Souviens-toi du jour Mylène

Posté par francesca7 le 16 mai 2013

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Les lettres de l’alphabet hébreu ornent discrètement la photo du single de cette chanson. Dans le vidéoclip qui lui est consacré, Mylène vêtue d’une robe de givre erre dans un appartement moderne, presque vide, où se propage un incendie. Les variations de l’éclairage, avec le port de deux robes différentes, corsent le jeu visuel de l’explosion des flammes, qui flirtent avec les pendeloques de glace de la robe. Et si Mylène ne s’enfuit pas, c’est à cause de ses talons de verre, qui la mènent sur un canapé bleu. Ses poses lascives disent la fascination esthétique de l’horreur (des fours crématoires ?).

Mais cette perversité se nuance par l’expression austère et concentrée de Mylène, attentive à sauver du feu quelques lettres recueillies. Sans doute Mylène s’efforce-t-elle d’accuser ici, en l’incarnant sans se laisser aveugler par lui (mais il m’est impossible de l’affirmer), le potentiel esthétique de la violence exterminatrice, banalisée dans cet appartement confortable et sans âme qui suggère une impensable généralisation de cette violence, à l’échelle de la vie quotidienne ; or l’univers décrit par Levy (une référence sur laquelle est significativement orientée la conception de l’album) n’en est pas moins un souvenir écran, derrière lequel se devine encore le thème apocalyptique. Comme si Mylène faisait le lien entre l’Apocalypse de Jean, celle des deux guerres mondiales et l’apocalypse sentimentale de notre époque, dont il n’est pas sûr qu’elle soit la moins  grave.

Souviens-toi du jour Mylène dans Mylène et SYMBOLISME innamo-208x300Il faudrait analyser longuement la composition de ce poème, qui rassemble exactement 36 vers. D’après le déroulement thématique du texte et sa présentation graphique, ces vers se distribuent comme suit : 4 + 6 + 8 / 10 + 8 (18 + 18). Mais 36 est ici l’expression numérique d’une perfection chère à Pythagore, que le Démon ne s’efforcera plus d’imiter. Bien sûr : « Souviens-toi que l’on peut tout donner / Souviens-toi que l’on peut tout briser » ; mais le dualisme transcendé devient ici la force qui anime un élan ascensionnel confirmé par le refrain où le temps présent nous introduit dans le déjà là d’un futur désiré : « Pour une minute / Pour une éternité / Les mains se sont élevées / enfin le soin graphique de Jouanneau, plaçant dans la bouche de Prince le cri ininterrompu « VOOOOOOOHOOOOOHOOOH » visualise les possibilités du rythme qui s’exerce en privilégiant certains nombres, à divers niveau du texte.

Ce phénomène n’a pourtant pas chez Jouanneau le même sens que chez Melville, Conrad ou Rimbaud. La demi-conscience de ces écrivains éprouvant les lois du Nombre fait place à la conscience amusée de Jouanneau qui les maîtrise dans une surenchère ludique ; peut-être le seul moyen d’échapper à leur emprise ?

La seule citation du célèbre récit : Tu veux que je te dessine un mouton ? » se justifie par les valeurs sacrificielles et mimétiques qui font le relief de cette question apparemment si innocente. (Le détournement ( ?) du sens auquel se livre Jouanneau dans cette citation anticipe donc celui, commenté dans le premier chapitre de cet essai, de Mylène Farmer, qui fait écho à la même demande du Petit Prince). Et pour Bonzaï l’agneau et le loup sont des figures interchangeables…

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.232

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