le nombre de Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 16 mai 2013


le nombre de Mylène Farmer dans Mylène et SYMBOLISME fanmarjorie4-198x300l’identification de Mylène à la Bête prend une autre forme plus mystérieuse. Les jeux nominaux de Mylène (Mylène s’en fout, Mylénium…) incitent à scruter le rythme des lettres de son nom, mis en relief par le graphisme métallique de ses douze lettres ; deux fois six lettres, mais seulement neuf lettres différentes, parmi lesquelles six consonnes ; c’est assez pour songer au nombre de la Bête, expression chiffrée des malheurs que l’humanité doit aux contradictions qui lui sont inhérentes.

Mais ces intentions ludiques sont dépassées par une coïncidence dont aucune explication ne saurait venir à bout : Mylène a bien 36 ans lorsqu’elle enregistre Innamoramento en 1999. C’est l’âge crucial, celui de tous les risques pour les artistes, en raison du rapport privilégié avec la mimésis qui est leur lot. Incarnation de la perversité mimétique, e t modèle de tous les artistes pour les illusions dont elle berce l‘humanité, la Bête n’est pas vainement qualifiée par un nombre qui, relu comme la somme de trois 6 par certains commentateurs, conserve son sens néfaste dans l’imagination populaire lorsqu’il est redoublé. La structure mathématique du nombre 36, comme celle du nombre 6, traduirait le cercle mouvant du désir mimétique, autrement dit la cause de tous les malheurs des hommes, même si ces nombres, selon les pythagoriciens, expriment un idéal unitaire dont le rapport des deux Bêtes serait l’inversion négative.

Le même symbolisme s’affichait dans l’album Anamophosée ; un mot de 12 lettres, toujours sous le nom MYLENE FARMER. Les douze photos de Mylène figurant sur la brochure et sur le coffret du CD font alterner trois sortes de poses ; le visage de Mylène, ou son corps tout entier, avec deux costumes différents. Les douze boutons de son curieux maillot, mais encore les six côtés qui raient l’espace de tissu transparent entre la poitrine et les hanches sont en harmonie avec les jeux de mots sur la lettre X ( = SEX) dans certaines chansons (XXL : la marque de la Bête ? L’instant X qui comporte une allusion à l’an 2000…) Entre les lèvres de Mylène la lettre X reçoit le symbolisme que lui reconnaissait Claudel dans ses Idéogrammes occidentaux ; X est tout ce qui est section… l’unité définitivement détruite par l’unité, l’inconnu, le carrefour, l’inextricable…

Ces notions que Claudel rattache au mot « faux » inspirent justement les textes de Anamophosée où se voit chantée l’ivresse morbide des faux-semblants. L’unité détruite qui résume les visées métaphysiques de Innamoramento trouve résonance particulière dans l’album Anamorphosée, où la chanson XXL célèbre l’abolition des différences sociales et sexuelle avec un plaisir suspect, qui s’étend aux choix esthétiques dont témoignent l’ océan d’ambre » de Eaunanisme ou le « Jade… au creux du nombril » dans Mylène s’en fout.

Quoi qu’il en soit, le contemplateur est préparé à revivre cette quête, à la comprendre, par l’affiche du MYLENIUM TOUR : 12 lettres, sous les 12 lettres du nom MYLENE FARMER en haut de l’affiche. La date du concert : 24 septembre 1999 semble avoir été choisie en raison des connotations ambiguës du nombre 24, employé six fois dans l’Apocalypse (pour la figure des saints vieillards), mais rattaché à la figure du Diable dans la tradition populaire de différentes cultures. (Le fait que Mylène soit née le 12 septembre corse l’intérêt de ce choix).

L’identification des noms et des nombres dans la tradition où fleurirent les écrits de Jean de Patmos a-t-elle inspiré l’énigme qui rassemble le nom de Mylène, celui du concert et la date du 24 septembre ? Le contexte religieux de la plupart des chansons autorise à voir dans ce rébus nominal et numérique (12 + 12 lettres + 24 septembre) un rappel des vertus du nombre 48, qui fixe le rythme de certaines oraisons dans le culte hébraïque ; de même que le mois de septembre, après les huit premiers mois de l’année, la chaîne graphique du Mylenium Tour (8 + 4 lettres) rachète les maléfices latents de l’année 1999 (un 666  renversé ??). En effet, ce rapport 8/4 est relié par Melville à  la shekkina hébraïque (qui a comme attribut symbolique le nombre 32, un multiple de 8). Mais c’est dans le détail des huit coups de cloque qui sonnent la dernière heure de Billy Budd, à quatre heures du matin, u peu avant que la shekkina de l’aube ne se déverse sur le corps du condamné. La remise en cause du mythe qui détermina Melville à raturer cette shekkina s’adoucit chez Mylène, dans certaines chansons de l’album. Mylène est pourtant sœur de Billy Budd qui a comme seul talent sa claire voix de chanteur. Mais c’est dans sa vocation musicale que Mylène assume la vocation sacrificielle de Bill Budd. Du moins en sacrifiant les idées reçues qui dissimulent la fonction cathartique de son art aux yeux du public.

La nature diabolique, puisque si mélangée de l’amour naissant, réclamait les instruments (et la mélodie) suaves du premier morceau. La voix de Mylène, fondue dans le son des instruments se fait l’écho de la « voix du diable », dont on sait qu’elle est souvent séraphique. Avant même que les instruments ne se fassent entendre, un grondement céleste ou marin introduit l’album ; un orage qui s’éloigne, ou qui s’approche ?

Impossible de répondre, et la menace d’un grondement guerrier accompagne discrètement la montée de la mélodie qui progresse en vagues régulières jusqu’au moment où s’entrelacent le battement d’une armée en marche et le chœur de vois cristallines

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi  

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