

Ceux qui ne m’aiment pas vont forcément trouver ça forcé. Mais même en répétition, ça me prend. Car nous sommes dans un moment de dépouillement, dans la fragilité de l’âme. Un moment de partage avec le public (qui chante beaucoup à ce moment là, N.D.L.R.). Je crois que l’émotion passe à travers le piano d’Yvan Cassar, qui est un grand pianiste, et dans les mots. On raconte sa propre histoire et chacun peut inventer la sienne à travers les mots.


Le public est, en quelque sorte, plongé dans un tourbillon sonore et visuel quasi hypnotique. Vous l’avez voulu ainsi ?

J’espère ne pas en avoir trop fait. L’idée, sans vouloir être prétentieuse, est de titiller l’imaginaire, l’inconscient.

Quelle est la base de départ de ce spectacle ?

Vous savez, nous sommes réceptifs à ce qui nous marque profondément, dans la littérature, le cinéma, l’art. Outre des désirs picturaux, je voulais arriver à quelque chose de contemporain, avec des symboles forts. Après, ça se construit comme un collier de perles.

Ce qui domine, dans le décor, ce sont deux grands squelettes…

Les squelettes, ce sont mes écorchés, inspirés par une sculpture du XVe siècle, qui existe dans une église en France. Après nous avoir écouté, Laurent (Boutonnat) et moi, Mark Fisher (concepteur du décor) nous a présenté cette œuvre, appelée « Le transit ». On lui a dit, il nous la faut, en immense… L’écorché, c’est le passage entre l’homme et le squelette, c’est la mort dans une certaine légèreté.

Il y a aussi un tableau animé, qui apparaît à la fin de « Ainsi sois-je », impressionnant et lugubre…

Il nous a été proposé par Alain Escalle (concepteur des décors). Une errance de personnages sur une plage. Une image très retravaillée par Alain de manière à le rendre, comment dire, fantomatique.

On va encore vous reprocher de tirer vers le lugubre, voire le morbide…

L’idée d’expliquer cela m’est difficile. Comment dire ? Pour moi, ce n’est pas morbide. Je veux simplement faire appel, encore une fois, à l’imaginaire, à l’inconscient. Bien sûr, cela draine des symboles. Mais, à chacun de se les approprier comme il l’entend. Ce n’est pas un passage en force. L’envie de choquer ne fait pas partie de moi. Mais l’envie de faire réagir, si ! C’est une manière de se sentir vivant. Dans mon dernier clip, la danse des squelettes est ludique.

Et c’est vrai, qu’en tenue d’écorché, vous êtes plutôt sexy…

(Elle sourit). Autant qu’à être terrifié par la mort, parce qu’elle est inéluctable, autant le prendre avec légèreté, autant en rire. Même si ce n’est pas tous les jours facile…

Est-ce que vous vous censurez parfois ?

Je crois qu’il y a toujours un peu d’auto-censure. Mais chez moi, cela arrive plutôt dans mes mots. Je vous donne un exemple. Dans « C’est une belle journée », je chante « C’est une belle journée/Je vais me coucher. » J’avais d’abord écrit, avec cynisme et dérision : « C’est une belle journée/Je vais me tuer. » Je me suis dit que cela allait peut-être trop loin, qu’il y avait des vies fragiles, que cela pouvait avoir des incidences. Donc, j’ai changé mon texte. Par contre, un sexe peut apparaître sur un écran, s’il n’est pas obscène, il n’y a aucun problème, cela fait partie de la vie.

Il y a beaucoup de représentations du corps dans votre spectacle. Par exemple, les images d’un couple qui s’attire et se repousse. Et surtout la trentaine de poupées nues, grandeur humaine, qui vous ressemblent, exposées dans une immense bibliothèque en fond de décor…

Le corps dans sa plénitude, puis dans sa décomposition avec l’écorché. Le vie faite de contorsions… Le couple en images que vous évoquez, ce sont deux danseurs. Ils expriment des sentiments d’amour et des expressions de douleur. Parce que l’amour intègre aussi le sentiment de douleur.


Pour résumer, votre univers est beaucoup un univers d’amour et de fantastique, non ?

J’adore le fantastique, dans le sens magique du terme, c’est-à-dire qui nous transporte hors de la réalité. J’ai été bercée par Edgar Poe et je continue à le lire et à le relire. Comme Stefan Zweig, comme Kafka. J’ai aussi adoré une série que j’ai découverte il y a peu, qui s’appelle, en français, La caravane de l’étrange. Sur un cirque itinérant, bizarroïde. Cela pullule de symboles, avec ce qui fait un cirque, un côté hyper-sensible et effrayant. C’est très bien réalisé. Un vrai voyage, métaphysique à souhait. J’aime ces univers.

Pour revenir concrètement au concert, aujourd’hui n’avez pas l’impression de plus créer l’événement avec vos spectacles qu’avec vos disques ?

D’abord, la scène est la création ultime. Personne n’entrave quoique ce soit. Quant à l’émotion, elle est d’abord générée par le concert, par ce qui se passe avec le public. Ensuite, il ne faut pas être dupe. C’est une évidence que l’économie du disque s’écroule. C’est une réalité avec laquelle il faut composer.


A ce propos, vous remplissez deux Stade de France en quelques heures et abordez une tournée de 32 concerts tous complets ou presque. L’engouement ne faiblit pas. Impressionnant, non ?

Cela m’émeut. En toute humilité, je me dis pourquoi moi ? Mais je n’ai jamais pensé que le public était acquis. Ce serait une erreur totale. Il peut être déçu. Il peut y avoir des hauts et des bas. Bien sûr, on a envie de durer, c’est humain, mais ça ne me hante pas. On ne peut pas forcer les choses. On peut engendrer. On peut décourager. Mais on est pas maître de sa vie. Par contre, pour durer, la chose fondamentale, c’est le travail. C’est une certitude. Cela se passe parfois dans la souffrance. Mais ça vaut le coup.

Même si cela peut vous valoir de vivre dans un « Paradis inanimé », comme vous le chantez dans votre dernier album. En quelques mots, être une star, c’est être seul ?

J’aurais pu choisir, un moment, une autre carrière, à l’international. J’ai souhaité rester sur la France, même si la Russie s’est offerte à moi un peu plus tard. Donc, j’aurais pu encore aller plus loin. Cela dit, je crois avoir toujours été un être solitaire avec, en même temps, une grande envie et un grand besoin de l’autre. Il faut juste bien choisir. Quoiqu’il en soit, je crois que les êtres humains ont un peu tous les mêmes appréhensions, les mêmes démons.

L’une des principales surprises de votre dernier album, c’est le côté révolutionnaire dans deux-trois titres comme « Réveiller le monde » où vous chantez : « Réveiller le monde/Rêver d’un autre été (…)/Révolus les mondes/Sans une révolution. » Surprenant ?

Je ne suis pas sûre de vouloir porter ce chapeau… Mais j’aime l’idée de la révolution, d’un peuple qui se soulève. J’aime le mouvement de masse. C’est une envie. Une espèce de cri de bête. Pas un message politique. Un regroupement est une force incroyable alors que parfois l’homme dans son individualité me terrifie.

On ne peut finir cette interview sans se rappeler que vous avez du sang breton, par votre mère, qui vit en Bretagne. Que pensez-vous avoir de breton en vous ?

(Elle sourit) La ténacité, le sens des valeurs profondes de la terre. Et puis… j’adore les crêpes ! Ma mère vit du côté de Pleyben. Enfant, j’ai passé mes vacances en Bretagne, à la ferme. J’adore les paysages tourmentés de la Bretagne.

Propos recueillis par Michel TROADEC.dans le quotidien Ouest-France.

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