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Dessine-moi un mouton Mylène

Posté par francesca7 le 6 avril 2013

Analyse de « Dessine-moi un mouton »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

Dessine-moi un mouton Mylène dans Mylène et SYMBOLISME mouton

Au niveau des paroles, « Dessine-moi un mouton » aurait mérité d’être un hymne mylénien, juste à la suite de « Désenchantée ». Bien que la musique ne manque pas de charme et de mélodie, elle n’atteint pas, en puissance et en tension, le brillant refrain du tube des tubes. Le motif principal, obsédant, revient tout de même seize fois et tourne, pour certaines oreilles, au bourrage de crâne. Ça ne m’empêchera pas de défendre cette ouvre qui, si elle paraît assez claire à la première écoute, s’inscrit dans une réflexion qui nous concerne tous, du plus petit au plus grand.

La progression de la pensée mylénienne est visible de couplets en couplets, chaque étape marquée par l’exclamation « quelle solitude ». (notons, au passage, la beauté de la voix de Mylène, semblant mourir sur des mots aussi significatifs que « solitude » ou « rien »). D’abord, l’artiste se plaint de son ignorance face à l’au-delà, puis de sa petitesse face à l’univers. Ces deux sentiments sont soulignés par la musique, à la fois dédramatisée par les synthés, rythmée par les guitares électriques sur la base solide du piano, ce qui donne un cadre assez simple pour que le timbre doux de la voix ne soit pas perdue dans une masse de notes.

Les questions posées rejoignent la base de la philosophie : où serais-je ? Serais-je plus qu’un grain de poussière dans l’univers (cf. « A quoi je sers ») ? Mylène cherche des réponses dans « le petit Prince » de Saint-Exupéry, référence avouée explicitement : « ignorer ce que les yeux ne peuvent pas voir » renvoie à la célèbre phrase « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Ce qu’est la vie, nos cinq sens humains sont incapables de le traduire sous une forme intelligible. Nous sommes comme aveugles… ou aveuglés. Nous y reviendrons.

Le « monde adulte » n’a rien d’attirant. Il est « isolé », référence aux excès de l’individualisme, et « abrupt », une dureté renforcée par l’allitération en « r » : abrupt, broie, noir. Quitte à être ignorante, Mylène préfère rester enfant. Remarquons quand même qu’elle se place dans le monde adulte (« et là je broie du noir »), la petite fille a fini par grandir et à assumer sa féminité, mais elle se sent seule.

En fait, toute la chanson est basée sur la double opposition enfant/adulte (thème redondant chez Mylène) et imagination/raison (thème plus inédit !). Les adultes bien éduqués vont utiliser pour aborder le monde leur raison, apprise par coeur à l’école, avec sa méthode mathématique. Mais de quoi cette raison est-elle capable ? Simplement de nous écraser en nous faisant prendre conscience de l’infinité de l’univers (univers qui n’est qu’immense que lorsqu’on le parle avec le langage des mètres et des équations !). Voilà pourquoi Mylène souffre. A partir du moment où la raison gouverne le monde adulte, Mylène a recours à une arme redoutable (cf. « Méfie-toi ») : l’imagination. C’est-à-dire les yeux, non du corps, mais de l’esprit. Et seul l’esprit permet de voir l’essentiel de la vie, d’échapper à l’abrupte logique adulte.

L’imagination va combler le « vide du ciel » : par la religion. C’est une référence au christianisme : on doit être comme des enfants pour ouvrir son coeur à un Dieu incompréhensible à la raison. Et l’imagination permet de rendre le monde moins « triste » : par l’amour. Le voilà, l’essentiel de la vie. La raison ne peut que détruire les rêves, elle est négative. L’imagination, au contraire, est une force créatrice, positive. La raison est limitée puisqu’elle est incapable de se représenter ce qu’il y a après la mort, elle ne cause donc que souffrance, ce qui était fait à l’origine pour grandir l’homme le soumet : c’est « absurde ». En réalité, la vraie, et peut-être la seule, puissance de l’homme est le feu de son imagination. Pour en voir une bonne illustration, je vous conseille d’aller voir « Histoire sans fin ». Bon, au niveau des effets, ce n’est pas Matrix, mais vous y trouverez la même opposition entre un découragement destructeur (le Néant) et les rêves d’un enfant qui va sauver le monde. Le cogito (« je pense donc je suis ») de Descartes est dépassé. La conscience de l’homme ne lui permet pas d’être plus qu’un « point minuscule ». Mais, avec l’esprit (la recherche scientifique, la persévérance, l’imagination), l’infinité mathématique de l’univers est envoyée dans les cordes ! Qu’est-ce qu’un millier d’années ou de kilomètres face à l’amour que je porte à mon prochain ou à l’espoir en un Dieu qui nous ouvre les portes de l’éternité ?!

L’imagination est incarnée par le mouton. C’est le double symbole de l’enfant (mignon, pur, qui ne pense pas à mal, sans souci) et de la chose insignifiante, banale sur laquelle Mylène, comme Saint-Exupéry, va baser son message. En réalité, ce n’est pas le mouton en soi qui est important, ç’aurait aussi bien pu être un lapin blanc, mais le fait de le dessiner. Dessiner, c’est le geste enfantin par excellence (par opposition avec écrire, qu’on apprend à l’école) mais aussi le geste primordial de la création spontanée, libre. C’est la troisième opposition, une vraie trinité : spontanéité et éducation. Voilà ce qui nous aveugle, nous empêche de voir l’essentiel : les préjugés de l’éducation qu’on nous a inculqués. L’esprit, débarrassé de la raison inhibitrice et de l’éducation bornée (idée peut-être empruntée à Erasme), est libre de se battre contre la dureté de la vie. Lui seul peut créer l’espoir indispensable à la vie. Le mouton est fort parce qu’on prend plaisir à le dessiner : c’est un acte d’amour (cf. la rose dans « le petit Prince »). Les adultes feraient mieux de dessiner des moutons plutôt que de continuer à se taper la tête contre des murs qui n’existent pas.

mouton-my dans Mylène et SYMBOLISMELes couplets suivants matérialisent cette lutte entre forces négatives et positives : dépression et espérance. Mylène semble être terrassée par la réalité de la vie : « déconfiture ». Mais l’emploi même de ce terme enfantin est une victoire, puisqu’il relativise le drame, provoque le rire qui va lui permettre de reprendre le combat. La vie a beau être un « bien majuscule », c’est-à-dire ce bien auquel s’attachent tous les hommes, elle n’est « utile » qu’ »au chagrin » puisqu’on finira par la perdre (« la morsure du temps »). Il ne faut pas déprimer : si l’on est capable de se réjouir de cette banalité qu’est un mouton, alors la mort ne viendra pas nous ennuyer. Peter Pan n’aurait pas fait mieux. L’aveuglement, c’est de souffrir pour des détails matériels sans importance alors que l’essentiel vient du cour.

L’injonction de Mylène, « dessine-moi un mouton », montre que chacun peut faire ce qu’elle tente de faire. Par cette ouvre, la chanteuse montre qu’elle a su dépasser le stade de « Plus grandir ». Elle est adulte, mais, au fond d’elle-même, elle a su garder une parcelle de son enfance : un grain de sable, un mouton qui égaiera sa vie. Ce n’est pas le secret de l’immortalité, c’est le secret du bonheur.

 

Source : http://www.sans-logique.com/mylene-farmer/analyses/analyse.php?chanson=dessine-moi-un-mouton

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« Je te dis tout » Mylène

Posté par francesca7 le 6 avril 2013

analyse parue dans Le Figaro

Un paysage ténébreux, option lac embrumé, ciel sombre et arbre sanguinolent. Le décor, gothique comme il se doit, est planté. Une barque et un gant rouge plus tard, la voilà qui apparaît: Mylène Farmer, look mormon et regard mélancolique, scrute l’horizon.

Au loin, un cheval galopant retient son attention. S’ensuit une danse lascive entre l’animal et la rousse. Tantôt chantant à son oreille, tantôt soufflant sur ses naseaux, Mylène Farmer tente de dompter l’étalon et semble s’émerveiller de cette rencontre.

Pendant ce temps, sa voix enveloppe le spectateur à coups de «Mon amour, je te dis tout. Tu peuples ma vie à l’infini». À croire que ces murmures séduisent la monture sauvage, qui se laisse finalement apprivoiser. La chanteuse, pas peu fière, peut alors repartir en cavalant au rythme du soleil levant. Une autoparodie ? Un clip pour le PMU ? On hésite encore.

Disque de diamant malgré tout

Pour toute réclamation, s’adresser à François Hanss. L’homme avait déjà sévi pour les clips de InnamoramentoRedonne-moi et Quand. On l’a aussi retrouvé en assistant à la réalisation pour Libertine et Sans Contrefaçon, entre autres. Un historique, donc, qui a visiblement quelques difficultés à se renouveler.

Si son clip galope depuis peu sur la Toile, la chanson figure sur Monkey Me , disque de Mylène Farmer sorti en décembre. Ce neuvième album studio montre une fois encore la mobilisation des fans. En une semaine, il s’était déjà vendu à 150.000 exemplaires avant d’être certifié, un mois après, disque de diamant.

Les Français qui n’ont pas eu la «chance» de l’écouter ont pu découvrir Je te dis tout, version play-back préenregistrée, en direct live des NRJ Music Awards, samedi dernier.

On croyait qu’elle avait tout osé. Erreur ! Cette fois, Mylène Farmer met en scène une histoire d’amour… avec un sublime pur sang !

 On connaît la passion de Mylène Farmer pour l’équitation, mais aussi ses talents de cavalière (elle avait d’ailleurs envisagée, adolescente, d’être monitrice équestre). Dans le clip de son nouveau single, Je te dis tout, qui vient d’être dévoilé, elle va encore plus loin en mettant en scène une véritable histoire d’amour avec un cheval sauvage.

 Une métaphore originale (et ô combien audacieuse) pour illustrer le thème de la chanson : l’amour absolu. On voit d’abord une Mylène solitaire qui rame sans fin dans sa barque, jusqu’au moment où elle voit galoper un splendide étalon. Apprivoiser l’Autre, l’observer avant de tenter de l’approcher, puis marcher au même pas, le caresser pour ne faire qu’un avec lui – l’idée même de relation charnelle est évoquée avec le passage de l’animal par la grille estampillée « M » (comme Mylène): toutes les étapes d’une relation amoureuse se succèdent dans cette vidéo réalisée par François Hanss, collaborateur historique de la chanteuse.

 Ce n’est pas le seul atout de cette vidéo, bourrée de références à la longue carrière de la star. Avec élégance et finesse, Mylène Farmer revisite sa propre légende, multipliant les clins d’oeil à son répertoire (les gants rouges de Plus grandir, l’étang de Libertine, les grilles Allanla barque dA quoi je sersles arbres d’Innamoramento ou encore le filet de sang coulant de l’écorce évoquant Je te rends ton amour).

 De sublimes images, un climat envoûtant et mélancolique, une Mylène éternelle, arborant la coiffure qui a fait sa gloire. Même si le scénario reste simple, voire épuré, François Hanss offre une vidéo qui n’a pas fini de faire gloser les inconditionnels de la star.

auteur de « Mylène » (Flammarion)

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