Mylène Farmer et Eaunanisme

Posté par francesca7 le 9 avril 2013

 Mylène Farmer et Eaunanisme dans Mylène AU FIL DES MOTS eaunanisme

Mylène aime la formule et s’amuse avec les mots. Eaunanisme (contraction d’eau et d’onanisme ») en est la parfaite illustration. Et si le texte peut sembler obscure de prime abord, la chanson est d’une sensualité et d’un érotisme torrides. Une spécialité de Mylène, qui perle ici de masturbation et de parfait communion avec l’élément liquide – élément que l’on retrouve en bruitage dès le début de la chanson. Dans toutes les religions, dans toutes les civilisations, dans tous les mythes, l’eau est source de vie, moyen de purification ou de régénérescence, promesse de développement.

Elle représente l’infini des possibles. Elle est un symbole universel de fécondité et de fertilité, de pureté, de sagesse, de grâce et de vertu. Elle est l’origine et le véhicule de toute vie, souffle vital – la sève n’est-elle pas de l’eau ? Avant de naître, ne baigne-t-on pas dan l’eau amniotique ?

L’eau est livre et sans attaches. Elle se laisse couler en suivant la pente du terrain ou en suivant le courant. L’eau s’abandonne. La force de l’eau est une force « yin » féminine. Et l’eau est partout, même dans les déserts, sous forme d’oasis, dans nos yeux, sous forme de larmes, sur nos corps, sous forme de sueur. Pour rattacher cette symbolique de l’eau au titre de la chanson de Mylène, on peut également parler de la cyprine, liquide sécrété par le sexe de la femme lorsqu’elle est en état d’excitation sexuelle, donc quand elle se masturbe….

Moment évoqué dans le refrain de la chanson : « Océan d’ambre / Mélange, mélange-moi / A tes légendes / Mets l’ancre, l’ancre en moi / C’est si doux la brûlure / Là où la main me touche, Eau / Et coule cette écume / De ma bouche ». Si, dans le refrain, Mylène emploie la première personne du singulier, elle parle dans les couplets d’une tierce personne (son double ?). Les vers « J’irai lui dire / Que de l’homme elle s’est lassée / De tout / Que sa vie rare / Est cachée dans le velours .. de l’immensité / Qu’il est trop tard pour l’aimer / Elle s’est dissoute… dans l’éternité, Eau » évoquent ainsi une femme qui s’adonne à la masturbation après avoir été délaissée par un homme…

Une fois n’est pas coutume, Mylène nous donne – presque – toutes les clés de ce texte dans une interview accordée le 16 octobre 1995 sur NRJ, au journaliste Eric jean-Jean :

« J’avais envie de l’élément eau, maintenant l’onanisme c’est effectivement la recherche du plaisir par soi-même. Moi, quand j’écris cette chanson, je pensais à l’écriture ; l’écriture est aussi un plaisir solitaire, en tout cas dans un premier temps, et j’avais envie d’écrire comme un petit conte, en évoquant un personnage ».

Un nouvel éclairage sur la chanson en effet… Alice serait donc la face noire de l’écriture et Eaunanisme la face solaire. Notons également que Mylène semble rendre ici un hommage discret à l’un de ses poètes préférés, Pierre Reverdy, et à son poème Autres jockeys alcooliques ‘Les Jockeys camouflés, 1918). Quand le poète écrit : « Je t’ai donné un nom qui n’est pas le tien / Je t’appelle autrement et tu me réponds pas / Tu ne comprends pas / Pourquoi marches-tu / Ce sont les jambes d’un autre qui te portent ». Mylène écrit : « Je suis qu’elle marche / Sans savoir qui elle est / Que c’est les jambes / D’une autre qui la portaient ». Dernière précision : si Eaunanisme est évincée des concerts de 1996, dans le making-of M.F Confidential, présent dans le deuxième DVD des clips de Mylène (Mylène Farmer, Music Video II et III, Polydor 05477069), on peut assister durant quelques minutes au mixage d’Eaunamisme au studio Record One de Los Angeles….

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