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Elsa Trilla raconte Mylène Farmer

Posté par francesca7 le 31 juillet 2012

Mylène Farmer : Ainsi soit Nous

Confidences de Elsa Trillat (Photographe)

Elsa Trilla raconte Mylène Farmer dans Mylène en CONFIDENCES 50095_1028070212_7246_nEn octobre, Mylène et Laurent préparent le tournage du clip de « Sans contrefaçon », prévu pour décembre. Hélas, à ce moment-là, je suis rattrapée par des problèmes de santé. Le 19 octobre, je les appelle pour les prévenir que j’entre en dialyse. Mylène se fait mouler le visage pour la fabrication de sa marionnette qui servira pour le clip. A peine rentrée, elle me rappelle pour me parler et m’assurer de son soutien. Pendant dix jours, je suis hospitalisée pour les examens d’usage. Quelques-unes des vedettes que je photographie régulièrement pour « Match » me rendent visite : les Niagara, Vanessa Paradis qui m’offre un synthétiseur…

C’est une période pendant laquelle Mylène et moi nous rapprochons encore plus car elle vient quasiment tous les jours prendre le relais de ma mère pour m’aider à manger et me tenir compagnie. Quelques jours avant la sortie de « Sans contrefaçon », elle m’apporte les éditions « Or » promotionnelles du 45 tours. Quelle fierté de voir ma photo ! Elle m’appelle aussi tous les soirs, histoire de papoter avant de dormir. Un soir, elle me dit qu’elle vient d’écrire un texte en une demi-heure pour son prochain album. Elle me le lit au téléphone. C’est « Ainsi soit je… ». Elle écrit la plupart des titres de son prochain album pendant cette période et me tient au courant quotidiennement de son avancée.

Plus j’y pense, plus je me dis que l’album « Ainsi soit je… », c’est le nôtre. Bien sûr, je n’ai pas écrit les chansons, je ne les ai pas chantées non plus. Mais je me suis sentie impliquée dans le processus de sa création. J’ai vraiment l’impression d’avoir eu une influence sur la direction qu’il a prise. Notamment « Sans contrefaçon » ou la reprise de « Déshabillez-moi ». Une fois, Brigitte, la sœur de Mylène, m’a dit que « Sans logique », c’était pour moi. Est-ce vraiment le cas ? Si oui, c’est Mylène qui est à la fois satanique et angélique, mais c’est à moi qu’elle crèverait volontiers les yeux à coup de ciseau !

Décembre 87. Comme prévu, j’entre en dialyse. Mylène est très contrariée car elle doit partir à Cherbourg pour tourner le clip de « Sans contrefaçon ». Elle ne souhaite ni me forcer à venir ni me l’interdire. Elle pense simplement que ça va m’affaiblir. Elle a raison. C’est donc la mort dans l’âme que je renonce à aller prendre les photos du tournage. Quel dommage : « Sans contrefaçon », c’est un peu notre truc à tous les trois, Laurent, Mylène et moi. Pour l’anecdote, je me rappelle qu’au début, Mylène voulait que l’histoire du clip tourne autour d’un camp de concentration. Comme j’étais très maigre à l’époque, elle m’avait dit qu’elle aurait un rôle pour moi !

2005-Ellen-Von-Unwerth-003b-300x286 dans Mylène en CONFIDENCESEn janvier, elle m’annonce toute fière l’avant-première du clip au Max Linder, un cinéma parisien. Une projection de presse. Rendez-vous à 11 heures. Elle veut que j’y sois. Mais je suis en dialyse toute la matinée donc ça me paraît compromis. Mylène est assez triste. Le jour venu, je fais le forcing auprès de mes médecins qui acceptent exceptionnellement de me laisser sortir une heure avant. Je prends un taxi. J’arrive sur place, Mylène me voit. Toute contente, elle dit : « C’est bon, Elsa est là, on peu commencer ! ». J’avoue être assez flattée par la remarque. La projection commence. A la fin, Mylène, voyant que je ne peux applaudir – j’ai le bras gauche bandé suite aux dialyses – prend ma main droite et tape dedans avec sa main gauche. On applaudit comme des sœurs siamoises. On sort du Max Linder vers 14 heures. On a hyper faim. Je propose à Mylène de manger des sushis, elle n’en a pas trop envie. Je lui dit : « Fais-moi confiance, je suis sûre que tu vas aimer ». Direction Osaka, vers la Comédie Française. Là, elle tombe amoureuse des sushis. Je lui aurais au moins laissé ça. Les semaines passent. Mais je vais toujours me faire dialyser trois fois par semaine. Je décide de vendre ma voiture. Mylène veut me la racheter. Elle n’a même pas le permis ! « Mais je l’adore tellement ta Mini ! J’apprendrai à conduire ! ». Finalement, le concessionnaire me reprend la voiture quand j’en rachète une nouvelle. Mylène est très énervée. Ca me fait rire.

Les photos de la pochette de l’album « Ainsi soit je… » sont shootées début février chez Bertrand Le Page. Je vais chercher Mylène chez elle, rue Quincampoix. Elle sort avec des bigoudis sur la tête et sa poupée sous le bras, c’est surréaliste ! On fait l’essentiel des photos devant un grand miroir : une première série où elle se regarde dans la glace et une autre où elle se retourne vers moi. L’électricité saute à trois reprises car je travaille uniquement au tungstène, jamais au flash. C’est une lumière permanente qui donne une image plus dorée, mais qui consomme beaucoup. En plus, la radio reste branchée pendant toute la séance. Je me souviens d’ailleurs que c’est l’époque où François Feldman commençait à cartonner fort. Son nouveau single passe à la radio, Mylène me regarde et me dit : « Tu vas voir que ce truc va finir numéro un ! ». Elle n’a pas eu tort.

Bref. Je fais développer les photos. On les regarde. Mylène choisit exclusivement celles où elle se regarde dans le miroir. Laurent et moi, on préfère les autres. En fait, comme tout le monde, Mylène ne connaît d’elle que l’image qu’elle se renvoie dans le miroir, donc elle se reconnaît mieux dans celles-là que dans les autres. Finalement, on a le dernier mot avec Laurent.
En mars 1988 sort l’album « Ainsi soit je… ». Je craque tout particulièrement pour « L’horloge ». Je dis à Mylène qu’elle devrait le sortir en 45 tours. Elle ironise sur le fait qu’on serait les deux seules à l’acheter ! A la même période, elle déménage de la rue Quincampoix à la rue Monceau. Je vis alors chez mes parents, place de la République Dominicaine, de l’autre côté du Parc Monceau. Autant qu’on devient voisines et qu’on se voit encore plus – si possible vu qu’on se voit déjà quasi quotidiennement ! Son nouvel appartement est immense : trois cents mètres carrés pour elle et Laurent ! Presque une pièce entière est transformée en cage géante pour E.T. et Léon. Maintenant, il faut le remplir cet appart’ ! Car Mylène n’a presque rien gardé de Quincampoix. Je lui propose alors d’aller chercher l’essentiel. On part donc faire quelques courses aux Galeries Lafayette. Nous voilà dans ma nouvelle voiture, Mylène à côté de moi, les pieds sur le tableau de bord. Elle s’étonne alors que tout le monde nous regarde. Je lui dis : « T’as vu comment t’es habillée ? ». Mylène n’a rien trouvé de mieux que de s’habiller avec le costume à carreaux des télés de « Sans contrefaçon », casquette y compris. Pour passer inaperçue, c’est raté ! Elle ne se rend pas compte que son disque fait un carton et que tout le monde l’identifie très bien… On est passées par le Monoprix pour prendre des produits ménagers. Mylène ne s’y connaît pas trop donc je lui dis de prendre conseil auprès d’une vendeuse. Elle n’ose pas. J’y vais. La vendeuse me demande si c’est bien Mylène Farmer. Je lui dis que oui. Elle souhaite alors annoncer au micro que Mylène est dans le magasin. Je lui déconseille vivement et éclate de rire.

da6780d4-219x300Le 14 mars, jour de mon anniversaire, alors qu’elle est encore dans les cartons, Mylène m’invite à passer une nouvelle soirée dans son appart’. Elle m’apporte alors un grand carton : « Laurent et moi, on a un petit quelque chose pour toi ». J’ouvre. Je reconnais le visuel de la pochette de « Sans contrefaçon ». C’est le disque d’or pour plus de 500 000 ventes, avec mon nom inscrit en toutes lettres.

De mon côté, je suis toujours en dialyse à ce moment-là. A ce sujet, Mylène me dit un truc très touchant. Un soir, on va dîner chez Osaka toutes les deux avant d’aller chercher Laurent qui bosse alors sur un truc non loin de chez moi. Lors de ce dîner, Mylène me demande : « Où puises-tu toute ton énergie ? Je n’en ai pas un quart ! Malgré tous tes ennuis de santé, t’as toujours la pêche ! Tu veux pas m’en donner un petit peu ? ». J’adorerais qu’elle me répète ça aujourd’hui que je suis à nouveau malade. Je suis tellement épuisée que ça me ferait un bien fou.
Le 9 mai, je fais une nouvelle dialyse. Une de plus. Quand je repars chez moi, je me dis que c’est la dernière. J’en peux plus. L’après-midi même, j’apprends qu’un rein est disponible et que je vais pouvoir être enfin transplantée sur le champ ! Immédiatement, j’appelle Mylène pour la prévenir. Elle m’encourage en faisant un peu d’humour pour dédramatiser le truc. Après l’opération, j’apprends par Suzanne, la femme de ménage de ma mère, qui travaille aussi chez Mylène, qu’elle a annulé tous ses rendez-vous et qu’elle est restée prostrée toute la journée près du téléphone à attendre de mes nouvelles ! Je suis hospitalisée pendant dix-sept jours. Bénédicte, la sœur de Laurent, qui travaille à la Pitié où je suis hospitalisée, me rend visite tous les jours. Je suis très touchée. Malheureusement, pendant ce temps, Mylène part au Maroc – pour une émission de télé, je crois – puis tourne le clip de « Ainsi soit je… » près de Paris. Laurent m’informe qu’ils font une projection de la vidéo au Studio 13 le lendemain de ma sortie de l’hôpital et m’invite à y aller sans prévenir Mylène pour lui faire une surprise. J’arrive, et là, elle ne me voit pas tout de suite tant elle est entourée. La projection passe. Ce n’est qu’après qu’elle me remarque. On se jette dans les bras l’une de l’autre. Et là, elle me dit : « Elsa, tes yeux ont changé. Y avait la mort avant, et maintenant y a la vie ».

Malgré cette magnifique phrase, quelque chose s’est cassé entre nous ce jour-là. Ce qui m’a énervée, c’est cette cour autour de Mylène : « Oh regarde Mylène, je suis habillé comme toi ! ». Je n’ai jamais pu supporter ce genre de choses. Je ne parle pas du public, mais des danseurs, maquilleurs, coiffeurs qui se sont mis à la copier et à la coller. Je lui ai dit mille fois de ne pas marcher dans ces trucs-là, que c’était le genre de trucs qui pouvaient rapidement lui faire péter un câble. Dès qu’ils étaient tous là à tournoyer autour d’elle, elle devenait complètement différente, elle faisait sa reine – ce qu’elle fera de plus en plus après. Ca a été l’élément déclencheur de notre « rupture ». Je ne retrouvais plus ma marchande de légumes de poireaux…

 

Issu du magazine : Mylène Farmer Magazine – 2003

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Mylène Farmer et son guitariste

Posté par francesca7 le 31 juillet 2012


David Husser (Remixeur) pour Libertine et Fuck them all

 

Mylène Farmer et son guitariste dans Mylène en CONFIDENCESGuitariste de Y-Front jusqu’à la séparation du groupe en 2005, David Husser se consacre depuis à la réalisation d’albums. Co-auteur avec Christophe Benoin des remixes de « Libertine » pour « Remixes » et de « Fuck them all », il se livre ici en toute simplicité.

Comment s’est passé le premier contact pour « Libertine » ?
Par l’intermédiaire de Lionel Grosheny, chargé de production de l’album et travaillant aussi chez Polydor. Faire un remix de Farmer aurait pu selon lui favoriser la sortie d’un album de Y-Front chez eux.

Pourquoi « Libertine » ?
J’aurais préféré « XXL » ou « L’instant X », qui ont un bon potentiel pour en faire des versions électrorocks. Mais c’est finalement « Libertine » qui a été remixé, sous l’impulsion de Christophe.

Vous a-t-on imposé des contraintes ?
Le temps ! Seulement trois jours ! Nous avons demandé une journée de studio pour finaliser le mixage, et c’est apparemment inhabituel… Mais la validation a été très rapide : seulement quatre heures après la sortie du studio ! Peu de temps après, sa sœur Brigitte nous a appelé pour nous dire que Mylène adorait notre remix.

Comment s’est passée la réalisation du remix ?
Une impression de totale maîtrise de la part de la maison de production et de Farmer elle-même. Une des plus grosses difficultés a été de supprimer les kilos de reverb’ posés sur la voix… Sans cela, le remix aurait manqué d’homogénéité. L’élaboration du break a été appréhendée comme une éjaculation ! Il en est ressorti une version disco-électro, avec des guitares à la ZZ Top. L’objectif ici était clair : faire un truc sur lequel les gens pouvaient remuer !

Mylène vous a rappelé pour « Fuck them all » deux ans plus tard. Comment s’est passée cette nouvelle collaboration ?
Là encore, nous avons reçu les fichiers quelques jours avant la gravure finale du disque ! Le remix s’est fait dans l’urgence et nous n’avons hélas pas pu passer en studio pour le mixage final. Je ne suis pas pleinement satisfait du résultat, surtout au niveau des guitares, que je qualifierait de « bordéliques ».

Comment avez-vous réagi quand vous avez appris le titre du single ?
Surpris. Nous n’avons pas compris le sens de la chanson, et encore moins ce pont ! La version studio est pour moi une version beaucoup trop lisse d’un titre qui aurait pu être plus pêchu. Mylène hurle « Fuck them all » avec une toute petite guitare derrière ! On sent un profond dilemme chez Mylène, qui oserait beaucoup plus de choses si elle n’était pas « bridée » par la musique de Boutonnat qui manque, selon moi, d’originalité. Je ne suis pas fan des nappes de synthés. Globalement, même les L5 sont plus originales, car elles savent évoluer niveau musical (bon ça reste du L5 hein !). Lui ne partirait pas aux States pour trouver des mélodies : il fera toujours du Boutonnat… C’est le côté commercial qui l’emporte. En même temps, se risquer à faire quelque chose de différent, c’est aussi risquer de mettre en péril les gens qui travaillent avec eux, c’est une certaine responsabilité.

Suivez-vous la carrière de Mylène ?
Oui bien sûr. Je suis né en 1974 et j’ai été bercé par le Top 50 et donc Mylène. Mais je préférais Indochine, ce qui m’a d’ailleurs amené à remixer « Le grand secret » pour eux.

2005-Claude-Gassian-013b1-200x300 dans Mylène en CONFIDENCESQue pensez-vous de la façon qu’a Mylène de gérer ses rapports avec les médias ?
Farmer, c’est tout un monde ! D’après ce qui se dit, elle serait quand même bien allumée ! Mais il ne faut pas se leurrer. Si elle est toujours là au bout de vingt ans, c’est grâce aux fans. Je suis moi-même fan et collectionneur de The Cure et je comprends la fidélité envers les artistes. J’ai rencontré quelques fans et j’ai pu toucher de près la dévotion mystique qu’engendre Mylène !

Question peut-être indiscrète et plus terre-à-terre : combien est payé un remix ?
Pas de tabous ! Le remix de « Libertine » nous a été payé entre 3000 et 4000 euros, celui de « Fuck them all » un peu plus, car elle tenait à ce que ce soit nous. Mais avec Mylène, impossible de négocier ! C’est ça ou rien !

Mylène sort des maxis et des albums de remixes. Quel est selon vous son intérêt à proposer des remixes de ses titres ?
Les remixes de Boutonnat n’étaient pas très calibrés pour les clubs. Mylène veut probablement explorer des milieux plus pointus. Elle a besoin de ces remixes pour être diffusée en club, être perçue comme étant plus moderne et gagner ainsi en crédibilité.

L’album « Remixes » a été plus ou moins bien accueilli par les fans. Avez-vous écouté cet album dans son intégralité, et si oui, qu’en pensez-vous ?
Globalement, j’ai été déçu par cet album, plus alimentaire qu’autre chose.

Pensez-vous que Mylène pourrait faire une carrière à l’étranger ?
Mylène est unique. Son personnage mi-suicidaire, mi-secret est unique. En plus, elle est absolument magnifique (il suffit de voir le clip de « California » pour s’en rendre compte). Elle a un côté affolant ! Donc oui, elle pourrait faire une carrière internationale. Si Britney Spears y arrive, pourquoi pas elle !

Mylène a enregistré un duo avec Moby… En avez-vous entendu parler ?
Moby est très malin… Sur l’album « Play », il utilise une musique super cheap pour mettre en avant des voix rugueuses. En fait, Moby serait le Boutonnat américain, en plus gros calibre : ils mettent tous les deux les voix en avant, avec une musique plutôt simple ! Ca peut donner quelque chose d’intéressant, oui ! 

 

Texte issu du magazine Mylène Farmer et vous de 2005

Publié dans Mylène en CONFIDENCES | Pas de Commentaire »

 

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