Confusion mentale dans Amour Naissant

Posté par francesca7 le 16 mai 2013


Confusion mentale dans Amour Naissant dans Mylène et SYMBOLISME mf80_111a-225x300La confusion mentale de l’Amour naissant est bien l’image de celle qui pousse notre monde à sa perte : « Quel monde n’a pas connu le souffle/du néant/ressenti l’émoi des puissances du Dedans, dis ? » Le retour régulier des impératifs « dis ? » et « vois » évoque une Apocalypse intime (en « émoi ») qui s’élargit au monde entier, et dont la raison première est désignée dans l’aveu : « Ma vie, comme la / Fille de Ryan », auquel fait écho la question laissée sans point d’interrogation : « Quelle Irlande voudrait oublier/Ses légendes ». Voilà en effet signifiées les pulsions mimétiques génératrices de violence, sur le plan des sentiments et des comportements sociaux. La fille de Ryan, personnage du célèbre film de David Lean, est un modèle pour celle qui, dépossédée d’elle-même, éprouve l’amour naissant ; et les « légendes » auxquelles s’attache l’Irlande, pays de passions et de luttes de clans, sont autant de modèles illusoires pour le peuple dont elles valident les passions meurtrières.

Or, le refrain de l’Amour naissant : « Tu es l’amour naissant (…) c’est un revolver, Père / Trop puissant »désigne bien la figure du Père comme le pivot ou comme le fondement de cette débâcle spirituelle ; l’expression Père tout puissant, gauchie en « Père trop puissant » suggère une revendication, une rivalité à l’égard du Père dont la divinité s’estompe, au contact de la « Fille de Ryan ». Au père tout puissant se substitue le Père obscure de la tribu, sacrificateur et victime (l’anathème est lourd, les serments brûlants, chante Mylène), acteur principal du meurtre fondateur indiqué par certains philosophes modernes à l’origine de notre ou de toutes les cultures.

Ce Père trop puissant fait d’ailleurs écho aux « Puissances du dedans » curieuse inversion de l’Esprit du dehors qui dans les textes sacrés, désigne l’Esprit du Mal, c’st à dire le culte exacerbé de l’ego et la violence dualiste qui en découle. Le glissement pervers ente la bonté du père et l’esprit du Mal vérifie pourtant le lien problématique du Seigneur et de Satan, si sensible dans l’Apocalypse de Jean.

L’Amour naissant est « lourd comme « l’Anathème est lourd », c’est un revolver, Père etc… le rapport suspect de l’Amour naissant et de la violence du Père trop puissant s’éclaire si l’on écoute la Marthe de l’Echange de Claudel, dont les propos révèlent le rôle inspirateur de la violence mimétique dans le sentiment amoureux….

L’amour authentique peut-il exister ? L’album Innamoramanto retrace cette quête d’amour « réinventé ». Mylène rêve d’un amour dont la foi religieuse ne serait  plus l’antidote, mais le principal composant. Même si la foi elle-même est loin d ‘être pure de la mimésis, en raison du rapport incontournable de la violence et du sacré (c’est ce qui fait l’ambiguïté des paroles de l’album, qui assument toute la difficulté de ce problème). On songe à un amour lavé du sentiment amoureux, fondé sur l’estime éclairée et sur la volonté d’aider l’autre sans lui devenir un modèle, en reconnaissant le besoin que l’on a de lui.

L’émoi sexuel qui accompagne l’Amour naissant est l’objet du deuxième titre ; « L’ame stram gram ». Il s’agit sans doute d’un désir murmuré pour soi-même, plutôt que déclaré. Quoi qu’il en soit, les fantasmes de pénétration (En moi, en moi toi que j’aime ;.. il n’y a que ça qui nous gouverne, Dis-mois combien de fois ? » et « Pique-moi dans l’âme / Bourrée, bourrée de nœuds mâles » etc) traduisent une conception de la sexualité qui, d’après certains commentateur de l’Apocalypse, reproduit le schéma dualiste qui renie l’esprit de l’Un fait Deux. Cette bisée métaphysique se précise dans les chansons suivantes ; a présent, le dualisme en question s’amplifie dans la giration du rapport du bourreau et de la victime, suggérée par cette déclaration ; « Ceux que tu condamnes / T’éreintent, te font du charme ». La rencontre amoureuse n’est plus distinguée des effets de miroir où se confondent les individus. Le désir de l’autre est ressenti comme une névrose.

Comment d’ailleurs ne faire qu’un avec l’autre lorsque le sexe, embarrassé de la violence faite névrose, se définit comme un besoin de « Partager mon ennui le plus abyssal » ? Le sexe c’est connu, n’a pas d’âme. Le titre l’Ame stram gram exprime et échec et en découvre la raison, dans le décalage entre le mot âme et la légèreté vaguement diabolique de la comptine ; le pouvoir de division qui est celui de Satan s’illustre justement dans le chasme sonore bancal de ce titre. (Le vidéo clip de cette chanson conforme ces remarques, malgré le décalage du thème chinois. C’est l’histoire de deux sœurs grandies à l’ombre de la muraille de Chine (jouées par Mylène), victimes de violences mortelles auxquelles elles doivent pourtant des pouvoir infernaux, utilisés pour leur vengeance : avatar chinois des « deux témoins » de ap.11 ?)

Cet échec de l’amour accompagne une crise de l’être, masquée dans le titre Pas le temps de vivre où l’absence du désir de vivre prend l’aspect d’une urgence vide ; ce désir de mourir qui contraste, du moins en apparence, avec les appétits de la chanson précédente, prend la forme d’un repli monacal où se confirment les ouvertures métaphysiques évoquées plus haut, qui n‘en restent pas moins suspectes. « L’être se monacal / Mais j’erre comme une lumière/ Que le vent a éteinte ».

Cette référence religieuse attire l’attention sur l’image proposée d e l’Un, but ultime du mystique ; « Pour soulager une à une / Mes peurs de n’être plus qu’une ». L’Un, amputé de son sens divin, est rendu à la violence d’un déchirement de l’être. Les mots « plus qu’une » suggèrent encore l’angoisse de la file indifférenciée des autres âmes, tandis que le rapport mythique de l’Un et du multiple se dégrade dans les « peurs une à une », ces peurs avec lesquelles Mylène ne fait plus qu’un. Et bientôt le curieux pluriel ; « Dis-moi les mots qui rendent ivres » suggère le mythe de la Bête, esquissé dans Dessine-moi, se précise dans Je te rends ton amour, où le thème filé de l’art pictural transpose le mystère de l’image de la Bête. Si la bête est reine des illusions, nul doute que tout image, toute copie i ou interprétation de la réalité n’en manifeste les pouvoir.

Extrait du livre : L’APOCALYPSE SUR SCÈNE Michel Aroumi p.38

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