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Symbolisme « Jardin de Vienne » de Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2013

symbolisme de « Jardin de Vienne »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

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Symbolisme

C’est le live 1989 qui a sauvé cette superbe chanson de la catégorie « chanson mineure ». Son côté morbide aurait pu l’assimiler aux premières « gothiques » de l’artiste, style « au bout de la nuit », alors qu’elle porte en elle un message bien plus puissant.
Comme de nombreuses oeuvres de cette époque, « Jardin de Vienne », à la première écoute, laisse l’auditeur troublé comme après une croisière houleuse, voire perturbé comme après un cross hard ! C’est l’histoire, mythique, d’un amoureux qui se pend, semble-t-il, de désespoir. Le rôle de Mylène n’est pas évident. Elle peut être l’amante qui le découvre au crépuscule ou, comme le type de voix choisi l’indique, la fille du défunt. Tout est raconté avec un nombre minimal de mots : tant mieux! Cette restriction volontaire donne à chaque mot sa force de frappe et contribue à l’aspect pudique du texte.

« Jardin de Vienne » s’ouvre par un extrait symphonique de Malher (d’ailleurs utilisé dans le film « Mort à Venise »). Puis, elle prend la forme d’une comptine plus ou moins légère qui tourne à la vertigineuse psalmodie. L’ouverture a l’avantage de planter le décor : on est dans une sorte de marche funèbre. On entrevoit déjà la procession, les robes noires, le cercueil… Mais, coup de génie, au lieu de poursuivre sur un morbide kitsch à la « Agnus Dei », la musique glisse sur une atmosphère plus trouble, quand la voix de Mylène apparaît, prenant le timbre enfant mignon de « Plus grandir ». 

Le contraste grandit, mené de main de maître, la chanson se déchire, nous avec, et s’ouvre sur les états d’âme de la chanteuse comme un écrin sur un diamant pur. Le contraste, comme une lumière obscure, est d’abord musical. Tandis que les synthés et les guitares martèlent nerveusement, que le vent siffle, la corde grince à en mettre nos nerfs à vif, la voix de Mylène se fait douce, oscillant entre l’étonnement et la compassion. Il faut attendre la phrase qui tue (« ce soir, j’ai de la peine… ») pour comprendre qu’elle est affectée par la mort. Le regard de Mylène est peut-être celui d’une femme qui, choquée par un drame que les mots ne peuvent décrire, semble retomber en enfance, avec sa naïveté et son ignorance devant la réalité de la mort. Ainsi, elle cache son insondable tristesse derrière des expression gamines, genre « petit bonhomme », « monte sur l’arbre ». Mylène compare la descente du corps à la cueillette d’une pomme! Plus l’interrogation simplette (« est-ce pour me voir? ») pour se préserver de la cruauté de la vérité. C’est la musique qui révèle la douleur de Mylène, renforcée par l’apparition des batteries militaires (elles-mêmes adoucies par la flûte de Pan!) : il y a donc un parfait équilibre entre le tragique exacerbé de la musique et la pudeur du texte.

La mort, le suicide, thème-clé, est assez « soft ». D’abord, aucun mot du champ lexical du funèbre n’est prononcé jusqu’à l’aveu (quand Mylène se rend enfin compte de la vérité!). Ainsi, l’homme « s’est endormi », « ne sourit plus », il dit « au revoir », il fait « l’oiseau ». Mort soft qui se balance entre la douce amertume du « vent du soir » et l’ironie grinçante de l’auteur. C’est du macabre à la Baudelaire, à la « Gaspard de la Nuit » qui nous ramène dans cette Vienne romantique où on allait se pendre parce que la demoiselle avait refusé la dernière valse! A noter que Mahler était un compositeur romantique… viennois! Mylène retrouve en elle cette sensibilité du XIX siècle, et « Jardin de Vienne » contribue à la moderniser, la ressusciter dans notre actualité.

Mais le refrain prend le pas sur le macabre lorsqu’il est répété, psalmodié jusqu’à la fin (6 fois!). c’est lui qui doit nous marquer.

L’histoire banale de l’amoureux qui se pend n’est pas choisi au hasard. Mylène utilise la mythologie du romantisme pour cacher son message derrière divers symboles. 

D’abord, il y a le Jardin. En général, c’est plus un lieu de détente qu’un cimetière, et on y trouve plus de couples qui s’emballent que de suicidaires. Or, justement, dans notre histoire, c’est l’amour qui cause la mort : on retombe sur notre contraste. On est face à un rituel de purification. Le gars meurt d’ amour, ce qui permet à son âme de « monter plus haut », de libérer son âme. Voilà comment le contraste s’explique : c’est celui du corps qui souffre, qui meurt, qui se déchire pour que l’âme puisse s’envoler. La mort est donc dépassée par l’espoir d’une vie nouvelle et mystérieuse, loin des souffrances du corps dont on peut bien se moquer puisqu’il ne sert à rien!

219_image-264x300 dans Mylène et SYMBOLISMELe jardin s’intègre aussi puisqu’il participe au rituel en tant que temple, idée de sanctuaire de l’amour. Même s’il se donne la mort, l’homme (dont l’anonymat indique qu’il peut s’agir de chacun d’entre nous) est purifié car il agit par l’amour. Amour que Mylène ne semble pouvoir partager puisqu’elle doit rester sur terre, avec les souffrances de son corps. Ce n’est pas l’homme qui souffre, mais elle. Elle a perdu son amant. 

« Jardin de Vienne » est la comédie d’une mort, le drame d’une séparation et l’espoir d’une délivrance.
Par sa richesse, sa beauté au-delà du macabre, elle mériterait une place dans un best of. Elle ne l’a pas obtenue, soit parce qu’elle apparaît sur un CD truffé de candidates à best of, soit parce que, comme toutes les chansons de Mylène Farmer, elle porte un danger : un certain phénomène d’accoutumance…

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Symbolisme de l’Horloge de Mylène

Posté par francesca7 le 17 février 2013

Analyse de « L’horloge »

Paroles : Charles Baudelaire
Musique : Laurent Boutonnat

+ d’infos sur cette chanson

Mylène Farmer a cette originalité d’allier dans ses chansons une expression puissante de sa personnalité indépendante et une inspiration importante et avouée de sources diverses. Le poète Charles Baudelaire en fait partie. 

Dans la famille des écrivains hallucinés, dépressifs, macabres et aussi géniaux que démodés, Baudelaire est le patriarche. On ne s’étonnera donc pas qu’il ne soit guère lu par les publics de Paul-Loup Sulitzer ou de J.K.Rowling, ce qui fait, en les additionnant, la majorité des consommateurs. 

Symbolisme de l'Horloge de Mylène dans Mylène et SYMBOLISME capturedcran2012-06-06162552-300x174

L’homme qui a enterré les vieillissantes doctrines romantiques a eu ce tragique destin de finir sur les mêmes étagères que ceux auxquels il s’opposait. A quelques exceptions près, la poussière semble être l’avenir fatal de toute œuvre dépassant les trente-quarante années d’existence. 

L’espérance de vie d’un livre devient inférieure à celle d’une cannette de bière !
Grâce à Mylène, il y aura au moins un auteur de sauvé (avec Poe dans « Allan »). Reprenant le texte original d’un poème de Baudelaire, Boutonnat et Mylène ont réussi à lui coudre un « habillage » contemporain à peu près à sa taille. 
Mais le choix de Baudelaire et de « L’Horloge » est plus qu’une opération de sauvetage par nostalgiques décalés. C’est une partie importante de l’œuvre mylénienne complète.

Rendons à chacun ce qui est à chacun : les textes de Baudelaire, au niveau du pur jeu poétique, sont supérieurs à beaucoup de textes de Mylène. C’est la différence entre le maître et l’apprentie. Mais, au niveau de la réflexion, Mylène ne se borne pas à copier Baudelaire. Elle veut le dépasser, ou plutôt passer par lui pour suivre un autre chemin, un chemin qui n’est pas loin de celui des « Fleurs du Mal », mais qui mène à d’autres lieux et d’autres paysages. 
Pour preuve, le fait que Mylène commence son premier « grand » album avec le poème qui finit le grand recueil de Baudelaire : la quatre-vingt-cinquième fleur du Mal. Une petite ambition de poursuivre sur la voie du maître ? En tout cas, de lui rendre un hommage musical.

D’ailleurs, Baudelaire lui-même était un grand amateur de musique, et il fut l’un des premiers à rechercher une musique dans les mots, les vers et les rimes, ce qui inspirera Verlaine. Baudelaire fut l’explorateur des correspondances entre mondes visible et invisible, sensible et matériel, poétique et musical. Il n’aurait donc peut-être pas craché sur une adaptation de ses poèmes en musique. Mais il aura dû attendre plus d’un siècle…

Sans se lancer dans une analyse détaillée du poème, il faut faire quelques remarques sur sa forme. 
D’abord, « L’Horloge », c’est six strophes de quatre alexandrins, ce qui fait vingt-quatre vers. Autant que de chiffres sur un cadran. Les strophes sont des quatrains : quatre vers. Autant de quarts d’heure. 
Ensuite, c’est un système, qui marquera Mylène durant toute sa carrière de poète, d’allitération et de jeux de sonorités construisant un rythme, donnant un tempo. 

Et Baudelaire a ce pouvoir d’utiliser les mots pour peindre le temps.
Vous pouvez vérifier. Les deux premiers vers et le dernier ver de chaque strophe comportent toutes au moins deux sifflantes par vers : en début ou en fin de vers. La consonne semble revenir inlassablement : « sinistre/impassible, menace/souviens-toi, cible ». Et c’est ainsi dans chaque strophe ! Impressionnant.

On ne sera pas étonné de trouver dans la partition de Boutonnat un même rythme implacable, presque conquérant, accompagné d’un thème descendant lentement. De même, Mylène alterne les passages parlés et chantés, graves et plus aigus, tel un perpétuel mouvement de balancier.

Le goût de Boutonnat pour l’étrange trouve en Baudelaire un prétexte pour se déchaîner. Et le musicien n’hésite pas à employer les effets attendus du genre : cris de bébé, résonances d’aéroports, voix de Jugement Dernier (« Souviens-toi », « Remember ») qui annoncent « Beyond my control », mystérieux arrangements au synthé, ruisselantes sonorités. 
Le rôle de Mylène paraît assez réduit, sa voix devant se conformer à un rythme particulièrement précis. Elle parvient pourtant à joindre une forte émotion à une sorte d’automatisme machinal. 

images-111 dans Mylène et SYMBOLISME« L’Horloge » rassemble plusieurs thèmes baudelairiens. 
Par exemple, ce n’est pas son seul poème qui parle du Temps, incarné par l’horripilant tic-tac de l’horloge, comme l’ennemi de l’homme. On en sent l’universalité dans la quatrième strophe, quand l’horloge dit « parler toutes les langues ». Avec malice, Mylène dit ce vers en imitant la voix d’un enfant, provoquant en nous un sentiment particulier quand on se rappelle combien on était heureux quand on était gamin et combien ce temps nous paraît loin.

C’est à cause de ce temps qui nous file entre les doigts que la vie nous apparaît comme un supplice, balançant jusqu’à la fin entre l’amertume de l’ennui (quand le temps est trop long) et les affres de la vieillesse (quand le temps nous trahit). 
C’est exprimé dans le poème dans le déroulement des strophes. D’abord, la deuxième strophe fait référence à l’âge des plaisirs, où l’on essaie de profiter de la vie tant elle est courte, puis c’est le temps de la paresse (« mortel folâtre »), juste avant de s’apercevoir qu’on a dépensé sa vie à ne rien produire. Les regrets d’avoir oublié de cultiver les valeurs humaines apparaissent trop tard. « L’auguste Vertu » reste « vierge », sans qu’on ait cherché ni à la toucher ni à l’aimer…

L’homme est soumis au Temps (« qui gagne sans tricher à tous coups ») comme à une « loi ». En effet, Dieu l’a créé périssable, il nous a déterminé en nous imposant le temps. C’est pourquoi l’horloge est un dieu « sinistre ». L’étymologie de ce mot est sinister : qui peut dire l’avenir. C’est cet avenir tragique que Baudelaire ne comprend pas. Pourquoi avoir créé la nature et ses merveilles (« la sylphide ») si on meurt avant d’en avoir réellement profité ? Absurde. 

La situation décrite dans le poème est terrible, parce qu’elle se situe juste avant la mort : non pas durant la nuit, mais au moment du crépuscule (« le jour décroît, la nuit augmente »). On ressent donc pleinement la menace de la mort, dont on ne sait vraiment qu’une seule et unique chose : elle viendra. 

Et, à ce moment, le temps qu’on avait cru gagner nous fera défaut, la chance qu’on croyait à nos côtés nous abandonnera, bref, toutes ces forces que l’humanité ne peut contrôler se retourneront contre elle. Et il sera trop tard pour demander pardon, car on n’efface pas le passé et la culpabilité reviendra nous tourmenter. C’est la signification de l’obsédant « souviens-toi ».
Reste à savoir en quoi Mylène se sent-elle interpellée par ce message. Elle est jeune, jolie, intelligente, sans complexe avec les hommes. N’a-t-elle pas le temps ?

mylMais n’est-ce pas ce que tout le monde croie, en se laissant berner par l’apparente longueur de la vie, alors qu’il manquera toujours de l’eau dans la clepsydre ? 
Deux éléments expliquent l’angoisse de Mylène. D’abord, la maturité de sa réflexion, qui la vieillit intérieurement et prématurément : elle le sentait déjà dans « Plus grandir ». Et puis, la proximité qu’elle entretient avec la mort. 
C’est surtout le caractère inconnu de la mort qui attire Mylène. Qu’en savons-nous, après tout ? Elle est omniprésente, omnipotente, frappe par surprise aussi bien que sans surprise. C’est un ennemi invisible qui détruit irréversiblement ceux qu’on aime et finit par nous prendre aussi. Elle est aussi bien adorée (il faut voir le nombre de films au cinéma qui magnifient la mort) qu’abhorrée, et universellement crainte. 

Mais, le pire, c’est qu’on ne sait pas ce que l’on craint. 
Bien sûr, il y a la souffrance. Mais, au bout de quelques années de vie sur cette planète, on y est vite habitué, même si, dans notre société, elle apparaît plus sous sa forme de souffrance morale que physique. 
Tenter de percer cet inconnu implique forcément de braver un interdit. Ce sera un facteur déterminant dans la poésie de Mylène. D’où la position en ouverture d’album de « L’Horloge ».

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