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Interview Mylène Farmer – rôle de Catherine

Posté par francesca7 le 8 avril 2012


Propos recueillis par Gaillarc-Morgue dans Dossier de Presse – Bonne Question d’octobre 1994. (Film Giorgino )

Voilà un désir enfin réalisé, le cinéma vous y pensiez bien avant la chanson ?

Notre rencontre avec Laurent Boutonnat est né d’un même désir ; faire du cinéma. Pourtant, nous avons existé tous les eux, grâce à la chanson ; un cadeau que la vie m’a fait, même si cela n’a pas été toujours facile. Cette envie de faire du cinéma, cette envie de faire ce film, a mûri près de dix ans ; c’est long dix ans…

Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?

 Interview Mylène Farmer - rôle de Catherine dans Mylène en INTERVIEW GiorginoPremiereLe sujet de Giorgio m’a attiré par son étrangeté, son originalité. Pour parler plus précisément du personnage de Catherine, j’ai senti que je pouvais y mettre beaucoup d’émotions. Je crois que Laurent a puisé certaines choses de ma personnalité pour l’écriture du personnage de Catherine. Nous n’en avons jamais parlé.. Je n’ai pas réellement connu la magie de la découverte du scénario parce que j’ai suivi pratiquement 24 h sur 24, l’élaboration de ce projet : j’ai aussi vécu les difficultés d’écriture qu’ont rencontré  Laurent Boutonnat et Gilles Laurent (le coscénariste) ainsi que tous les problèmes inhérents au montage d’un tel projet. C’est malgré tout, passionnant d’apprendre tous les à côtés d’un film. Giorgino a été un accouchement dans la douleur, mais nous vivons, Laurent et moi-même, dans ce climat depuis que l’on travaille ensemble, rien ne se fait dans la facilité. Peut-être ressentirons-nous un peu de bonheur ou plutôt de soulagement, quand nous nous déposséderons totalement du film, c’st à dire le jour de sa sortie sur les écrans.

Qui est Catherine, cette femme-enfant mystérieuse que les gens disent folle ?

Catherine est différente des autres et elle pariera cette différence.. C’est avant tout sa fragilité qui m’a émue, j’aime son innocence et sa violence intérieure. Les enfants ont ça en eux : naïveté, pureté et colère… J’aime son incapacité à être dans le monde des adultes.

Quels sont selon vous, les blessures profondes de Catherine, qu’est-ce qui a provoqué cette fragilité ?

Catherine n’est pas intellectuellement de son âge, ce n’est pas un jeune fille « retardée » mais simplement colle le dit le prêtre : « elle a l’esprit d’un enfant ». Elle est restée isolé du monde extérieur, probablement protégée par ses parents, s’occupent elle-même d’enfants retardés. Pour Catherine, le noyau de sa famille pourrait représenter la beauté, et le reste du monde la laideur… Catherine n’est pas armée pour le monde extérieur et sa violence… La disparition des enfants, de sa mère, puis de son père, sont autant de traumatismes, de blessures irréversibles. Et puis, un très jeune personnage capable de dire : « Et si c’était la douleur qui faisait chanter les oiseaux ?… » n’est-ce pas suffisamment éloquent ?

GiorginoPhotos10 dans Mylène en INTERVIEWOn a l’impression que vous êtes complètement pénétrée par cette jeune fille. Comment s’est faite l’approche de ce personnage étrange ?

J’ai une très grande liberté par rapport au personnage de Catherine, c’est étrange, mais il n’y a pas eu de grande difficulté quant à savoir comment aborder ce rôle. Pour l’approche du personnage, j’ai simplement eu renvie de m’informer un peu sur l’univers psychiatrique ; j’ai pu assister à quelques entretiens entre ce qu’on appelle des « malades » et leurs docteurs, sachant que Catherine basculait dans une dite « folie », en tout cas dans un retrait d’avec une dite « réalité », j’ai écouté puis j’ai regardé la gestuelle « particulière » de ces personnes très habituées, angoissées et sous médicament pour la plupart… Vous dire que je m’en suis servie pour Catherine, je ne sais pas vraiment. J’ai abordé sa personnalité à la lecture du scénario et je savais ce que je pouvais donner au personnage. D’autre part, un costume, un décor et une envie d’incarner quelqu’un d’autre que soit, sont autant de facteurs importants pour l’approche d’un rôle comme celui-ci.

Vous vous étiez auparavant intéressée aux enfants autistes. Cette observation vous a-t-elle aidée pour le rôle de Catherine.

Aidée, je ne sais, mais avoir envie de comprendre, de percer les mystères de ce silence, de ce repliement sur soi… Catherine a un trouble profondément enfoui en elle. Le comportement des enfants autistes est tellement intrigant, leur retrait du monde est inexplicable, on ne sait pas.. Oui, j’ai peut-être la sensation d’être proche d’eux. Une communion dans le silence avec ces personnes-là me paraît plus enrichissante parfois qu’une conversation.

 

Dans votre interprétation, vous faites passer la « folie » de Catherine de façon très subtile, les gestes, les regards sont à peine esquissés, intenses mais sans excès, sans débordement. Le trouble est plus fort encore.

Je préfère les paroles murmurées aux mots cirés. En fait, je n’aime pas imposer, je préfère proposer ; cela tient d’une pudeur et d’une timidité qui font partie de moi ; C’est ma personnalité, et mon jeu s’en ressent certainement. D’autre part, Catherine me semblait plus proche de « l’introvertie » que de son contraire… Je n’avais donc pas envie, quand Catherine bascule irrémédiablement, de passer soudainement à un état épileptique et voyant. Dans cet univers de conte où l’on bascule constamment entre le vrai et le faux, le réel et l’irréel, la lecture ne doit pas être trop évidente. La présence des loups, les comportements ambigus des personnages… pendant toute l’histoire on ne sait pas, et c’est pour moi toute la magie de ce film.

Ce doit être troublant pour une comédienne d’approcher la folie…

GiorginoPhotos01En effet, troublant, attirant… Catherine semble tellement apaisée, presque sereine, dès l’instant où le monde environnant n’a plus d’empreinte sur elle. J’ai parfois le sentiment, dans des moments d’anéantissements, de frôler cette frontière « normalité-folie », mais ceci est tellement intime. Peut-on parler de traumatisme ?… Tout dépend de ce que l’on donne de soi dans une scène. Pour arriver à exprimer ses sentiments extrêmes, il faut puiser dans ses propre s névroses, faire resurgir ses plus grandes craintes, douleurs. Puis on décide que le personnage que l’on interprète n’est pas exactement comme soi ; c’est à ce moment-là que le métier d’acteur devient passionnant. Ce serait un peu comme façonner une sculpture ; il y a la matière brute (qui est soi-même avec son univers personnel) et il ya le personnage, la création, l’imagination, enlever un peu de terre ici, en rajouter là…

Quelles ont été pour vous les scènes les plus délicates à tourner ?

Il est toujours délicat de dévoiler des émotions devant plus de cinquante personnes (l’équipe) qui sont en fait cinquante étrangers. C’est d’une impudeur totale, et l’on se déteste pour ça, mais on est engagée pour le faire et le besoin de tourner, jouer, l’emporte sur le reste.

Vous éprouvez pourtant du plaisir quand vous montez sur scène, exposée à des milliers de regards !

C’est un plaisir suicidaire me concernant. Pourtant cela me manque terriblement, la scène, l’autre. Ce paradoxe de l’artiste est très réel ; avoir un désir névrotique de lumière et cette envie de se cacher. Je bascule constamment entre ce désir et ce refus. L’un ne peut pas exister sans l’autre. L’un nourrit l’autre… La notion de plaisir semble totalement abstraite pour moi. J’ai besoin du regard de l’autre, besoin de ces deux métiers pour vivre, c’est ma vie. Je refus la tricherie. Le jour où j’aurai la sensation de ne plus ressentir, de ne plus être capable de donner, je m’effacerai.

On retrouve dans Giorgino un univers qui est, semble-t-il très cher à Laurent Boutonnat et à vous-même ? Comment décrirez-vous cet imaginaire ?

C’est un monde troublé et troublant et j’espère, plein de poésie. Avec Laurent, nous aimons les paysages enneigés (je suis née au Canada). Je suis attirée par les relations, les sentiments difficiles. Tous les deux, nous sommes instinctivement attirés par les contes cruels, par l’irrationnel. Tous deux, nous refusons dans le fon, le monde des adultes. J’aime les animaux, j’aime la folie, par exemple celle des paysages fracassés, où le regard ne peut pas se promener calmement. J’ai me aussi la mouvance permanente, l’énergie sans repos possible. J’aime tout ce qui porte au rêve.

Quels sont les cinéastes qui ont parqués votre imagination ?

David Lean reste mon préféré, ou l’un de mes préférés, le personnage de Catherine m’a fait parfois penser à celui de la fille de Ryan. Jane Campion a fait un chef-d’œuvre, La Leçon de Piano, ses premiers films sont magnifiques aussi, David Lynch, Witness de Peter Weir, un film parfait, le sujet, sa façon de filmer, son choix d’acteurs, tout.. J’adore le cinéma de Bergman, j’adore Oliver Stone. Dans un tout autre genre Batman II, Steven Spielberg bien sûr… et tant d’autres… J’aime les projets ambitieux, les metteurs en scène qui ont une démesure, une folie comme Kubrick, j’aime les fous…

En littérature, vous appréciez Cioran ?

GiorginoPhotos02C’est un homme qui parle si bien « des inconvénients d’être » et qui par son cynisme arrive à nous faire rire. J »‘aime son auto-dérision. Tout ce qu’il exprime est bien au-delà du désespoir, c’est si justement formulé, cruellement drôle, si bien écrit. Il a enlevé toute poésie, tout romantisme à la « dépression », à « l’anéantissement de l’être », ce qui rend tout plus violent encore. C’est aussi un homme très séduisant.

Comment Laurent Boutonnat vous a-t-il dirigé ?

Sur le plateau, il donne des précisions techniques, en ce qui concerne le jeu, il m’a laissée une grande liberté. Il m’a donné des indications ponctuelles. Laurent sait installer un certain climat utile pour les scènes à jouer. il n’y a pas eu réellement de discussion sur le personnage. J’ai lu le scénario et je pense qu’il savait que je savais ce qu’il souhait pour Catherine. Sur le tournage, c’était « moteur ! Action! » et on parlait après. Après la prise, il donnait son jugement  » va » ou « ce n’est pas tout à fait ça. On la refait ». Cela tient au fit que nous nous connaissons parfaitement. Avec les autres acteurs, Laurent était plus volubile, je crois…

A vos yeux, quelles sont les principales qualités de Laurent Boutonnat ?

Sa démesure, sa perception du sentiment en général. Avec sa caméra et ses mots, il arrive à exprimer les troubles que l’on a en soi. Il est poétique. Pour moi qui ai suivi cet accouchement, je  peux dire que Laurent va au bout, vraiment au bout des choses. Il travaille comme un acharné, bien sûr, c’est pour lui qu’il le fait, mais il refuse de baisser les bras quitte à en payer le prix. J’aime ça. Et puis cette manière de filer, il y en a si peu qui ont ce vrai talent, cette maîtrise… Laurent fera partie, je crois, de ces quelques metteurs en scène qui ne laisseront jamais indifférent.

Que pensez-vous de Jeff Dahlgren ? Quels ont été vos rapports sur le tournage ?

Magnifiques. Le choix qua fait Laurent me paraît tellement juste. C’était lui et personne d’autre. J’aime sa façon de jouer, très économe, il me faisait parfois penser à James Dean ; et puis, il est devenu mon meilleur ami.

Après Giorgio, quel sera votre prochain rendez-vous avec le public ?

Probablement un album. Ou peut-être un autre film. J’attends que le réalisateur veuille bien délaisser ses caméras pour reprendre son piano.

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Mylène Farmer dans un livre

Posté par francesca7 le 8 avril 2012

Et un pavé de plus dans la mare glacée, où Mylène Farmer engloutit tous ses secrets depuis bientôt vingt-cinq ans! Mylène, c’est un peu l’Ophélie des temps modernes… Une héroïne noyée, remontant de temps à autre à la surface, mais jusqu’ici insaisissable. Alors, que peut bien draguer Hugues Royer des troubles profondeurs du «mystère Farmer», avec son Mylène (éditions Flammarion)? Eh bien…

Mylène Farmer dans un livre dans Mylène dans la PRESSE MF99_41aSurprise! S’appuyant sur divers témoignages, le journaliste de Voici Hugues Royer, également psy de formation, offre une clé qui décadenasse l’œuvre de la chanteuse, plombée par l’inceste, l’hystérie et une fascination pour le morbide. Chez les Gautier, véritable patronyme de l’icône libertine, maman a longtemps eu tort, alors que papa incarnait l’homme idéal. Comme Mylène le confirmera à une amie, la photographe Elsa Trillat, alors qu’elles contemplent des photos d’enfance, en 1987, t out commence par une «déchirure» : sa naissance à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, ville où son père, Max, a été dépêché pour participer en tant qu’ingénieur des Ponts et Chaussées à l’édification du barrage Daniel-Johnson.

La chanteuse est un bébé robuste. L’accouchement est un traumatisme pour sa mère, Marguerite. Fragilisée physiquement par des problèmes de dos, cette dernière minimise les contacts avec son enfant. Son époux doit ainsi installer une planche amovible au dessus de leur baignoire pour faciliter la toilette du bébé. Mylène ne prend conscience de son corps, en grandissant, qu’à travers le jeu et l’expérimentation. Gamine intrépide aux cheveux courts et châtains, elle ne ressemble en rien à sa sœur ainée, Brigitte, sage petite fille blonde. Au grand désespoir de Marguerite, femme discrète, sa benjamine aime tremper les doigts dans les pots de sirop d’érable, se rouler sur les pelouses et grimper aux arbres, dans leur jardin de Pierrefonds. Mais ce que maman supporte le moins, ce sont les phases de mutisme de cette enfant, sa capacité à se replier dans le silence, héritée de son père mais vécue comme une provocation.

Deuxième «déchirure», le retour des Gautier en région parisienne, à Ville-d’Avray, ne fait que creuser ce goût pour la réserve. A l’école, l’accent québécois de Mylène, alors âgée de huit ans, suscite les moqueries. Des séances chez l’orthophoniste l’aideront à corriger sa prononciation, expliquant aujourd’hui encore son phrasé précieux. Mais, humiliant, ce travail ne l’encourage guère à s’ouvrir aux autres. Au domaine de la Ronce, où les Gautier se sont installés, l’enfant prend la fuite à chaque fois que des inconnus sonnent à leur porte. Max, qui lui passe tout, est bien le seul à en sourire. Vivant avec la famille depuis la mort de son mari, Mamie Jeannette, la grand-mère paternelle, devient une confidente privilégiée. La vieille femme n’a pas seulement le chic pour agacer sa belle-fille, Marguerite. Premier prix du conservatoire de Marseille, elle initie également sa petite-fille à la musique, à la littérature, à la peinture… et aux promenades dans les cimetières.

Mylène s’épanouit enfin

MF2000_57a dans Mylène dans la PRESSEA sa disparition, Mylène continuera d’apprivoiser la mort en se rendant au chevet d’autres enfants, à Garches. De même, à l’adolescence, elle préférera philosopher avec les garçons plutôt que de les suivre dans la découverte des plaisirs sexués. Un comble pour une future libertine ! La troisième «déchirure» se produit à sa majorité. Au bout de deux jours en terminale A4, Mylène annonce à Marguerite et Max, aussi catastrophés l’un que l’autre, qu’elle snobe le bac pour devenir monitrice d’équitation. Elle quittera en fait ses parents pour leurs doubles: Laurent Boutonnat et Bertrand Le Page. Le premier, qui la choisit pour chanter sa comptine sur mesure Maman A Tort, se montrera aussi doux et patient que son père, décédé avant le succès, en 1982. Le second, son premier manager, sera aussi exigeant que sa mère. Certes, il lui apprendra à incarner son corps et à en faire un objet de désir. Mais il n’aura de cesse de lui répéter: «Tu es divine, mais tu ne seras jamais belle.» Jusqu’à ce qu’elle le congédie et qu’il se suicide, en 1999.

Les liens se desserreront avec Boutonnat, après l’échec de leur film Giorgino… Libérée de toute relation triangulaire, Mylène s’épanouit aux côtés du producteur Benoît Di Sabatino, depuis 2001. Nul rapport de force ou de séduction ambiguë entre eux. Dans le clip de son nouveau single, Appelle Mon Numéro, que Benoît a réalisé, la belle offre même un nouveau visage, moins tourmenté, plus souriant. Le même qu’elle présente aujourd’hui à sa mère lors de leurs déjeuners dominicaux…

Thomas Durand chroniqueur de chez GALA.FR

Lire aussi:  Mylène Farmer à vif

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