Dernier sourire de Mylène

Posté par francesca7 le 24 février 2013

symbolisme de « Dernier sourire« 

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

Dernier sourire de Mylène  dans Mylène et SYMBOLISME images-10 

Percer les secrets des vers de Mylène Farmer, ça ressemble parfois à un viol. Ou alors quelque chose comme pénétrer en Nike dans un tombeau de pharaon. Mais si les œuvres de Mylène sont publiques, on a le droit de réfléchir dessus. De plus, il ne faut pas oublier qu’elle n’a rien d’une déesse, et que « Dernier sourire » n’est pas une œuvre sacrée mais une chanson d’une profonde humanité. A respecter donc, mais pas à idolâtrer.

Ici, Mylène semble se rapprocher des canons de la chanson française, avec un accompagnement classique, une mélodie simple et sans refrain et des paroles plus sobres et moins mystérieuses. Rapprochement à relativiser, puisqu’elle s’y révèle, au niveau du style et de l’ambiance, au mieux de sa forme, avec au programme expression de l’inéluctable et description en temps réel de l’agonie d’un être aimé. 

images-13 dans Mylène et SYMBOLISMEEn fait, cette chanson est une véritable scène d’opéra, à la manière des solos des grands maîtres des temps passés, comme Verdi ou Schumann. Comment ne pas imaginer en entendant ces mots une scène tragique, avec le lit où un corps repose, pas encore mort mais s’éloignant de la vie, Mylène le serrant dans ses bras, désirant autant le retenir que de l’accompagner dans ses derniers instants… ?

Avec les premiers mots de la chanson (« sentir ton corps »), on a l’impression de se retrouver devant une chanson d’amour…et on a raison ! Même si la suite devient beaucoup moins romantique (« tout ton être qui se tord ») le thème de la chanson est bien la description de la mort d’un proche, le point de vue choisi est celui de Mylène, qui voit l’être aimé lui échapper et tente de lui manifester son affection une dernière fois. D’où le titre « Dernier sourire », d’ailleurs…

Le titre peut être aussi interprété avec le symbole du sourire du crâne, personnifiant la mort. On assisterait alors à la substitution progressive de la malade par la mort, envahissant peu à peu son visage. Ainsi, le sourire serait causé par la douleur (« souriant de douleur »), un peu comme une blessure ouverte d’une oreille à l’autre, comme dans « l’Homme qui rit » (Victor Hugo) où un personnage porte sur lui un sourire gravé à jamais.

Il y a une progression dans la chanson, un grand mouvement menant non à la mort, mais à la mémoire (« ton souvenir ne cessera jamais »), amplifié par l’absence de refrain. 

D’abord, la mort (« ton heure ») « point au cœur », elle s’approche, comme une ombre menaçante. Etrange figure de style, la chambre « qui bannit le mot tendre » devient le réceptacle d’un cœur, focalisant sur celui-ci toute la dureté d’un scène. 
La mort accomplit un pas de plus, lorsque la « foi se dérobe, à chaque fois que tu sembles comprendre ». Mylène sent que l’espoir d’une guérison miracle vacille et disparaît, soufflé par la fatalité qui se fait plus pressante à mesure que la malade prend conscience qu’elle vit ses derniers instants.

« Parle-moi encore ». C’est tout le problème du comportement qu’on doit adapter face à la mort en direct d’un proche. Que peut-on dire de juste, d’intéressant et de sensé dans ce genre de situation ? Il suffit d’être vrai, peut-être…
Mylène, femme sensible et grande amie de la malade, compatit forcément à ses affres, donc elle souffre presque autant qu’elle : « Je peux t’accompagner ». Mais aussi, elle se révolte, avec les plus beaux vers de la chanson : « Qui te condamne ? Au nom de qui ? Mais qui s’acharne A souffler tes bougies ? » Non seulement la mort est impersonnelle (pourquoi, dans aucune civilisation, nul n’a jamais donné de nom à la mort ?), mais elle est aussi absurde : puisqu’elle prend indifféremment le vieux et l’enfant, l’innocent et le coupable. 

La mort est infligée sans tribunal.
Et il n’existe pas d’avocat, lorsqu’elle vous montre du doigt.

telechargement-7Les « bougies soufflées » symbolisent le temps et les âges passant au fur et à mesure qu’on dénombre les anniversaires.
« Si je t’invente des lendemains qui chantent… » Comment parler d’espoir, ou même comment prononcer le mot demain, quand on connaît la condamnation ? « Est-ce te mentir ? » La vérité est trop dure à prononcer, l’espoir mensonger n’est-il pas plus doux à entendre ? « Vois-tu le noir de ce tunnel ? » Les promesses s’effacent une à une devant l’inévitable. Mylène est partagée entre son désir de ne pas causer plus de mal à la mourante en l’accablant d’adieux, et celui de ne pas la « trahir » en lui cachant la vérité. Elle sent aussi qu’elle ne pourra pas l’accompagner bien longtemps.

La fin est originale. Alors que la mourante disparaît enfin dans un jaillissement de « lumière », Mylène reste seule avec un « souvenir » éternel, et elle n’a d’autre choix que de se promettre elle-même à une torture sans fin, se refusant à chasser son amie de sa mémoire. 

C’est parce qu’un drame est parfois ressenti avec encore plus de force lorsqu’il arrive à sa meilleur amie qu’à soi-même (répétition du mot « sentir ») que « Dernier sourire » a eu un aussi fort impact sur le public, subjugué lors du Mylénium Tour. L’avantage de cette chanson par rapport à « Ainsi soit Je », c’est qu’elle remplace la lamentation par la compassion. 
C’est une chose que de voir pleurer les Star’académiciens (dont on ne niera pas le pathétisme). C’en est une autre d’assister à un « Dernier sourire » live. 

Et ce qui sépare ces deux choses, ce n’est pas un océan de larmes, mais l’authenticité.

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