Mylène et les superlatifs

Posté par francesca7 le 9 avril 2012

 

Mylène et les superlatifs dans Mylène et des CRITIQUES MF80_109aMylène Gothique. Dès son deuxième succès, Plus grandir, en 1985, le décor est posé: cimetière nappé de brume et maison hantée. Outre l’hôpital psychiatrique, cette topographie farmérienne s’enrichira encore de mornes plaines enneigées, sortes de no man’s lands tarkovskiens. Farmer s’inspire du gothique et du spleen du XIXe. Elle aime Poe et lui dédie une chanson (Allan), relit Baudelaire et le met en musique (L’horloge).

Vous ne la verrez jamais en couple, heureuse, dans ses clips. Ses amants sont au mieux fusillés, au pire déjà morts. Ainsi, son beau duo avec Jean-Louis Murat, Regrets, en 1991, est filmé dans un cimetière. Lui est vivant, elle déjà trépassée… Pas étonnant que Farmer soit inexportable aux Etats-Unis. Pendant qu’elle boit la ciguë des amours mortes, Madonna croque les hommes comme des sucettes, avec conviction et optimisme.

Issu de http://www.hebdo.ch/  

 

MF2000_133a dans Mylène et des CRITIQUES

Mylène Catin. Contrairement aux apparences, la chair est triste chez Farmer. Mylène s’ennuie. C’est pour cela qu’elle revient chaque fois à la chanson. Pour combler un «vide insupportable» et le sentiment «de n’être rien». Trop consumée de chagrin pour une libertine (qui, par définition, ne s’attache pas à ceux qu’elle consomme), elle est plutôt nécrophile.

Bien sûr, ses chansons ont le piquant des amours à la française: clin d’oeil saphique, évocation de la sodomie, nudité bien dosée. Mais plus qu’une invite à la gaudriole, «Je suis libertine, je suis une catin» parle plutôt de la liberté de disposer de son corps. Libertaire et libérée, avec emphase.

Mylène Pantin. Lorsqu’on la regarde sur les plateaux de télévision, au début des années 90, elle ressemble au David Bowie de la pochette de Heroes. Même expression figée d’automate. Et les chorégraphies qu’elle invente se déroulent comme du papier à musique. Mylène Farmer revient sans cesse à l’image de la poupée. En 1987, dans Sans contrefaçon, elle est un Pinocchio auquel Zouc donne vie. En 1997, elle reprend La poupée qui fait non de Polnareff.

En 2008, sur la pochette de Point de suture, une poupée rousse charcutée par des bistouris… Le corps farmérien est celui d’un pantin blessé. Un fétiche dont la chair molestée a fonction d’exorcisme. Ses démons, Mylène leur a donné le visage des sculptures du Lausannois Martial Leiter: des épouvantails en forme de corbeaux qu’elle décapite rageusement dans Fuck them all (2005).

Autant de visages Du temps (titre de son dernier single). Son ennemi numéro un, celui qui peu à peu démembre la poupée «qui fait non» et ne veut «pas grandir». On sait que cela finira dans la douleur et la folie, mais on continue de regarder, fascinés. Parce que ce combat est aussi le reflet du nôtre.

issu de l’article sur : http://www.hebdo.ch/mylene_a_mort_133469_.html

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