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Analyse de « L’âme-stram-gram »

Posté par francesca7 le 16 février 2013

  « L’âme-stram-gram »

Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

issu du site : http://www.sans-logique.com/mylene-farmer/analyses/

 

Avec le clip, nous sommes cette fois transportés dans l’extrême orient du mysticisme, du raffinement, de la folie…et du kamasutra. A la première écoute, « l’âme-stram-gram » déroute. Qu’est-ce que c’est que cette chanson psychanalytique sur fond techno, au thème aussi obsédant qu’incompréhensible ? Mais restons zen…

Analyse de

Le texte est bâti sur une ambivalence, et peut donc se comprendre dans deux directions. Soit le texte littéral assez alambiqué (« j’ouïs », « confesses », « l’essaim », « susurres »), soit le texte qu’on peut entendre, à connotation sexuelle (il devient alors : « jouis », « con/fesse », « les seins », « suce »). Même « l’abdomen » et « l’orifice » peuvent prendre des sens plus coquins, puisque le premier désigne le bas-ventre des insectes : c’est donc une expérience sexuelle que raconte Mylène.

Prenons d’abord le sens du texte tel que Mylène l’a écrit. En même temps qu’elle fait l’amour avec son amant (« en moi, en moi, toi que j’aime »), elle le conjure de lui raconter ses problèmes (« dis-moi quand ça ne va pas »). Mais la relation de Mylène et de son amant apparaît vite très trouble. C’est autant une union charnelle qu’une communion spirituelle que les deux amoureux connaissent.

Mylène « partage son ennui » avec le premier qui « trouvera ça banal », c’est-à-dire qui ne la repoussera pas comme une extra-terrestre pour sa personnalité étrange mais partira du principe qu’elle est une femme comme une autre…tout en étant unique.

En retour, l’homme « se confesse », lui fait d’intimes « confidences » sur son complexe oedipien. Bref, « on se psychanalyse ». Et voilà le fil directeur pour comprendre cette chanson.

La psychanalyse fut mise en place par le docteur Sigmund Freud, et ses héritiers plus ou moins controversés Jung et Lacan, qui désiraient ériger un système permettant de pénétrer l’esprit des hommes malades (particulièrement ceux qui souffraient de mélancolie) pour les guérir. Cela passe par une attention précise accordée à l’enfance et à la sexualité. Qui sont justement les deux thèmes de la chanson.

La psychanalyse est fondée sur l’écoute par le médecin du patient, dont le discours est censé être guidé par des questions précises. C’est exactement la situation décrite dans la chanson, avec « le bourdon » (l’ennui) découlant de la solitude (« des absents »), « l’oreille amie » (qui écoute) et le « divan », sur lequel le patient est traditionnellement allongé durant la consultation.
Le « complexe d’Oedipe » est l’un des thèmes-clés de la psychanalyse. Il correspond au moment dans l’enfance où l’on découvre la sexualité et la différence entre l’être masculin et féminin. Ainsi, le père apparaît comme un rival à détruire pour pouvoir s’approprier la mère. Freud conçoit ce complexe comme un stade obligé pour avoir une sexualité normale. S’il n’est pas dépassé, s’il est seulement refoulé, il peut poursuivre l’homme jusque dans son âge adulte. Il faut alors le réexprimer, lui faire face pour franchir le stade. Mais cela implique de se replonger dans son enfance. D’où le titre.

Am stram gram, c’est ce que font les enfants quand ils doivent choisir, et qu’ils ne savent pas comment choisir. Ils laissent donc leur instinct, leur inconscient guider leurs doigts. Etre enfant, c’est aussi se fier à son instinct naturel pour se diriger. Et ici, quel est le choix qu’on doit faire ?

Et bien, d’abord, on doit choisir entre deux lectures du texte (lu ou écouté), donc deux sens différents : ésotérique et sexuel. C’est un symbole lié à la psychanalyse. En effet, Freud n’hésite pas à dire que « tout est sexuel ». C’est-à-dire que l’on peut trouver une connotation se rapportant à la sexualité à tout discours, rêve ou situation ! « Il n’y a que ça qui nous gouverne ». Ici, le texte dans son sens premier (littéral) est presque incompréhensible…sauf si on lui applique la grille de lecture de la sexualité. C’est un peu comme certaines situations de la vie où on a l’impression de ne rien comprendre, alors que la solution est en nous, et qu’on n’ose pas, ou qu’on ne sait pas, regarder en soi-même. Mylène, elle, n’a jamais hésité à exprimer ses fantasmes dans ses chansons, à dévoiler sa personnalité pour mieux la comprendre. Elle est ainsi en mesure de comprendre des choses sur l’être humain qui échappe au commun des mortels, et d’aider son amant dans ses problèmes psychologiques.

images-7 dans Mylène et SYMBOLISMEOser comprendre les mécanismes de l’âme, c’est s’assurer un pouvoir sur les autres. Elle avait déjà appris dans « Pourvu qu’elles soient douces » à jouer avec l’inconscient des hommes. Cette fois, elle utilise son pouvoir pour secourir son amant, lui offrant son corps et son esprit. On a donc une double image, conforme aux philosophies extrême-orientales, d’une double union des corps et des esprits. On peut évoquer ici la technique psychanalytique du transfert. Le patient accepte d’ouvrir totalement son esprit au médecin, de le laisser pénétrer les replis secrets de son être pour qu’il le débarrasse de son mal, un peu comme si le médecin devenait le patient, le mettant à même de faire face à ses pulsions.

Là encore, on peut y voir peut-être un sens sexuel de possession, en tout cas de communion.
L’âme-stram-gram, c’est retrouver son enfance pour combattre le présent, c’est redécouvrir l’instinct qu’on avait perdu pour choisir sa voie, c’est replonger au fond de soi, avec l’homme choisi pour partager ses pensées.

Ecrire un texte aussi ambiguë pour retrouver son enfance peut paraître paradoxal. Mais c’est bien dans son enfance, selon Freud, que se situe l’origine de sa sexualité, et même de l’être entier et adulte qu’on sera.

Une remarque de forme : on a d’abord l’impression que les vers « J’ouïs tout ce que tu susurres… » forment le refrain, alors que c’est finalement le couplet d’origine qui va triompher dans une danse nerveuse, enivrante et rythmée. La comptine enfantine se transforme en explosion de libido (« bourrée bourrée nœud de mâle »), et le couplet est répété comme une incantation magique, qui mène au nirvana du plaisir…ou à la mort.

Fidèle à elle-même, Mylène Farmer a reproduit deux de ses thèmes favoris : la double nature des choses (surtout celles qui paraissent n’avoir rien à voir entre elles comme l’enfance et la sexualité) et la trahison du langage. Mylène nous montre que ce n’est pas pour rien que certains mots se ressemblent phonétiquement, d’où les lapsus et autres langues fourchées révélatrices de la psychologie cachée. Si « ouïr » et « jouir » se ressemblent, si les mots « suce » et « susurre » sont frères, et surtout si le mot « âme » est contenu dans la comptine « am stram gram » c’est forcément pour une raison inconsciente que nous avons oublié…ou refoulé.

images-8Psychanalyse et complexe d’Œdipe sont des notions sujettes à controverse depuis leur fondation. On peut trouver, sans doute à raison, exagéré de réduire systématiquement tout mal à des pulsions sexuelles refoulées dans l’enfance. Mais, si la psychanalyse n’est le sujet que d’une seule chanson dans la discographie de Mylène, c’est parce que la chanteuse ne la considère que comme une voie possible parmi d’autres. Ce n’est qu’un essai, dans le but de trouver des réponses à ses questions.

Et c’est surtout l’expression d’une forme d’amour, parmi toutes celles proposées dans l’album « Innamoramento ». Un amour fusionnel, basé sur la sensualité charnelle qui n’empêche pas une intense union des âmes, et permettant la réunification du physique et du spirituel.

La recherche du bonheur continue. De l’Amérique vers l’Asie, de la femme branchée de « L’instant X » à l’esprit magique chinois, de l’amour XXL à la psychanalyse de l’âme.

VIDEO DE L’AME STRAM GRAM  http://www.dailymotion.com/video/x35be

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Analyse de « L’instant X »

Posté par francesca7 le 16 février 2013

  « L’instant X »

Analyse de Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

« L’instant X » fait partie des chansons atypiques de Mylène Farmer. On lui découvre une facette méconnue et surprenante, comme si nous elle disait : vous voyez, je ne suis jamais enfermé dans un genre, je fais les chansons que je veux quand je veux. Rares aujourd’hui sont les artistes qui résonnent ainsi.

Ces chansons atypiques sont peut-être inférieures à celles plus proches du style mylénien, mais elles ne sont pas dépourvues de beauté. En l’occurrence, « l’instant X » est une réussite pas toujours appréciée à sa juste valeur, défavorisée sans doute par un clip qui fait regretter l’époque Boutonnat et qui doit être interprété à la lueur du texte.

Une assez longue entrée en matière campe un décor de langueur et de répétition. Une musique terne, plutôt plate comme une autoroute, bas de gamme, expression exacte du quotidien d’une citoyenne. Cette impression est confirmée par le texte. C’est « lundi », la narratrice à l’accent gouailleur commence sa semaine, la xième de sa vie. C’est un matin de plus dans sa vie. Va suivre une succession de plaintes, qui ne seront comprises que lorsqu’on aura compris quel personnage Mylène joue ici.
La glu et les brumes font penser à un réveil difficile : la femme a eu un week-end chargé (surtout vers le soir) et doit se lever tôt pour aller au boulot. Mais c’est aussi le sentiment de ne pas pouvoir avancer, d’être prisonnier de la répétition éternelle des jours. Sans compter que cette situation est généralisée à toute « la planète ».

Cette introduction exprime vraiment une journée glauque d’une femme. Elle n’a pas fait la fête avec ses amis, et est restée chez elle à regarder « 30 millions d’amis », alors qu’il pleuvait dehors…

Mylène invoque ensuite sa « comète », comme d’autres invoquent leur bonne étoile. Son étoile à elle est filante… Le sexe n’est pas totalement absent de ce début ou, au moins, l’idée inconsciente est introduite. Quand on connaît le clip, le mot « englue » paraît beaucoup moins innocent. Quant à la comète, sa forme peut évoquer, avec sa tête blanche et sa queue, plus qu’une étoile filante…

images-5 dans Mylène et SYMBOLISME

On commence à mettre le doigt sur ce que Mylène essaie de caricaturer dans cette chanson.
C’est la femme actuelle, occidentale moyenne, libérée, féministe, branchée qui raconte son monde, majoritairement constitué de ses petits problèmes et de ses frustrations. Deux lectures sont alors possibles, et elles peuvent se compléter puisque ce sont deux caricatures, plus ou moins hard, du même type de femme.

La principale préoccupation de la femme actuelle est…ses menstruations. D’où le « bloody lundi » ou « la loi des séries ». « Le styx », fleuve mythologique des Enfers, peut être vu comme le fleuve sanglant qui coule d’elle-même et qui est une sorte de mythe pour toutes les jeunes filles. L’équation, c’est la somme des savants calculs qu’elles font pour se régler, et régler leur vie sexuelle.

« L’heure de prendre la pose », c’est surtout l’heure de changer de protection hygiénique. « Fatal » indique que c’est le destin de chaque femme. « l’hécatombe » et « l’asphyxie » désignent les douleurs ressenties, jusqu’au « vernis qui craque », à force de serrer les poings de douleur.

Mylène est à la fois frustrée et désabusée. Il n’y a pas trace d’amour, d’attachement, même d’homme dans ce texte. La moitié du vocabulaire est composé d’expressions communes, empruntées : le sabir américano-français (« bloody lundi », « humeur killer » : serial killer est une expression complètement passée dans notre langue), l’expression « j’ai un teint de poubelle », c’est-à-dire son make-up. Et bien sûr le « fun », mot-clé de la chanson, principe même de notre société.
Et le fun passe par l’instant X.

Mylène ne semble guère y croire. Même, l’instant X semble bizarrement absent, irréel. C’est normal. Ce n’est rien de plus qu’un désir. Les mots « messie » et « magique » renvoient à des notions de surnaturel, de quelque chose qu’on ne voit jamais. C’est vraiment la chose qui mettrait du piment dans sa vie sans relief. Mais, comme le messie, il ne vient jamais. Mylène reste là, à l’attendre, prenant la pose, ne pouvant que constater « l’hécatombe » qui se déchaîne autour d’elle. En fait, elle attend désespérément le moment où elle jouira vraiment, où l’amour charnel se conjuguera à l’amour spirituel, qui la rendra vraiment heureuse. C’est un peu le personnage du clip de « California ».

Vision terriblement cynique de l’amour, qui, non seulement se réduit à l’orgasme (suspectement solitaire avec cette absence de mâle), mais en plus se réduit au calcul de ses cycles. L’amour est regardé par son côté mécanique : ax+b= tilt. L’acte sexuel est une addition de corps (de membres !) qui produit un son de BD (« tilt ! »). Ce n’est rien d’autre qu’une seconde de plaisir pour une vie d’ennui.

Mais n’est-ce pas l’amour comme on le pratique de nos jours (cf. « Que mon cœur lâche »)? La simplicité désabusée de la phrase « c’est l’instant X », la froideur de la voix montre le travers des femmes actuelles : la petitesse avec laquelle elles traitent l’amour, comme une chose crue, lui retirant ainsi tout attrait. C’est un triste fait de société : ces femmes ont libéré leur sexualité, mais n’ont pas su conserver son caractère beau et puissant. La pornographie a tué la sensualité. Mais la satire prend son sens dans le refrain.

images-6C’est encore par dérision que Mylène reprend une chanson enfantine, comparant de façon assez osée l’acte sexuel avec l’arrivée du père Noël (ne descend-il pas dans la cheminée ?!…). Est-ce encore un produit du fantasme de Mylène sur son père (cf. « Optimistique-moi ») ? ça montre surtout que Mylène ne croit plus en l’instant X. C’est devenu quelque chose de trop banal…On comprend alors la douleur de la chanteuse.

« Zoprack » est l’anagramme de prozack, le symbole des antidépresseurs : élément hélas typique de la vie de la femme banale. Est-ce encore par caricature de ces femmes incultes qui déforment les mots ? En tout cas, la délivrance souhaitée est plus proche du placebo que d’un véritable messie…

Quant aux « ailes », elles représentent l’espoir de pouvoir un jour s’envoler…vers le septième ciel ? Surtout l’espoir de décoller de cette vie terre-à-terre.

La deuxième partie du refrain reprend la phrase « l’an 2000 sera spirituel ou ne le sera pas », célébrissime et largement médiatisée, jusque dans « Elle », le point zéro de l’information ! Et qu’en dit la Mylène de la chanson ? Cool ! « Du fun » ! C’est vraiment la femme coincée dans sa société, consommant tout de la même façon, dénuée justement de spiritualité.

Le deuxième couplet est la répétition du premier. On le remarque d’abord dans la structure. C’est le même système de rimes que dans le premier couplet (« Bloody/lundi/mais qu’est-ce qui/ », dans le second : « Humeur/killer/C’est l’heure… »). Des synonymes sont employés (« séries/cycle ») pour montrer que les choses n’ont pas changé. Comme si Mylène se réveillait le mardi suivant, ou n’importe quel jour, accentuant le caractère englué de la situation. Mylène est enfermée dans une façon de se comporter, de se poser qui ne lui attire que des ennuis. Il est possible que ce behaviour lui soit dicté par la recherche obsédée de l’instant X, d’où son côté prostituée.

C’est, en fait, une femme complètement désespérée, une « pretty woman » qui n’a pas trouvé son Richard Gere. « Un rien devient l’Everest » : la nouvelle sensibilité qui fait pousser des gémissements de douleur quand on se casse un ongle de pied, mais qui laisse froidement indifférente quand son chat se jette par la fenêtre.

L’ironie devient fatale à la fin du couplet, quand l’instant X tourne à l’hécatombe, au carnage, parce que les ébats passionnés font craquer son vernis. Humour de disproportion et d’allusion corrosif. L’instant X est mortel (« pied dans la tombe »), Mylène en ressort à moitié « asphyxiée », mais elle le dit sans la moindre passion. On en vient presque à préférer la période de « Beyond my control », quand l’amour et la mort se mêlaient tragiquement. Au moins, c’était beau. Dans « l’instant X », même ce qui est mortel devient banal.
Encore une fois, il faut inscrire cette chanson dans le contexte des albums. Alors que Mylène essaie de voir la vie autrement en quittant ses neiges originelles pour les plages californiennes, elle découvre le revers de cette société aux vitrines attirantes, les travers de la femme « fashion », au ridicule douloureux.

 

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