Mylène dans son Paradis Inanimé

Posté par francesca7 le 17 avril 2013

 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

 

Certains textes de Mylène Farmer renvoient à des significations profondes et particulières. « Paradis inanimé » en est un parfait exemple, preuve que la Mylène à la plume talentueuse se montre au meilleur de sa forme dans ce dernier album « Point de suture ». Dans « Paradis inanimé », la chanteuse aborde le thème du lit de mort et probablement de l’euthanasie en se mettant à la place du mourant.

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« Dans mes draps de chrysanthèmes » : Les Draps renvoient au lit, les Chrysanthèmes à la mort. On parle en littérature de Drap de chrysanthèmes pour parler effectivement des parterres de fleurs qui recouvrent les tombes, mais c’est donc une figure de style classique, et Mylène la rend originale en parlant ici des Draps au sens premier du terme, et en renvoyant les chrysanthèmes au niveau de la représentation de la mort (une inversion donc du sens figuré et du sens premier, du détournement de lieux communs). 

« L’aube peine à me glisser, Doucement son requiem, Ses poèmes adorés » : On imagine la personne dans une chambre obscure où la lumière du soleil peine à arriver à elle. Le Soleil étant vu comme « Source de vie », il s’agit là d’une autre indication sur son état physique et moral. 

« Dans mon lit, là, de granit » : Même chose que pour les chrysanthèmes, le lit (d’hôpital, ou en tous cas Lit de Mort) étant là clairement cité, le granit renvoyant encore à la tombe. Le lit de granit est presque évidemment le tombeau, mais je pense que là encore, Mylène est allée au delà et a renversé la situation, et le lit est un vrai lit, le granit étant la mort. 

« Je décompose ma vie » : Double sens. Le premier lié à la décomposition organique et donc au fait qu’elle se meurt intérieurement. Le deuxième pouvant être qu’elle se remémore son passé, se noie dans la nostalgie, fait le bilan de sa vie, peut être le dernier… 

« Délits, désirs illicites, L’espoir, le rien et l’ennui » : L’ensemble des émotions qui la traversent, que ça soit quand elle pense à ses souvenirs, ou simplement qu’elle s’ennuie dans sa chambre. Il y a une progression surtout !
Délits : Quelques choses de mal, une action.
Désirs illicites : Reste au niveau du désir, pas d’action, mais une effervescence.
Espoir : Une forme moins forte de désirs.
Le rien : Comme son nom l’indique.
L’ennuie : Si le rien est « l’échelon 0″, l’ennuie et l’échelon « -1″.
C’est donc une forme de « dégénération » (dégénérescence), celui de son état physique et moral ! C’est ainsi qu’elle a « décomposé » sa vie, en plusieurs « strates » évolutives selon sa… maladie on peut supposer. 

« Mais pour toujours » : Éternité, lien direct avec la mort

« Pour l’amour de moi » : Clairement « Si vous m’aimez ».

« Laissez moi mon… Paradis inanimé » : Sûrement en fait le coma, déjà évoqué dans Dégénération. Elle ne veut pas qu’on essaye de la réveiller, et qu’on l’a maintienne en vie. 

« Long sommeil, lové » : Si elle est dans le coma, cela s’apparente à un « long sommeil ». 

« Paradis abandonné » : Référence au fait que théoriquement le Paradis est plein d’autres personnes mortes auparavant. Dans ce paradis là, elle est toute seule, il n’y a que son esprit.

« Sous la lune m’allonger » : Phrase qui fait sans doute écho à l’aube du premier couplet. Si l’aube, et donc le soleil, ne l’atteint plus, la Lune oui, avec toutes les significations que cela suppose (mort, obscurité, silence, quiétude…) 

« Paradis artificiel » : Le paradis dans lequel son esprit est n’est pas un vrai paradis. Elle est dans le coma, peut être maintenue en vie de manière justement artificielle.

« Délétère » : Dans le sens courant, « délétère » fait référence à tous ce qui amoindrit le physique ou le moral. Par exemple, on parle de « Nuages délétères » en littérature pour évoquer des nuages sombres qui influent négativement sur le moral. Dans le cadre de la chanson, cet état l’ennuie, la désespère. Sur un plan médical, il s’agit de quelque chose de nuisible pour la santé : sans doute le fait que d’être dans un état comateux entraînent de nombreuses séquelles et là encore une dégénérescence lente mais sûre. 

« Moi délaissée » : Encore le fait qu’elle soit toute seule

« Mourir d’être mortelle, Mourir d’être aimée » : Je vois là les deux choix qui s’offrent à elle : Mourir de vieillesse, pour des raisons naturelles, ou mourir parce qu’on nous aime, et parce qu’on ne souhaite pas nous voir souffrir (l’euthanasie). 

« Emmarbrée dans ce lit-stèle » : « L’emmarbrement » (encore une invention verbale de la chanteuse), semble désigner le fait d’être prisonnier dans le marbre ou sous le marbre. On ne peut qu’y voir une référence à la tombe d’un cimetière, faite de marbre. La stèle de « lit-stèle » renforce cette idée. Toutefois le « lit-stèle » semble se référer à un lit de mort : c’est bien dans ce lit-même que la chanteuse finira ses jours. 

« Je ne lirai rien ce soir, Ne parlerai plus, rien de tel Que s’endormir dans les draps Du noir » : La virgule entre « plus » et « rien » est très importante. Les deux premières juxtapositions évoquant son manque de communication et de possibilité d’action sur le monde extérieur, le « Rien de tel que s’endormir dans les draps du noir » marquant là encore son isolement. Peut-être de façon un peu comique, on pourrait y voir le fait que les personnes lisent pour s’endormir, ou parlent par exemple (tout comme elles peuvent écouter de la musique). Mais pas besoin de ça pour « s’endormir » lorsque l’on tombe dans le coma (les draps du noir). 

« C’est le sombre, l’outre-tombe, C’est le monde qui s’éteint » : Elle glisse vers la mort. Le « qui s’éteint » montre que c’est entrain d’arriver, que ça se produit en ce moment, lentement. Elle se sent partir. 

« L’épitaphe aura l’audace, De répondre à mon chagrin » : Alors qu’elle part, elle se dit que c’est tant mieux, que sa peine prendra fin. Après avoir été tant de temps dans ce « lit-stèle », son corps ira rejoindre une tombe, une vraie (représentée par l’épitaphe), qui sera donc la fin de son calvaire. 

Et puis n’oublions pas la fin de la chanson, où l’on entend sa voix qui déraille comme si l’on débranchait un robot. Il s’agit probablement du débranchement de la machine qui la maintenait en vie. Le thème du coma, en plus d’être déjà abordé dans « Dénégération » est en plus en parfaite cohésion avec le titre de l’album « Point de suture » et sa référence au milieu médical.

Ce texte de Mylène Farmer pourrait être mis en relation avec la chanson « Dernier sourire » (face B du single « Sans logique ») qui traitait déjà de l’accompagnement vers la mort d’un être qui se sait mourir et de la présence jusqu’au dernier moment.
Mylène nous offre donc là un texte saisissant sur un thème très actuel, et si l’on ne peut pas réellement deviner son opinion personnelle sur le sujet, le fait que le personnage de la chanson semble y être favorable nous pousse à penser que c’est le cas aussi de la chanteuse. De quoi faire jaser une fois…

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